samedi 19 mai 2012

L'opulence extrême


C’est samedi, l’école est finie, le patron est parti, vive les vacances! Oui bon, je sais, vous allez me dire qu’une courte fin de semaine n’est pas vraiment ce qu'on peut appeler des vacances ni, donc, matière à célébration, mais ce que vous ne savez pas, c’est que nous prenons effectivement quelques jours de cette période faste qu’on appelle les vacances, et ce, très bientôt. Donc la célébration, pour nous, a toute sa raison d’être. Et pour célébrer quoi de mieux qu’un délicieux petit cidre tout droit sorti de son bercail d’origine : les Îles de la Madeleine? Vous vous demandez comment la chose peut être possible? C’est tout simplement que, gourmands mais pas gloutons, nous avons eu la sagesse de conserver un échantillon de ce que notre belle visite de janvier nous a si gentiment apporté en guise de cadeau. Comme si leur visite n'en était pas un!...Alors... à la bonne vôtre!

Rien de bien grave aujourd’hui, donc, rien pour surchauffer la matière grise, rien pour mettre le feu aux poudres; que de la légèreté, laquelle, n’en déplaise à Kundera, n’a vraiment rien d’insoutenable, au contraire!  En d'autres termes, je ne parlerai ni de politique, québécoise ou haïtienne, ni d’économie, ni de problèmes sociaux ou médicaux : juste une petite pirouette dans la prairie printanière et dans ce qu’il est convenu d’appeler «l’insolite».

Car voici la maison de Céline Dion à Laval. Qui est à vendre, au cas où vous ne le sauriez pas, et rien qu’à voir les photos, on comprend pourquoi : qui pourrait vivre dans pareille lourdeur? J’ai visité jadis le château Neuschwanstein (photo) qu’a habité le roi Ludwig II de Bavière et franchement, c’est presque plus modeste. Chez Céline, on est carrément dans l’étalage excessif de la richesse excessive. Ici, tout est excessif et le bon goût en est forcément discutable. Mais il ne s’agit pas de goût, n’est-ce pas? Il s’agit d’argent, purement et simplement. Car dites-moi : à quoi sert l’argent si on ne l’étale pas bien épais, à la vue et au nez de tous et de toutes? Or notre chère Céline nationale croule sous les sous, tout le monde le sait, alors il faut quand même qu’on en voit quelques illustrations, n’est-ce pas? N’empêche que je me pose la question : Céline a-t-elle jamais été heureuse dans cette maison?

Certes, vous me direz que les gens riches — odieusement riches, entendons-nous bien, ou "filthy rich" comme ils disent en anglais — n’ont pas besoin d’être heureux, puisqu’ils sont riches. Qu’a-t-on besoin d’autre? Le proverbe aura beau prétendre le contraire, l’argent c’est le bonheur, c’est l’absence de soucis ou de frustrations associés à son absence ou, à tout le moins, son insuffisance. Certes, sa présence peut engendrer d’autres soucis, mais bon, ce sont des soucis de riches, autrement dit, pas de vrais soucis. Pourtant, dans la fable de La Fontaine, c’est le savetier qui siffle : pas le financier…

Tout ça pour vous dire que, voyant les images des pièces de la maison de Céline, je me suis dit que l’opulence des uns ne faisait pas de mal aux autres, puisqu’elle ne suffisait même pas à susciter l’envie. Certes, l’argent est nécessaire; c’est le fondement même de notre monde moderne, n’en déplaise aux idéalistes qui croient encore en l’équité sociale. Mais trop, c’est comme pas assez — en fait, je pense que c’est pire que pas assez, car trop tue le désir, tue le rêve, tue la magie. Au moins, les pauvres peuvent aspirer à devenir riches, mais les riches, eux, aspirent à quoi?

En tout cas, je ne sais pas qui achètera la maison de Céline, mais je puis vous garantir que ce ne sera pas moi, même si j’avais tout à coup les millions nécessaires pour le faire. Et je vous dis ça sans rire…

mercredi 16 mai 2012

Matière à réflexion


Aujourd’hui, ce ne sont pas les méandres de la politique québécoise qui retiennent mon attention, mais bien ce beau billet, signé Michaëlle Jean — oui, oui, LA Michaëlle Jean bien connue de la population québécoise et canadienne et qui a porté le titre enviable de Gouverneure Générale du Canada. La GG si vous préférez. Je sais, je sais, vous allez me dire que les traditions britanniques, surtout en rapport avec l’ordre royal, n’ont rien pour pavaner, mais justement, pour avoir rencontré la dame, je puis vous assurer qu’elle s’est moins enflée du titre que plusieurs l’ont ou l’auraient fait à sa place… Or, voyez son texte et dites-moi que ce n’est pas bien écrit.. Dites-moi, si vous osez, que ce qu’elle dit ne sonne pas juste… Et pourtant, elle n’a pas à faire cela : elle le fait parce que dans son cœur haïtien, elle veut pour son pays d’origine ce que plusieurs qui pourtant y vivent mésestiment. Rêve-t-elle? Oui, bien sûr. Mais quel beau rêve, mes amis, de penser qu’Haïti pourrait un jour redevenir la perle qu’elle était jadis…!

Mais ce qui me frappe, c’est la dureté de ses propos envers les politicailleurs du pays, ceux qui ne pensent qu’à leur poche, leur image, leurs gains personnels, leur nombril. Et, gens du Québec, avec ce qui se passe encore présentement entre vos murs provinciaux, vous savez ce dont je parle, ce à quoi je me réfère. La démocratie, disons-le sans ambages, n’est pas une panacée. C’est un système boiteux qui fonctionne moyennement bien et qui comporte nombre de faiblesses. Et pourtant, c’est ce que nous avons de mieux pour maintenir un semblant de liberté d’action sociale. Malheureusement, plusieurs oublient que le principe démocratique ne s’arrête pas à la grosseur de l’ego de ses tenants, mais au contraire, présuppose un altruisme intégral, généreux et bien intentionné. Impossible? Non. Mais pas évident, ça, c’est sûr…

En fait, je me désole. Tant de voir la démocratie bafouée au Québec que de la voir si mal comprise en Haïti. Ou le contraire. Car l’un vaut l’autre, on ne se disputera pas là-dessus… Et dans tout ce crêpe-chignon politique, on ne peut s’empêcher de se poser la question de toute bonne histoire style "whodunnit" : «À qui le crime profite-t-il?» Et c’est là qu’on se rend vite compte que ce sont les personnes elles-mêmes qui, dans un jeu de pouvoir qu’on ne peut qualifier autrement que de puéril, tirent profit du piétinement de la démocratie. Et tiens, toi! En pleine gueule! En fait et pour tout vous dire, je m’étonne encore de voir à quel point, dans mon Québec natal où vivent des gens intelligents — au moins autant qu’ici en Haïti —, on cherche encore à cibler des personnes particulières, à vouloir à tout prix leur faire porter le tort de l’échec, ou celui de l’incompréhension — peu importe. Cette méthode du "Shoot the messenger" me semble un peu barbare et pas tellement efficace. Pour moi qui ne connais rien à la politique, je lis tout ce qu’on écrit sur le sujet. Je ne m’occupe que rarement de l’auteur, de ses manies ou de ses tics, mais plutôt du contenu de son texte. Mais j’en vois qui, hélas, perdent cette discrimination au profit d’un profilage de l’auteur qui le rend bon ou mauvais, blanc ou noir. Incidemment, c’est ce que disait La Fontaine dans sa très belle fable «Les animaux malades de la peste» et dont la morale est : «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.»

Or, une personne peut dire des inepties une fois, et la fois suivante, tenir des propos tout ce qu’il y a de sensé voire de sage. C’est comme ça. Personne n’est constant, personne n’est égal. Pas même Foglia, ni tous les autres chroniqueurs, québécois ou haïtiens, que je lis sur une base régulière. Alors s’il vous plaît, avant de critiquer l’auteur, prenons le temps de le lire, si vous le voulez bien. C’est exactement ce que j’ai fait pour le texte de Mme Jean et je vous le recommande pour ce qu’il est : un beau texte idéaliste, porteur d’un flambeau visionnaire, un texte qui ne change pas le monde, non, mais qui porte à réfléchir et qui nous fait voir un coin de ciel bleu qui pourrait aisément se développer, pour peu qu’on lui en donne la chance.

Quant au Québec, je m’abstiens de commenter… Mais je puis vous dire que je ne suis pas fier…

vendredi 11 mai 2012

Quand Râ rayonne


Je viens de lire cet article, et bien que je sois spontanément prêt à féliciter les divers partenaires du projet, j’y mets néanmoins quelques réserves. Que je vous explique.

