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jeudi 13 juin 2013
La flamboyance du flamboyant
D’entrée de jeu, je le confesse : je ne suis pas un maniaque des fleurs. Je suis plutôt du type «arbre», pour autant que cette distinction existe. Parlez-moi d'érables, de bouleaux, de frênes, voire de peupliers faux-tremble, de mélèzes ou de sapins et je suis partant. Mais les fleurs, même du temps du "Flower Power", m'ont toujours laissé un peu froid. Quand Rivard chante «J'avais des fleurs dans les cheveux / Fallait-y être niaiseux», c'était exactement mon opinion à l'époque. Ce qui ne veut pas dire que je n'apprécie pas les fleurs, bien au contraire. Le parfum de certaines fleurs, leurs couleurs, leurs formes, sont autant d’éléments qui les rendent appréciables même si on n’en est pas maniaque. Ainsi et pour tout vous dire, j’adore les pissenlits à cause de leur couleur, les iris et les trilles à cause de leur forme, les pensées à cause de leur parfum. Mais parlant de parfum, connaissez-vous celui, capiteux, de la fleur du frangipanier? Un vrai parfum envoûtant, exotique à souhait… Je vous dis ça parce que nous en avons un dans la cour qui en est à sa première floraison et qui s’en gonfle d’orgueil, on le voit bien… Mais le plus beau, c’est l’un des flamboyants qui, lui aussi, a décidé cette année que le temps était venu de nous offrir ses fleurs. Rouges. Rouge flamboyant, en fait…
Faut que je vous dise que les flamboyants ont une valeur particulière pour nous. En effet, à l’occasion de notre première venue en ce pays de la démesure, je travaillais comme enseignant à l’école Flamboyant! La petite école était en effet bordée de ces arbres majestueux qui n’avaient rien de flamboyant à l’époque puisque leur saison était terminée. C’est à l’été suivant que j’ai pu comprendre et apprécier la raison de leur nom : l’arbre devient rouge et sous une certaine lumière, brille de mille feux — flamboie, pourrait-on dire — et se fait assez remarquer, disons. Assez pour qu’on ait le goût d’en avoir dans sa cour, ce qui est exactement ce que nous avons fait : nous en avons planté quelques-uns, il y a environ quatre ans. Immédiatement, je vous entends me dire que quatre ans, c’est bien peu pour que des chétifs arbustes puissent prétendre à une maturité suffisante pour leur faire porter leurs fleurs. Mais les flamboyants poussent à vue d’œil et… voyez vous-mêmes le résultat!
En plus, l’arbre a tendance à produire des branches horizontales qui, évidemment, procurent l’ombre que tout le monde cherche sous les tropiques, un point apprécié à sa juste valeur. Et justement, parlant de valeur, il faut bien avouer que l’arbre n’en a aucune aux yeux de mes amis haïtiens. D’abord, il ne produit aucun fruit comestible, et déjà, l’intérêt vient de baisser radicalement; puis, sa matière ligneuse est extrêmement pulpeuse et donc impropre à une quelconque utilisation commerciale : on ne peut rien faire avec ce bois; enfin, l’arbre produit des racines puissantes et peu profondes qui s’étendent dans toutes les directions et qui cassent tout pour se frayer un chemin vers l’humidité. Bref, pas le genre d’arbre que l’on veut juste à côté de la maison, si joli fût-il lorsque ses fleurs s’excitent.
La raison pour laquelle je vous parle de ces arbres, c'est qu'ils sont symboliquement liés à notre vie au sud et qu'ils représentent cette beauté sauvage et naturelle qui n'existe que pour elle-même. Que l'arbre soit utilisé dans plusieurs pays tropicaux à des fins ornementales n'enlève rien au fait que ce n'est pas là son intention : il est comme ça et c'est tout. Et parfois, j'avoue que cette beauté gratuite nous réconcilie avec l'état du monde...
lundi 14 janvier 2013
La reconstruction (encore!)
Le troisième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010 a donné aux médias un excellent prétexte pour y aller de leurs commentaires concernant la reconstruction d’Haïti. De Port-au-Prince en fait, puisque c’est là qu’aboutissent tous les journalistes et journaleux. Leurs constats, s’appuyant sur un rapide tour de la ville ou l’interview de quelques passants, comme l’a fait la petite Gabrielle, sont forcément partiaux et partiels. Et sévères. Les photos de la Presse nous montrent encore le visage d’une ville toujours en guerre, mais qui n’est pas vraiment différente de ce à quoi elle ressemblait AVANT le séisme, il faut quand même bien le dire… Mais la misère se vend toujours bien, semble-t-il…
Cependant, ce n’est pas la vérité. La vérité, c’est que, compte tenu de la complexité politique du pays, le travail de reconstruction a étonnamment avancé depuis deux ans. Car oui, il y a eu piétinement au début, surtout à cause des débris qui encombraient la ville et qui rendaient le travail impossible. Mais ça s’est placé. Et maintenant, les camps de réfugiés se vident peu à peu, l’aéroport est reconstruit et ressemble à un aéroport international, des gros hôtels ont vu le jour (photo ci-dessus) et on améliore les routes nationales. Hier encore, alors que nous étions sur la route pour la plage, nous avons pu constater qu’un gros travail se faisait pour améliorer les accotements et les rendre plus sécuritaires. Ça n’a rien à voir avec le tremblement de terre, mais c’est une amélioration notable et efficace. Comme on dit par ici, c'est quelque chose. En un mot comme en mille, les journalistes voient ce qu’ils ne connaissent pas, la misère, et la jugent comme s’ils la connaissaient : inacceptable. Mais pour ceux, pour celles dont c’est le petit pain, elle se vit au jour le jour et s'accepte faute d'autre choix. C'est pourquoi les petites améliorations, invisibles pour les étrangers, sont toujours notées et appréciées des habitants.
