jeudi 13 juin 2013

La flamboyance du flamboyant


D’entrée de jeu, je le confesse : je ne suis pas un maniaque des fleurs. Je suis plutôt du type «arbre», pour autant que cette distinction existe. Parlez-moi d'érables, de bouleaux, de frênes, voire de peupliers faux-tremble, de mélèzes ou de sapins et je suis partant. Mais les fleurs, même du temps du "Flower Power", m'ont toujours laissé un peu froid. Quand Rivard chante «J'avais des fleurs dans les cheveux / Fallait-y être niaiseux», c'était exactement mon opinion à l'époque. Ce qui ne veut pas dire que je n'apprécie pas les fleurs, bien au contraire. Le parfum de certaines fleurs, leurs couleurs, leurs formes, sont autant d’éléments qui les rendent appréciables même si on n’en est pas maniaque. Ainsi et pour tout vous dire, j’adore les pissenlits à cause de leur couleur, les iris et les trilles à cause de leur forme, les pensées à cause de leur parfum. Mais parlant de parfum, connaissez-vous celui, capiteux, de la fleur du frangipanier? Un vrai parfum envoûtant, exotique à souhait… Je vous dis ça parce que nous en avons un dans la cour qui en est à sa première floraison et qui s’en gonfle d’orgueil, on le voit bien… Mais le plus beau, c’est l’un des flamboyants qui, lui aussi, a décidé cette année que le temps était venu de nous offrir ses fleurs. Rouges. Rouge flamboyant, en fait…

Faut que je vous dise que les flamboyants ont une valeur particulière pour nous. En effet, à l’occasion de notre première venue en ce pays de la démesure, je travaillais comme enseignant à l’école Flamboyant! La petite école était en effet bordée de ces arbres majestueux qui n’avaient rien de flamboyant à l’époque puisque leur saison était terminée. C’est à l’été suivant que j’ai pu comprendre et apprécier la raison de leur nom : l’arbre devient rouge et sous une certaine lumière, brille de mille feux — flamboie, pourrait-on dire — et se fait assez remarquer, disons. Assez pour qu’on ait le goût d’en avoir dans sa cour, ce qui est exactement ce que nous avons fait : nous en avons planté quelques-uns, il y a environ quatre ans. Immédiatement, je vous entends me dire que quatre ans, c’est bien peu pour que des chétifs arbustes puissent prétendre à une maturité suffisante pour leur faire porter leurs fleurs. Mais les flamboyants poussent à vue d’œil et… voyez vous-mêmes le résultat!

En plus, l’arbre a tendance à produire des branches horizontales qui, évidemment, procurent l’ombre que tout le monde cherche sous les tropiques, un point apprécié à sa juste valeur. Et justement, parlant de valeur, il faut bien avouer que l’arbre n’en a aucune aux yeux de mes amis haïtiens. D’abord, il ne produit aucun fruit comestible, et déjà, l’intérêt vient de baisser radicalement; puis, sa matière ligneuse est extrêmement pulpeuse et donc impropre à une quelconque utilisation commerciale : on ne peut rien faire avec ce bois; enfin, l’arbre produit des racines puissantes et peu profondes qui s’étendent dans toutes les directions et qui cassent tout pour se frayer un chemin vers l’humidité. Bref, pas le genre d’arbre que l’on veut juste à côté de la maison, si joli fût-il lorsque ses fleurs s’excitent.

La raison pour laquelle je vous parle de ces arbres, c'est qu'ils sont symboliquement liés à notre vie au sud et qu'ils représentent cette beauté sauvage et naturelle qui n'existe que pour elle-même. Que l'arbre soit utilisé dans plusieurs pays tropicaux à des fins ornementales n'enlève rien au fait que ce n'est pas là son intention : il est comme ça et c'est tout. Et parfois, j'avoue que cette beauté gratuite nous réconcilie avec l'état du monde...

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