L’énergie solaire est, depuis toujours je pense, perçue à juste titre comme l’énergie la plus propre, la plus universellement disponible, la plus inaltérable et la plus aisément accessible. Le soleil nous éclaire et nous réchauffe naturellement et c’est déjà beaucoup. Mais peut-il servir à produire de l’électricité? Oui, en autant que l’on dispose de «panneaux solaires», ces assemblages de cellules photovoltaïques dont la particularité est justement de produire du courant continu lorsque soumis à la lumière solaire. Dès lors, en autant qu’il fasse soleil (et en Haïti, ce n’est pas vraiment un problème, n’est-ce pas), il ne reste plus qu’à «collecter» ce courant et, si l’on veut en faire provision, l’accumuler dans des batteries. Évidemment, je minimise, mais en gros, ce n’est pas plus compliqué que ça. «Mais alors, me direz-vous, si c’est aussi simple que ça, pourquoi le pays en entier n’est-il pas connecté à des panneaux solaires?» Le principe peut être simple, oui, mais les coûts d’installation du système sont élevés, très élevés même, et ce, même en tenant compte du fait que le prix des panneaux a sensiblement diminué au cours des dernières années. C’est que dans cette chaîne de production du courant, ce ne sont pas les panneaux qui font problème, mais bien les batteries car sans elles, pas de réserve et donc aussitôt que le soleil s’estompe, les panneaux deviennent inertes. Or, les batteries ne sont rien d’autres que des batteries, semblables à celles des voitures mais conçues différemment de façon à permettre des cycles répétés de charge-décharge complets. Et c’est là que ça se corse, comme on dit à Ajaccio. Car la qualité des batteries varie énormément — les meilleures sont évidemment les plus chères — et leur durée de vie, dans le meilleur des cas, ne dépasse pas 3-4 ans. Si bien que pour une installation moyenne, il faudra compter avec le renouvellement des batteries à tous les trois ou quatre ans, ce qui signifie une dépense de près de $5,000 US. Je ne sais pas pour vous, mais pour nous et pour ceux que l’on côtoie, ça fait cher. Ajoutez à cela le coût initial de l’équipement (panneaux et onduleur (inverter) et vous aurez une idée juste de la raison pour laquelle le système solaire n’est pas plus populaire en Haïti : son prix prohibitif. En revanche, lorsque des organisations internationales s’en mêlent et financent l’achat et l'installation du matériel, alors là, c’est magnifique, car le système, une fois en place, ne coûte pratiquement rien en frais d’entretien. Donc et si vous m’avez suivi, le solaire, c’est bien pour les gros, mais trop coûteux pour les petits.

En outre, il faut ajouter certains facteurs qu’on pourrait appeler hétérogènes et qui rendent l’entreprise des plus hasardeuses en Haïti. Premièrement, le vol. Les panneaux valent cher, je l’ai dit, et les voleurs les ont à l’œil. Il suffit de panneaux mal protégés et tadam! ils disparaissent. Deuxièmement, les fils doivent être bien protégés du soleil, car sinon ils cuisent littéralement et dès lors, le courant ne passe plus. Il y a encore l’entretien des batteries qui, ici en Haïti en tout cas, ne sont pas scellées et demandent donc un ajout constant d’eau distillée pour maintenir leur niveau d’électrolyte. Or, personne ne s’en soucie. La corrosion des bornes des batteries doit également être prise en compte, car elle se produit très rapidement dans ce pays humide et proche de la mer. Bref, ce n’est pas si évident que ça…

Cela dit, il faut reconnaître que la technologie progresse. Et rapidement. Au point où, dans certains pays, un système solaire bien réglé est maintenant compétitif avec l’électricité fournie par l’État. Donc, on est sur la bonne voie. Mais je ne crois pas qu’on soit arrivé pour autant…

En tout cas, s’il s’en trouve parmi vous qui désirez faire un don à un hôpital renommé et efficient, pensez à un système solaire complet et je vous promets de citer votre nom sur cette vitrine!

samedi 5 mai 2012

Faire une petite différence


Think positive. Un slogan très à la mode chez nos voisins américains et pour cause : il nous rappelle qu'en toute chose, il y a un côté positif; ça nous change des idées noires associées à tout ce qui va de travers, à ce qui n’est jamais parfait. Or, il est des gens qui, sans pétarade, transforment quelques idées en actions porteuses de fruits. C’est le cas de cette dame, Marjorie Villefranche, nommée à juste titre personnalité de la semaine de La Presse, la semaine dernière.

La dame n’a pas changé le monde. Mais elle l’a rendu plus facile à vivre, plus accueillant pour les Haïtiens et les Haïtiennes qui, tout frais débarqués au Québec, ne savent pas très bien où donner de la tête. Certes, leurs compatriotes sont là, mais cela suffit-il à assurer une transition aisée? Bien sûr que non. La réalité québécoise — à commencer par la langue, suivie de près du climat — est immensément différente de celle qu’on peut vivre en Haïti, tous niveaux sociaux confondus. Alors disons qu’une «orientation», faite par quelqu’un qui sait de quoi il parle, prend ici tout son sens. D’ailleurs voyez ce que dit la bonne dame au sujet de ses compatriotes fraîchement arrivés :
«Aujourd'hui, ils arrivent mieux formés, mais pas mieux informés. Ils ont fait des études, mais ils ne savent pas que l'État [québécois] fournit des services qui peuvent les aider à s'installer ici. En contrepartie, ils sont toujours aussi surpris de voir que le gouvernement peut s'immiscer grandement dans leur vie. Quand je leur dis que leur bébé qui vient de naître est protégé et qu'il a des droits, certains n'en reviennent pas.»
J’avoue que je trouve l’initiative louable et pas rien qu’un peu. Trop souvent, on se plaint de l’ignorance des immigrants — Haïtiens en tête  — et il faut admettre que le reproche est souvent justifié. Car on s’attend à ce que tout immigrant, fût-il Chinois, Sénégalais ou Haïtien, s’adapte rapidement et souplement à son nouveau pays d’adoption. Après tout, c’est une règle qui fonctionne dans tous les pays du monde et que le proverbe résume bien : «À Rome comme les Romains.» Mais ce n’est pas toujours évident… Et je parle d’expérience, croyez-moi, car s’il est une étape qui demande temps et ouverture d’esprit, c’est bien celle qui consiste à s’ajuster au pays hôte. En ce qui nous concerne, je vous le dis tout net : nous n’avons pas encore fini de découvrir les particularités haïtiennes…

Quoi qu'il en soit, nous serons d'accord pour admettre que cela fait du bien d’entendre parler de belles initiatives, de démarches qui marchent, de pratiques où on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, bref de choses concrètes et non de pelletage de nuages. Ça nous change… Et cela va dans le sens même de ce que prônait John F. Kennedy, quand il a dit: "And so, my fellow Americans: ask not what your country can do for you — ask what you can do for your country."  Plutôt que d'attendre l'intervention gouvernementale, Marjorie Villefranche a choisi de faire un petit quelque chose qui, concrètement, fait une différence. Je pense que, compte tenu de la présente impasse politique au Québec, il y a là une leçon dont plusieurs pourraient tirer profit... Mais qui s'en souciera? Le gouvernement est responsable de tous les maux de la terre, tout le monde sait cela...

Il n'empêche que des Marjorie Villefranche, le monde en a bien besoin....

mardi 1 mai 2012

L'ours à gants blancs


Le sujet n’est pas très sérieux, j’en conviens aisément. Mais il est cocasse et symbolique, du moins de la façon dont je l’interprète. Et puis, à la fin, y'en a marre de tous ces drames qui n'en sont pas et qui nous empoisonnent l'existence. Une pause s'impose.  Et c'est en lisant cet entrefilet paru récemment sur La Presse, que j'ai enfin souri.

En effet, si vous êtes comme moi préoccupés par les changements climatiques qui menacent les écosystèmes les plus fragiles, vous savez déjà que l’une des grosses espèces animales les plus menacées, c’est l’ours polaire, grand roi de la banquise arctique et symbole du froid et de la neige. Or, l’un des effets les plus aisément observables du réchauffement de la planète, c’est bien le rapetissement de la banquise arctique et, par le fait même, le rétrécissement du milieu de vie de l’ours polaire. D’où l’on peut aisément déduire que, si la tendance se maintient, ce noble animal s’éteindra inexorablement d’ici peu. Mais à lire l’article ci-haut mentionné, on découvre avec surprise que cet animal aux traits si bien adaptés au milieu polaire, n’a pas hésité, au cours des millénaires passés, à aller brouter dans le champ du voisin pour assurer sa survie! Évidemment, brouter est mal dire, puisqu’il s’agit ici d’un féroce carnassier, bien équipé pour éventrer tout ce qui vit et s’en délecter proprement. Mais vous m’avez compris. L’ours polaire a migré vers le sud lorsque, dans le passé, son habitat s’est réduit à une peau de chagrin et bien lui en a pris, puisque ce faisant, il a assuré sa survie jusqu’à notre ère! Mais le plus drôle, c’est qu’il s’est hardiment accouplé avec des ourses brunes! Alors dites-moi, vous ne trouvez pas que c’est une belle leçon de vie, vous autres? L’ours polaire, pas regardant sur la couleur du poil! Eh bien! Qui l’eût cru? Et les femelles, contentes de voir arriver la belle bête au blanc pelage, s’en réjouissaient d’autant plus que la bête était costaude, hein!

Première morale de cette histoire : blanc et noir vont très bien ensemble!

Deuxième morale de cette histoire : les femelles préfèrent les costauds!

Troisième morale de cette histoire : la survie d’une espèce ne s’encombre pas de racisme!

En fait et si ce n’était pas un phénomène scientifiquement démontré, ce pourrait être une excellente fable que n’aurait sûrement pas désavouée monsieur de La Fontaine…

Comme ceci, par exemple (sans comparaison avec le grand fabuliste, cependant) :

Un ours tout blanc et fort en gueule,
Cherchait partout, par monts, par vaux,
Une compagne qui serait seule,
Et qui pourrait lui faire un veau.

Mais le mâtin malgré sa taille
Restait toujours sur le carreau
Car les femelles, faute de mangeaille
Décédaient toutes sans dire mot.

Vint à passer une ourse brune,
En chair, bien ronde, toute en chaleur
«Holà! Beau blanc t’es dans la lune?
Ne sens-tu pas que c’est mon heure?

Oyant ces mots, le mâle polaire
Ressent l’appel et s'y soumet;
Il saute la brune sans tant s'en faire
La fait reluire comme un goret.

De cette union naquit l'ourson
Dont tous les autres s’émerveillèrent
Ni blanc, ni brun, joli grison,
Il fit la joie de la clairière.