Cela dit, le travail global reste titanesque, il ne faut pas se le cacher. Et soumis à des contraintes physiques non négligeables, il faut bien le dire aussi. Pensez-y un peu : Port-au-Prince est sise sur le bord de la mer (oui, c’est vraiment un port), appuyé à d’imposantes montagnes. Pas les Alpes ou les Rocheuses, mais pas les monts Notre-Dame non plus… Si bien que les possibilités d’expansion de la ville sont vraiment géographiquement limitées. C’est déjà là un obstacle logistique majeur. Mais le vrai problème, ce sont les trois millions et plus de gens qui y vivent. Trois millions dans une ville conçue au départ pour entre cent et deux cents mille personnes (j'ai lu ça quelque part, mais je ne trouve plus où, désolé) nous donne une idée plus juste du défi à relever pour en faire une capitale moderne. La circulation automobile (à l’heure actuelle, un vrai cauchemar), les égouts, les eaux de ruissellement (qui deviennent de véritables torrents quand il pleut), les ordures publiques…tout concourt à faire de la ville une véritable jungle urbaine. Et pourtant, comparée à ce qu’elle était après le séisme de 2010, la capitale s’est sensiblement améliorée au cours des dernières années, je le redis. Mais pas assez du goût des journalistes ou de celui du ministre Fantino, semble-t-il…
En passant et en changeant un peu le sujet, vous ne trouvez pas drôle la nouvelle de la Presse qui dit que «Ottawa subventionne de plus en plus généreusement les ONG religieuses»? Moi si. Parce que n’en déplaise à M. Fantino, ces ONG foisonnent en Haïti…
Comme quoi rien ne change. Comme toujours, l’anniversaire du séisme est aussi l’occasion pour les médias de remettre Haïti sur la page médiatique, quitte à en dire des bêtises…
Mais en est-on vraiment à quelques bêtises près?
mardi 1 mai 2012
L'ours à gants blancs
Le sujet n’est pas très sérieux, j’en conviens aisément. Mais il est cocasse et symbolique, du moins de la façon dont je l’interprète. Et puis, à la fin, y'en a marre de tous ces drames qui n'en sont pas et qui nous empoisonnent l'existence. Une pause s'impose. Et c'est en lisant cet entrefilet paru récemment sur La Presse, que j'ai enfin souri.
En effet, si vous êtes comme moi préoccupés par les changements climatiques qui menacent les écosystèmes les plus fragiles, vous savez déjà que l’une des grosses espèces animales les plus menacées, c’est l’ours polaire, grand roi de la banquise arctique et symbole du froid et de la neige. Or, l’un des effets les plus aisément observables du réchauffement de la planète, c’est bien le rapetissement de la banquise arctique et, par le fait même, le rétrécissement du milieu de vie de l’ours polaire. D’où l’on peut aisément déduire que, si la tendance se maintient, ce noble animal s’éteindra inexorablement d’ici peu. Mais à lire l’article ci-haut mentionné, on découvre avec surprise que cet animal aux traits si bien adaptés au milieu polaire, n’a pas hésité, au cours des millénaires passés, à aller brouter dans le champ du voisin pour assurer sa survie! Évidemment, brouter est mal dire, puisqu’il s’agit ici d’un féroce carnassier, bien équipé pour éventrer tout ce qui vit et s’en délecter proprement. Mais vous m’avez compris. L’ours polaire a migré vers le sud lorsque, dans le passé, son habitat s’est réduit à une peau de chagrin et bien lui en a pris, puisque ce faisant, il a assuré sa survie jusqu’à notre ère! Mais le plus drôle, c’est qu’il s’est hardiment accouplé avec des ourses brunes! Alors dites-moi, vous ne trouvez pas que c’est une belle leçon de vie, vous autres? L’ours polaire, pas regardant sur la couleur du poil! Eh bien! Qui l’eût cru? Et les femelles, contentes de voir arriver la belle bête au blanc pelage, s’en réjouissaient d’autant plus que la bête était costaude, hein!
Première morale de cette histoire : blanc et noir vont très bien ensemble!
Deuxième morale de cette histoire : les femelles préfèrent les costauds!
Troisième morale de cette histoire : la survie d’une espèce ne s’encombre pas de racisme!
En fait et si ce n’était pas un phénomène scientifiquement démontré, ce pourrait être une excellente fable que n’aurait sûrement pas désavouée monsieur de La Fontaine…
Comme ceci, par exemple (sans comparaison avec le grand fabuliste, cependant) :
Un ours tout blanc et fort en gueule,
Cherchait partout, par monts, par vaux,
Une compagne qui serait seule,
Et qui pourrait lui faire un veau.
Mais le mâtin malgré sa taille
Restait toujours sur le carreau
Car les femelles, faute de mangeaille
Décédaient toutes sans dire mot.
