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dimanche 6 octobre 2013

Insomnie


Qu’est-ce qui a bien pu me réveiller, comme ça, au beau milieu de la nuit? Je ne le sais pas. Il est 2h15. Pas 14h15, ne vous y trompez pas, c’est bel et bien la nuit, dans toute sa splendeur. Car oui, la nuit est splendide. Toujours est-il que me voici réveillé. Dehors, c’est le silence, un silence rare en ce pays grouillant de vie et la vie, eh bien c’est rarement silencieux, n’est-ce pas… En fait, c’est à se demander si ce n’est pas ce silence qui m’a fait remonter à la surface de ma conscience, lac tranquille que rien n’agite. Tout à coup, un coq, loin, s’époumone et s’égosille. Sans écho. Personne, pas même ses stupides congénères, ne lui répond. Le silence se refait, absorbant ces petites perturbations comme si de rien n’était. Quelques grillons se frottent les ailes, et leur chant se mêle à mes acouphènes dans une harmonie qui n’est pas déplaisante. C’est le silence, mais pas absolu. Un silence qui n’est pas une absence, mais bien une présence négative, qui pourrait être oppressante si elle n’était pas si familière, mais qui, en l’occurrence, se révèle apaisante et propice à l’éclosion des pensées. Et non, je ne parle pas des fleurs. Mais je suis sûr que vous avez, vous aussi, à un moment ou à un autre, ouvert les yeux sur la nuit noire et laissé les pensées dériver dans le silence sans autre intention que de les regarder aller, ces pensées, et les voir se ramifier, se dédoubler, se complexifier, puis s’estomper au profit de celles qui viennent de naître. Fascinant... Les synapses s’excitent et le dormeur n’en est plus un…

Personnellement, j’avoue que j’aime bien ces épisodes d’activité cérébrale nocturne. J’aimerais seulement qu’ils soient plus courts. Or, il semble que le cycle du sommeil nous y reconvie à toutes les deux heures environ, de sorte qu’une fois éveillé, il faudra attendre que cette période soit passée avant de sentir à nouveau l’invitation de Morphée. Et si on manque le bateau, eh bien le prochain est deux heures plus tard, soit à l’heure du lever. Insomnie dites-vous? Si l’on veut. Mais qui n’a rien d’obsédant ni d’angoissant. En fait, ce peut même être assez agréable.

Me voici donc bien éveillé et pas mécontent de l’être dans ce silence rare en cet environnement urbain. Car ne l’oubliez pas, les amis : nous vivons en ville et bien que notre cour se donne des airs de campagne, les bruits de la ville, auxquels s’ajoutent ceux du monde rural, sont constants et composent une espèce de toile de fond sonore qui, au fil du temps, nous devient familière et rassurante. Le silence ici étonne. À plus forte raison lorsque le courant est coupé…! Et tout à coup, le son d’un tambour le brise et voilà que des voix s’élèvent dans une mélopée triste et insistante : quelque part, une cérémonie vaudou a lieu. Le silence n’est plus, certes, mais ces sons emplissent l’air nocturne d’une beauté sauvage et vaguement métaphysique. J’écoute, toujours fasciné par ces chants simples et gratuits qui, loin de couper le fil de mes pensées en font surgir d’autres qui m’emportent sur d’autres fleuves.

Je regarde l’heure : il est maintenant 4h30. J’ai manqué le train de 4h15 qui aurait pu me reconduire au sommeil, mais je n’en ai cure : la nuit est belle et vaut la peine qu’on s’y arrête. Les chants se sont tus, les tambours aussi. Les coqs se mettent en voix, comme s’ils savaient, malgré la grande noirceur, que le jour n’est pas loin. Une voiture passe. Puis une autre. La vie diurne s’amorce timidement avant de prendre sa folle vitesse de croisière. Mango brait. Des chiens aboient comme pour dire au jour de se hâter. Mais il est déjà là, le jour, et malgré sa faible lumière, il écrase la nuit sans merci et l’enterre sous son exubérance. À côté de moi, ma compagne s’étire paresseusement et, toujours engourdie, me demande comment fut ma nuit.

« Excellente », lui dis-je.

mercredi 29 mai 2013

Déblatérer sur la blatte


Le fait que je vous raconte est, comme toujours, avéré. Et léger. Et drôle même, vous allez voir.

C’est la nuit. Nous dormons, comme à peu près tout le monde, je pense, lorsque ma compagne me réveille brusquement et me dit qu’elle entend comme une petite bête marcher derrière son oreiller. Or, après la rencontre avec la mygale, nous sommes devenus un peu méfiants... N’écoutant que mon courage, je saisis vaillamment ma lampe de poche et la braque, non sans l'avoir allumée je le précise, sur l’oreiller de ma gente dame. Rien. Je soulève l’oreiller, retire les draps, déplace le matelas : rien. Une inspection sommaire des lieux ne donne pas plus de résultats, c'est la nuit, je le redis, et après quelques échanges sur la nature éventuelle de ce bruit (incluant l'hypothèse d'une mygale), on se recouche et on se rendort sans plus y penser. Tout se passe bien jusqu’au lendemain soir où, à l’heure même où Morphée commence à m’ouvrir ses bras, ma chère et tendre amie se plaint à nouveau qu'elle entend le même grattement suspect lorsqu’elle met la tête sur son oreiller. Sceptique, je lui dis de changer d’oreiller et de me laisser dormir. Après quelques palabres où elle s’offusque de voir sa parole mise en doute, elle obtempère, prend un autre oreiller — le mien en fait — et s’endort sans que je sache si les grattements ont cessé ou si elle a simplement cessé de les entendre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, convenons-en.

Le lendemain matin, ayant dormi sans oreiller et voulant aller au fond des choses, je retire la taie de l’oreiller coupable et la secoue vigoureusement : rien. J’inspecte l’oreiller sous toutes ses coutures pour voir si une bête ne s’y est pas faufilée : rien. Dois-je en conclure que, tout comme Jeanne D’Arc, ma compagne entend des bruits qui tantôt seront des voix? Je n’en suis pas loin lorsque mon regard pointe sur un cancrelat paresseux qui s’extirpe tant bien que mal de la taie d’oreiller chiffonnée par terre. Je saisis mon tue-mouches (qui tue également les cancrelats, vous l'avez compris) et d’un seul coup bien asséné, écrase impitoyablement le malheureux insecte. Problème résolu! Problème résolu, mais qui n’en suscite pas moins une interrogation majeure : pourquoi cette agressivité? Pourquoi cette haine envers cet insecte qui, somme toute, n’est pas vraiment dangereux? Sa vitesse de déplacement? Sa taille imposante? Le fait qu'en plus il vole gauchement? À moins que ce ne soit ses antennes qui semblent en mesure de sentir tout ce qui se passe alentour... En tout cas, quoi qu'il en soit, l'insecte nous répugne, et ce, malgré son caractère inoffensif et j'avoue que cela m'intrigue...

