mercredi 7 avril 2010

Louisnise


J'ai pris congé hier, mais ce n'était pas par paresse ou procrastination. Simplement, j'avais une réunion à 15 h, et bon, faut ce qu'il faut n'est-ce pas... Je n'aime pas tellement les réunions. Et vous? Certains, plus rarement certaines, surtout dans le domaine de l'administration, adorent; en jouissent; s'en pourlèchent. Se disent occupés, tellement ils sont pris par les réunions, toujours importantes, jamais productives. Pour moi, rien ne vaut une rencontre dehors, dans le parking de l'hôpital, appuyé sur une voiture. On règle en 10 minutes plus de problèmes que dans une réunion de deux heures avec ordre du jour bien ficelé...

Toujours est-il que, sortant de ladite réunion passé l'heure de la bière, je vous ai remis à une prochaine fois. Aujourd'hui peut-être? God knows, comme disent les Polonais qui vivent à New York... Je sais quand je commence, mais je ne sais jamais quand je vais pouvoir mettre un point final à un texte qui, selon mes standards, doit faire à peu près une page normale : je pense que vous méritez ce minimum. N'est-ce pas que je suis bon!

Mais j'erre. Je veux vous parler un peu du bébé sur la photo. Elle s'appelle Louisnise. Si vous regardez attentivement, vous allez voir que sa petite main droite est déformée. Mais je sais que vous vous demandez bien ce qu'elle a au pied gauche, hein? Non, non, ce n'est pas une boule de bowling... Il s'agit bel et bien d'une malformation, et de taille, si j'ose dire. Il semble que la cause en soit une obstruction lymphatique. D'après ce que j'ai cru comprendre, ce sont des morceaux filamenteux du sac amniotique de la mère qui s'enroulent autour du pied ou de la main au cours de la grossesse (Amniotic Band Syndrome, pour ceux et celles que ça intéresse). Il y a de bonnes chances que l'on doive amputer le pied du bébé, mais bon, nos amis brésiliens vont voir ce qu'ils peuvent faire. Est-ce souffrant? D'après ce qu'on peut en lire, non, puisqu'il s'agit d'une malformation congénitale. Et le bébé, à deux mois, n'en est pas encore vraiment handicapé, vous l'aurez compris. Mais admettons que ce n'est pas évident pour le chausser... Alors si on peut faire un tant soit peu pour améliorer les conditions de vie de cet enfant, vous ne pensez pas que ça en vaut la peine vous autres? Ici, on pense que oui, même si ce n'est pas une victime du séisme...

J'en profite aussi pour vous dire comment des cas comme celui-là nous arrivent. Il y a deux semaines, je recevais un message d'une pédiatre américaine du Minnesota qui disait avoir vu l'enfant lors de son passage au pays et qui me demandait si on pouvait s'en occuper. À quoi je lui ai répondu que les Brésiliens seraient ici au cours de la semaine du 5 avril et qu'à ce moment, je me portais garant de leur bonne volonté de faire ce qu'il fallait. Elle me répondit merci beaucoup, mais un chirurgien américain va s'en occuper. Fin de l'histoire, jusqu'à ce matin où une autre Américaine, que nous connaissons celle-là, me dit que rien ne va plus avec le bébé et que la mère cherche toujours de quel côté se diriger. Messages, conversations avec les Brésiliens, échanges téléphoniques, bref, la mère et le bébé sont présentement en route pour Les Cayes qu'ils atteindront ce soir, si Dye vle. Nous allons les hospitaliser, et demain matin, si les choses se passent comme prévu, les Brésiliens vont prendre soin du bébé. Comme quoi on ne fait pas de miracles ici, mais quand on se parle et quand chacun, chacune y met du sien, des petites choses arrivent qui nous font du bien là où elles passent.

Souhaitez-vous connaître la suite de cette passionnante tranche de vie? Eh bien d'accord. Je vous agréerai et vous dirai comment ça s'est passé.

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