Vint à passer une ourse brune,
En chair, bien ronde, toute en chaleur
«Holà! Beau blanc t’es dans la lune?
Ne sens-tu pas que c’est mon heure?
Oyant ces mots, le mâle polaire
Ressent l’appel et s'y soumet;
Il saute la brune sans tant s'en faire
La fait reluire comme un goret.
De cette union naquit l'ourson
Dont tous les autres s’émerveillèrent
Ni blanc, ni brun, joli grison,
Il fit la joie de la clairière.
Bon mois de mai à tous et à toutes!
lundi 17 octobre 2011
Une sortie à la plage
C'est vraiment trop drôle! Si vous avez lu mon texte de samedi dernier, vous avez noté que j'ai mentionné que l'on écrivait pour être lu. Or, si j'ai toujours cru que certains, certaines parmi vous me lisaient de temps à autre, je n'avais jamais pensé que la chose put se comptabiliser. C'était bien naïf de ma part, puisque sur Internet, tout est comptabilisé, n'est-ce pas? Les ordinateurs laissent une signature chaque fois qu'ils accèdent à un site et ce blogue n'y fait pas exception. Or, voilà qu'hier matin, bercé par la farniente d'un dimanche tranquille, j'ai eu la curiosité d'accéder à la nouvelle version de blogspot. Quelle ne fut pas ma surprise d'y trouver les statistiques des visites reçues! Et de voir que, ma foi, vous êtes relativement nombreux, nombreuses à me visiter, au point que j'en suis un peu gêné, dites! C'est que je suis si modeste!!!... Mais voyez par vous-mêmes : au total, pas moins de 12,592 personnes m'ont rendu visite, ce qui est nettement au-dessus de mes estimations les plus optimistes! Si bien que je me sens un peu sous pression, là...
Mais ce n'est pas de statistiques que je veux vous entretenir aujourd'hui, fête de la mort de Dessalines et donc, congé férié pour tout le monde. Pas du tout. En fait, nous en avons profité pour aller à la plage de St-Georges, pas très loin de chez nous. La plage de St-Georges, c'est le cliché de la plage tropicale paradisiaque : imaginez une plage en croissant, bordée de cocotiers et baignée d'une eau turquoise transparente. Le ciel est bleu, de petits cumulus en rompent la monotonie monochromatique et le soleil brille de tous ses feux. Les vagues, paresseuses en ce jour de congé, se brisent mollement sur la grève. On entre dans l'eau en tout confort : sans l'avoir mesurée, je juge sa température aisément au-dessus de 30 degrés. On nage un peu, on fait la planche – oui,oui, je suis capable maintenant que je suis rendu gros – et on se laisse dériver sans penser... On sort de l'eau, on se fait sécher sous le soleil en lisant un bon livre et on remet ça. Une bonne petite bière bien fraîche avec ça? Pourquoi pas?... Alors dites-moi : que demander de plus? Remarquez, je ne vous dis pas que c'est le paradis, car si c'était le cas, ce serait drôlement plat le paradis, au point que c'en deviendrait vite infernal (incidemment et bien que je l'aie déjà mentionné, je vous suggère fortement de lire ou de relire Huis clos de Jean-Paul Sartre, cette pièce délicieuse où la situation qui semble être pas trop mal initialement se révèle finalement une version subtile mais ô combien efficace de l'enfer)... Alors oui, on se laisse bercer par cet environnement idyllique, mais après un certain temps, gorgés de soleil et salés comme une viande ou un poisson prêt à la conservation, on se dit qu'il est temps de rentrer...
Mais à moins d'un cataclysme majeur, on sait qu'on pourra toujours y retourner. La mer sera toujours là et elle aura beau s'agiter et battre le sable de ses élans, rien n'y fera, la plage demeurera. Pérennité des choses, dites-vous? Je suis d'accord. Le mot est joli et exprime bien l'intemporalité et l'immuabilité de ce décor qui en a vu d'autres et qui en verra encore bien d'autres avant de s'altérer, même modestement. De quoi apprécier la géologie, convenons-en...
La plage, la mer, le soleil. Trois éléments permanents en Haïti. Trois parties d'un tout que tout le monde associe à la joie de vivre, à la détente, au plaisir. En d'autres pays, ces éléments sont repérés de bien loin et exploités pour ce qu'ils valent : leur pesant d'or. N'importe quel promoteur qui verrait la plage de St-Georges en baverait de concupiscence... Mais la beauté industriellement transformée vaut-elle mieux que celle que la géologie a façonnée au cours de quelques millions d'années? Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c'est non. Et bien que la tendance à un certain développement soit inévitable et irréversible, on se prend à souhaiter que ce coin de pays reste ce qu'il est : un havre de paix, d'harmonie et de contentement.