En fait, je suis persuadé que la raison tient au fait que ces insectes (blattes américaines) sont manifestement très intelligents et aisément capables de communiquer entre eux. Sans compter le fait qu'ils nous narguent, nous les humains, et savent très bien échapper à notre chasse sadique et souvent mortelle pour eux. Sans se défendre, je le précise! Car si ces petites bêtes nourrissaient à notre égard la même agressivité que nous avons envers elles, je pense qu’elles pourraient nous mener la vie dure, surtout compte tenu qu’elles ont su traverser le temps sans s’éteindre et ma foi, quelque 350 millions d’années parlent éloquemment de leur adaptabilité… Alors oui, je les respecte. Non sans les tuer, mais je les respecte tout de même…

Heureusement, notre maison étant propre, il est assez rare que nous ayons à subir leur visite, laquelle nous surprend toujours et nous horripile encore plus...

mardi 29 janvier 2013

Un silence rare


Je vous ai parlé à quelques reprises de certains aspects de notre vie quotidienne en ce pays qui n’est jamais de tout repos. Trop peuplé, trop peu structuré, le pays va comme je te pousse et la seule façon d’y vivre confortables, c’est de composer avec cette absence de structures, de «faire avec», comme on dit couramment. Les irritants courants — les rues encombrées, les égouts en plein air, les chantiers improvisés, les manifestations spontanées et bien d’autres — deviennent ainsi un terrain familier et on se surprend à ne plus se surprendre de rien. Ainsi, au cours de la fin de semaine dernière, en cette époque où les groupes musicaux se pratiquent pour le carnaval, on s’attendait à des décibels approchant le seuil de la douleur et franchement, nos attentes n’ont pas été trompées : samedi soir surtout, un DJ dont seuls les Haïtiens ont la recette, semble-t-il, a tenu ses fans en haleine pendant six heures d’affilées, ne mettant un terme à ses hurlements qu’à deux heures du matin, seul moment où nous avons enfin pu penser à dormir. Dimanche, ce fut surtout pendant le jour. Mais là encore, le niveau sonore était délirant. Nous savons que nous n’avons pas le choix, alors nous en prenons notre parti…

Or, la nuit dernière, je me réveille tout à coup. Le temps que j’ouvre timidement les yeux, mon cerveau embrumé se présente au rapport : rien à signaler. Le silence est absolu. Pas un seul bruit ne se fait entendre : pas de moteur, pas de musique, pas de klaxon, pas même de coqs qui ne savent pas l’heure ou de chiens qui signalent leur territoire. Rien. Seuls les grillons et mes acouphènes… Et je me suis aperçu que c’était sans aucun doute ce silence exceptionnel qui m’avait sorti du sommeil… Sinon, quoi d’autre? Mais je ne vous dis pas le pire : l’air que j’ai en tête (j’ai TOUJOURS un air en tête qui peut aller du second mouvement de la 5e de Beethoven jusqu’à Le Frigidaire de Tex Lecor et je ne choisis pas toujours), l'air que j'ai en tête donc, c’est «Petit Papa Noël», (ici, clin d’œil à Karine et à son vicomte), version Tino Rossi… Avouez qu’il est dur de faire pire, surtout à la fin de janvier… Finalement, je réussirai à remplacer cet air par l’excellent Boulevard of Broken Dreams, si langoureusement interprété par Diana Krall (je parle de sa première version, bien entendu). Le silence donc. Un silence auquel Haïti ne nous a pas habitués et qui, pourtant, devrait aller de soi dans ce pays où les gens se couchent tôt et la vie nocturne — les jours de fête mis à part — est inexistante. Mais pour je ne sais quelle raison, ce silence est rare et presque anormal.

Toujours est-il que j’écoutais ce silence, car oui, le silence n’est pas qu’une absence, vous le savez si vous l’expérimentez de temps à autre, mais c’est aussi une présence qui, sans être audible — puisque c’est le silence! — se sent, se capte, se saisit. Je pense qu’on appréhende le silence comme on appréhende la peur : en s’y frottant. Mais encore faut-il que les conditions s’y prêtent — notre habitat nordique est difficile à battre sous ce chapitre — et ici en Haïti, je le répète, c’est un phénomène rare. Écoutant le silence, donc, je me suis trouvé tout à fait éveillé et bien convaincu que le sommeil ne reviendrait pas me visiter cette nuit-là. Mais tout à coup, le frigo est reparti, puis des chiens ont recommencé à se plaindre en leur langage, des coqs ont jugé, à tort, il va sans dire, que l’heure était venue de se faire entendre, quelques chèvres ont bêlé timidement — à moins que ce ne soit les moutons de l’un de nos gardiens — et cette présence sonore a suffi à me retremper dans notre monde nocturne habituel si bien que, à mon étonnement, je me suis rendormi…

Au matin, frais et bien disposé, je me suis levé et me suis dit que je devais vous livrer ces impressions... Comme quoi nous ne sommes pas toujours pris dans les drames sociopolitiques!

samedi 7 juillet 2012

Un bruit la nuit


Les plus perspicaces d’entre vous auront noté que mon blogue a subi un facelift, une rhytidectomie, si vous préférez. Sans raison. Les autres, ceux qui ne le fréquentent que sporadiquement, auront oublié à quoi il ressemblait avant, sur fond de chaudes couleurs tropicales, mais cela ne m’offusque en rien car pour moi, l’opération cosmétique n’enlève ni n’ajoute quoi que ce soit au fond qui reste le même. Mais j’avoue que je me suis laissé avoir par le bel emballage proposé par blogspot. Et je me suis dit : «Pourquoi pas?» Alors, voilà, vous savez tout.

Le sujet de ce jour ne fait pas très sérieux, j’en conviens, mais il illustre néanmoins les particularités de ce pays que nous apprenons encore à connaître. Cette fois, il s’agit de la chose-qui-frappe-à-la-porte-avec-un-objet-de-métal. Faut d’abord que je vous dise que les portes extérieures de notre maison sont en fer et lorsqu’un agent de sécurité a besoin de me parler, il frappe à la porte soit avec une clé, soit avec un petit caillou, produisant de ce fait un son métallique aisément audible, même avec la télé à tue-tête, comme on aime l’écouter. Or, je venais tout juste de me rendormir après une pénible séance de «pitourne» (pour les non-familiers avec ce québécisme, il s’agit d’un synonyme d’insomnie, mais tellement plus imagé…) lorsque je me fais réveiller d’un coup de coude de ma très chère compagne. «Réveille-toi, me dit-elle (c’était déjà fait, tu parles!), quelqu’un frappe à la porte.» Je jette un coup d’œil rapide au réveil numérique : il est 3 h 22, pas vraiment l’heure des visites de courtoisie. Je me dresse sur mon séant. Et j’attends de voir si l’on frappera à nouveau. «Tac tac tac tac tac tac tac». Le son est bien celui d’un objet métallique ou minéral solide qu’on frappe contre un montant de fer. Cependant, ça ne semble pas provenir de la porte, mais plutôt de la fenêtre juste au-dessus du lit. N’écoutant que ma bravoure légendaire, je me lève et tente d’identifier l’intrus… Rien à la fenêtre. Rien à la porte non plus. Mais il faut se rendre à l’évidence : il ne s’agit manifestement pas d’une présence humaine munie d’un objet métallique, car le son se fait entendre une fois de plus, un peu plus loin cette fois et il n'y a visiblement personne à la porte ou même dans les environs.