Bon mois de mai à tous et à toutes!



dimanche 29 avril 2012

La valeur de l'aide


Aujourd'hui, je passe sur les événements du Québec. Aujourd’hui, je veux plutôt commenter la nouvelle du passage d’un prof de sciences économiques à l’UQAM à Port-au-Prince et des propos qu’il y a tenus. Car ce sont des propos osés mais qui sonnent justes à mon oreille de non-spécialiste. En deux mots comme en mille : l’aide internationale n’aide pas vraiment. Pas parce que l’argent n’arrive pas à destination, comme je le croyais avant de lire l’article et comme vous le croyez sûrement : simplement parce que l’aide crée une forme de dépendance qui, en bout de ligne, nuit au développement durable. Je vous invite à lire l’article, car je n’ai pas l’intention de vous redire ce qui s’y trouve fort bien dit, à savoir : les exagérations pour obtenir l’aide, la corruption qui s’en suit, la dépendance qu’elle crée, et j’ajoute, l’apathie et le fatalisme qui en font partie sans oublier bien sûr l’ingratitude. En fait, ce que l’aide internationale accomplit, c’est une infantilisation de la population haïtienne. Ça, ce n’est pas dans l’article, mais c’est mon avis tout de même. Et je vous cite la conclusion qu’on attribue au professeur en question : «Il ne faut pas compter sur l'aide. Le développement ne peut venir que de l'intérieur d'un pays qui se mobilise.» Or, c’est précisément ce que l’aide empêche, la mobilisation du pays. Et la chose se comprend aisément si l’on prend un exemple concret.

Vous vous cassez le pied. On vous met dans le plâtre et on vous prête des béquilles pour que puissiez néanmoins vous déplacer. La cheville guérit, mais vous avez peur de recommencer à vous porter sur le pied estropié, alors vous prolongez la période béquilles parce qu’elle constitue un moindre mal. Or, il faut oser remarcher pour se rendre compte que les béquilles ont fait leur travail et qu’elles ne sont plus nécessaires. Mais le problème c’est qu’on s’y fait, aux béquilles… Et depuis le temps que le pays avance à l’aide de béquilles internationales, on comprend qu’il devienne presque impensable de faire autrement… Et pourtant…

Pourtant, les béquilles fournies depuis le tremblement de terre ont fait leur travail : les gens étaient sans abri, on leur en a fourni; l’eau potable brillait par son absence, on en a distribué; les sanitaires n’existaient pas, on en a construit. Bref, on a aidé le peuple de la façon la plus simple qui soit : en leur donnant ce dont ils avaient un besoin immédiat. C’est d’ailleurs l’une des recommandations du prof de l’UQAM : «Une aide efficace est une aide qui est la plus directe possible, limitée dans le temps, coordonnée et qui mobilise les populations.» Mais alors, me direz-vous, que penser des organisations qui construisent écoles, hôpitaux ou orphelinats et qui s’implantent dans le pays à qui mieux mieux? Je dis qu’il y a là un danger de tomber dans le piège d’une immixtion dans des structures qui ne nous appartiennent pas, qu’il ne nous appartient pas de juger et encore moins de réformer. C’est là le rôle de l’État. Cela dit, rien n’empêche de lui donner un coup de main, en autant que l’État le demande et en reconnaisse la nécessité. C’était le cas après le tremblement de terre, ce l’est moins maintenant…

Si bien que vous voyez le paradoxe : l’aide se révèle souvent un remède pire que le mal qu’elle entend traiter et pourtant, sans aide, le pays vacille. Une situation pas facile pour laquelle le remède miracle, justement, n’existe pas.

Quant au Québec, c'est à se demander si ce n'est pas lui qui aurait besoin de l'aide internationale à l'heure actuelle pour se sortir d'un bourbier qui commence à sentir drôle...


mardi 24 avril 2012

Le pays à la dérive?


Ça ne va pas très bien au pays des Haïtiens. On le sait, tout le monde le sait, mais tout le monde préfère fermer les yeux sur la chose car qu’y peut-on? Tout le monde sauf quelques journalistes hardis qui n’hésitent pas, au péril de leur vie parfois — et non, je n’exagère rien, croyez-moi —, à dénoncer l’absurde. Ainsi le fait Frantz Duval dans son dernier article intitulé «Absè sou klou». Je ne la connaissais pas celle-là : l’abcès sur le clou. On parle au figuré, bien sûr, mais admettez que c’est une belle image de mal qui devient encore plus mauvais.

Qu’est-ce qui devient plus mauvais? Eh bien à vrai dire, tout! Martelly est malade et ce semble bien vrai, on parle d’embolie pulmonaire, on dit qu’il aurait pu en mourir, on dit qu’il se remet, mais le fait demeure : il brille surtout par son absence du pays, de ce pays dont il est le chef-en-chef. Il n'est pas là, certes, mais en principe, quand le président s’absente, quelqu'un assume la charge de maintenir la barre pointée sur le bon azimut, et ce rôle est habituellement celui du premier ministre. Mais le pays n’a pas encore de premier ministre reconnu! Si bien que, vous l’avez compris, c’est sur le pilote automatique que le pays fonctionne présentement. Et le pilote automatique, ça peut toujours aller sur une autoroute déserte, mais sur un parcours comme celui que suit la nation haïtienne, c’est un peu problématique…

En fait, c’est en peu de mots que Duval brosse le tableau peu reluisant de la situation générale qui prévaut actuellement dans le pays. Jusqu’aux fossoyeurs qui s’en mêlent! Tenez, je vous cite le passage textuel tellement il est éloquent :
«En Haïti, où tout arrive à la fois, les employés du cimetière de Port-au-Prince se sont mis en grève ce lundi pour réclamer six mois d'arriérés de salaire dus par la mairie de la ville. Pour frapper l'imagination, ils ont brûlé des cercueils devant l'entrée de la nécropole et empêché des enterrements d'y entrer.»
La situation est alarmante, ne minimisons rien. Hier, l’entrée routière à la capitale (Carrefour, comme on l’appelle) était bloquée par des manifestations dont les policiers se sont faits les complices passifs. Rien de rassurant, vous serez d’accord… «On est sur place, mais on ne fera aucune intervention», ont-ils déclaré le plus sérieusement du monde. La police. N’intervient. Pas. Je ne sais pas pour vous, mais il me semble que si j’étais un voleur ou un vandale, je me dirais «Let’s go! C’est le temps où jamais de tout saccager sans craintes de représailles!...» Je ne sais pas comment les choses vont évoluer mais je le redis : ce n’est pas tellement rassurant…

Heureusement, aujourd’hui, la route est rouverte. C’est lent, mais ça passe. De toute façon, ce goulot d’entonnoir est toujours lent, même dans les meilleurs moments, alors… Néanmoins cela ne veut pas dire que tout est rentré dans l’ordre, car demain est un autre jour et la foire risque de reprendre de plus belle. Bien sûr, on comprend l’insatisfaction croissante, on comprend la frustration et l'amertume, mais cela ne veut pas dire qu’on peut la résoudre en criant lapin. Au moins si le gouvernement avait les choses en main, on pourrait croire que, petit à petit, elles vont s’améliorer. Mais ce n'est pas le cas. En fait, dans la situation actuelle, il est permis de se le demander très sérieusement : qu’est-ce qui va nous tomber sur la tête, maintenant? Le ciel? Et pourquoi pas? La saison des ouragans est encore loin, mais sera tout de même au rendez-vous, chicanes politiques ou pas…

Ti peyi-a, comme le chante si bien Luck Mervil...

samedi 21 avril 2012

Le Jour de la Terre


Le Jour de la Terre. Ça n’existait pas «dans mon temps». La terre existait pourtant, n’en doutez pas, vous les drôles qui voulez me faire remonter au déluge ou avant. Ce que je veux dire, c’est que célébrer l’existence de la terre, on ne faisait pas ça. Et pourquoi l’aurait-on fait? Pourquoi célébrer la terre plus que la grandeur de notre univers, par exemple? C’est qu’à l’époque, la terre était une évidence, un exemple de pérennité. Après tout, n'avait-elle pas au moins 4 milliards d'années? Et n'était-elle pas encore là pour un autre 4 milliards d'années à quelques millions près? Alors pourquoi s'en faire? Aujourd’hui, le discours a changé. Aujourd’hui, on sait la fragilité de notre grand vaisseau sidéral et on veut qu’il dure, pas seulement pour nous dont la durée de vie est forcément limitée, mais aussi pour les générations futures, celles qui existeront possiblement dans cent mille ans et plus. Possiblement. Ce futur existera-t-il? Pourra-t-il seulement exister? Maintenant, on le sait, rien n’est moins sûr, d’où justement la nécessité de s’arrêter un peu sur la valeur du navire : tiendra-t-il le coup? Car le futur, c'est d'abord et inévitablement celui de la planète.

On parlait jadis de cinq grandes formes de pollution qui sévissaient sur la terre, spécifiquement dans nos pays industrialisés : pollution de l’air, de l’eau, de l’espace, de la nourriture et pollution par le bruit. De nos jours, on se contente de parler de la pollution de l'air, de l'eau et du sol comme étant celles les plus susceptibles d'altérer les conditions de vie planétaires. Or, toutes ces formes de pollution se sont développées sensiblement au cours des dernières années, et ce, malgré tous les efforts accomplis pour contrer la tendance. Car nous nous en allons vers une planète de plus en plus polluée, il faut bien le dire, et ce ne sont pas les bêtes ou les plantes qui en sont les responsables. (En passant, je trouve intéressant de noter que pollution est un mot d'origine religieuse...)

Ainsi le réchauffement. Tout le monde en parle et personne, ou à peu près personne, n'ose maintenant en contester la réalité : les activités humaines sont en grande partie responsables de ce réchauffement qui, quoiqu'on en dise, menace l'équilibre de notre écosystème. L'humain, encore...

Il semble que la main humaine tienne la planète en étau.

On dit que la conscience planétaire s’aiguise et que le sens d’une responsabilité partagée par toutes les nations se développe. Je n’en crois rien. Je pense au contraire que l’appât du gain continue d’être à la source des choix de société. Tout le monde veut plus, tout le monde veut la richesse et l’image qui l’accompagne. Pour la planète, on verra après.

