Aucun message portant le libellé catastrophes. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé catastrophes. Afficher tous les messages
vendredi 15 février 2013
La météorite imprévue
Enfin! Voilà une nouvelle qui en est une! Une météorite qui blesse les gens par son impact, c’est quand même plus sérieux que de savoir si le ministre de la justice s’est levé du bon pied ou non, n’est-ce pas! En tout cas, pour moi, c’est une excellente nouvelle qui nous rappelle que les nouvelles, c’est supposé être comme ça : inattendu et digne d’être rapporté. Et sur la photo, voyez le beau météore! (Oui, oui, c'est comme ça que ça s'appelle, cette lueur éclatante comme le soleil : un météore!)
Le plus drôle c’est d’apprendre, en lisant l’article, que tout le monde astronomique était tourné vers l’astéroïde (2012 DA14) qui passe aujourd'hui bien près de notre bonne vieille terre et que donc, personne n’a vu venir ce petit morceau d’univers errant : «Ce phénomène inédit par l'ampleur de son bilan humain est survenu alors que tous les services d'astronomie du monde guettaient le passage de l'astéroïde 2012 DA14...» La Fontaine a une fable sur le sujet : L’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits et qui, comme son titre l’indique, nous parle d’un hurluberlu qui, regardant le ciel, ne regarde vraiment pas où il met les pieds… Eh bien c’est un peu ce qui s’est passé et qui a pris tout ce beau monde scientifique un peu au dépourvu. Je dis «un peu», car l’événement, en termes astronomiques, est microscopique pourrait-on dire, et seulement intéressant comme un fait divers. Mais pour nous, gens ordinaires, c’est quelque chose! Quelque chose qui peut nous faire réfléchir et nous amener à penser que, finalement et quoi qu’en dise la communauté scientifique, tout n’est pas prévisible et évitable dans l’univers que nous habitons. Car c’est là la beauté de la chose : cette météorite est venue de nulle part et par le plus grand des hasards (et ça, ce n’est pas moi qui le dis), elle a frappé notre planète. Comment dès lors ne pas croire qu’un objet similaire, animé de la même course erratique mais de taille nettement supérieure, puisse lui aussi frapper la terre de plein fouet? Surtout que la chose s’est produite dans le passé, comme on nous le rappelle avec la météorite géante dont l’impact est lié à l’extinction des dinosaures ou, plus près de nous, celle qui, sans doute, a frappé la Sibérie en 1908. Sans doute. Parce qu’on n’est pas sûr à 100 %. Quoi qu’il en soit, la destruction massive de la forêt à l'époque en dit long sur la force de l’impact et là encore, c’est arrivé. Vraiment arrivé. Venant du ciel, une «chose» s’est écrasée sur la terre. Qu’on me dise que ce n’est pas courant, que c’est peu vraisemblable que cela se reproduise, que les probabilités mathématiques sont plus faibles que de gagner la loterie au 6/49 ne change rien au fait : ça s’est produit et ça se produit à nouveau sans que personne n’y puisse rien. J’aime assez. Pour une raison simple : tout n’est pas prévu, tout n’est pas prévisible et il reste encore des événements capables de déculotter les plus éminents scientifiques. Des événements que les compagnies d’assurances appellent "Acts of God" et qui disent bien ce qu’on veut dire : des événements sur lesquels nous, humains présomptueux et arrogants, n’avons réellement aucun pouvoir, sauf peut-être celui de voir venir la catastrophe tout en sachant qu’on ne peut rien faire pour l’empêcher, un peu comme dans le film Knowing d’Alex Proyas et dont Nicolas Cage tient la vedette. Un point intéressant du film c’est qu’à un moment donné, il devient clair que les gouvernements des divers pays savent très bien que la catastrophe est imminente et pourtant, n’en disent rien à la population. Pourquoi le feraient-ils? Il n’empêche que je trouve cette approche tout à fait réaliste et je reste convaincu que, dans l’éventualité d’une catastrophe à l’échelle planétaire, nous, gens ordinaires, n’en saurions rien.
Et pourquoi le saurions-nous? Alors surveillez bien l’astéroïde 99942 Apophis qui va frôler la terre en 2029 et qui va repasser, avec une course altérée (laquelle???) en 2036… Ça risque d’être assez intéressant…
vendredi 21 décembre 2012
La fin du monde, quoi d'autre?