Mais quel peut être l’origine de ce bruit? Serait-ce l’animal que, selon Cyrano, «Aristophane appelle hippocampéléphantocamélos»? Ou peut-être un quelconque ptérosaure égaré dans les couloirs du temps? Un lézard? Une mygale? Une mangouste? Un vulgaire oiseau de nuit? Je me perds en conjectures… Mais le claquement est très caractéristique, très régulier (6-8 coups en deux secondes) et, lorsqu’il se produit dans notre fenêtre, très sonore. Si bien qu’au moment où je vous écris ces lignes, le mystère reste complet, la seule certitude étant que la bête est nocturne. Cela dit, à défaut de ne pas savoir ce que c'est, nous savons à tout le moins ce que ce n’est pas : un agent de sécurité qui vient frapper à la porte…

Mais j'avoue que cela m'intrigue. Bien sûr, vous me direz qu'il me suffit de poster dehors, près de la fenêtre, tapi dans l'ombre et le mystère s’éclaircira de lui-même, mais la nuit, habituellement, je dors et l'affût n'a jamais été ma tasse de thé. Non, vraiment, je préfère attendre et laisser le hasard me faire découvrir l'objet de ce questionnement qui, au reste, ne m'empêche nullement de dormir sur mes deux oreilles (pas simultanément bien entendu) en autant que ma douce et charmante compagne ne me darde pas de coups de coude dans les côtes...

En conclusion, on peut dire que si tout bruit n'est pas forcément une menace, toute menace n'est pas forcément bruyante...

samedi 10 décembre 2011

Lunatique, dites-vous?

Vous le savez si vous suivez ces chroniques un tant soit peu : j’aime les phénomènes astronomiques. Il me semble qu’ils nous remettent dans une perspective plus réaliste en nous faisant comprendre que nous ne sommes, en bout de ligne, qu’une partie négligeable de ce que les grecs nommaient, fort à propos, le cosmos (l’ordre), par opposition au chaos, le désordre. Or, l’astronomie nous montre bien que oui, l’univers est ordonné, qu’il obéit à des lois que nous ne connaissons pas toutes mais qui n’en fonctionnent pas moins. Ainsi, nous savons tous maintenant que la lune tourne autour de la terre sur un cycle de 29,53 jours, lesquels se subdivisent en quatre phases correspondant à la croissance / décroissance de la quantité de lumière qui nous est perceptible, vue de la terre. Le sommet de cette croissance lumineuse, c’est la pleine lune, vous avez tout compris.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, j’adore les pleines lunes, surtout pour les jeux de lumière qu’elles créent sur le monde qui nous entoure. Une pleine lune en plein hiver, quand il fait moins 20, c’est carrément une scène extraterrestre. Dans le désert, c’est surréaliste. Ici, sous les tropiques, c’est tout simplement magnifique. La pleine lune défie la nuit… et gagne! L’obscurité se tapit dans un coin tandis que la lumière laiteuse prend tout le tapis.

Les pleines lunes sont omniprésentes dans le folklore des différentes cultures, et pour cause : difficile de ne pas remarquer l'astre dans un ciel dégagé et sa lumière qui, toute réfléchie qu'elle soit, reste toujours de cette texture éthérée, surréaliste. Difficile de ne pas prêter à cette lumière des effets bizarres sur l’humain, comme celui de changer les hommes en loups-garous... Ces prétentions font sourire, mais elles ont tout de même nourri la croyance populaire pendant des siècles et même aujourd'hui, certains, et pas des plus cons, continuent toujours de croire que la pleine lune altère le comportement des humains à des degrés divers. D'après ce que j'en ai lu, ces croyances sont non avérées : il semble n'y avoir aucune corrélation entre la pleine lune et les changements d'humeur, les menstruations ou les accouchements. Mais en ce qui me concerne, j'ai toujours noté une poussée de croissance de mes ongles et de mes poils dans les jours qui précèdent la pleine lune, et ça, aucun scientifique ne me dira le contraire. Évidemment, ça ne change pas ma vie, mais bon, c'est tout de même une influence lunaire, n'est-ce pas?

Existe-t-il une relation spéciale entre la culture haïtienne et la lune? Pas que je sache. Mais la lune est universellement associée à la sorcellerie, alors je ne serais pas surpris que le vaudou l'ait récupérée à son avantage... Cependant, pour les gens ordinaires, il ne s'agit que d'une lune ronde ou d'une grosse lune, comme on dit encore. Chose certaine, elle est bien visible dans ce pays où les lumières publiques ne polluent certainement pas la voûte céleste nocturne... Si bien que, si la conjoncture s'y prêtait, nous aurions droit ce soir à un spectacle de toute beauté : une éclipse totale. Mais bien malheureusement, ce ne sera pas pour nous, sauf peut-être brièvement lorsqu'elle se couchera... Une autre fois peut-être? La prochaine éclipse totale est prévue pour le 15 avril 2014... Mais où serons-nous?

Mais pourquoi vous parler de la lune si ce n’est pour vous parler de la beauté de cet astre de la nuit? Car je vous le redis, une pleine lune tropicale, c’est assez spécial — non pas la lune elle-même qui n’est qu’un gros projecteur fixe, mais l’éclairage qu’elle jette sur l’environnement, le rendant à la fois mystérieux et serein, captivant et apaisant. Une vision d’une grande beauté qui vous réconcilie avec les petits aléas de la vie quotidienne et qui invite à contempler plus loin que le bout de son nez, vers cet infini que nous ne connaissons pas mais qui n’en existe pas moins, sans raison aucune, sauf peut-être pour amuser l’artiste qui l’a créé…

Et non, je ne suis pas lunatique, enfin pas tant que ça...


mercredi 15 juin 2011

Une journée comme tant d'autres


Comme ça passe vite! Déjà une autre semaine qui s'est envolée on ne sait où. D'ordinaire, on voit un peu les jours passer, mais ces temps-ci, ça déboule! C'est vrai qu'il y a plus d'activités administratives que d'ordinaire : problèmes légaux, contrats de travail, commandes de matériel, problèmes mécaniques, problèmes de courant, problèmes d'infrastructures, problèmes de tout acabit. MAIS le soleil est revenu! YES!!! C'est déjà énorme! En fait, vu de ce pays, il est énorme! Et chaud avec ça, que tout le monde s'en plaint maintenant! Mais bon; comme le dit un proverbe d'ici : vant vid se misè, vant plen se traka. (Relisez à voix haute : ventre vide c'est misère, ventre plein c'est tracas; vous voyez bien que le créole, ce n'est pas si difficile!) En d'autres termes, on passe aisément de Charybde en Scylla...

J'avoue ne pas avoir grand chose à râler aujourd'hui. Je pourrais vous parler de mes problèmes, mais franchement, dites-moi : qui est intéressé à entendre les problèmes des autres? À moins qu'ils soient drôles, bien sûr. Auquel cas on s'en pourlèche les babines. Mais mes problèmes ne sont pas vraiment drôles et s'ils sont susceptibles de faire sourire parfois, une fois qu'on les place dans leur contexte, ils sont toujours un peu tristes. Comme le décès de cette employée, que l'on vient tout juste d'apprendre. Morte de leucémie, la pauvre fille... Qu'y peut-on?

Sans rapport avec ce qui précède:

Coups de feu dans la nuit! Pas vraiment la nuit car il n'est que 9h30 environ, mais disons que la nuit est tombée depuis quelque temps déjà. Pas de lune, du moins pas encore. Qui tire? Sur qui? Ça reprend. Ça se prolonge pendant près d'une demi-heure. Ce n'est pas loin, alors on reste sur le qui-vive. Et puis ça cesse. On respire, on s'endort. Ce n'est que le lendemain matin qu'on saura ce qui s'est passé. À quoi pensez-vous? Une fusillade entre gangs de rue? Une affaire de drogue ayant mal tourné? Un affrontement entre la police et des vagabonds? Un vol? Un kidnapping? Eh bien vous êtes tout à fait à côté! Tout simplement, c'était une fête chez la police! Et faisant la fête, on en a profité pour tirer quelques coups de feu en l'air, comme ça, juste pour ajouter à l'ambiance festive!!! Tu parles...