Et pendant ce temps, la terre se peuple chaque jour un peu plus. Nous sommes présentement plus de 7 milliards. On nous dit que l’expansion démographique devrait stopper autour des 9 milliards. Permettez-moi d'être sceptique... Trop de facteurs entrent en ligne de compte et je pense qu'il faudra attendre 2050 pour voir. (Je parle aux jeunes, bien entendu...) Et pendant ce temps, les optimistes aiment croire que les ressources vont s’accroître, que les riches vont partager leur richesse avec les pauvres et que tout le monde va faire sa part pour une planète plus saine. Et le Père Noël, monté sur ses grands rennes, va venir faire une distribution spéciale de iPad le 25 juillet prochain… Tant qu’à y être…

Des fois, je me demande si nous n’en sommes pas à cette fameuse réplique mise dans la bouche de l’agent Smith dans le film Matrix (le premier, le meilleur) : 
"I'd like to share a revelation I've had during my time here. It came to me when I tried to classify your species. I realized that you're not actually mammals. Every mammal on this planet instinctively develops a natural equilibrium with their surrounding environment, but you humans do not. You move to an area, and you multiply, and you multiply, until every natural resource is consumed. The only way you can survive is to spread to another area. There is another organism on this planet that follows the same pattern. Do you know what it is? A virus. Human beings are a disease, a cancer of this planet. You are a plague, and we … are the cure."
Et si c’était ça le véritable drame?...

mercredi 18 avril 2012

Les jeunes et les autres


Non, rassurez-vous, je ne remets pas ça. Enfin pas vraiment. Car j’ai beaucoup lu depuis mon texte sur les préoccupations québécoises et il est clair que le sujet est chaud et soulève les passions populaires des uns autant que des autres. J’aime assez. Certes il y a toujours le danger du dérapage majeur, mais le brassage d’idées fait du bien, surtout pour les jeunes.

J’aime les jeunes. Ceux et celles qui me connaissent le savent : j’aime les côtoyer, les provoquer, connaître leurs points de vue et les regarder aller. J’aime la jeunesse parce que c’est une belle période de vie dont je me souviens avec bonheur. Car oui, je me souviens d’avoir été jeune. Je me souviens d’avoir participé à des «manifestations» qui, si elles n’avaient rien de l’ampleur de celles qui ont récemment marqué l’Histoire du Québec, nous faisaient néanmoins sentir importants. Jeune, j’ai lu Mao Tsé-toung et Hô Chi Minh parce que je cherchais à comprendre. Mais je n’ai pas vraiment compris…

Dire que les jeunes d’aujourd’hui sont moins bien que nous étions est une totale aberration. Ils ne sont ni meilleurs ni pires. En fait et s’il est une chose, ils sont certainement mieux informés, ce qui ne les rend pas plus intelligents, mais certainement moins naïfs. Et les jeunes, ne l’oublions pas, sont des humains en devenir, car on ne reste pas jeunes, malgré tout ce que notre société hédoniste peut promouvoir dans ses images de jeunesse éternelle. Et ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui composeront la société adulte de demain. Ils et elles seront ministres, journalistes, juges ou artistes, peu importe mais leur place au sein de la société en fera des rouages importants, voire essentiels à l’organisation sociale. Mais avant d’en arriver là, il faut que jeunesse se passe. Vouloir en faire des citoyens à part entière à ce stade me paraît prématuré, tout comme lorsqu’on pousse des enfants à l’école trop tôt. L’enfance est sacrée; l’adolescence et le jeune âge adulte le sont tout autant. Les jeunes ont des droits, mais ils ont aussi des devoirs, dont celui d'accepter les règles d'un jeu qu'ils ne sont pas en mesure de comprendre bien à fond. Avoir lu Marx ou Engels ne veut rien dire. Et je parle d’expérience personnelle. Pour apprendre la vie, il faut vivre, c’est aussi simple que cela.

Ici en Haïti, les jeunes sont majoritaires : l’âge médian de la population est de 20 ans tout juste. Quand éclate une manifestation, ce sont ces jeunes qu’on voit dans les rues; ce sont eux qui osent, qui tirent des roches ou des cartouches et qui «jouent au cowboy». Et dites-moi : quelle différence existe-t-il entre les jeunes Chinois, Haïtiens ou Québécois? «Quand on aime on a toujours 20 ans», chante Ferland. À 20 ans, on a la vie devant soi; on est prêt à tout; rien ne nous fait peur. J’aime ça et je me souviens de mes 20 ans. Et c’est dans cette foulée que je ne condamne nullement les jeunes du Québec de contester une décision qui ne fait pas leur affaire : j’aurais fait la même chose. Mais aujourd’hui, je suis vieux, enfin plus vieux (ce qui ne me rend pas pluvieux pour autant) et je vois les choses d’une certaine distance — en fait, d’une distance certaine — et si certains veulent faire sauter le gouvernement pour afficher leur supériorité intellectuelle, je ne suis pas preneur. Le plus mauvais gouvernement vaut mieux que pas de gouvernement du tout et le gouvernement parfait n’existe pas, sauf bien sûr en Utopie…

Alors oui, laissons les jeunes être jeunes, laissons-les se prendre pour Le Che ou pour des disciples de Mao ou de qui l’on veut, mais sans casse. Car c’est là qu’il faut mettre une limite. Pour ma part, je le reconnais, je crains les débordements, je crains les dérapages, je crains les inutiles affrontements, je crains les excès… Parce que je ne suis plus jeune, sans doute, mais aussi parce que je sais où les excès mènent et ce n’est jamais là où l’on croit…

dimanche 15 avril 2012

À la recherche d'un restaurant...


Bon plan aujourd'hui : nous allons à la plage, nous passons quelque temps avec nos amis avant leur départ pour le Québec (qui, souhaitons-le, ne sera pas en état de siège...), nous partageons avec eux un rhum sour pas piqué des vers et nous mangeons au restaurant. Et qu'est-ce que vous dites de ce plan? Pas mal, hein? Sauf à vrai dire dans sa partie restaurant, car c'est là que les choses se gâtent. Bien sûr, la langouste grillée y trône en reine et le plat n'est pas si mal. Mais ce n'est rien pour se péter les bretelles. Même chose du côté du restaurant voisin ou chez l'autre voisin, en fait de tous les côtés : la nourriture et le service laissent à désirer et pourtant, les prix sont tout de même élevés... Ce n'est pas une situation exceptionnelle au pays, mais presque une règle à laquelle seule la capitale échappe : les restaurants (ou les hôtels qui en tiennent lieu) ne sont pas à la hauteur des attentes de gens qui veulent bien manger, pas juste s’empiffrer.

Voyez par vous-même : aux Cayes, troisième ville du pays en importance, on ne trouve pas un seul endroit où il est possible de bien manger. En fait les établissements qui s'annoncent comme restaurants se comptent sur les doigts d'une seule main et ceux qui «valent le détour», comme dirait le guide Michelin, sont simplement inexistants. Pourtant, lorsqu'on voit la quantité d'étrangers qui habitent et travaillent aux Cayes, sans compter une large proportion d'Haïtiens nantis, il est permis de se demander pourquoi.

Réponse logique, même pour ceux ou celles qui n'ont jamais mis les pieds en Haïti : la demande n'est pas là. Les lois du commerce étant régies par cette immuable règle de l'offre et de la demande, rien ne sert d'offrir un produit ou un service dont personne ne veut, pas vrai? Pourtant, je puis vous certifier que nous sommes plusieurs qui apprécieraient de pouvoir bien manger à un restaurant sans avoir l'impression de jeter son argent à la poubelle et je serais très surpris qu'une étude de marché réfute le point. Dès lors, qu'est-ce qui empêche de tels établissements de voir le jour et de prospérer? Il y a plusieurs raisons qui viennent à l'esprit.

D'abord, il faut  dire, à la défense des éventuels restaurateurs, que les produits culinaires ne sont pas aisément accessibles et coûtent la peau des fesses, sans compter les pertes dues à la rupture régulière du courant (les frigos et les congélateurs stoppent). Ainsi, le filet de bœuf, qui se prête à bien des combinaisons et qui s'apprête fort bien en steak, ne se trouve qu'à Port-au-Prince! Les fruits de mer, qu'on croirait abondants dans une ville située au bord de la mer, sont souvent introuvables ou de qualité douteuse. Pas facile dans ces conditions de maintenir des stocks adéquats. Puis, il faut dire qu'il n'est pas évident de trouver des cuisiniers ou des cuisinières sachant cuisiner. Ceux qui sont bons sont concentrés à la capitale ou dans des hôtels bien réputés, pas ici aux Cayes. Dès lors, même avec de bons produits, offrir une bonne nourriture reste un défi de taille. Le service, un élément important d'une sortie au restaurant, est médiocre partout où nous sommes passés et pas en raison d'une mauvaise volonté quelconque mais plutôt à cause de l'ignorance et du manque d'entraînement du personnel affecté à cette tâche (exception faite de notre cher Jean-Hubert). En plus et comme si ce n'était pas assez, ce service est toujours d'une lenteur qui mine la patience des plus vertueux. Je sais, je sais : vous allez me dire qu'on ne va pas au restaurant pour se presser, mais tout de même, il y a une limite, croyez-moi... Enfin, les propriétaires, à de rares exceptions près, n'ont pas le souci du client et de ses désirs. Un client satisfait ne vaut pas mieux qu'un client insatisfait puisqu'il paie le même prix en bout de ligne. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur, n'est-ce pas? Et je ne vous parle pas de la propreté des lieux, de la ventilation inadéquate ou du niveau sonore de la télévision, éléments qui ne contribuent guère à vous mettre en appétit...

