mercredi 1 juin 2011

Ah! Les chiffres!


Lisant cet article sur Cyberpresse, je me suis dit : "Ben voyons!" Or il n'en faut pas plus qu'un "Ben voyons!" pour me lancer, vous le savez maintenant. C'est que la teneur de l'article me fait tiquer. On laisse croire que le fait que le séisme ait fait seulement 50,000 morts au lieu de 250,000 change tout dans la donne. Que rien n'est pareil, un peu comme si on avait fraudé le fisc en prétendant avoir gagné 50,000 $ alors qu'on a, en fait, eu des revenus de 250,000 $. D'où ma question : doit-on comptabiliser les morts comme on comptabilise l'argent? Un séisme qui fait seulement 50,000 victimes est-il moins grave qu'un autre qui en fait plus de 200,000? En termes stricts démographiques, oui. Mais en termes humains, c'est non. Catégoriquement. Car les chiffres nous parlent de données, analysables et compilables; pas d'humains qui, en ce jour fatidique, ont péri écrabouillés comme des fourmis. D'ailleurs, pourquoi devrait-on croire ces nouveaux chiffres et pas ceux d'avant? Pourquoi les premiers seraient-ils franchement exagérés alors que les derniers seraient le portrait fidèle de la réalité? Ça me paraît bien douteux... Car enfin, faut voir un peu comment ça se passe, par ici. Recensement? Allons donc! Comment faire quand les gens habitent tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, tantôt à deux ou trois endroits à la fois? Comment croire que les nouvelles données s'appuient sur des faits vérifiables? Permettez-moi d'être sceptique... Surtout sachant que l'étude a été commandée par le USAID. On sent les experts derrière, et des frais professionnels bien gras, n'en doutez pas. Juste pour vous dire, j'ai entendu qu'un formateur pour le compte de l'ONU touchait $1,000 par jour, plus les frais. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, je me contenterais aisément de ces émoluments. Cela dit, est-ce pour autant une garantie de travail exemplaire? Qu'on me permette d'en douter...

L'autre réalité, les gens sous les tentes, est certainement plus facile à jauger. On les voit, les tentes; on sait où sont les campements, maintenant permanents; on sait à peu près qui les habitent. Dire qu'il n'y aurait que 60,000 personnes qui y croupiraient au lieu des 600,000 annoncés est bien possible. Attention, je dis possible : pas nécessairement avéré. Car il y tout de même bien des difficultés pour recenser soigneusement ces gens. Surtout qu'il y en a qui n'y sont que pour les avantages qu'ils en retirent, car oui, il y a des avantages. Ainsi, on me racontait récemment le cas de cette dame qui a tout simplement loué sa maison pour six mois tandis qu'elle vit sous la tente. Une bonne façon de s'assurer un joli petit revenu tout en réduisant considérablement les dépenses. Mais le plus drôle, c'est que la dame s'est comme fait prendre à son propre jeu : quand elle a voulu réintégrer sa maison récemment, elle y a trouvé un autre locataire, lequel avait signé un bail d'un an avec le locataire précédent! Or, ce bail est légal, du moins jusqu'à un certain point, et la dame est maintenant contrainte de continuer à demeurer sous la tente sans recevoir l'usufruit de son sacrifice! Vous dire comment le type qui me racontait la chose se roulait de rire...

Or, cette situation, d'après ce que j'ai compris, n'est pas unique. En fait, elle serait même pratique courante. Sans compter les familles qui vivent sous la tente un peu comme on va au chalet pendant le week-end. Drôle! Et pourtant, les conditions sanitaires et sociales sont loin d'y être idéales. Mais comme je l'ai dit, les gens d'ici sont hautement adaptables et, donc, s'adaptent. En fait, je pense qu'il vaut la peine que je vous cite cet extrait de l'article, au cas où vous n'auriez pas le goût ou le temps de le lire :
«Plusieurs personnes vivent dans les camps même si elles peuvent en sortir, dit Andréanne Martel, chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la chaire Raoul-Dandurand. Il y a une économie du camp qui se met en place, une communauté et un espace politique qui se recrée. Les ONG ne sont pas habituées à une crise urbaine comme celle-là. Ça va être difficile à briser.»
Difficile à briser? Tu parles! Pourquoi devrait-on briser ce qui marche?

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