Reste qu'on est souvent dans le noir, et pas seulement la nuit. On entend ce qui se passe dehors, mais on n'en comprend pas toujours la raison et on s'inquiète souvent pour rien. Mais comment ne pas s'inquiéter? Les coups de feu signifient qu'un projectile est lancé à très haute vitesse dans une direction x (à moins d'une balle à blanc, bien sûr, mais ici, elles sont rares). Or, je l'ai déjà dit, une balle perdue est aussi potentiellement dangereuse qu'une balle intentionnelle, je pense qu'on sera d'accord là-dessus. Donc l'inquiétude dans ce cas, ne me paraît en rien associable à de la poltronnerie mais plutôt à du gros bon sens. Quand ça tire, on se fait petits, question de minimiser la cible...

Mais dire que ça nous préoccupe serait mal dire. On s'habitue, comme pour le reste. On réagit quand ça se produit, mais on ne s'en fait pas outre-mesure quand tout est tranquille. Or, le pays est présentement tranquille, tout le monde vous le dira. Pas sans problèmes, entendons-nous bien, mais tranquille. C'est déjà beaucoup. C'est d'ailleurs dans ce contexte que nous avons stoïquement subi les coups de feu de la nuit dernière : si le pays est tranquille, les coups de feu ne peuvent être vraiment dramatiques, n'est-ce pas? Comme quoi on rationalise n'importe quoi...

Changement de propos, il faut que vous lisiez cet article paru sur Haiti Press Network. Le sujet pourra en intéresser plusieurs. Et l'article, avec son ton bon enfant vous fera sourire, c'est sûr. Mal écrit, mal structuré, mal informé, mais bon enfant que c'en est drôle. L'article du Nouvelliste sur le même sujet fait nettement plus sérieux disons...

Ah! oui, j'oubliais : il fait pas mal chaud, vous l'avais-je dit?

mardi 1 mars 2011

Quand ça détone...

POW!

Réveil immédiat et panique instantanée. Est-ce un coup de feu? Je jette un coup d’œil au radio-réveil numérique : 1 h 12. Je retiens mon souffle. À côté de moi, ma compagne, d'ordinaire bien enveloppée dans les bras de Morphée, ne respire plus elle non plus. Je présume qu'elle a, comme moi, entendu la détonation et que, comme moi, elle attend la suite. Mais il n'y a pas de suite. Peut-on se risquer à respirer? Il le faudra bien... Tout doucement, sans faire le moindre bruit, on lâche notre souffle et on prend une petite bouffée d'air. Tout est si calme, c'est à croire que nous avons rêvé. Et pourtant, lorsque nous nous décidons bien timidement à partager notre impression à voix basse, elle s'avère identique : le claquement ne laisse que peu de doute sur son origine. Et vu notre mauvaise expérience avec les détonations, eh bien nous sommes pour ainsi dire sur le qui-vive.

POW! CLAC!

Voilà le claquement sec qui se reproduit, et cette fois, il nous est facile d'en identifier la source : une MANGUE qui tombe sur les feuilles du palmier nain qui pousse au pied du manguier! Ouf! Ce n'était que ça. On s'en fait quelques blagues. On rit de notre panique. Le pouls peut ralentir, l'adrénaline se dissiper, CE N'ÉTAIT RIEN. Et c'est même courant, comme je l'ai d'ailleurs mentionné dans un texte de l'an dernier. Mais comment peut-on confondre l'impact de ce fruit avec celui d'une arme à feu? L'intensité du claquement d'abord et notre mémoire stigmatisée ensuite. Car il faut le dire, l'imagination fait beaucoup dans ces cas-là, surtout lorsqu'elle s'appuie sur des souvenirs assez cauchemardesques... Et puis, un claquement, dans une nuit silencieuse n'est jamais synonyme d'harmonie et de tranquillité, hein? Alors mieux vaut s'éveiller et se tenir à l'affût. Car on ne sait jamais. Surtout que ces temps-ci, et malgré une situation sociale plutôt calme, l'insécurité règne. Des voleurs armés courent les rues, semble-t-il, et la police n'y peut pas grand-chose... Alors on se croise les doigts et on souhaite que rien ne se passera qui viendra troubler les nuits habituellement paisibles, si l'on oublie les coqs et les chicanes de chiens, bien entendu.

Mais les fruits tombent, c'est un phénomène bien connu, et ce, la nuit comme le jour. Or, la saison des mangues approche et les arbres de la cour en sont chargés. Mais ces fruits succulents n'attendent pas toujours de mûrir patiemment sur leur branche avant de se laisser choir : quelquefois, pour une raison x, ils décrochent, fatigués sans doute de leur vie de fruit ou simplement attaqués et vaincus par une bête, rat ou oiseau. Et leur chute n'est jamais discrète, car les fruits verts sont durs et massifs et dans leur course effrénée vers le bas, bousculent tout ce qui se trouve sur leur passage. Dès lors qu'ils atterrissent ailleurs que sur le sol, l'impact en est plutôt sonore. Alors voilà, vous savez tout.

Vous me direz qu'il n'y a pas de quoi en faire tout un plat et c'est précisément ce que je vous dis, si vous me suivez bien. Quand on sait qu'il ne s'agit que d'une mangue qui s'est frayée un chemin vers le bas, on se rendort aisément; mais voilà : encore faut-il le savoir! Et j'entends par là, sans en douter! Or, je vous le répète, nous sommes dans une période où les attaques individuelles contre des bonnes gens sont en croissance et c'est toujours la nuit que ces choses se passent, n'est-ce pas? C'est ce qui explique que ces claquements sonores, apparentés à la violence, nous réveillent : on ne sait jamais.

Une fois la source de la détonation identifiée, nous sommes donc retournés aux affaires courantes, chez Morphée. Et le matin, comme toujours depuis quelque temps, la galerie était couverte de mangues. Tout est bien qui finit bien. Ça c'était au cours de la nuit de dimanche à lundi dernier.

Mais la nuit dernière, c'est un son sourd et lourd que nous avons entendu et qui nous a réveillés, vers les 4 h 30. Comme quelqu'un qui aurait sauté le mur et aurait abouti au pied du cocotier. Mais cette fois, j'en ai rapidement déduit la source. Et voyez la taille de ce coco (photo ci-dessus), fruit du cocotier contenant la noix de coco que vous connaissez bien et dites-moi maintenant que j'exagère avec mes histoires à dormir debout...

De quoi faire réfléchir La Fontaine, tiens (le gland et la citrouille)...

mercredi 26 janvier 2011

La mygale


Ne croyez surtout pas que le titre de ce texte dissimule une allégorie politique quelconque. La politique, ce n'est pas ma tasse de thé, je le redis pour ceux ou celles qui auraient déjà oublié, et franchement, quand elle n'est pas associée à la violence (pas ma tasse de thé, la politique), ses hauts et ses bas me coulent sur le dos comme l'eau sur le canard proverbial. Donc pas d'allégorie politique. En fait, pas d'allégorie du tout! Car je vous parle bel et bien de cette charmante petite bête qu'on appelle ici "krab arènye" (crabe-araignée) ou, plus joli "krab anbara" (crabe-embarras). Eh bien on en avait une dans notre chambre, hier soir...