Tout compte fait, à bien y penser, je pense que nous allons nous contenter du simple rhum sour aujourd'hui...

jeudi 12 avril 2012

Préoccupations québécoises


J’avais dit que je ne me prononcerais pas sur le sujet. J’avais dit que, étant loin, je ne pouvais qu’avoir un point de vue éloigné. Mais de la façon dont les choses évoluent et avec tout le battage médiatique qu'on nous sert jour après jour, je me sens invité à y mettre mon grain de sel. Notez bien que je parle d’un grain de sel : pas d’un plat d’épices, alors pas de panique, je vous prie.

Ceux qui me suivent sur cette plate-forme savent que je ne fais pas de politique, ni en Haïti ni ailleurs. Dès lors, que les étudiants du Québec fassent une «grève» pour protester contre les édits de l’État ne me dérange pas du tout. Je ne suis pas pour, je ne suis pas contre. En sortira ce qu’il en sortira. Mais ce qui m’intéresse dans ce cas, c’est le mouvement de masse. Car ce mouvement est très instructif et nous en dit long sur ce qui mijote au pays de l’abondance et de la facilité. La masse elle-même d’abord : plus elle est importante, plus ses impacts le seront. C’est un peu le scénario d’un astéroïde qui frapperait la terre : petit, il s’autodétruit en pénétrant dans l’atmosphère; massif, il risque de causer des dommages majeurs. Masse donc. Mais il y a plus : il y a le côté party du mouvement et ça, je le dis à qui veut l’entendre (et même à ceux qui ne le veulent pas), c’est dangereux. Ça peut déraper aisément. Or, plus le temps avance, plus l’énergie festive qui accompagnait les manifestations étudiantes se transforme en rage. «Ce ne sont que des étudiants», dites-vous? Je ne suis pas d’accord. Voyez-les, masqués comme des terroristes… Voyez-les, organisés comme des militaires. Voyez-les, brandissant des banderoles professionnelles. Voyez-les défier la police… Il y a du danger là-dedans… Et quand on lit que «une frange se radicalise », je ne sais pas pour vous, mais il me semble que l’on s’en va dans une drôle de direction là… Je vous cite encore cette réflexion, lue en commentaire à cet article et qui semble être d'un étudiant (ne jugez pas l’orthographe, s’il vous plaît) : «Je ne voit qu'en expérience aquise des babyboom que de l'embourgeoisement. La révolte es désormaist la seul solution.» Ça ne vous inquiète pas un peu de lire des trucs comme ça? Moi oui. Notez en passant que sur pas moins de 6 fautes, le mot «embourgeoisement» — pas un mot utilisé à tous les jours, quand même — est orthographié correctement. Dites, ça ne vous fait pas tiquer, vous autres? Ben moi, si.

Certains, certaines en profitent pour faire le procès du gouvernement actuel. Rien ne l’empêche. Ce peut être le pire gouvernement que l’Histoire du Québec n’ait jamais connu, pour ce que j’en sais. Mais c’est le gouvernement. Et le jour où il va changer, un autre sera mis en place qui sera peut-être meilleur, peut-être pire, et qui fera l’affaire des uns et le drame des autres. C’est comme ça. Mais peu importe la valeur du gouvernement du Québec, le conflit actuel est potentiellement dangereux car les étudiants, par définition et en grande majorité, sont jeunes. Et les jeunes, vous le savez si vous l'avez déjà été, n’ont peur de rien.

En tout cas, je n’ai pas honte de le dire : tout mouvement de contestation articulé à ce point, bien qu’il force une certaine admiration, doit aussi engendrer une certaine crainte. Un peu comme lorsqu’un jeune roule à 180 km/h sous influence de l’alcool. Il se peut que rien n’arrive, mais avouons que les conditions sont réunies pour une véritable tragédie…

Quant à tous ces beaux intellectuels qui encensent la contestation étudiante, je dis : pourquoi se servir des étudiants pour faire ce que vous n’avez jamais su faire?

mercredi 11 avril 2012

De l'espoir et du désespoir


Ce qui suit est plus une réflexion personnelle, une forme de précision de ma pensée sur mon pénultième sujet, là où j'abordais une fois encore, en parlant des Haïtiens, la notion d'espoir. Or, j'ai reçu un commentaire d'un lecteur bien articulé qui suggère qu'il faudrait plutôt parler de désespoir dans le cas de ces gens qui s'embarquent pour ailleurs. Sa vision des choses m'a fait m'arrêter un peu plus sur la question et j'en partage aujourd'hui les grandes lignes avec vous.

En effet, il peut sembler curieux de parler d'espoir alors que le gens s'exilent. Mais je parlais d'espoir d'un monde meilleur qui, s'il ne se trouve pas en ce pays, se trouve sans doute ailleurs. C'est un espoir bien naïf, car rien ne dit qu'il s'agit là d'une vérité; mais c'est de l'espoir tout de même, car le simple fait de vouloir aller ailleurs signifie que l'on croit que cet ailleurs sera mieux. Espoir donc, et non désespoir. Le désespoir est négatif, sombre et apathique. Les gens désespérés ne font plus rien, ils se laissent aller, souvent tombent malades et souvent, meurent sinon de maladie, parfois de suicide. Le désespoir n'amène pas à l'action, mais plutôt à la passivité indifférente, au découragement. Dangereux le désespoir... L'espoir lui, fait vivre. Incidemment, j'aime beaucoup ce proverbe haïtien (lespwa fè viv), beaucoup plus que son pendant français (tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir), car dans le libellé haïtien, l'espoir devient source de vie, tandis que du côté français, l'espoir découle de la vie. Or, je pense que ce n'est pas ça. Ou en tout cas et si c'est parfois le cas, c'est un peu trop réducteur. Car c'est l'espoir qui représente l'énergie motrice; l'espoir qui permet à des gens de tenir le coup alors que tout inciterait à laisser tomber. L'espoir, c'est de l'énergie, alors que le désespoir, c'est son absence.

J'ai parlé dans un texte ancien de l'espoir noir, ou si vous préférez, du côté noir de l'espoir. C'était en rapport avec Star Wars et le côté obscur de la Force. La Force est là, accessible à ceux qui en suivent le chemin ardu. Mais comme on le sait grâce aux films, elle peut s'exprimer négativement, et c'est un peu ce qui fait peur : un espoir déchu, battu, écrasé n'aboutit pas vraiment au désespoir, mais plutôt à la révolte et au «tant qu’à y être»...

Certes, on me dira, mon ami en tête, que les gens qui quittent les pays dans des conditions si risquées — physiquement autant que politiquement, ne l’oublions pas — peuvent avoir atteint le fond du baril et se dire qu’ils n’ont plus rien à perdre. Mais pour avoir connu personnellement un type qui croyait dur comme fer en cet eldorado hors pays et qui, malgré mes mises en garde répétées, a englouti dans l’aventure toutes ses économies et bien davantage, j’affirme que l’espoir — que dis-je : la quasi-certitude d’une vie meilleure est à la source de ce désir d’exode. Quant à l’espoir noir, oui, il me fait peur. Car l’espoir déçu ressemble fort à une tromperie et qui aime se faire tromper, je vous le demande? C’est sans doute pour cette raison que les réactions du peuple à l’inertie gouvernementale sont si radicales parfois : on met tellement d’espoir dans l’État pour résoudre tous les problèmes courants qu’on tombe de haut quand l’État se révèle incapable d’accomplir les prouesses attendues et alors, on se fâche et on sort les armes...

C'est à se demander si, parfois, le désespoir apathique n'est pas préférable...


dimanche 8 avril 2012

C'est Pâques, vous mangez quoi?


Puisque c’est Pâques, puisque c’est une fête traditionnelle qui comporte sa dose de traditions, je vous en parle. Traditions haïtiennes, bien entendu, car ce sont elles qui, par leur originalité, sont plus susceptibles de retenir votre attention. Entre autres, lisant par hasard l’éditorial de mon ami Frantz Duval (non, il n’est pas vraiment mon ami, mais la qualité de son écriture me fait lui trouver un côté nettement amical…), je me suis dit que son texte méritait que je vous le suggère et que j’en fasse quelques commentaires.

M. Duval parle entre autres du poisson salé (le poisson gros sel est, en effet, très bon), servi avec multiples accompagnements, le tout noyé dans l’huile, comme le précise si bien M. Duval. Rien de bien gastronomique là-dedans, mais ce n'est pas l'idée. Il s’agit simplement d’une tradition et tous s’entendent pour la respecter, si bien que le poisson, ces jours-ci, est introuvable et lorsqu’on en trouve, hors de prix. La semaine prochaine, les prix seront redevenus ce qu’ils étaient avant et la disponibilité du produit ne causera plus de problèmes. Mais autour de Pâques, c’est la folie furieuse. Incidemment, Frantz Duval avance une idée intéressante. Je vous le cite :
«Cela dit, Haïti est l'un des premiers importateurs mondiaux de hareng saur et sel. Le saviez-vous? Toute l'année, nous consommons les salaisons, sans penser à en faire une affaire locale. Ces caviars du pauvre sont une grosse affaire.»
Intéressant, n'est-ce pas? Et pourquoi pas?...

Mais je reviens aux traditions, car à quoi servent-elles, sinon à faire vivre l’histoire en la prolongeant?

Lorsqu'on regarde les sociétés diverses, les plus intéressantes sur le plan sociologique sont celles où les traditions sont les mieux ancrées. Le présent est mobile et suit la mode du jour; les traditions ont leurs racines dans le passé et sont, par nature, imperméables au présent… jusqu’à un certain point à tout le moins. Et je dirai que ce qui fait la force d’une tradition, c’est précisément le fait qu’on en ignore l’origine, un peu comme si elle avait toujours existé. C’est précisément le cas de cette tradition culinaire. J’en ai cherché un peu à droite et à gauche quelques explications mais n’ai rien trouvé, ce qui ne me surprend guère. Cependant, comme le poisson est grand symbole de la chrétienté, j’ose croire qu’on a pu, à un certain moment, en faire une pratique traditionnelle pour célébrer la grande fête chrétienne de Pâques. Reste que je suis un peu étonné que la tradition ait cours seulement ici, car même dans les pays par nature mangeurs de poisson — je parle ici des pays scandinaves —, la tradition ne semble pas aussi solide, bien qu’il soit écrit, sur Wikipedia, que le smörgåsbord, plat traditionnel de fêtes variées, est aussi servi à l’occasion de Pâques. Or, ce plat offre, bien sûr et entre autres choses, du poisson, mais cela n’a pas vraiment à voir avec la tradition haïtienne. Si donc, se trouvent parmi vous quelques érudits, vous êtes les bienvenus de partager vos lumières avec votre blogueur préféré.