Je voudrais éviter le sujet que cela me serait bien difficile. Tout le monde en parle, certains avec le sourire, d’autres non sans une certaine excitation, d’autres enfin avec l’espoir que ce soit vrai : la fin du monde.
J’en ai parlé antérieurement, mais puisqu’aujourd’hui est le jour J, je pense qu’il vaut la peine que j’y revienne brièvement, non pas pour en discuter la pertinence ou le fondement scientifique, mais plutôt pour y mettre mon grain de sel, si modeste fût-il. Arrêtons-nous deux minutes : on parle bien de la fin du monde, c’est-à-dire la destruction totale du monde tel que nous le connaissons, incluant l’humanité dans son ensemble — mis à part quelques survivants, pour leur plus grand malheur d’ailleurs — de même que la vie végétale et animale. La fin du monde, c'est forcément quelque chose de gros, d'énorme. Ce ne peut être un fait isolé que les autres pays regarderaient à la télévision : il faut que ce soit universel. Alors dites-moi donc comment un tel événement dont l’envergure dépasse l’imagination pourrait se produire dans le cadre d’un jour, un maigre petit jour de tout juste 24 heures… Pas évident, hein? Eh bien vous avez tout compris de mes réserves, pour ne pas dire de mon scepticisme...
Je puis vous dire pour l’avoir vécu qu’une catastrophe majeure peut vraiment se produire sans prévenir, comme ce fut le cas du fameux tremblement de terre du 12 janvier 2010 (et non du 10 janvier, comme une journaliste de la Presse l’a écrit hier). Rien ne laissait prévoir cet éternuement géologique qui a mis le pays — la capitale surtout — sens dessus dessous. Oui, c’était une catastrophe, et pas tant pas par l’ampleur de l’événement (7,0 sur l’échelle sismique cela n’a rien d'exceptionnel) que par les désastres qu’il a entraînés. Je sais ce que vous allez me dire : que c’est Haïti, que tout était bâti un brin sur rien et que c’est l’effet domino qui a fait s’écrouler le château de cartes que sont les constructions haïtiennes. Tout cela est vrai. Tout comme il est vrai que les choses auraient été bien différentes si le même séisme avait eu lieu à Los Angeles, par exemple, ou au Japon, là où les constructions sont conçues pour résister à ces grands frissons telluriques. Mais — et c’est là où je veux en venir — vous comprenez alors pourquoi j’ai des réserves pour une catastrophe qui, au cours d’une seule journée, détruirait entièrement le monde, TOUT le monde, et ce, sans aucun signe annonciateur!... Ça me paraît bien difficile à avaler… Je ne dis pas que c’est impossible, remarquez, mais disons que ça me semble très, très, très peu plausible.
Il reste encore quelques heures avant qu’aujourd’hui devienne hier. Nous sommes donc encore dans le domaine du possible, bien que chaque heure qui passe le réduise d’autant. Mais je puis vous affirmer que le spectre de cette fin du monde annoncée ne pèse pas lourd pour moi dans cette journée qui n’en marque pas moins le solstice d’hiver de l’hémisphère nord, un événement astronomique que je considère digne de mention puisqu’il signifie, entre autres, la fin de la croissance de la noirceur et le retour du pendule. Pas grand-chose à l’échelle eschatologique, c’est vrai, mais voir les jours qui rallongent, c’est un peu comme savoir que l'avenir va arriver comme prévu, à l'heure dite et sans roulements de tambour...
Et je trouve ça rassurant... Pas vous?
dimanche 11 novembre 2012
« Pas un cyclone »...
Je vous invite à prendre connaissance de ce court article, qui illustre bien ce que je voulais dire l’autre jour lorsque je parlais de l’impact d’un ou d’une journaliste sur la valeur d’une nouvelle. Ce qui est rapporté n’est quand même pas rien : la presse étrangère (Agence France Presse) parle de 16 morts et si l’on se fie à la version plus officielle, le décompte ne serait que 10 décès, mais tout de même, dix morts dus à la pluie, ça me paraît tout de même digne de mention, digne d’être relaté, sans doute à grands frais dans notre presse nationale si c'était chez nous, mais ici, simplement relégué au rang de fait divers.