On peut dire que nous sommes familiarisés avec cette arachnide. À Fond des Blancs, ce coin de pays montagneux où nous avons tout de même passé deux bonnes années, les mygales (ou tarentules, comme on le calque sur l'anglais) n'étaient pas rares et souvent de belle taille. La photo ci-dessus vient d'ailleurs de cette époque et je puis vous dire que celle-là, dans la salle de bain, nous a causé quelque fascination, pour ne pas dire pire. Celle d'hier dans notre chambre était plus modeste : son corps ne devait pas faire plus 3 cm de diamètre. Mais elle était là, bien en vie et bien alerte sur ses huit pattes robustes. Mais que je vous raconte.

Nous étions couchés donc et contents de nous abandonner au sommeil réparateur, tout spécialement après un après-midi à la plage. "Comment la plage? Mais vous ne travaillez donc pas, le mardi?" Eh bien justement, c'était en rapport avec le travail, une extension de notre tâche, si je puis dire, qui nous impose de nous occuper de nos volontaires avec cordialité et empathie. Je sais, je sais, il s'agit là d'une tâche bien ingrate, mais bon, vous nous connaissez : on sait se résigner! Donc, pour clôturer la semaine de bons services de nos trois audioprothésistes étrangers et compatriotes de surcroît, quoi de mieux qu'un petit séjour à la plage? Oui, je sais, il faut une bonne dose d'abnégation pour faire ce métier, mais que voulez-vous, nous l'avons! Mais je digresse...

Séjour à la plage donc, bains de mer et de soleil, repas copieux, toutes les conditions se trouvaient réunies pour le sommeil rapide et réparateur. Les bruits nocturnes nous sont maintenant familiers et contribuent à l'appel de Morphée. Sauf quand, parmi cette suite ininterrompue de petits bruits, s'en glisse un qui tranche. Qui détonne. Qui inquiète. Hier, c'était une espèce de grattement qui m'a immédiatement fait penser à un cancrelat (coquerelle). Vite, la lampe de poche, laquelle est beaucoup plus efficace que le plafonnier pour situer l'origine d'un bruit, tout le monde sait cela. Rien. J'éteins. Tout est à nouveau calme. Je commence à peine à me rendormir quand le bruit discordant se fait entendre à nouveau. Nouvel éclair de la lampe de poche, nouveau balayage de la zone d'où semble venir le bruit. Et là, mes amis, ô surprise, la bête est là, ses huit pattes bien étalées, prête à l'action! J'avertis ma compagne : panique générale! Tout le monde sur le pont! Branle-bas de combat! "Tue-la" me dit-elle de ce ton qui n'admet point la réplique. Mais moi, ami des bêtes et des imbéciles, je me dis qu'il y a sûrement un autre moyen que d'ôter la vie à cette pauvre petite créature qui n'a rien fait d'autre que de se retrouver au mauvais moment au mauvais endroit... Et d'ailleurs, posons-nous la question : comment s'est-elle retrouvée là?

Eh bien il semble que ce soit nos récents travaux en la demeure qui en soient la cause. Au-dessus de nos fenêtres, avaient été pratiquées des ouvertures permanentes, garnies de claustras, ces blocs de béton ajourés qui servent d'éléments décoratifs. Or, ces ouvertures ne faisaient qu'accumuler la poussière et les petites bêtes qui y élisaient volontiers domicile. J'ai donc décidé hier de faire boucher ces ouvertures inutiles (puisque nous avons des fenêtres). Le travail consistant d'abord à boucher le côté extérieur, j'en déduis que les petits animaux qui nichaient dans cet endroit fort approprié à la chasse nocturne sont restés bloqués... à l'intérieur! Dont la mygale! Il suffit donc de la remette dans son milieu naturel--dehors--et le tour est joué! C'est finalement à l'aide d'un contenant de plastique (genre Tupperware) que j'ai pu capturer la vilaine et la reconduire dehors, sans malice ni méchanceté. Je suis sûr qu'elle m'en sait gré. Et c'est ainsi que, finalement apaisés, nous avons pu nous rendormir et passer une excellente nuit, merci!

Vous dire la tête que mes gars ont fait ce matin quand je leur ai dit que je n'avais pas voulu tuer la chose...

lundi 9 août 2010

Suez-vous la nuit?


Suez-vous la nuit? (ne pas confondre avec "suave est la nuit") Pas trop? Bien content pour vous, parce que nous, on sue la nuit. Bien sûr, vous me direz que c'est juste normal de suer, si la température corporelle s'élève suffisamment, comme lorsque l'on fait un effort physique soutenu, par exemple. Mais la nuit, quand on dort, que le métabolisme ralentit et que la température du corps s'abaisse, admettez qu'il n'y a pas vraiment de raisons de suer. Et pourtant, ici, la chose est courante. Je le précise immédiatement : on sue en dormant, et non en faisant un exercice physique quelconque que je n'ai certainement pas besoin de préciser vu vos esprits mal tournés. La plupart du temps, la sensation n'est pas suffisante pour faire s'interrompre notre sommeil, mais la nuit dernière, je me suis réveillé complètement trempé. Trempé, vous dis-je. J'en ai ri. Heureusement, notre lit est grand -- un quatre place, selon la désignation haïtienne -- et il suffit habituellement de se déplacer un peu pour éviter la noyade, ce que je fis, non sans avoir poussé ma douce compagne qui faisait l'étoile de mer dans ses retranchements. (Et non, elle ne s'est pas réveillée.) Mais pour l'oreiller, mes amis, c'était peine perdu de tenter de le retourner : il dégoulinait! Comment peut-on suer autant, alors même qu'on a le ventilateur dirigé directement sur soi? Tout simplement, il fait chaud. Pas mal chaud. Ajoutons à cela que le courant est coupé systématiquement à 3 h et vous comprendrez que, même avec la brise nocturne qui se lève à peu près à la même heure, on a fort à faire pour dissiper la chaleur qui nous enveloppe et que le matelas conserve tout près du corps. Car c'est bien là le problème : le ventilateur suffit à rafraîchir suffisamment par convection la peau exposée, mais pour la partie du corps en contact avec le matelas, c'est une tout autre affaire, alors on sue. Vous allez me dire que ce ne doit pas être très agréable de se réveiller mouillé sur un matelas mouillé et vous aurez parfaitement raison. Il s'en trouve certainement pour se souvenir de l'époque lointaine où ils (elles) mouillaient leur lit, et j'avoue que ça y ressemble un peu, en moins localisé. Tout ça pour vous dire que la chaleur actuelle n'est pas vraiment confortable et pas seulement pour nous, petits Blancs égarés sous les tropiques : je vous garantis que les Haïtiens ont hâte que le temps plus frais se manifeste!

Changement de propos mais toujours la nuit, que faites-vous lorsque votre conjoint ou votre conjointe ronfle à n'en plus pouvoir? Chez nous, ça n'arrive pas souvent. Mais ces jours-ci, ma douce est aux prises avec une congestion nocturne qui, aussitôt qu'elle s'endort, déclenche un ronflement tellement bruyant qu'il me tient éveillé. En fait, je parie qu'il tiendrait n'importe qui éveillé! Or, la contraindre à changer de position n'y fait rien : elle continue de ronfler même sur le ventre! Si bien que cette semaine, j'ai dû m'exiler dans la chambre voisine et mettre des bouchons d'oreille pour arriver à joindre le sommeil... dans la sueur...