Avec la visite des patrons prévue pour cette semaine, avouons que c'est doublement appréciable...
mardi 21 décembre 2010
Solstice d'hiver
L'événement est astronomique. Dans le vrai sens du terme. J'aime. Ça nous change des petits problèmes à saveur de soupe populaire. Savoir que nous avons atteint, dans le parcours sidéral qui caractérise le mouvement de notre petite planète autour de son étoile, le jour où le soleil à son zénith est à son plus bas (46,56° contre 93,44° au solstice d'été, sous notre latitude haïtienne), eh bien ça me rassure sur la pérennité des choses. Le jour le plus court de l'année, donc, mais comme je vous l'ai dit le 21 juin dernier, ce n'est pas sous cette latitude qu'on peut en apprécier vraiment la différence. Tout de même, le solstice a donné naissance à des célébrations ancestrales, dont la religion s'est vite emparée pour les travestir et les faire siennes. Dire que Jésus est né un 25 décembre m'apparaît aussi fantaisiste que dire que le Père Noël entre dans les maisons par la cheminée... Mais bon. Je passe. Ça permet de justifier une fête, alors pourquoi pas... Incidemment, si vous regardez ce que Wiki en dit (anglais), vous verrez que le solstice d'hiver est occasion de fête présente et passée pas mal répandue sur la planète. Et presque toutes associées aux jours qui recommencent à rallonger. C'est donc une fête de la lumière, du renouveau, de la résurrection et de la force positive sur celle négative que représente la nuit.
Mais ici, tout ça s'estompe dans l'indifférence. Comme je l'ai mentionné en juin dernier sur le même sujet, difficile d'avoir conscience de la pérennité astronomique quand le passage d'une journée à l'autre s'effectue à peu près toujours au même rythme, selon une balance à peu près équilibrée entre la durée du jour et celle de la nuit. Ici, assez curieusement, c'est souvent l'heure qui régit les activités. Ainsi, un déplacement vers la capitale mérite qu'on quitte dès potron minet, soit vers les 4h, et peu importe s'il fait encore nuit, car c'est tout de même le matin. C'est sans doute aussi pour cette raison que, dès midi, on se salue à coups de «bonsoirs», car le soir approche. Autres mœurs.
Tout ça pour vous dire que c'est aujourd'hui que nous atteignons ce point précis de notre cycle astronomique, et je pensais qu'il valait la peine que je vous le souligne.
Et Noël dans tout ça? Eh bien, c'est plutôt le calme plat ici : pas de lumières, pas de sapins décorés, pas même de musak de circonstance. On trouve bien quelques décorations ici et là, mais rien qui approche l'orgie de lumières du temps des Fêtes au nord. Et franchement, c'est bien comme ça. La tradition, c'est bien joli, mais quand je vois encore combien les gens des pays industrialisés dépensent pendant cette période, la plupart du temps pour des choses inutiles, eh bien je me dis que ce n'est peut-être pas tout à fait correct. Bien sûr, vous allez me dire que c'est l'activité économique qui fait marcher un pays et je serai d'accord. Mais tout de même et sans vouloir faire mon petit marxiste, avouons que l'argent prend quelquefois un peu trop de place dans nos vies modernes, surtout quand il sert à se payer des tas de trucs dont on pourrait aisément se passer. D'où sans doute ce mouvement de «simplicité volontaire» qui, s'il reste discret, ne disparaît pas pour autant, et pour cause : dépenser n'est pas vivre et ne rend pas nécessairement heureux. Et si vous n'êtes pas d'accord, eh bien tant pis pour vous.
Alors voilà. Ma pause se termine ici. Je voulais vous donner un petit quelque chose qui ne soit pas teinté de noir, sans goût de cendres ou d'odeur de pneu brûlé. Je voulais vous dire qu'à compter de demain, les jours recommencent à s'allonger et qu'en bout de ligne et quoi qu'on en pense quelquefois, la lumière revient triompher de la grande noirceur. Vous croyez que je m'accroche à un espoir vain? Un espoir noir, comme je l'ai déjà mentionné? Non. Je reste réaliste. Nous ne sommes pas au bout de nos peines et ce qui nous attend est plutôt sombre. Mais n'oubliez pas : après la pluie le beau temps. Après la noirceur, la lumière. Et l'astronomie nous le prouve bien.
lundi 21 juin 2010
Solstice!
MEZANMI! Comme le temps file! Saviez-vous que c'était aujourd'hui le 21 juin, jour le plus long de l'année dans l'hémisphère nord? Bon, d'accord, vous le saviez. Mais c'est qu'ici, le phénomène passe complètement inaperçu. Comment, en effet, faire la différence entre quelques minutes? Sans vouloir (ni pouvoir) vous offrir une donnée scientifique, présentement, il fait jour à 5 h. Le 21 décembre, même pas une heure plus tard. Même chose pour la tombée du jour : présentement, elle se produit vers 19 h. Au solstice d'hiver, environ une demi-heure plus tôt. Alors qui s'en soucierait? D'où, incidemment, la non-nécessité de changer d'heure. En fait, la seule raison de le faire serait, comme elle l'a été jadis, pour imiter les États-Unis. Raison discutable, convenons-en, mais qu'on ne discutera pas ici.
