jeudi 21 mars 2013

Dur dur le tourisme en Haïti


Encore une image qui fait mal aux Haïtiens : le pays arrive bon dernier — 140e sur 140 — au classement de la valeur touristique des pays selon l’étude faite par le Forum économique mondial. Quelle déception! Qui remplit d’amertume le chroniqueur et éditorialiste Frantz Duval dont l’éditorial du jour blâme encore la performance du gouvernement Martelly. «Deux ans, écrit Duval, c’est bien peu pour changer le visage d’Haïti! Deux ans, dans un mandat de cinq ans, c’est beaucoup.» Mais cette seconde partie de son affirmation est fausse. Quel que soit le contexte, deux ans reste un bien court terme et cinq ans n’est pas une longue période non plus, tout bien considéré... Et pourtant, on demande au gouvernement actuel de faire des miracles et, en moins des cinq ans constitutionnels prévus, de mettre le pays sur la carte internationale des pays qui ne vont pas trop mal. Je pense que la barre est un peu haute…

Lorsque nous étions au Panama, notre ami le Français que nous y avons rencontré affirmait que, en matière de tourisme, le pays (Panama) était sans doute une dizaine d’années en retard sur son voisin, le Costa Rica. Je ne connais pas ce dernier, mais je comprends tout à fait ce que Yves voulait dire : au Panama, les structures touristiques sont là, mais un peu hésitantes, un peu rustres. Il y manque le poli, la patine que seuls les ans peuvent façonner. Pourtant, je puis vous assurer que le Panama est cent fois plus avancé que notre chère Haïti!

Mais voilà : les gens, chroniqueurs en tête, confondent industrie touristique et potentiel touristique. Le potentiel d’Haïti est indéniable : plages, montagnes, cascades, forêts de pins… l’île regorge de beautés, sans compter le charme bon enfant de ses habitants. Mais tous ces éléments ne forment qu’un potentiel. Or, ce qui est rentable, c’est l’exploitation de ce potentiel, sa transformation et son développement. C'est ici qu'on commence à parler d'industrie. Et c’est là qu’il y a vraiment une jolie distance entre la coupe et les lèvres assoiffées des Haïtiens. Un peu comme notre coin de forêt boréale et son potentiel de matière ligneuse : tant qu’on ne l’exploite pas, ce n’est qu’un potentiel, rien d’autre (et c'est ce qu'il va rester, si vous voulez tout savoir). Or, qui dit exploitation parle d’infrastructures, c’est-à-dire de structures de base qui permettront aux touristes éventuels de faire connaissance avec le pays. Ainsi, je vous ai dit qu’au Panama, nous avions simplement loué une voiture et, sans plan plus précis, que nous étions simplement allés à la découverte du pays. Eh bien après toutes ces années en Haïti et malgré les améliorations sensibles apportées, un tel voyage n’est toujours pas possible ici. Les routes, les hôtels, les restaurants, pour ne nommer que les structures de base dont un touriste a besoin, sont inadéquats, tant en quantité qu’en qualité. La seule location d’une voiture, à environ $200 US par jour, reste une affaire pour les riches — pas pour les touristes qui surveillent leur budget. Les rares vols intérieurs sont chers et, ici encore, réservés aux riches. Quant au transport public routier, il est à déconseillé fortement. Alors dites-moi, à part les touristes en conserve et les gens qui, comme nous, vivent en ce pays, qui pourra-t-on attirer et fidéliser en Haïti?

Je sais que, disant cela, je risque de m’attirer les foudres de quelques amis haïtiens qui vont me dire que j’exagère. Mais je n’exagère en rien. Le pays n’est simplement pas prêt et ne le sera pas avant — osons un chiffre : dix ans. Ce peut être plus; je doute que ce soit moins. Et ce, en autant que des efforts majeurs soient mis dans le développement d’un réseau d’infrastructures adéquates, dois-je le préciser. Incidemment, Frantz Duval en est conscient : «Nous sommes derniers pas seulement parce que nous recevons peu de touristes, mais parce que les conditions ne sont pas réunies pour qu’ils viennent nous visiter en plus grand nombre. Avons-nous trop tôt annoncé notre retour sur le circuit mondial? Mal évalué nos atouts? Péché par orgueil? Joué à la grenouille qui se veut grosse comme un bœuf?»

Non, mon cher Duval, Haïti n’a pas péché par orgueil; juste par naïveté…

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