Y a-t-il un lien entre le ronflement et la sueur? Le ronflement de l'un fait-il suer l'autre? Peut-être si vous êtes du type à stresser d'excès, mais pas moi. Inutile donc d'y chercher une relation de cause à effet, il n'y en a pas. Cependant, la combinaison de ces deux désagréments suffit à perturber les nuits et l'on s'en aperçoit quand arrive l'heure habituelle du réveil (5 h) : on a juste envie de se retourner et de laisser les brumes du sommeil s'épaissir à nouveau. Mais c'est rêver. Car la réalité diurne, avec ses cloches, les chants des adventistes, le trafic routier, le va-et-vient dans la cour (c'est à 5 h qu'on ouvre la porte de notre hôpital et que les gens arrivent), sans compter les quelques coqs égarés qui s'en donnent toujours à cœur joie, cette réalité donc nous dit que l'heure c'est l'heure, en l'occurrence, l'heure de se lever. En passant et concernant les animaux domestiques, il faut dire que ma dernière consigne a porté fruit : les bêtes ont disparu. Veaux, vaches, cochons, couvées... s'en sont allés sous d'autres cieux. Et tout le monde s'en porte mieux...

Tout ça pour vous dire que, chaleur à part, nous nous portons très bien et que les jours se suivent sans trop de heurts ni de tremblements. Ne reste qu'à finaliser la @$%$#$*$±@£¢¤ de comptabilité et nous serons presque prêts pour la prochaine étape. Celle à laquelle on a hâte...

vendredi 19 mars 2010

Blakout


Un autre. Je parle du vendredi, bien sûr. Dites, avouons-le en chœur: ça passe vite sept jours. J'imagine que le Bon Dieu n'a pas vu le temps passer, occupé qu'il était à tout créer en si peu de temps... Pouvait bien avoir hâte au dimanche, pauvre diable... Nous, c'est le vendredi. Pour d'autres, comme pour le doyen de mes neveux, c'est le lundi. Chacun son jour.

Vous avez compris qu'après ma montée de lait d'hier et en ce jour qui se trouve notre TGIF je n'ai pas envie d'un sujet trop profond, trop dense ou trop ample. Surtout après la longue nuit blanche que j'ai passée... En fait, c'était une nuit blanche dans la nuit noire... Car pour être noire, la nuit l'était! Le temps était nuageux -- en fait, il a même plu un peu -- et seules les sentinelles de la cour éclairaient çà et là. Cependant, depuis quelque temps, on nous coupe maintenant systématiquement le courant vers les 3 h, si bien que les sentinelles se ferment tout alentour et là, mes chers frères, c'est la grande noirceur. Ou noire sœur, si vous aimez mieux... Le blakout, comme on dit en créole (je n'ai pas besoin de vous retracer l'origine du terme, hein?). Et la génératrice, me direz-vous, elle sert à quoi, dans tout ça? Eh bien justement, à rien. On ne la démarre plus. À moins d'urgences, bien entendu. L'hôpital n'est pas très achalandé ces jours-ci, les infirmières font leur tour de garde à la lampe de poche, c'est plus économique, moins bruyant et personne ne s'en plaint jusqu'à maintenant. Bien entendu, lorsque la chaleur sera vraiment là, on n'aura pas le choix de démarrer la génératrice pour que les ventilateurs se remettent à tourner et à remuer cette chaleur, histoire de la rendre un peu supportable. Mais pour l'instant, ça va. Toujours est-il que, respirant le silence de cette nuit noire, silence ponctué par quelques chiens hurleurs et un ou deux coqs à l'horloge détraquée, je me suis laissé porté par la méditation des problèmes courants -- que je vous épargne, ne vous en faites pas -- jusqu'à ce que les bruits familiers du matin me disent que l'heure du sommeil réparateur était définitivement derrière moi. Parmi ces bruits (entendez par là, sons discordants), il y a nos voisins adventistes qui, comme d'habitude depuis le début de la semaine dernière, s'échauffent les poumons dès 5 h, et laissez-moi vous dire que ça n'a rien d'une berceuse. Donc, le réveil sonné d'atroce manière, on s'est mis au diapason de la journée: café, musique, débarbouillage... pas nécessairement dans cet ordre. Et tourne le moteur.

Mais une nuit comme ça, même si elle est fertile dans la boîte à idées, ne recharge pas vraiment les batteries, ce qui donne une journée de faible ampérage. La lumière ne brille pas fort fort dans ce temps-là... On s'embrouille aisément. Mais ce n'est pas trop grave, car on survit aisément et on se dit qu'il reste encore demain.

Demain... «Demain le mot le plus menteur de toutes les langues»... (anonyme)

lundi 15 mars 2010

Tombent les mangues


Connaissez-vous cette chanson d'Adamo intitulée Tombe la neige? C'est son titre qui a inspiré le mien. Car ici, ce n'est pas la neige qui tombe, mais bien les mangues, et laissez-moi vous dire que leur impact sur un patio fait de béton recouvert de céramique n'a rien à voir avec la neige! Surtout qu'en plus, plusieurs tombent d'abord dans le feuillage du palmier voisin (genre de palmier à l'huile, mais non, ce n'en est pas un; si quelqu'un peut l'identifier sur la photo dans le coin supérieur gauche, je n'en serai que plus heureux parce que moins niaiseux), dont les palmes sont épaisses et peu cartonnées, ce qui fait un bruit d'enfer, assez pour nous réveiller, pour tout vous dire. Et le matin, les mangues jonchent la terrasse au point qu'on croirait que des enfants ont eu beaucoup de plaisir, mais n'ont pas rangé leur désordre. La saison des mangues, je vous l'ai dit l'année dernière et l'année précédente, engendre une forme de folie collective chez les Haïtiens qui y voient comme une manne tombée du ciel. Ce qu'elle est d'ailleurs, et succulente en plus! Si bien que cette année, j'ai dû mettre des règles strictes interdisant aux gardiens de sécurité de venir chercher des mangues sur la terrasse entre 19h et 7h, car notre chambre donne maintenant de ce côté. Or, vous admettrez avec moi que d'entendre quelqu'un marcher subrepticement à minuit ou à 5h le matin, ce peut être vaguement inquiétant... Car oui, n'en doutez pas, les déplacements humains près de la maison, quelle que soit l'heure, me réveillent sur-le-champ. Vous savez ce qu'on dit du chat échaudé...

Tout ça pour vous dire que les mangues tombent et attention à ce qui se trouve en dessous. Vous connaissez tous les lois de la force gravitationnelle, n'est-ce pas... Au moins une chose qui n'a pas été affectée par le tremblement de terre, tiens...

La raison pour laquelle je vous parle de mangues est double : d'abord, c'est vrai que c'est une preuve que le tremblement de terre n'a pas tout transformé; la saison des mangues revient cette année comme s'il ne s'était rien passé. Ensuite et surtout, les mangues, c'est le fruit nourrissant et délicieux, c'est l'espoir de jours meilleurs, c'est un cadeau du Ciel qui met comme un baume sur la plaie sismique. On parle beaucoup de reconstruction du pays, ces temps-ci, et l'on parle de construction physique, bien entendu. Mais la reconstruction psychologique me semble tout aussi importante, car comment construire si le peuple est apathique, démoralisé, déprimé? Les Haïtiens, je l'ai dit à satiété, sont un peuple non seulement courageux, mais aussi tenace et pas facilement découragé. Il suffit de pas grand-chose pour les remettre sur pied, et la saison des mangues est certainement un pas dans la bonne direction. Un peu de «normalité», comme je l'ai dit naguère, ne nuit évidemment pas. Les deux derniers mois n'ont pas toujours été faciles, je m'en suis assez plaint pour que vous le sachiez, et le retour à une certaine «stabilité dans l'instabilité» s'apprécie d'autant plus qu'il est nécessaire. On ne peut pas toujours être en crise...