Donc, je vous ai mis en veilleuse depuis quelques jours, je le confesse. Sur le "back-burner", comme disent vos voisins du sud qui, sans doute, font beaucoup la cuisine. Et je n'ai pas d'excuses. Le temps fuit, je l'ai souvent dit, et tout à coup on se retrouve dans ce loin qui est subitement devenu un présent. Comme quoi ce n'était pas si loin... C'est d'ailleurs ce que j'ai réalisé quand j'ai numérisé et exposé sur mon profil Facebook quelques photos qui me semblaient d'hier, alors qu'elles datent de quelque 30 ans! Le temps fuit, mais le temps fusionne aussi, et tout à coup, hier et demain se confondent avec aujourd'hui. Et c'est d'autant plus vrai dans ce pays où on a toujours l'impression d'attendre quelque chose et en attendant, ben on travaille! Et de ce côté, laissez-moi vous dire que ça roule... Entre les dossiers de dédouanement de marchandise et le toit qui coule, entre les voitures en panne et les lignes électriques qui prennent feu, entre les employées insatisfaites et les malades qui souffrent, on n'a pas vraiment le temps de s'ennuyer, je vous le dis tout net. Bref, ça va. Par ailleurs, ne dit-on pas que «Quand l'appétit va, tout va»? Or, je puis vous garantir que l'appétit va!...
Tout de même, je sais que vous attendez une mise à jour, si brève et insignifiante qu'elle puisse être, et c'est ce que je peux et veux vous offrir en ce jour unique. Quand il ne se passe rien, il ne se passe rien, inutile de fabuler et de vous raconter des drames qui n'en sont pas. Encore une fois, je ne suis pas journaliste, moi... Et la vérité c'est que notre quotidien se passe sans qu'on le sente passer, comme le proverbial couteau dans du beurre à la température de la pièce. Or et parlant de température, je peux vous dire qu'elle n'est pas dans le très frais en cette époque. Mais je suis sûr que vous le savez déjà, puisque j'ai déjà mentionné la chose à plusieurs reprises...
Donc, l'hôpital va. La ville des Cayes aussi et le pays, ben, toujours au point mort. Tout le monde râle de dépit, tout le monde est amer, mais jusqu'à présent, ça tient le coup. Et puis, il y a l'incontournable football! Il me serait difficile de l'éviter. Non pas par partisanerie excessive, mais plutôt par un effet d'entraînement qui, tout comme un torrent fougueux, emporte tout sur son passage. «Tout le monde en parle, alors ce doit être important», est un peu le raisonnement qu'on doit tenir en cette saison. Dans la rue, tout le monde ne parle que de ça. Les employés s'absentent, les malades ne le sont plus, les rues sont désertes, bref, la folie du Mondial est en ville. Que dis-je: dans le pays tout entier! Et pourtant, me direz-vous, Haïti n'est même pas représentée à cet événement monstre (pour ne pas dire ce monstrueux événement). Et vous aurez tout à fait raison. Mais cela n'empêche pas les fanatiques de se river devant la télé ou de river leur oreille à un poste de radio et d'écouter religieusement les commentaires des commentateurs qui, je vous le dis sans rire, à eux seuls méritent le détour rien que pour leurs variations tonales... Bref, la fièvre touche tout le monde, l'épidémie n'épargne personne et il faut, impérativement, parler foot si l'on veut parler avec quelqu'un--qui que ce soit. C'est comme si tout le reste était mis sur «pause» et qu'on avait arrêté la vie et sa pléiade de problèmes. Ici, aux Cayes, deux pays attisent les passions : le Brésil et l'Argentine. Qu'en sortira-t-il? On n'en sait rien. Mais le foot permet de se changer les idées, de participer, même passivement, à la folie mondiale et de se sentir de ce fait, citoyen du monde à part entière. Qui s'en plaindrait?
mardi 8 juin 2010
Contraste
Reçu au cours du week-end dernier, ce commentaire de l'ami Daniel, en rapport avec mon texte du mardi 25 mai et que je vous cite : «Impressionnant, le contraste entre cette photo de PAP et celle de la plage dans ton commentaire suivant. Il est difficile de croire que c'est le même pays. Est-ce qu'on doit passer par là pour se rendre chez toi? Si oui, je passe... mon tour!»
Je n'avais pas vu la chose sous cet angle, mais Daniel a tout compris : pour en arriver à ce petit coin de plage presque vierge «où la main de l'homme n'a jamais mis le pied», comme le disent les cancres (mais avouons que la formule est drôle), il faut voir des scènes humaines pas très jolies, il faut traverser Port-au-Prince, avec sa circulation automobile complètement anarchique et ses habitants qui tentent, tant bien que mal, d'assurer leur subsistance. Pour nous, qui sommes familiers avec cette réalité, la pauvreté et la misère n'ont pas le même sens : il n'y a rien ici de spectaculaire ou de médiatique, mais bien le difficile quotidien de ce peuple qui doit vivre cette vie, non pas parce qu'elle correspond à leur choix, mais bien parce que c'est comme ça. Rien d'autre. Or, pour un non-averti, cette pauvreté, cette misère peut faire très mal. On se dit: «Pourquoi?» Pourquoi ce peuple, par ailleurs si chaleureux et si généreux, doit-il endurer cet enfer? Qu'ont fait les Haïtiens pour mériter pareil sort? Rien, bien évidemment. Le peuple haïtien n'a pas commis de génocide, n'a pas promu l'esclavage, n'a pas envahi ses voisins, bref n'a rien fait que tenter d'organiser sa vie sur cette île tropicale