Ce qui fait que je me suis posé la question : pourquoi? Et sans vouloir dire que j’en détiens la réponse, je partage avec vous ma petite idée, à savoir : on ne sait où jeter le blâme. On dit : «Suite à un front froid combiné à un creux de surface, de fortes pluies se sont déversées pendant des heures, dans la nuit du jeudi 8 novembre au vendredi 9 novembre, sur plusieurs départements du pays, notamment sur le Nord.» Ailleurs, on précise : «Monsieur Semelfort [le responsable du Centre national de météorologie d'Haïti] a fait remarquer qu'il ne s'agit pas d'un cyclone.» Il ne s’agit pas d’un cyclone, donc le NHC américain n’en a pas parlé, donc ça n’a pas de nom, donc ce n’est rien d’important. À peine digne de mention. Et pourtant, pas moins de dix personnes en sont mortes, sans compter les importants dommages matériels! Mais puisqu’il s’agit d’une simple dépression météorologique, on ne peut décemment demander à des journalistes professionnels de couvrir l’événement! En fait, cette question du mal qu’on nomme — qu’on nomme, j’insiste, c’est-à-dire à qui l’on donne un nom, on pourrait presque dire qu’on baptise — revêt une importance capitale quand il s’agit de comptabiliser les dommages. En d’autres mots, une simple inondation due à la pluie n’est rien en comparaison d’une autre due au passage d’une Sandy ou d’un Isaac. Car là, on a un ou une coupable! Incidemment, j’avais mentionné la chose dans un texte précédent, à savoir, ce n’est pas tant la violence d’un ouragan comme la fragilité d’Haïti qui cause le véritable problème. Évidemment, la combinaison des deux facteurs ne peut qu’entraîner des conséquences catastrophiques, et il faut prier le Ciel que ça n’arrive jamais. Mais le point important ici, c’est que le pays est immensément vulnérable, surtout la capitale, coincée entre les montagnes et la mer. Or, on dirait que les seuls incidents qui intéressent les médias, ce sont ceux annoncés, identifiés, nommés, les autres étant simplement balayés sous le tapis. Pourtant, une dizaine de morts et des centaines de sans-abris, il me semble que c’est tout de même quelque chose, vous ne croyez pas?
Mais cela démontre ce qu’une blogueuse anglophone (Amy Wilentz) soulignait : un dicton qui circule parmi les correspondants étrangers veut que un décès américain équivaudrait à 20 décès européens, à 100 décès asiatiques ou sud-américains, à 1000 décès africains, ou quelque chose d’approchant. Les morts en Haïti sont monnaie courante et comme je l’ai mentionné la semaine dernière, quand il n’y en pas assez, on en rajoute, pour faire bonne mesure et pour que «ça se vende mieux»...
Mais la réalité n’en reste pas moins tragique avec ou sans battage médiatique et ça, je pense, il ne faut pas l'oublier.
dimanche 4 novembre 2012
N'importe quoi
C’est rare que ça m’arrive, mais là, vraiment, ça fera. J’en ai ma claque de ces journaleux qui se prennent pour des journalistes, qui débarquent en Haïti pour la première fois, qui ne sont même pas fichus d’orthographier correctement le nom ici d’une ville importante (*Miraguan au lieu de Miragoâne) du pays et qui véhiculent des informations à la véracité discutable, pour ne pas dire carrément fausses. C'est vraiment n'importe quoi! Et vous qui lisez ces porteurs de l'information, comment pouvez-vous distinguer le vrai du faux? Comment pouvez-vous exercer votre esprit critique?
Je parle de Gabrielle Duchaine — avec laquelle, est-il utile de le préciser, je n’ai aucun lien de parenté, ni aucune affinité journalistique d’ailleurs — et de son dernier article, racoleur comme une vieille pute : «Après Sandy, la grogne s’amplifie en Haïti». Et voilà. C’est dit, donc c’est sûrement vrai. Et sur quelle base s’appuie cette journaliste chevronnée (?) dont les textes précédents nous parlaient du tourisme en Équateur? Rien. Du vent. Pas de références, pas de personnalités compétentes, pas de données vérifiables. Que des gens rencontrés au hasard de son parcours, avec lesquels j’assume, jusqu’à preuve du contraire, qu’elle n’a même pas pu parler sans un interprète qui a sans doute, d’après ce que je sais des interprètes haïtiens, interprété à sa façon les dires de l’un ou de l’autre. Résultat, cette conclusion alarmiste : la grogne monte suite au passage de Sandy. Vraiment, je vous le dis, à vous qui n’êtes pas cons : ça fait chier. Et comme si ce n’était pas assez, voilà que la dame, pour faire bonne mesure, nous parle maintenant de 100 morts — 50 ne font vraiment pas sérieux pour une tragédie haïtienne — mais qui viennent d'où, on n'en sait rien. Et d'abord, pourquoi est-elle la seule à avancer ces chiffres? Et les autres médias, haïtiens ou internationaux? Sont-ils tous dans l’erreur? Je sais bien qu’on veut plus de morts, histoire de frapper l'imagination du public, mais tout de même...
