jeudi 18 février 2010

La peur règne toujours


Lu hier et médité une bonne partie de la journée: "Changer de paradigme c'est nous libérer de cette pensée magique qui nous fait espérer que tout ceci ne soit qu'un cauchemar dont nous allons bientôt nous réveiller." (R. Vaillancourt)

Devant une catastrophe de cette ampleur, on cherche des repères... qui n'existent plus. On ne sait plus trop à quel(s) saint(s) se vouer. On se sent déphasés, déséquilibrés, déstabilisés. Je pense l'avoir déjà dit. Mais il faut que j'y revienne. Car c'est là l'un des éléments essentiels de la période actuelle: elle dure. Elle ne s'estompe pas. Elle se maintient, comme une suite de jours gris qui nous font presque douter que le soleil existe. Et elle a sur nous les mêmes effets pernicieux qu'une suite ininterrompue de jours sans soleil: elle nous use, elle nous sape le moral, elle nous rend amers, elle nous fait douter.

Juste pour vous donner un exemple: je lisais hier un article (introuvable aujourd'hui--probablement parce qu'on l'a retiré) qui disait que, à la suite de l'éboulement du mur d'une école primaire à Cap Haïtien, éboulement dû à de fortes pluies qui descendaient de la montagne derrière l'école, certains ont pensé percevoir une secousse avant l'effondrement du mur. Maintenant, on attend le tremblement de terre qui va assurément secouer la région et qui sera encore plus terrible que celui du 12 janvier dernier! Comme si Cap Haïtien voulait compétionner avec Port-au-Prince! Et pourtant, derrière cette folie, on sent le désarroi du peuple. Car qui croire? Comment croire que c'est fini? Comment ne pas penser qu'il s'agit là d'un film d'horreur qui nous fait frissonner de peur, mais où l'on reste conscient que "ce n'est qu'un film"? C'est vrai que plusieurs encore semblent marcher comme dans un rêve, horrible certes, mais rêve tout de même. Ils attendent le réveil qui ne viendra pas. Ils se terrent, ils dorment dehors ou dans leurs voitures, ils sont sur le qui-vive, bref, ils ont peur. Pas peur de l'avenir, car l'avenir n'existe pas. Peur au présent. Une peur à se rendre malade, parfois. Hier, c'était l'une de nos techniciennes de laboratoire: vomissements, diarrhée et douleurs à l'estomac: "c'est mon ulcère", dit-elle. Mais en vérité, l'ulcère se manifeste parce que le stress l'excite...

Car je vous le dis: l'hystérie collective s'accroît. Plusieurs croient que ce n'est pas fini et qu'un autre tremblement de terre est imminent. Témoin ce message SMS reçu le 1er février dernier:
"Fè pèp la konnen sak pase nan peyi a 12 janvier 2010 te gen yon sèvant bondye ki te soti etazini bondye te voye-l vin bay nouvèl la, li bay li, yo pase-l nan jwèt. Epi sa-l te di a fèt. Li tounen 25 janvier ankò li di sak te pase 12 janvier se pat anyen sa vle di sak pral pase a pirèd. Si nou vle epanye sak pral pase fè 3 jou jèn ki sipoze komanse le 12, 13, 14 fevrier 2010. Pase mesaj sa a jiskaske ou pa gen SMS ankò nou pap kit haiti kraze."
"Informez la population que ce qui s'est passé dans le pays le 12 janvier 2010, une servante de Dieu venue des États-Unis l'avait annoncé; elle a transmis son message, mais tout le monde a cru que c'était une blague. Et puis ce qu'elle avait annoncé s'est avéré. Elle est retournée le 25 janvier en disant que ce qui s'était passé le 12 janvier n'était rien en comparaison de ce qui s'en venait. Si nous voulons nous épargner ce qui doit arriver, il faut faire 3 jours de jeûne les 12, 13 et 14 février 2010. Faites passer ce message jusqu'à ce que vous n'ayez plus de crédit SMS. Nous n'allons pas laisser le pays se faire détruire."
Et qu'est-ce que vous dites de cela? Nul besoin de vous dire que si j'ai reçu ce message à deux reprises, tout le monde l'a reçu. Les téléphones ici sont tellement populaires... Imaginez maintenant le phénomène de contagion qui s'ensuit, style: "As-tu reçu ce message?" "Oui, et s'ils le disent, c'est sûrement vrai!" Pour un peu, on pourrait croire que certains s'amusent à paralyser le pays davantage, tiens...

Non, ce n'est pas un cauchemar et nous n'allons pas nous réveiller en poussant un soupir de soulagement. La vérité, c'est que la donne a changé. Le pays n'est plus le même, la page de l'Histoire est tournée et comme je le répète ad nauseam à qui veut encore l'entendre: nous ne retournerons jamais au 11 janvier 2010.

Et pendant ce temps, il pleut à torrents à Port-au-Prince... Vous savez ce que ça veut dire...

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