où leurs ancêtres ont été amenés de force. Un peuple victime? Je n'aime pas tellement l'étiquette, mais il faut bien admettre que dans ce cas, elle s'applique... Rappelons que les Haïtiens ont certes conquis leur indépendance, mais ont hérité d'un pays rendu exsangue par la surexploitation des colons, espagnols d'abord puis français, les premiers le vidant de son or, les seconds de son bois précieux (ce qui est sans doute pire). Pas facile de remonter la pente, dans ces conditions-là! Le pays manquait déjà de tout, et le tremblement de terre de janvier dernier a semé la destruction, alors le résultat ne peut qu'être dans le négatif, pas besoin d'être mathématicien pour le comprendre... Cependant, comprendre l'équation ne la rend pas pour autant facile à accepter dans sa réalité physique, et je dois dire que la réaction de Daniel, médecin de surcroît, est bien compréhensible et tout à fait naturelle. Personne ne peut voir ces abris de fortune érigés çà et là sans ressentir un malaise; personne ne peut voir ces enfants souillés de boue, omniprésente, sans sentir l'injustice de cette situation; personne ne peut voir ces gens vaquer à leurs occupations quotidiennes dans des conditions physiques parfois choquantes sans détourner le regard. C'est dur, les amis. Mais ce n'est pas pitoyable pour autant. Car si l'empathie est une chose, la pitié en est une autre. Je n'aime pas la pitié que j'assimile à une forme de condescendance. Or, c'est bien l'attitude la plus répandue parmi les Blancs qui viennent au pays : on a pitié de ce pauvre peuple qui souffre. Mais les Haïtiens valent mieux que cela. Leur vie n'est pas facile, certes. Mais leur courage et leur résistance forcent l'admiration, pas la pitié. Alors oui, on peut, tout comme Daniel, se sentir bouleversé par ces scènes de pauvreté extrême, mais on ne doit en aucune façon oublier que ce peuple peut en remontrer à bien d'autres en termes de débrouillardise et d'adaptabilité. Alors oui, ces scènes sont dures, mais le film n'en reste pas moins passionnant. Vaut le déplacement, comme on dit. Cinq étoiles, certainement. Et s'il est quelqu'un que ce pays est en mesure de séduire, c'est bien l'amateur de diversité épicée, capable de stimuler l'appétit de connaître et la soif de savoir. Haïti n'est pas pour les mauviettes et les bouffeurs de canned food. Alors Daniel, tu aurais tort de passer ton tour...
Pour en revenir au contraste, c'est vrai qu'il est assez frappant. C'est vrai que le pays est d'une grande beauté. Les montagnes, la végétation luxuriante, le ciel bleu tropical et la mer turquoise composent des paysages souvent époustouflants. Haïti, autrefois connue comme la perle des Antilles, reste une île de beauté, et c'est là un fait indéniable. Mais cette beauté n'est pas mise en boîte, elle n'est pas exploitée par l'industrie touristique qui pourtant, en tirerait profit aisément. Car la beauté se vend bien et pourrait constituer une source de revenus non négligeable pour l'État haïtien. Mais les conditions présentes s'y prêtent mal : infrastructures inadéquates, instabilité politique et économique, approvisionnements difficiles et management incohérent font du tourisme une aventure incertaine à laquelle peu de visiteurs veulent se frotter. Lorsque Sophie est venue, on faisait des blagues en disant qu'elle était certainement la seule "touriste" à débarquer à Port-au-Prince... Mais était-ce vraiment une blague?...
Donc Haïti se gagne et pour accéder à sa beauté et à la convivialité de ses gens, il faut d'abord passer par le purgatoire de ses tas d'immondices et de ses routes boueuses. Mais le ciel direct, c'est pour les saints, non? Alors qu'est-ce qu'un petit purgatoire pour mériter le paradis haïtien? Paradis relatif, je n'en disconviens, mais bon. Qui voudrait d'un paradis à la mode musulmane, avec une jeune vierge à chaque jour?
vendredi 30 avril 2010
Chalè!
En tant que lectrices et lecteurs attentifs, vous savez que la vie au sud dont je vous entretiens depuis déjà quelques années se situe sous des latitudes que l'on peut à juste titre qualifier de tropicales : Les Cayes, Haïti, se trouve en effet au niveau du 18e parallèle, soit plus au sud que cette ligne imaginaire qu'est le tropique du Cancer (23° N). C'est donc dire qu'il y fait plus chaud que sous les latitudes tempérées nordiques dont nous sommes natifs. Vraiment plus chaud. Cette particularité géographique rend, de novembre à avril, la vie extrêmement agréable et facile : pas d'hiver, mais une température diurne douce, propice aux activités de farniente, tandis que les nuits sont assez fraîches pour que l'on puisse dormir sans ventilateur. Mais quand arrive mai, les choses changent et tout à coup, presque sans transition, on sent la chaleur, la vraie (chalè en créole) : non seulement la température est-elle plus élevée, mais le soleil tape vraiment plus raide. En fait, le 21 juin (à un jour près), quand se produit le solstice estival, le soleil est directement au-dessus de nos têtes, presque parfaitement à la verticale et on a beau chercher son ombre, on ne la voit pas, puisqu'elle est directement sous nos pieds! En un mot comme en mille, de mai à octobre, il fait vraiment chaud! (Je vous ai incidemment mentionné la chose en juillet dernier.)