Cela dit, ce n’est pas tout le monde qui attend le jour de Pâques pour s’offrir poissons ou fruits de mer : le Vendredi Saint ou le samedi font tout aussi bien l’affaire, et le dimanche, on servira de la viande, de la vraie, porc, chèvre, bœuf même, apprêtée à toutes les sauces. Et on s’en fera un délice.

Les Haïtiens ne sont pas riches. Je généralise, c’est vrai, mais dans ce cas, je pense que vous me comprenez, même si certains Haïtiens sont en fait, très à l’aise financièrement. Disons simplement que le peuple n’est pas riche. Et pourtant, cela n’empêche nullement ces gens de célébrer dignement cette grande fête qu’est Pâques, fête qui, mieux que n’importe laquelle, symbolise bien l’espoir, le triomphe de la lumière sur la noirceur, de la vie sur la mort. Je pense qu’il convient de s’y arrêter, même si, comme nous, vous passerez sans doute votre tour pour le hareng saur...

vendredi 6 avril 2012

Voguer vers d'autres cieux


Le sujet serait drôle s’il n’était pas tragique. S’enfuir d’Haïti, comme si le pays n’était qu’un bourreau sans âme juste là pour faire souffrir ses habitants n’est certainement pas un sujet léger ni facile à comprendre. Et à voir la photo ci-dessus, prise par un homme d'équipage de la marine américaine il y a quelques années (http://www.navy.mil/view_single.asp?id=24188), à voir la barque et tous ces gens, on se demande... Mais c'est quand je lis un article comme celui-ci, que je deviens un peu choqué. Car franchement, je n’arrive pas à comprendre...

C'est que la fuite de ces gens — puisque c’en est bien une — est une réponse à l’agression, à l’envahisseur. On fuit pour ne pas combattre, soit par manque de moyens de le faire, soit par défaite, mais on fuit parce que le salut est dans la fuite. Question de survie donc. Haïti agresse-t-elle à ce point son peuple? L’écrase-t-elle sous un joug tyrannique? Les gens sont-ils forcés de se taire pour ne pas se faire fusiller? Rien de tout cela. Certes, le pays n’est pas facile à bien des égards, mais la liberté d’expression y prévaut, les gens y sont libres d’agir comme bon leur semble — parfois un peu trop même — et on peut en sortir légalement sans plus de formalités qu’un simple passeport, accessible à tous et à toutes. Est-ce là le portrait d’un pays dont il faut s’enfuir à tout prix, même au péril de sa vie? Pas à mon sens. Les Haïtiens ne sont certainement pas prisonniers dans leur pays et chaque année, des milliers de gens vont et viennent au gré de leur humeur ou de celle de leur porte-monnaie. Juste parmi nos employés, plusieurs sont allés à l’extérieur du pays, en République Dominicaine, à Cuba, en France, au Canada ou aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là. Et en sont revenus. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ou elles ne choisiraient pas d’y émigrer si la chose pouvait se faire aisément. Mais de là à s’embarquer dans une véritable galère, aller défier le sort sur des mers inconnues? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? Il me semble que non. Pourquoi alors ces pauvres gens qui se laissent embarquer — c’est le cas de le dire — dans de pareilles aventures?

La seule réponse à laquelle je puisse penser, c’est la naïveté. Car oui, les Haïtiens sont, règle générale, naïfs et crédules. Dès lors, si un arnaqueur sans scrupules leur fait miroiter une vie de purs délices «lot bò», ils sauteront dans le bateau à pieds joints sans le moindre esprit critique, sans la moindre question sur la valeur de l’entreprise et ses chances de succès. En Haïti — je vous l’ai dit à maintes reprises — l’espoir fait vivre (proverbe). Mais il fait aussi quitter le pays sur une coquille de noix pour éventuellement toucher terre on ne sait où ni dans quelles conditions. Histoires atroces, souvent macabres s’il en est…

Lisez l’article et vous allez vous rendre compte par vous-mêmes : comment des personnes avec un minimum de bon sens peuvent-elles accepter de s’entasser sur un si frêle esquif et risquer pareil voyage, sur une mer imprévisible dont tout le monde a peur — à juste titre considérant que rares sont les Haïtiens ou les Haïtiennes qui savent nager — vers une destination qui semble aussi aléatoire qu’un tirage à la loterie? Eh bien sans doute la réponse est-elle précisément là : pour la même raison que les gens achètent les tickets de loterie : dans l’espoir fou de gagner le gros lot, même si la probabilité n’est que d’une chance sur 13 millions. Mais tout comme à la loterie, les espoirs sont vains et immanquablement réduits à néant lorsque frappe la dure réalité.

Pourtant, ces situations se répètent et les radeaux de la méduse entraînent régulièrement des pauvres naïfs vers le nord, vers ces cieux qu’on croit fatalement plus bleus. Fatalement, il faut qu'ils le soient, n'est-ce pas? Mais en vérité, il suffit de lever la tête pour se rendre compte que, si difficile que soit parfois la vie dans ce pays, le ciel y est d’un bleu qui n’a rien à envier aux autres…

mardi 3 avril 2012

Mangues assassines


Les mangues frappent dur ces temps-ci! Je sais que vous allez vous en étonner et que vous allez croire que j'exagère, mais la chose s’est réellement produite et m’a presque jeté en bas de mon vélo! Et puisque vous en voulez les détails, je vous les raconte sans plus tarder.

Certains d’entre vous le savent, d’autres pas, mais je circule toujours à bicyclette entre mon bureau et la maison. La distance n’est certes pas bien grande — quelques secondes tout au plus —, mais j’aime le vélo comme moyen de locomotion (attention, je ne parle de pas de sport ici et les esprits moqueurs peuvent aller paître dans les prairies néo-zélandaises) et quoi qu’on en dise, c’est nettement plus rapide qu’à pied. Sans compter qu’on évite de marcher dans l’étang qui se forme après toute pluie un peu copieuse et ne serait-ce que pour cette raison, le vélo vaut. Or, depuis le temps, j’ai mes habitudes et je passe à peu près toujours aux mêmes endroits, à peu près toujours à la même vitesse. Quelle ne fut pas ma surprise, samedi dernier, en me rendant à ma réunion avec les employés, de me sentir assailli par un groupe d'objets contondants qui me frappèrent au sommet du crâne! Qu’est-ce qui a bien pu me faire ça? Un peu étourdi, je m’arrête, descends de ma monture à roues et cherche la cause de cette agression. Serait-ce cette petite grappe de mangues (photo)? Je les tâte et au toucher, elles sont dures comme du bois. En outre, suspendues comme ça à leurs longues tiges, elles sont mobiles et articulées de sorte que j’en conclus, très scientifiquement n'est-ce pas, qu’il s’agit bien là de l’agresseur!

Sur le coup, je me suis mis à penser un peu comme Garo dans le Gland et la Citrouille de La Fontaine. Comment un fruit, par ailleurs succulent, peut-il avant sa maturité se transformer en arme assassine? N'est-ce pas là un paradoxe? Peut-être pas. Les bananes vertes ont aussi cette carapace inaltérable et je ne vous parle pas des noix de coco... Quoi qu’il en soit, heurté physiquement et encore plus dans ma dignité, je frottai mon crâne meurtri, me remis en selle et, fouettant hardiment mon destrier à pédales, m’en retournai à mon bureau où,  tout à la pensée de la réunion à venir, je me hâtai d’oublier l’incident…

Mais une fois la bosse résorbée, il faut bien reconnaître que l’incident mérite un petit détour, une petite parenthèse dans l’amas de situations sérieuses qui façonnent notre vie ici. Or, ce sont ces petites choses imprévisibles, ces petits champignons qui poussent spontanément et subitement au cœur de ces forêts de problèmes qui souvent, nous forcent à l’arrêt, à la pause contemplative et inquisitrice. Et tout à coup, la perspective s’élargit, les horizons s’ouvrent et l’on se rend compte que, en dépit des problèmes mentionnés précédemment, il y a encore et toujours ces interludes légers et primesautiers qui font sourire.

Il n’empêche que l’incident a porté ses fruits — c’est le cas de le dire — et que j’en tire aujourd’hui une morale bien instructive : avant de passer sous les branches des manguiers, toujours vérifier si des grappes n’y pendent pas paresseusement. Vous ne trouvez pas que c’est une belle connaissance supplémentaire à ajouter à ma collection? Et généreux comme toujours, je vous la passe, la partage avec vous pour que vous puissiez éviter cet écueil sans avoir à le subir. Non, ce n’était pas une fracture du crâne — j'ai la tête plus dure que ça, quand même —, mais un signe, comme tant d’autres quand on y regarde bien, que la nature fait bien les choses et qu’elle se passe fort bien de l’intervention humaine.

Quant aux mangues coupables, elles pendent toujours à leur tige et prennent le temps de mûrir tout doucement sans le moindre souci pour l’éventuel cycliste égaré.

