dimanche 11 mars 2012

Échappé belle!


C'est vrai : nous l'avons échappé belle. On a bien cru qu'on allait devoir y passer, mais par une savante concoction politique comme seuls les rusés renards savent les faire, la montagne a fini par accoucher, et tout comme dans la fable, en est sortie une souris. Pfft! Partie en fumée, la manifestation qu'on nous avait annoncée et qui semblait promettre... Surtout que, si vous vous souvenez, je vous avais mentionné cette date du 8 mars comme une date à retenir en tant que jour annoncé d'une autre manifestation pro-Aristide, donc contre le président actuel. Mais rien de tout ça n'est arrivé. Même l'ambassade du Canada nous informait, en après-midi, que le président Martelly ferait une annonce officielle vers les 16h et qu'il fallait se préparer au pire. À Port-au-Prince, c'était la débandade et le sauve-qui-peut de ce que l'on percevait comme le feu à un joli baril de poudre. Mais il n'a pas explosé. Au grand soulagement de tout le monde – tout le monde que nous connaissons à tout le moins –, l'annonce présidentielle a fait taire les forts en gueule au point où ils en ont eu l'air un peu niais. Piégés, les contestataires. Ils ont été eus.

J'avoue avoir été impressionné par cette manœuvre bien fignolée, un peu cabotine certes, mais d'une efficacité redoutable. Le président, sans doute conseillé par des maîtres aux échecs ou au poker, gardait bien ses cartes, laissant planer le doute sur son état civil. Pour ceux et celles parmi vous qui l'ignorent, la loi haïtienne ne permet pas à une personne détenant une double nationalité de briguer une fonction politique quelconque, à plus forte raison la présidence du pays. Or, c'est précisément ce dont on accusait Michel Martelly. Pourtant, alors qu'il eût été bien facile dès le début de dissiper ces doutes, Martelly temporisait et se faisait prier, laissant croire, ce faisant, que son statut n'était pas conforme à la loi. Le coup de théâtre fut donc d'apprendre que le sieur Martelly n'était finalement que citoyen haïtien et que, par conséquent, en aucune façon il ne contrevenait à la loi du pays. Certains, bien entendu, sont loin d'être convaincus. Sont restés sur leur appétit, pour ainsi dire... Mais en vérité, le jeu de Martelly a permis de désamorcer une bombe politique qui, si elle avait éclaté, risquait fort de mettre le pays à feu et à sang. Comme si le pays avait besoin d'une guerre civile en prime...

Évidemment, vous aurez compris que ce n'est qu'un sursis. Les adversaires du président, temporairement déboutés, vont se regrouper et trouver autre chose à clamer ou à réclamer et ça va repartir. Mais l'accalmie s'apprécie, je n'ai pas besoin de vous le dire...

Reste que, sans vouloir faire de politique, on ne peut que s'étonner que les guerres intestines passent avant la reconstruction du pays. Tous ceux à qui j'en ai parlé hochent la tête et soupirent de tristesse à l'idée que le pays pourrait retomber dans l'anarchie parce que des politiciens trop gourmands tirent trop fort sur l'étroite couverture qui abrite le pouvoir de l'État. Et pourtant, c'est là la triste histoire du pays, et elle se poursuit. Inexorablement. Et pourtant, vous le savez maintenant, vous qui me suivez à travers ces écrits, ce pays a tellement à offrir...

En tout cas, l'explosion de violence de jeudi soir n'a pas eu lieu et cela seul compte. Chaque petite victoire de la paix sur la violence doit être comptabilisée minutieusement, car c'est la somme de ces petites victoires qui, en bout de ligne, pourra engendrer une paix assez solide pour résister aux caprices des élus dont la seule ambition est de remplir leur poche ou de s'approprier le pouvoir. Car la paix, c'est le terrain stable sur lequel on peut bâtir. Mais le sol politique d'Haïti est sablonneux, vaseux, poreux, meuble. Pas facile dans ces conditions d'ériger une construction solide, vous l'aurez compris... Pas besoin d'être devin ni expert en macroéconomie pour savoir que le pays va devoir traverser des zones de turbulence au cours des jours, des semaines ou des mois à venir. On peut juste souhaiter que ces turbulences ne soient que passagères et qu'elles demeurent maîtrisables. L'avenir nous le dira.

Une petite prière, avec ça?...


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