Les récoltes du pays ont été détruites, c’est vrai. La situation alimentaire du pays est précaire, c’est un fait. Mais le gouvernement a réagi, notamment en proclamant l’état d’urgence pour un mois, ce qui lui donne plus de latitude pour agir sans délai. En outre, cette situation ne date pas d’hier, comme le rappelle cet extrait du Nouvelliste :
La période de sécheresse avait déjà causé des pertes énormes dans le secteur de l’agriculture, évaluées à près de 80 millions de dollars américains. Alors que les évaluations n’ont pas encore terminé [sic], la tempête tropicale Isaac a causé des pertes estimées à environ 70 millions de dollars dans le même secteur, a rappelé l’agronome Gary Mathieu, responsable de la CNSA [Coordination nationale de la sécurité alimentaire], informant que l’ouragan Sandy en a fait pour 104 millions.Or, l’aide internationale est bien au fait de la situation et déjà, si l’on en croit cet entrefilet de Haïti Libre : « Aujourd'hui est arrivé à Port-au-Prince le bateau d'aide d'urgence du Venezuela pour Haïti, avec à son bord 530 tonnes de denrées non périssables et 116 tonnes de machinerie lourde pour aider à enlever les décombres. » Et l'aide s'organise et les choses devraient rentrer dans ce semblant d'ordre qui caractérise le pays sous peu.
Concernant le choléra, que madame Duchaine semble connaître comme le fond de sa poche, pour ne pas dire un autre endroit plus vulgaire, voici ce que je lis, toujours dans Haiti Libre que je ne saurais trop vous recommander, soit dit en passant :
Tarik Jasarevic, le Porte parole de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclaré « [...] Dans de nombreux endroits, de mauvaises conditions sanitaires pourrait augmenter le risque de maladies d'origine hydrique telles que le choléra. Sandy a détruit sur son passage 20 Centres de Traitement du Choléra (CTC) [...] À Baradères, les équipes de Médecins sans Frontières-Hollande, PAHO/WHO, International Medical Corps (IMC), et le Ministère de la Santé d'Haïti continuent d'assurer la permanence pour soigner les personnes atteintes [...] Une augmentation du nombre de cas de choléra a été signalée, particulièrement dans le Sud, le Sud-est, la partie Sud du département de l'Artibonite, et l'Ouest du pays [...] Cette augmentation des cas n'a pas encore pu être attribuée au passage de Sandy et les équipes de terrain continuent de participer au suivi de la situation.Bref, vous comprenez que la situation est difficile, soit, mais pas inhabituelle pour ce pays qui en a vu d’autres. Rien à voir avec le séisme de janvier 2010! Et pourtant, à lire l’article de Gabrielle Duchaine, on se demande si le passage de Sandy n’a pas fait pire… Vraiment, ça ne fait pas sérieux, et je trouve ça bien dommage, surtout lorsque l'article apparaît sur lapresse.ca.
Que nous réservent les mois à venir? Bien malin qui pourra le dire. Mais pour nous qui vivons ici, il est bien clair que ce n’est pas à jouer les alarmistes qu’on fera avancer la cause haïtienne.
samedi 27 octobre 2012
Savoir s'entraider
La tempête a été pénible. Pour tout le monde, même ceux qui font partie des nantis. Le vent a soufflé fort, bien plus qu’on y est normalement habitué dans ce pays, et il a causé ce faisant quelques dommages, comme les lignes électriques brisées par les branches cassées. Mais ce ne fut rien en comparaison avec les tonnes d’eau qui nous sont tombées dessus. Or, je vous l’ai dit, une telle quantité d’eau ne s’absorbe pas, en tout cas, pas au fur et à mesure qu’elle tombe et si vous ne croyez pas à l’histoire biblique du déluge, eh bien vous n’avez qu’à passer dans notre coin et vous serez en mesure de comprendre pourquoi cet événement apparaît dans de nombreuses traditions de l’Histoire du monde. Bref, on a eu beaucoup d’eau et de nombreux endroits ont été inondés, dont la section de la maternité de l’hôpital général des Cayes.