C'est incidemment ce qui nous a incités, mon inséparable et moi-même, à prendre un petit week-end de congé, hier et samedi. Oh! Nous ne sommes pas allés très loin, mais cela a suffi à nous faire sentir un peu ailleurs, un peu hors du rythme trépidant de ces deux derniers mois. Nous n'avons pas fait grand-chose, en fait et pour dire franchement, n'avons absolument rien fait, et c'était parfait comme ça. C'était calme -- nous étions les seuls clients -- et c'était ce que nous voulions. Même le climatiseur était silencieux, c'est vous dire...

Et aujourd'hui lundi, il y a comme un air de répit dans l'air. Les Brésiliens s'en sont allés vendredi dernier et leurs remplaçants ne sont pas encore arrivés -- une équipe réduite, cette fois, puisqu'elle ne comptera que quatre spécialistes. Mais je l'ai dit, le travail de crise est terminé et maintenant il faut s'assurer que les pots cassés qu'on a habilement recollés tiennent le coup...

Ne m'en veuillez donc pas trop si mes rendez-vous s'espacent. Peut-être n'aurai-je rien de neuf à vous raconter, peut-être serai-je seulement captif de ma paresse proverbiale, en tout cas, on verra...

samedi 28 novembre 2009

Le bal des koukouj


Je le dis d’entrée de jeu : il y a bien d’autres sujets qui me sont venus à l’esprit. Mais quoi! Vais-je vous parler des rénovations que nous avons entreprises à l’hôpital et qui ont fait suer tout le monde? Ou des problèmes que nous avons eus avec le ministère des Finances concernant la franchise douanière du matériel que nous avons acheté récemment? Ou encore du congédiement de deux employés? Bref, vais-je vous parler de ce travail qui est le nôtre et qui comporte plusieurs facettes, certaines pas aussi luisantes que d’autres? Non. J’aurais trop peur de vous ennuyer. D’être rasant. Tandis que le sujet du jour, ou plus justement, de la nuit, mérite certainement quelques lignes.

Car que voilà une petite bête intéressante! Comme le montre la photo, le «koukouj» n’a rien de bien exceptionnel, vu comme ça, mais possède une caractéristique qui, la nuit, le rend tout à fait remarquable : la bioluminescence. Je vous passe les explications scientifiques et vous renvoie plutôt à Wikipédia si vous les désirez. Mais l’insecte n’en reste pas moins fascinant lorsqu’on voit sa trace luminescente dessiner de jolies arabesques dans le noir. Mettez une demi-douzaine de ces petites bêtes dans une chambre (en l’occurrence la nôtre) et vous avez un véritable ballet de traînées lumineuses d’allure très futuriste (sur le sujet, je ne saurais trop vous recommander une photo sur l’article de Wiki [français ou anglais, peu importe] qui illustre très bien ce que je vous raconte en mots). Le vol de ces coléoptères (puisque c’en sont), est fascinant, je le redis, et d’une grâce légère et aérienne.

Mais si l’on peut admirer le spectacle des ces danseurs de la nuit, c’est qu’ils sont dans la chambre. Or, ils ne passent pas tout leur temps à danser et, pour reprendre leur souffle, se posent où bon leur semble, incluant bien sûr les dormeurs que nous sommes. D’où le problème, vous l’avez deviné. Car le réflexe immédiat, lorsqu’on sent une petite bête se poser ou se promener sur votre échine, c’est de la balayer d’un revers de la main. Pas nécessairement pour la tuer, mais pour s’en débarrasser, tout simplement. Or, ces insectes sont fragiles et il n’en faut pas plus pour les faire trépasser. Et c’est là le drame : la lumière qui en émane ne s’éteint pas, du moins pas tout d’un coup. Petit à petit, elle pâlit, et tout se joue comme si l’on voyait littéralement la vie s’en échapper, en pulsations de plus en plus faibles. Et les autres lucioles viennent voir leur consœur agoniser, peut-être la réconforter par des ondes bienfaisantes, mais néanmoins impuissantes à la ramener à la vie. Drame, vous dis-je. De quoi vous faire sentir mal. De quoi vous faire sentir coupable. De quoi vous faire sentir misérable.

En tout cas, maintenant, si l’une d’elles se pose sur mon épiderme, je lui souffle dessus pour la chasser. Et j’ai le plaisir de voir sa trace lumineuse faire quelques loopings avant qu'elle aille se poser ailleurs, bien innocemment.

Et je puis alors me rendormir tranquille.

samedi 7 juin 2008

Les chiens aboient, la caravane passe




De tous les bruits qui ponctuent la nuit, les aboiements cacophoniques sont sûrement les plus pénibles. Car les chiens, souvent calmes, expriment leur peur, leur mécontentement, leur désapprobation, leur insomnie ou que sais-je encore, de façon bien audible, surtout lorsque les sons sont amplifiés entre des murs de béton, comme c’est le cas dans la rue derrière notre noble établissement.

Les chiens ne sont pas comme les coqs : ce n’est pas le dérèglement de leur horloge interne qui les fait aboyer à qui mieux mieux; cependant, l’effet d’entraînement reste le même : il suffit que l’un commence pour que les autres, sous l’effet de la contagion sonore, lui emboîtent joyeusement le pas de façon asynchrone créant ainsi une œuvre acoustique grandiose en amplitude, mais dont la valeur harmonique laisse grandement à désirer. En d’autres termes, le concert est proprement infernal. Et dure. Car lorsque l’un, à bout de souffle, faiblit, l’autre reprend le flambeau sonore, et c’est reparti! En outre, je soupçonne que les chiens reconnaissent les aboiements de leurs consanguins; et comme tout le monde, dans l’univers des chiens, est fatalement parent avec le voisin, aussi bien dire que tout le monde se reconnaît mutuellement et aboie qui de plaisir, qui de rage à cette reconnaissance. Et tout ça pendant la nuit…

Au début—je parle du début de l’intégration au sud—ces aboiements réveillent, tiennent éveillés, font rager tant que même lorsqu’ils finissent par cesser, le sommeil revient difficilement vu le haut niveau de stress engendré. Mais peu à peu, on s’habitue. Les aboiements marquent la nuit comme le sifflet d’un train ou le klaxon d’un bus : ils font partie de ces bruits qu’on en vient à considérer comme «normaux»—bien que la norme n’ait pas grand-chose à voir là-dedans—et dont l’absence inquiète vaguement. Ainsi, pendant la récente période houleuse que nous avons vécue en avril dernier, les chiens s’étaient tus. Ils savaient sans doute qu’il était préférable de ne pas attirer inutilement l’attention d’un maniaque de la gâchette pour qui un chien ne représente guère plus qu’un caillou, et cela, le chien le sait.

Aboiements désagréables, donc, mais rassurants en un sens : les affaires intercanines peuvent parfois connaître des soubresauts qui ne nous concernent nullement, fort heureusement d’ailleurs, et ne serait-ce de la cacophonie, on pourrait aisément vivre avec. D’où mon titre d’ailleurs : quand les chiens aboient, c’est que le danger n’est pas là et la caravane peut passer sans problème. Vieux proverbe arabe dont la sagesse perdure…

Finalement et parlant toujours de chien, y’en a un jeune qui se tient autour et qui nous a pris d’affection—une affection bien motivée, il faut le dire, puisqu’on a commencé à le nourrir… Les Haïtiens aiment bien les chiens, mais de loin, car ici, on ne fait pas ami avec les bêtes. L’idée même d’un animal de compagnie est totalement incongrue dans ce pays, et seuls les Blancs peuvent montrer des marques d’affection pour une bête qui n’est même pas bonne à manger, alors quel intérêt?