Encore une chance qu’elles n’aient pas d’épines, les chères…

samedi 31 mars 2012

Les nuages se dissipent


Vous pensiez sans doute que mon texte d'hier était le dernier de ce mois. Moi aussi, je vous l'avoue. Mais comme il était entaché d'une certaine amertume, j'ai voulu changer de goût. Si bien que ce matin, je rencontrais nos employés et employées afin de mettre les cartes sur la table. Bien m'en prit. En fait et en tout état de cause, il me faut ici faire amende honorable c'est-à-dire vous présenter mes plus plates excuses pour cette amère pilule que j'ai égoïstement partagée avec vous hier. Car aujourd'hui, les nuages se sont dissipés et le ciel est redevenu comme il est censé être : bleu à n'en plus pouvoir.

Réunion générale ce matin, donc. D'abord et comme toujours, il fallut un certain temps avant que l'auditoire soit représentatif de l'ensemble, mais environ une demi-heure après l'heure annoncée de la réunion, plus de la moitié des employés étaient là et j'ai donc commencé à m'adresser à eux en termes simples mais bien sentis.

Je vous épargne le détail de mes propos : qu'il vous suffise de savoir qu'ils sonnaient justes (parce qu'ils l'étaient) et que finalement, le message de tristesse et d'amertume que je voulais transmettre a bien passé et a été bien compris. Si bien que la réunion s'est terminée dans une effusion d'affection tout à fait haïtienne qui a balayé les derniers relents de grisaille que je ressentais à leur égard. Une belle réunion, donc et vous pouvez me croire sur parole ou aller vous faire cuire un œuf.

Cela dit, nous n'avons rien réglé, nous n'avons pas changé le monde ni même refait l'hôpital. Mais nous nous sommes entendus et cela seul compte. Bien entendu, j'aurais bien aimé que les instigatrices du mouvement de protestation contre les conditions de travail soient là, mais sans surprise, elles n'y étaient pas. Il est tellement plus facile d'exprimer son mécontentement par derrière, tout le monde vous le dira... Mais je sais mieux maintenant où va la fidélité des employés et pour l'instant, je sais m'en contenter. Je vous l'ai déjà dit et donc vous le savez : «Est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père» (La Fontaine). Je pense qu'il faut savoir faire la part des choses et considérer que, à défaut de la totalité, une majorité confortable est tout à fait révélatrice et il faut savoir s'en contenter. Je m'en contente donc, quitte à corriger la situation plus tard, si possible et si nécessaire. Cependant, ne nous leurrons pas : ce ne sera jamais parfait; les employés ne seront jamais des modèles de perfection, le travail ne sera jamais effectué dans le respect absolu des consignes, les salaires ne seront jamais suffisants et les conditions de travail ne seront jamais idéales. Mais en autant que tous comprennent qu'il ne sert à rien de pester contre le travail et qu'il vaut nettement mieux le faire dans la joie que d'y aller à son corps défendant, c'est l'essentiel. Et je pense que cette partie-là de mon discours a été bien comprise.

Mon discours, justement, parlons-en. Non, je n'ai pas de discours préparé d'avance. À ma compagne qui s'en étonne toujours, je réponds que ce que j'ai à dire importe peu, l'essentiel étant de le dire. Forcément, il y a dans ce discours des redites, des inepties, des omissions et des digressions. Forcément, les idées ne s'enchaînent pas toutes dans un ordre logique formel. Mais rien de cela ne compte, car ce que tout le monde entend, ce que tout le monde attend, c'est la vérité. Que mes propos sonnent juste. Que ma façon de dire vienne de mon fond, qu'elle traduise ce que je pense et ce que je ressens. Et j'avoue que je me fie entièrement sur mes Haïtiens pour capter cette sincérité; ce matin n'a pas fait exception : tous et toutes ont bien compris de quoi il retournait et je pense que la mise au point a porté ses fruits.

Comme quoi il n'y a pas que les manguiers qui portent leurs fruits...

vendredi 30 mars 2012

Le goût de l'amer


Aujourd’hui, l’heure est aux comptes. Oh! Pas avec vous, bien sûr, lecteurs patients et lectrices clémentes, mais plutôt avec certaines employées — notez ici le féminin — qui ne semblent pas apprécier mon dévouement exemplaire (et modeste, bien entendu) et mes efforts répétés pour leur obtenir ce petit quelque chose sur lequel elles crachent aujourd’hui avec un dépit ostentatoire. Notez en passant que ce texte fait suite à ma montée de lait de février dernier, alors si vous n'avez pas particulièrement apprécié ce dernier, vous pouvez vous épargner ce qui suit. Car oui, s'y trouve un certain goût de l'amer, qui n'a rien à voir avec le goût de la mer, vous vous en doutez bien...

Je ne vous parle pas souvent de mon travail, et pour cause : le travail, bien que raison fondamentale de notre présence en ce pays, n’est pas toujours intéressant pour les autres et je me garde bien de vous lasser avec des propos qui, s’ils me sont importants, vous apparaitraient souvent dérisoires. Donc, la plupart du temps, je passe. Mais cette fois, je partage avec vous car c’est un peu frustrant. En effet, pour ceux et celles qui ne le savent pas, ça fait maintenant plus de cinq ans que nous tenons les rennes de ce petit hôpital aux Cayes. Cinq ans entre l’arbre et l’écorce, à danser un tango qui n’est pas toujours facile. Ceux, celles qui ont ou qui ont eu des positions similaires savent de quoi je parle : les préoccupations patronales et celles des employés sont rarement les mêmes, ou si elles le sont, ne sont pas vues du même bout de la lorgnette. Pour les patrons, les salaires représentent la grosse dépense institutionnelle et il faut la contrôler tant bien que mal pour éviter le crash. Pour les employés, les salaires sont toujours trop petits et mal ajustés au coût de la vie, lequel grimpe toujours. Bien entendu, puisque nous vivons en Haïti, nous en connaissons les réalités économiques mieux que nos patrons du Canada, cela va de soi. C’est pour cette raison que depuis notre venue, je me suis efforcé de démontrer aux patrons que les salaires étaient trop bas et que les employés méritaient mieux. Ce ne fut pas facile. Mais petit à petit, les ajustements ont eu lieu. En fait et sans vouloir me vanter, en cinq ans, les salaires ont plus que doublé, soit une augmentation de plus de 130 %, voire davantage dans certains cas (202 % pour les employés d’entretien). En plus, je leur ai fait obtenir le boni annuel qui, à toutes fins utiles, correspond à un mois de salaire supplémentaire. Bref, je le dis sans vanité, leurs conditions de travail se sont sensiblement améliorées depuis notre arrivée et sont enfin rendues à un point où elles se comparent, souvent avantageusement, à celles des autres organisations. Mais comme je vous l’ai mentionné dans une chronique précédente, ce n’est pas assez. Ce n’est jamais assez.

Je ne dis pas que ce n’est pas vrai. Dans un pays en développement, le niveau de vie est forcément moins élevé que dans un pays développé. Mais les coûts de la vie sont également plus bas, ce qui fait que les personnes arrivent tout de même à tirer leur épingle du jeu même si les salaires n’ont rien de faramineux. Sauf en Haïti. Car ici, tout est cher, souvent au-delà de ce que le salarié moyen peut payer. Je vous ai parlé des frais de fréquentation scolaire, des frais d’hôpitaux, des frais funéraires, des frais de location d’une maison, des coûts de construction ou du prix de la nourriture, pour ne citer quelques domaines où l’argent disparaît comme neige sous le soleil haïtien; la vie ici n’est pas facile, personne ne prétendra le contraire. Et depuis cinq ans, j’ai fait ce que j’ai pu pour contribuer à améliorer un tant soit peu ces conditions de vie des employés de l’hôpital. Tout ça pourquoi? Pour récolter aujourd’hui des attitudes hautaines et distantes, froissées de ne pas avoir eu plus et prêtes à m’en faire porter le blâme. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ça ne me paraît pas très juste…

Mais bon, il semble que ce soit le lot des petits chefs de jouer les boucs-émissaires et de recevoir les doléances d’en bas et les reproches d’en haut, alors il faut s’y résigner… It goes with the territory, comme ils disent à Yellowknife…

Reste que parfois, on se demande ce qu’on fait dans ce jeu dont on ne peut jamais sortir gagnant…


mercredi 28 mars 2012

Les accidents arrivent



«Otite séromuqueuse». Voilà, vous savez tout de la suite de mon texte précédent. La remontée a commencé, la perception auditive s’améliore, les bourdonnements s’estompent, bref, ma chère compagne se remet petit à petit. Merci de votre compassion.

Mais ce n’est pas de maladie dont je veux vous parler aujourd’hui. En fait, et bien que j’aie déjà rédigé une partie de texte sur un autre thème, c’est en lisant Foglia et sa série accidents que je me suis décidé à réagir là-dessus. Rarement le cher homme donne-t-il dans le pathos comme ça. Mais depuis le premier de ces textes, il nous plonge dans le sordide et le macabre et franchement, j’avoue ne pas en comprendre trop la visée. Car oui, un accident de voiture dans lequel des personnes meurent est toujours une chose horrible, terrible, accablante et tellement, tellement inutile et injuste. Mais cela, nous le savons tous et toutes, alors avons-nous besoin de ces narrations d’un goût pour le moins douteux? Remarquez que je ne dis pas qu’il faut s’enfoncer dans le cocon de l’inconscience, fermer les yeux et se laisser bercer par cette mélopée si bien connue : «ça n’arrive qu’aux autres». Non. Je ne dis pas cela. Mais il me semble que s’abreuver de ces horribles accidents aux issues encore plus horribles ne fait pas avancer la cause d’une conscience plus aiguisée du danger. Car un accident, ne l'oublions pas, reste toujours un accident, n’en déplaise à M. Foglia. Un accident, par définition, c’est le contraire d’une intention et bien que l’effet puisse parfois être le même, la cause fait toute la différence. Or, même les jeunes qui sont saouls ou gelés comme des balles n’ont pas, a priori à tout le moins, l’intention de tuer quelqu’un en montant dans leur voiture à 3 h du matin et en roulant à 180 km. Inconscience, arrogance même, nous sommes d’accord. Mais intention? Non. Et disant cela, je ne veux pas qu’on croit que je me fais l’avocat du diable ou le défenseur des jeunes défoncés qui tuent au moyen d’une voiture. Ils sont responsables et leur responsabilité va bien au-delà de ce qu’une cour de justice peut déterminer en termes de limite de cette responsabilité. Pas question de les déresponsabiliser donc, pas question de minimiser les conséquences de leurs mauvais choix. Mais on ne doit pas pour autant perdre de vue que l’accident est, par définition, ce qu’on n’a pas prévu, voire ce qui n’était pas prévisible. En fait, selon le dictionnaire, un accident est «un événement fortuit ou imprévu qui interrompt le cours attendu des choses.»  J'aime assez. Un accident de la route, c’est ça. Peu importe les circonstances extérieures, l’accident n’est pas volontaire, il est… accidentel.