Évidemment, si l'on trouve la chaleur pénible à supporter, on se dit que cela est en grande partie dû à notre culture nordique. Eh bien les amis, détrompez-vous : les Haïtiens se plaignent de la chaleur encore plus que nous! Mais pourquoi s'en surprendre? Après tout, ne réagissent-ils pas aux excès de température comme les nordiques le font l'hiver, quand le mercure oscille dans les moins 20° C? Si bien que ces jours-ci, on entend les gens se plaindre qu’ils n’ont pas dormi à cause de la chaleur et il faut surveiller nos ventilateurs portables pour éviter que les patients hospitalisés et ayant reçu leur congé ne les subtilisent subrepticement. Cependant, comme le courant nous est coupé au cours de la nuit (vers les 3 h, invariablement), le ventilateur a une utilité disons limitée. C’est donc dire qu’il faut en prendre son parti et souffrir un peu, jusqu’à ce qu’un semblant de brise aurorale (qu'on me passe le terme et avouez qu'il est joli) vienne nous apporter un petit répit, qu’accompagnent, bien malheureusement, les cantiques de nos chers voisins les adventistes. Quoi? Je ne vous ai pas dit que dès 5 h, tous les matins, je dis bien tous les matins, ces fervents chrétiens nous en mettent plein les oreilles? Je sais, je sais : ils vont sûrement s’arrêter un jour, puisque selon ce qu’ai cru comprendre, leur croisade doit durer 40 jours. Me semble que 40 jours, ce n’est pas si long… En tout cas, passons l’outre, comme dirait l’autre…
Mais je reviens à la chaleur, puisque tout le monde s’en plaint! Mais ça va passer. Pas la chaleur, qui ne fait que commencer, mais le ti-plenye, une autre activité haïtienne très populaire, qui n’est pas sans rappeler son pendant québécois… Vous me suivez? Car ici, au contraire du Québec, on se plaint, mais ensuite, on passe à autre chose…
dimanche 27 avril 2008
À quoi ressemble le paradis?
Cependant, le paradis à la fin de nos jours m’apparaît un peu tard et si l’occasion se présente d’en avoir un avant-goût prometteur, il faudrait être un véritable ascète pour ne pas y succomber. Or, c’est un peu ce qui s’est passé ce dernier dimanche—le premier depuis la fin de mon rhume. Partis pour passer un gentil week-end à l’Île à Vache, nous fûmes entraînés, un peu à notre corps défendant, vers l’excursion à "l’îlet des amoureux", lequel, lorsqu’on est trois, perd un peu de ses promesses (pervers, je vous vois venir). Donc, l’îlet en question, comme le montre la photo, n’est rien du tout qu’une protubérance sablonneuse qui doit disparaître à chaque fois que s’enfle la mer. Mais en ce dimanche azuré, la mer est calme et l’îlet est là.
Qu’y faire? Encore un fois, écartons les idées biscornues de ceux (et j’insiste : ceux) qui ne pensent qu’à la chose et regardons un peu les choix qui s’offrent à nous : lire, manger, sommeiller, se baigner… Ai-je tout dit? Je crois bien avoir fait le tour… Et parlant de tour, celui de l’île d’un train flâneur prend tout juste 90 secondes, c’est vous dire… Vraiment, on se sent sur la planète native du Petit Prince ou, pire encore, sur celle de l’allumeur de réverbères.
Et quelle planète! Le monticule sablonneux complètement nu où rien ne pousse—et où rien ne peut pousser— que seuls les pélicans fréquentent sur une base régulière n’a rien de bien spectaculaire à offrir! En fait, c’est le rien fait sable, cerné par des eaux vertes. Sans parasol, on s’y dessèche; on y cuit, plus doucement lorsque badigeonnés, certes, mais on finit à point néanmoins. Donc, c’est monotone, plat, inerte, informe, insipide, sans relief et sans âme, et pourtant, pourtant, c’est le pied!
Comment expliquer la chose… Est-ce le dépouillement total? Est-ce l’incessant bruit des vagues qui se brisent sur tout le périmètre de l’île? Est-ce la brise maritime qui tempère les ardeurs de Galarneau? Sont-ce les eaux limpides, chaudes et peu profondes? Les étoiles de mer? La chaleur du sable? La bouteille de rosé bien frais (gardée sur un lit de glace, merci à nos hôteliers)? Le copieux pique-nique? Ou simplement le plaisir indicible d’être là et pas ailleurs? En tout cas, le temps a bien passé et lorsque, cuits, nous avons vu la barque revenir, nous avons compris que nous avions effleuré du bout des doigts un petit morceau de paradis—rosé inclus, bien entendu! Car je vois mal le paradis sans un rosé bien frais, et vous?
L’enfer, c’est l’après cuisson, mais ça, je ne vous le raconte pas…
mardi 25 mars 2008
Jour de congé

Aujourd’hui, c’est Vendredi Saint. Jour de congé, alors mon propos diffère. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de vous dire ceci ou cela, puisque c’est congé. Alors je prends congé aussi. Mais congé ne veut pas dire qu’on doive s’interrompre pour autant n’est-ce pas? Alors je suis là. Mais je publie en retard, puisque nous sommes maintenant mardi et que Pâques est déjà derrière.