Or, vous comprenez bien qu’on ne choisit pas le moment où l’on accouche et pluie pas pluie, quand le gâteau est prêt, faut qu’il sorte du four. Mais dans l’eau? Il me semble que, bien que certaines puissent y voir un accouchement original, voire originel, ce ne doit pas être très confortable. Et si l’accouchement pose un quelconque problème, que faire? Pomper l’eau avant d’aspirer le nouveau-né? Pas idéal. Alors quand l’administrateur de l’hôpital général m’a téléphoné pour me demander de les dépanner, je n’ai pas eu à me questionner longtemps sur la réponse à faire, si bien qu’en quelques minutes, tout ce beau monde — personnel médical et dames enceintes à divers degrés de grossesse — ont rapidement pris place dans une section de notre hôpital non utilisée.
Avoir une aile maternité nous change de l’ophtalmologie et de l’ORL; pour un, la clientèle n’est pas la même. Notez bien que j’utilise le terme «clientèle» volontairement, car ce ne sont pas des patientes, même si, en vérité, ces dames — souvent de très jeunes filles — font preuve d’une patience exemplaire. Mais elles ne sont pas malades. Certaines complications se produisent, oui, qui imposent de pratiquer les fameuses césariennes que tout le monde connaît, mais ça n’en fait pas des malades pour autant. Et considérant l’aboutissement de l’acte, le cri du nouveau-né, on ne peut pas dire qu’il ne s’agit pas là d’un moment extraordinaire qui balaie toute la douleur que la mère a pu exprimer, ici de façon très vocale et démonstrative, et qui confirme que non, il n’y a rien de malade là-dedans. Alors la maternité comme service, oui, je suis pour.
Il n’empêche que cette situation illustre bien comment les choses marchent, en cas de catastrophe : on se dépanne mutuellement. Et comme nous avons de l’espace et des bâtiments libres, disons que nous sommes souvent sollicités, pour des raisons d’importance variable. Ainsi, nous avons hébergé des enfants souffrant de malnutrition pendant quatre ou cinq mois (Terre des Hommes), avons fourni des services d’orthopédie après le séisme de 2010 (Expedicionários da Saúde — Brésil) et avons entreposé les voitures de la CRS et les épaves de la Police nationale le temps qu’ils fassent les travaux de pavage de leur cour. Entre autres. Car je ne parle pas des organisations qui viennent loger chez nous pour des raisons de commodité autant que de sécurité. Bref, notre rôle va bien au-delà des seuls soins de santé et je pense que c’est tout à fait normal et sensé dans les circonstances. Et tout cela se joue plus ou moins à l’oreille, sans qu’il soit besoin d’en faire des règles qui ne feraient sans doute qu’alourdir le processus. Car lorsque l’eau inonde, qui a envie de s’embarrasser de paperasse?
Et puis le soleil revient, sèche tout et la section maternité de l’hôpital général pourra bientôt retourner dans ses quartiers habituels, jusqu’au prochain déluge…
L’entraide, c’est ça, pas autre chose.