Et parlant de circonstances extérieures, laissez-moi vous dire que nos routes haïtiennes n’en manquent pas : trous, bosses, roches tombées du versant de la montagne, branches cassées, obstacles de tout genre, chèvres, bœufs, ânes ou chevaux, sans oublier les poules ni l’obstacle le plus stressant : l’humain, pour qui la route nationale n’est qu’une extension de la place publique. Ajoutez à cela les autres véhicules qui roulent sans phares, sans avertisseur, sans rétroviseurs, voire sans freins et vous saurez à peu près tout. Dire que la route ici est un danger est vraiment peu dire : c’est un jeu de roulette russe. Pourtant, même à la roulette russe, les chances de ne pas mourir sont nettement supérieures à celle de tomber sur la balle fatidique… Remarquez d’ailleurs que le mot fatidique trouve ici tout son sens : c’est le destin qui frappe. C’est le destin qui tue. Si bien que, conscient de cette fatalité qui ne nous appartient pas, je pense qu’il faut se résigner à admettre que, peu importe les mesures que l’on pourra prendre pour les prévenir ou les éviter, il y aura toujours des accidents.

Et l’inconscience, l’ignorance, le je-m’en-foutisme? Eh bien là, je suis d’accord : il faut punir et assez sévèrement pour que la leçon porte ses fruits. Mais on ne punit pas l’accident. On ne punit pas ses causes ou ses agents: on en souffre seulement...

samedi 24 mars 2012

Quand la machine se dérègle



Vous le savez maintenant : cette tribune me convient et je m’y sens à l’aise de vous raconter ce qui retient mon attention. Aujourd’hui, c’est l’état de santé de ma chère compagne, lequel n’est pas vraiment bon. Eh oui, ces choses-là arrivent. Or, tout le monde sait que la santé reste notre bien le plus précieux, pour autant que l’on puisse parler ici d’un bien… Mais que je vous raconte.

Tout a commencé dimanche dernier où, au réveil, elle m’apprend un peu en riant qu’elle est subitement sourde d’une oreille «c’est bien, me dit-elle à la blague, comme ça je n’aurai plus qu’à boucher une seule oreille pour ne pas t’entendre.» Quelle comique, n'est-ce pas... Le cas ne semble présenter rien d’alarmant donc et l’on se dit que la chose rentrera dans l’ordre au cours de la journée. Mais le lendemain lundi, rien n’a changé : elle est toujours aussi sourde. On consulte notre ORL — l’un de nos deux ORL, en fait — qui lui fait passer un audiogramme (lequel confirme l’absence de perception auditive de l’oreille gauche) et qui lui prescrit un glucocorticoïde (prednisone, si vous voulez tout savoir). L’effet est presque immédiat et l’ouïe lui revient progressivement. Mais voilà qu’apparaissent tout à coup des effets secondaires indésirables qui imposent que l’on stoppe immédiatement le traitement. Résultat, retour de la surdité, retour à la case départ, comme on dit. Le médecin rajuste le tir et maintenant, il ne reste plus qu’à attendre.

Mais qu’est-ce donc que cette surdité unilatérale soudaine? Une brève recherche sur le Web apporte toutes les réponses voulues que, bon prince, je partage aujourd’hui avec vous sans frais supplémentaires.

Tout d'abord et ce qui ne laisse pas de surprendre, c'est que tout comme son nom l'indique, l'affection est subite et totalement surprenante, dans le sens : une vraie surprise. Puis, on apprend que ses causes sont aussi multiples que variées — on parle de plus de 100 causes possibles —, mais il semble que la cause infectieuse (virale) soit la plus fréquente (60% des cas, selon ce que j'ai lu), alors faute de mieux et jusqu'à preuve du contraire, va pour l'origine virale. D'où incidemment le traitement au prednisone prescrit par le médecin. Le pronostic n'est pas si dramatique qu'on pourrait le croire : dans un forte proportion des cas, l'ouïe redevient normale après quelques jours ou quelques semaines, alors il est permis d'espérer que tout va rentrer dans l'ordre d'ici peu. Voilà. Vous savez tout. Ou presque. Pour en savoir plus, vous pouvez jeter un coup d’œil sur ce site (en anglais) ou simplement taper "Sudden hearing loss" sur votre moteur de recherche préféré (ixquick pour moi) et vous aurez l'embarras du choix, dont certains articles très fouillés et très techniques, preuve que le sujet captive certains et certaines spécialistes.

Mais le problème ne s'arrête pas à une simple surdité de l'oreille gauche, laquelle serait tolérable sans l'autre mal qui l'accompagne voire en découle : les étourdissements et les bourdonnements. Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que les oreilles — je ne parle pas des pavillons ici —, sont aussi le moteur de l'équilibre, et il semble qu'une oreille qui se ferme aux sons stoppe aussi son mécanisme d'ajustement de l'équilibre et ça se met alors à tourner comme un derviche et non, ce n'est pas la terre. Si bien que la station debout est pénible, voire risquée et comme la plupart des activités s'accomplissent dans cette station, aussi bien dire qu'on est limité. Enfin, le moindre bruit — et Dieu sait s'il y en a ici — produit un bourdonnement cacophonique des plus irritables, je le crois sans preuve. Donc, si vous avez compris quelque chose à mes jérémiades, vous en conclurez que ce n'est pas vraiment une période agréable pour ma pauvre compagne...

Mais bon. Que faire? N'ap swiv, comme on dit ici. Les médicaments sont sa bouée et on ne peut qu'espérer qu'ils seront suffisants pour la maintenir à la surface jusqu'à ce que le vent de la guérison se mette à souffler et la ramène au havre de la santé...

mercredi 21 mars 2012

C'est le printemps!


À lire les grands titres de l’actualité québécoise ces temps-ci, on pourrait presque croire que c’est Haïti qui s’est transportée au nord…! Surtout si l’on additionne la température exceptionnelle qui prévaut actuellement…! Des températures qui ont de quoi étonner, surtout lorsqu’on les compare aux moyennes saisonnières habituelles, lesquelles se situent autour de – 4°C pour la période, alors disons que ces excès — au-dessus de 20°C — ont de quoi surprendre. Évidemment, personne là-bas ne s’en plaint…! La «grève» étudiante, cependant, bien que pas dangereuse en soi, est un irritant pour bien des gens, et pas juste pour les dirigeants politiques. Remarquez que je mets le mot entre guillemets car comme l’a si bien dit Stéphane Laporte dans l’un des brillants billets, une grève ce n’est pas vraiment ça. Manifestations étudiantes donc, grosses parties de plaisir même, surtout avec le temps qu’il fait; et vogue le navire…

Mais je le redis, ce sont des manifestations qui, si elles finissent par lasser, restent tout de même pacifiques à toutes fins utiles. On ne mettra pas Montréal à feu et à sang pour que les hausses soient revues à la baisse, du moins je ne le crois pas. Tandis qu’ici, lorsque ça éclate, personne ne sait vraiment comment les choses vont tourner. Il s’agit là d’une différence majeure entre nos deux pays et je ne crois pas qu’un seul des manifestants actuels se trouverait à l’aise, transposé dans l’une de ces manifestations dont Haïti est parfois si friande. Alors qu’on me comprenne bien lorsque je parle de situation explosive en Haïti : tout peut arriver. Au Québec, on reste dans les limites du raisonnable, de l’acceptable, et c’est précisément pour cela que les gens acceptent. Remarquez encore que je ne prends pas position pour ou contre les étudiants, non pas parce que je n’ai pas d’opinion sur le sujet, mais simplement parce que je ne me sens pas du tout concerné par la chevauchée estudiantine.

Si je vous parle de manifestation, c’est que nous devions en essuyer une dimanche dernier, mais tout comme celle prévue pour le 8 mars, elle s’est évanouie sans avoir le temps de prendre forme. Personne ne s’en plaint, vous l’avez deviné. Encore une fois, la stratégie du chef de l’État est brillante et porte ses fruits. Je ne le défends pas, remarquez, mais je dois admettre qu’il sait tirer les marrons du feu sans se brûler et ça, c’est déjà admirable, croyez-moi. Évidemment, on est sur une corde raide, le pays est sur la corde raide et tout peut arriver, je le redis, mais entretemps, on avance quand même par petits pas. C’est toujours ça de gagné.

Si bien que le travail se poursuit à peu près normalement — il y a toujours des petits problèmes, ai-je seulement besoin de vous le rappeler — et tout le monde vaque à ses occupations habituelles. Le printemps a fait son entrée annuelle hier, bien discrètement d’ailleurs puisque pour vous, gens du Québec, c’était l’été avant le temps! Reste que cette belle température peut vous aider, habitants nordiques, à comprendre le charme d’un climat serein comme celui d’Haïti, où il fait toujours beau, même quand il pleut. Je parle du climat physique, bien entendu. Car le climat social est tout autre… Mais bon, on prend ce qu’on peut quand on le peut, n’est-ce pas?

Alors bon printemps à tous et à toutes!