Manger, être mangé, n’est-ce pas là l’essence même de notre monde?

mardi 3 juin 2008

Le cube de glace à minuit

Les familiers de ma prose vont dire que je leur sers du réchauffé. Cependant, il en est qui n’ont pas connaissance de cette anecdote qui s'est produite l'année dernière et dont l’authenticité garantie ajoute en saveur et en texture juteuse.

C'était au début de l'été, le temps était chaud et nous avions, à cette époque et rapport à la chaleur, l'habitude de servir notre boisson gazeuse (Sprite, Teem ou Seven-Up) dans un grand verre avec de la glace - des glaçons comme disent les Français. Comme le format courant en Haïti est de 500 ml, il n'est pas rare que le verre ne soit pas fini lorsque le sommeil s'empare de nous.

La nuit, comme toujours, est calme et tropicale : on ne peut donc pas s'étonner si l'on se réveille parfois en sueur, avec le goût de boire. C'est ce qui m'arrive ce soir-là, aux environs de minuit. Bien sûr, un bon verre d'eau froide serait l'idéal, mais il faudrait que je me lève; cependant, je me souviens qu'il reste toujours de l'eau faiblement carbonatée dans le verre, et je me dis que cela fera tout aussi bien l'affaire. Comme je porte le verre à mes lèvres et commence à avaler le sirupeux breuvage, je sens un petit cube de glace sous ma dent, que je croque hardiment, sans me poser plus de questions. Mais est-ce la texture? Est-ce un éclair de logique qui germe dans les brumes de mon premier sommeil? Toujours est-il que je me rendors avec un vague sentiment de doute quant à la nature du cube de glace. Mais en quelques secondes, le doute se dissout et le sommeil me reprend là où je l'avais laissé. Fin du premier chapitre.

Le jour se lève et nous aussi et, au fur et à mesure que se dissipent les vapeurs du sommeil, la lucidité me fait voir les choses dans leur nudité : comment le verre contenant de la glace déjà presque toute fondue une heure après son immersion (21h) peut-il conserver, trois heures plus tard, un cube de glace d'environ un centimètre cube? La chose est-elle simplement possible? Mon esprit cartésien s'y oppose... Qu'à cela ne tienne, il faut refaire l'expérience. Ce qui sera fait le lendemain dans des circonstances très similaires, tant en ce qui concerne l'heure que la température de la pièce ou le nombre de cubes de glace dans le verre ainsi que leur densité. L'expérience n'est certes pas absolument scientifique dans sa rigueur, mais elle suffit amplement à me convaincre que ce que j'ai croqué à minuit ne peut, en aucune façon, être un restant de cube de glace...

Qu'est-ce que cela pourrait bien être?...

J'ai pensé à bien des choses, mais peu rencontraient les critères de fermeté et de croquant. Le bois est trop dur, le ciment ne flotte pas et ainsi de suite... Même la glace n’a pas la même texture!... Quand on épuise toutes les hypothèses, il ne reste que la vérité, si difficile qu'elle soit à avaler (et pourtant, je l'ai fait!). Se pourrait-il, dès lors, que j'aie joyeusement croqué une chose d'un autre règne, nantie de six pattes et d'un exosquelette, volant très maladroitement de droite à gauche, attirée par la lumière de ma lampe de chevet? Cela se pourrait-il? Je vous laisse y penser et conclure. Quant à moi, je préfère rester avec mes doutes, si ténus soient-ils...

Toujours est-il que depuis ce temps, si je me réveille avec une petite soif, je me lève et vais boire de l'eau fraîche, directement du frigo…

mercredi 26 mars 2008

Et la nuit?




La nuit ici est relativement calme et je dors habituellement du sommeil du juste. Mais il est certaines nuits qui échappent à cette règle. Ainsi, l’autre jour, en dépit de mon livre captivant, je me sens tout à coup irrésistiblement attiré vers le sommeil. Je regarde l'heure, il est 8h20. Un peu tôt, je l’avoue, mais vraiment, je m'endors. Alors je ferme mon livre et quatre secondes plus tard — si l’on se fie aux dires de ma douce compagne —, ma respiration trahit le sommeil. Tout se passe bien jusqu'à ce que, tout à coup, je me réveille. Complètement égaré. Je regarde l'heure : minuit moins dix. Pour plusieurs, c'est l'heure de sortir : la nuit commence à peine. Pour moi, ce n'est qu'une invitation à retomber dans les bras de Morphée. Mais Morphée est ailleurs... Sur le cadran numérique, les diodes changent : il est 1h30, déjà, mais je sens enfin que le sommeil me revient, maintenant. Lorsque tout à coup bzzzzz, un moustique me rend une petite visite.

Petite parenthèse au sujet de ces moustiques (marengwen en créole). Ils ne sont pas comme chez nous. Ce sont des anophèles, plus petits que nos maringouins, et dont la piqûre est beaucoup moins agaçante. En plus, ils sont pratiquement silencieux et quasi-inoffensifs (ils peuvent transporter la malaria cependant, mais bon), si bien que s'ils se promènent à distance, on ne les entend guère et leur présence n'est pas vraiment incommodante. Mais ces bêtes nous aiment bien la tête. Et quand ils bourdonnent juste dans l’oreille...

Le réflexe est automatique : paf! une bonne claque le long de mon oreille écrabouille le chétif insecte. Mais une gifle en plein visage n'est habituellement pas considérée comme un incitatif au repos, n’est-ce pas? Si bien que la zone de brume qui prélude au sommeil et qui m’enveloppait une seconde plus tôt se dissipe d'un seul coup et me voilà maintenant à nouveau bien réveillé. Dehors, un coq s’ébroue: sans vérifier l'heure qu'il est (à peine 2h), il se lance dans ses vocalises discordantes. Quand je pense qu'on ose appeler ça le « chant » du coq. Faut vraiment ne pas aimer le chant pour l'accoler à la performance du coq! Le coq est aux oiseaux ce que le heavy metal est à la musique, tiens… Toujours est-il que ce ridicule animal s'en donne à gésier déployé. Évidemment, d’autres lui répondent. Probablement, en langage de gallinacé, de fermer son bec et d'attendre que l'heure soit venue. Ou bien d'aller se faire cuire un oeuf, comment le saurais-je, moi qui ne parle pas la langue des coqs et poules? En tout cas, toute la basse-cour finit par se taire et la nuit reprend son calme habituel. Mais pas pour longtemps : vers les 4h, même s’il fait encore nuit, les activités humaines diurnes reprennent: et je te klaxonne ça joyeusement, et je te change les vitesses tout en douleur, et je te freine ça à la dernière minute... ah! la joie de conduire! Tout ça pour vous dire que, passé cette heure, le sommeil doit être dur pour durer.

Si bien que cette nuit-là, entre autres (car il en est d'autres), les sons du matin sont arrivés avant que le sommeil ne me revienne, et tout à coup, comme toujours sous les tropiques, il a fait jour. Alors que faire?

Dites, n'est-ce pas que la vie est belle?