jeudi 25 octobre 2012
Tempête tropicale
Me revoilà. Bien tard, je n’en disconviens. J’aurais plusieurs bonnes raisons à invoquer pour justifier ce long délai depuis mon dernier texte. Mais pourquoi le ferais-je? Je sais que vous me pardonnez tout…
Paradoxalement, ce ne sont pas les sujets qui m’ont fait défaut. La fête des 30 ans de notre vénérable institution, la maladie, la visite… auraient pu et pourraient encore constituer autant de sujets sur lesquels je pourrais m’élancer. Mais avec votre permission, je passe. Car le sujet du jour mérite toute mon attention et c’est ce que je choisis de partager avec vous aujourd’hui. Et le sujet du jour, vous vous en doutez si vous suivez un tant soit peu les nouvelles en provenance des tropiques, c’est ce fameux ouragan SANDY, qu’on a vu apparaître sur les cartes de la NHC la semaine dernière et qui n’avait rien d’inquiétant puisqu’il semblait en voie de se former à l’ouest de l’île d’Hispaniola — notre île, en fait — et donc, pas de danger majeur pour nous. En plus, cet ouragan s’annonçait comme une faible tempête tropicale, alors on se disait que, dans le pire des cas, on aurait un peu de pluie et tout serait dit…
Tout cela était vrai… virtuellement. Car en réalité, quand les trombes d’eau ont commencé à nous tomber dessus et le vent à étêter les palmiers, il a bien fallu admettre qu’on était devant une vraie tempête, une des plus mauvaises qui soient passées depuis 2007, depuis que nous habitons sous ces latitudes. Comme on dit par ici, nou mele, qu’on peut traduire librement par : on est dans la merde. Car la pluie, ne l’oublions pas, c’est de l’eau. Qui vient du ciel et qui aboutit sur la terre où elle s’accumule rapidement, surtout si, comme c’est le cas en ce pays, le sol durci ne l’absorbe que peu ou pas du tout. Conséquence : les torrents se multiplient, s’entrelacent, se joignent et se rejoignent, forment des ruisseaux, des rivières capables d’emporter les ponts, les maisons, les gens… bref, un désastre. Socialement, la perception de la tempête ressemble un peu à celle d’une tempête de neige au nord : excitation vaguement festive, mêlée d’agacement quand il faut vraiment faire avec, sur la route surtout… Mais ici, l’excitation devient vite angoisse, puis résignation à devoir passer la nuit debout lorsque l’eau «envahit» la maison, puisque, souvent par ici, les gens dorment à même le sol en terre battue, alors je vous laisse imaginer… Quant à manger, puisque tout se fait au jour le jour, la pluie constitue dans ce cas un obstacle de taille, souvent insurmontable et si elle dure, eh bien il y en a des pas gros qui maigrissent encore un peu plus...
Car il faut bien le dire : la pluie, si nécessaire pour la santé de la terre et la production agricole, représente une réelle épreuve quand elle devient excessive. Haïti, plus encore que ses sœurs antillaises, est un pays de soleil. Non seulement on le tient pour acquis, mais son absence déstabilise et insécurise. Car si tout le monde apprécie une bonne petite ondée rafraîchissante et nourricière de la terre, les pluies diluviennes engendrent une pléthore de problèmes dont personne, pas même nous les nantis, n’est à l’abri.
Mais le proverbe le dit : «Après la pluie le beau temps». Et ici, on peut le prendre au pied de la lettre, sans la moindre nuance, sans le moindre doute quant à sa véracité. Le beau temps va revenir, pas aujourd’hui, peut-être pas demain, mais il va revenir et s’installer à demeure.
N’empêche que, comme le souligne ma chère amie Diane sur son profil Facebook, «...le Sud en octobre, pensez-y 2 fois». Car tout n’est pas toujours carte postale en cette saison.
Mais qui voudrait d’un cliché pour illustrer ce pays de la démesure?
jeudi 23 août 2012
Isaac arrive!
Voici venir ISAAC. C’est un peu stressant de voir le parcours prévu de cette catastrophe annoncée. Car un ouragan, vous le savez aussi bien que moi, ce n’est pas de la tarte ni du bonbon. En fait, il n’y a pas grand-chose de bon dans cet excès météorologique… Certes, les dix premières tempêtes de la saison ont passé sans se faire trop remarquer, se perdant même dans l’Atlantique sans déranger rien ni personne. Mais en Haïti, qui sait ce qu’un cyclone comme celui qu’on nous annonce peut laisser dans son sillage? Chose certaine, je le redis (au cas où vous n’auriez pas été attentifs), ce ne sera pas un cadeau. Mais bon. Qu’y faire? Fermer les fenêtres? Se mettre à l’abri? C’est ce que tout le monde fait. Et pour le reste, on attend, résignés.
En fait, il est trop tôt pour prédire ce qui pourrait se produire si la tempête rugit et rage. Mais le seul fait qu’on annonce jusqu’à 500 mm de pluie laisse penser que ce ne sera pas de tout repos. Pensez-y les copains : 500 mm, c’est la moitié d’un mètre, ça. Mesuré sur une surface plane, il va sans dire, ce qui n’est pas courant en Haïti où les montagnes pullulent. Deyè mon gen mon, dit un proverbe (derrière la montagne, il y a une montagne). L’eau qui coule à flanc de montagne, même si elle n’emporte rien dans sa course, s’en va toujours obstinément — gravité oblige — vers le bas, où elle rejoint d’autres ruisselets qui, en se fusionnant, forment des ruisseaux, des rivières, des torrents puissants, bref vous avez compris. Et je ne parle pas de la boue… C’est pourquoi, quand on parle d’ouragan (ou même simplement de tempête tropicale), il ne faut pas juste penser à la force du vent, mais aussi et surtout à la quantité de pluie qui l’accompagne et dont les effets ne sont pas vraiment immédiats, mais tout aussi, sinon plus, dévastateurs.