Nous ne sommes pas loin. Assez curieusement, à tout juste 10 minutes en voiture — 20 minutes à pied par le raccourci —, il y a la petite maison de Gelée, sise sur le bord de la mer. Tout le confort moderne s’y trouve, spécialement lorsque nous avons du courant. Car l’EDH (l’Électricité Nationale d’Haïti, pour tout vous dire) n’est pas aussi fiable ici qu’elle peut l’être aux Cayes, par exemple, bien que, encore là, nous sommes loin du 100 %. Le courant permanent, ce n’est pas un luxe que le pays est présentement en mesure d’offrir. Produire de l’électricité coûte cher et demande des infrastructures complexes gérées avec compétence. Hydro-Québec fait ici une part plus qu’honorable dans ce secteur, mais je le redis, le courant 24/24 dans tout le pays n’est pas encore visible à l’horizon. Mais le sachant, on fait avec.
Tout cela pour vous dire que la maison de Gelée est confortable : grandes pièces, porte patio avec vue sur la mer, patio propre et spacieux, cour gazonnée parsemée de cocotiers, le tout dans un environnement tranquille où domine le bruit des vagues et, parfois, les rires des enfants ou les conversations lointaines des rares passants. Rien de particulièrement stressant, vous en conviendrez.
On vient, on s’installe avec notre musique et notre lecture, notre bière et notre vin et on relaxe. En prime, on a la télé et une collection de vieux films sur VHS qui meublent d’autant mieux le temps — lorsqu’on a du courant, bien entendu. Car écouter la télé au son de la génératrice, située juste derrière, vous admettrez que ce n’est pas fameux…
N’avons-nous pas peur? Comme toujours la sécurité en Haïti est aléatoire, mais comme toujours, on fait avec. Ainsi, les premières fois, on s’assurait que toutes les portes étaient bien verrouillées, cadenassées, voire, mais maintenant, lorsqu’il fait chaud, on dort la porte patio ouverte, comme quoi on s’habitue à tout. Sommes-nous inconscients à ce point des dangers possibles, des voleurs et des voyous? Non. Mais ça ne nous empêche pas de dormir du sommeil du juste. La musique tonitruante, les chiens qui jappent dans une cacophonie étourdissante, ça c’est tout autre chose et c’est suffisant pour nous tenir éveillés. Mais les bruits maintenant familiers de la nuit entretiennent le sommeil. J’y reviendrai d’ailleurs dans une prochaine chronique.
Pour l’heure et comme le dit la chanson, « il y a le ciel, le soleil et la mer… » dans une proportion à peu près égale, le tout tempéré par une brise régulière qui brasse voluptueusement les palmes des cocotiers.
Dire qu’il y en a qui s’imagine qu’on s’ennuie de la neige et de l’hiver…
mardi 11 mars 2008
Faut bien commencer un jour...
C’est d’abord pour vous, gens du nord, que j’écris. Je sais qu’il en est parmi vous qui m’ont fait le reproche de ne pas leur donner davantage de ces impressions australes dont je vous ai jadis saturés. Mais la vie au sud ressemble en tous points à celle du nord, température mise à part, bien entendu. Là, je ne veux pas vous faire saliver, mais il fait tout de même 28° C et le ciel est bleu. Les palmiers frissonnent tout doucement sous la brise, mais je ne pense pas que ce soit de froid… Pour le reste, le travail étant la santé, comme tout le monde le sait, eh bien on ne prend pas de chances et on travaille!
N’empêche que vivre au sud présente tout de même certaines caractéristiques différentes du nord. Ainsi, le pelletage, activité hautement prisée de la population du Québec, est ici inexistant, sauf quand on brasse le ciment. Mais ça c’est une autre affaire et je vous en reparlerai une autre fois.
Cela dit, je sais qu’il y en aura, des curieux, des curieuses qui, moins apparentés à ma prose, voudront bien savoir où est ce sud dont je parle comme si c’était une évidence. Eh bien qu’à cela ne tienne : le sud, c’est là où géographiquement, on arrête de pelleter et on commence à respirer! Évidemment, ce peut être partout en bas du 20e parallèle, disons. Alors je serai plus précis. Il s’agit d’Haïti, pays mal connu et mal aimé et pourtant, tellement mieux que bien d'autres sous tous rapports, ne serait-ce qu'à cause de son authenticité.
Oui je sais, je suis biaisé. Mais bon, difficile de faire autrement quand on vit dans un pays depuis 10 ans… Haïti n’est pas pour tout le monde, mais la course en Formule 1 non plus et ça ne l’empêche pas d’exister. Vous cherchez le rapport? Y’en n'a pas! Reste que Haïti, c’est une affaire de cœur. Et, comme le disait Corneille — pas le contemporain, l’autre —, «le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas», alors à quoi bon s’obstiner? Quant à mes propos parfois trop généreux, ceux qui me connaissent savent que je souffre de logorrhée — pas de gonorrhée, ne charrions pas!— et comme ce n’est pas contagieux, eh bien je me laisse aller. Alors faut surtout pas se formaliser, n’est-ce pas? La tolérance est ici de rigueur.
Donc nous sommes, ma tendre compagne et moi, installés en Haïti, quelque part au sud (tant qu’à être au sud, aussi bien y être pour la peine, pas vrai?) et je vous dirai tout plus tard.
Pour l’instant et avant de vous quitter, je vous joins une petite photo de là où nous sommes allés dimanche dernier. Ce ne sont pas les chutes du Niagara, mais bon, ce qu’on perd en taille, on le gagne en tranquillité, croyez-moi!
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