Vous me direz que je n’ai pas à m’en faire, étant loin de ce pays que la tempête menace. Mais dans un sens, c’est encore pire, parce qu’on veut tout de même penser à tout et surtout, aviser sur place de ce qu’il y aura lieu de faire une fois la tempête passée. Fort heureusement, je me fie sur ceux et celles qui sont là et qui sauront agir pour le mieux. Mais c'est tout de même un peu frustrant de ne pas être là où il faudrait être...
Une chose est sûre, il s’en trouvera bien pour mettre la tempête dans le même bassin que le tremblement de terre, et les "bleeding hearts" en profiteront pour s’apitoyer sur le sort du pays, ce qui leur permet souvent d’aller chercher des fonds supplémentaires dans les poches des nombreux naïfs qui les écoutent. Vous me trouvez dur? C’est seulement que j’ai horreur des fourbes et des manipulateurs. Et vous pouvez me croire sur parole, ils sont extrêmement bien représentés en Haïti…
En tout cas, c’est pour demain vendredi, alors en principe, samedi nous devrions être mieux en mesure d’évaluer les dégâts éventuels. Pour l’instant, on regarde la trajectoire telle qu’elle apparaît sur le site du National Hurricane Center et on se croise les doigts…
Et dire que pendant ce temps, ici au Québec, le temps est au beau fixe et mis à part la pourriture politique, rien n’altère la douce quiétude de ces lieux enchanteurs…
mardi 24 juillet 2012
Scénarios effrayants
C’est en lisant le texte de Mario Roy ce matin que je me suis posé la question : mais pourquoi donc ces scénarios de fins de monde nous excitent-ils tant? Car on aura beau dire et on aura beau en rire, le sujet passionne et enflamme voire, pour certains, oriente la vie. Vous vous doutez bien que je n’ai pas de réponse à vous donner comme ça, mais le phénomène — car c’en est un — pique ma curiosité. Non, non, je ne parle pas de la fin du monde en tant que telle, mais plutôt de l’engouement pour la fin du monde ou, à défaut, pour ces grandes catastrophes qui changent le monde où elles se produisent, comme ce fut le cas lors du tsunami au Japon ou, plus près de nous, le tremblement de terre de janvier 2010.
Incidemment, on nous en promet un autre, et de taille. En fait et si vous aimez les articles alarmistes, je vous suggère ce texte tiré du Nouvelliste qui laisse entendre que ce n’est qu’une question de temps (lire jours ou mois) avant qu’un autre séisme majeur ne frappe Haïti. Et le ton, les amis, le ton : alarmiste, ai-je dit? En fait, c’en est presque apocalyptique. Genre : repentez-vous car c’est la seule chose que vous ayez encore le temps de faire, car le séisme est «imminent»!....
Mais qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est fabulation? La tension géologique; ça, c’est réel, démontrable, vérifiable avec les instruments appropriés. Et lorsque cette tension devient trop forte, il y a un relâchement subit qui produit une onde de choc qui se répercute à la surface. Ça, oui, ce sont des faits. Mais dire que cette accumulation de tension va nécessairement culminer très bientôt et provoquer de ce fait un relâchement destructeur est pure spéculation. Comprenons-nous bien : je ne dis pas qu’un tel scénario ne peut pas se produire, je dis seulement que personne, pas même le plus chevronné des géologues, ne le sait. Mais encore une fois, la perspective du drame émoustille les sens, fait saliver, fait peur aussi mais une peur comme celle que l’on éprouve lorsqu’on écoute un bon film à suspense. Une peur excitante, mais pas dangereuse. C’est comme ça qu’on les aime, les peurs : non fondées; ainsi quand le film finit, on lâche son souffle, on sourit de soulagement et on se dit que c’était un excellent film, drôlement bien ficelé, terriblement efficace. Or, ce que l’article nous dépeint, ce n’est pas le scénario d’un film, mais plutôt une réalité potentielle dont la plupart des gens ne se soucieraient guère ailleurs, mais qui engendre ici en Haïti une peur panique, et pour cause : le malheur s’est réellement produit et a effectivement été catastrophique. Comment dès lors ne pas avoir peur qu’il se reproduise? Et pourtant, comme le souligne le premier commentaire à la suite de l’article, «Il n'existe à ce jour aucune méthode scientifique permettant de prédire la date précise de survenue d'un séisme.» La dame ajoute : «Dans le cas d'Haïti le terme inéluctable (à la place de imminent) est plus approprié. Il ne s'agit pas de diffuser l'angoisse et le stress mais plutôt, de sensibiliser et d'informer les populations…» Voilà, ce me semble, des propos sensés, raisonnables et appropriés. Mais pas excitants, pas apocalyptiques, pas évocateurs du jugement dernier…
Or, le jugement dernier, c'est ça qu'on attend. Certains l’espèrent même. Et quoi de mieux qu'un déchaînement des forces de la nature pour en servir les fins redoutables? N’est-ce pas ce que la bible nous raconte?
La fin du monde est-elle proche? On n’en sait rien. Et c’est bien comme ça. Là-dessus, bonne fin d’année 2012, en autant qu'on puisse en voir la fin…!
mardi 11 octobre 2011
Du côté de l'étang aux grenouilles
Vous lisez mon titre et vous vous imaginez peut-être que nous avons déménagé? Eh bien non! Nous n’avons pas besoin d’aller à l’étang pour entendre les grenouilles : c’est l’étang qui vient à nous! Je vous ai dit qu’il pleuvait hein? Et quand il pleut sur cette ville, ben c’est comme vache qui pisse, je vous ai dit ça aussi, vous vous souvenez? Or présentement, il pleut et c’est le troisième jour, alors oui, l’étang s’est formé et les grenouilles, invisibles en temps normal, s’en donnent à gorge déployée. L’effet est tout à fait comme si nous avions changé de voisinage...
Mais il n’y a pas que dans la cour qu’un étang s’est formé : dans une grande partie de la ville aussi! C’est que Les Cayes est une ville pratiquement au niveau de la mer, une ville plate donc, et l’eau qui tombe y ruisselle sans s’écouler, inonde les rues et les maisons, gâte la nourriture et favorise la misère… Or, je vous le dis les amis : Aznavour a raison quand il chante que «la misère serait moins pénible au soleil» (Emmenez-moi). Parce que sous tant d’eau, la misère éclate, s’affiche sous forme de gens trempés jusqu’aux os qui cheminent dans 60-80 cm d’eau sale où flottent les détritus éparpillés et parfois, tue. Et le pire, c’est ce qu’on ne voit pas : les maisons inondées et leur contenu saturé de cette eau sale, la nourriture gaspillée qu’on n’a pas les moyens de racheter; les vêtements trempés qu’on ne sait plus où faire sécher et les maigres possessions réduites à néant. Et si certains se plaignent, la majorité affiche ce sourire un peu forcé et hausse les épaules, l’air de dire : «On n’y peut rien, faut se résigner.» Et cette résignation est belle à voir. Mais en même temps, elle fait mal. On se prend à se demander si on aurait la même résignation, sachant que tous nos biens sont détruits, irrémédiablement et que rien ni personne n’offrira de compensation monétaire ou un quelconque dédommagement. Franchement, faut être fait fort pour ne pas se décourager, pour ne pas crier sa haine contre un Ciel qui s’acharne contre ce peuple. Les Haïtiens? Des survivants, vous dis-je…
Nous? Ça va. Ça baigne. Ça flotte. On surnage. La maison est épargnée, nous sommes au sec et nous avons tout ce qu’il nous faut pour tenir un siège de plusieurs jours. La compagnie d’électricité ne donne pas beaucoup de courant — allez donc savoir pourquoi — mais nous avons la génératrice qui nous fournit tout ce dont nous avons besoin sous ce chapitre. La connexion Internet n’est pas fameuse dans ce ciel bouché, mais quand il n’y a que ça qui ne marche pas, on ne peut pas vraiment se plaindre, n’est-ce pas?
Il n’empêche que dans un pays de soleil, la pluie excessive n’est jamais la bienvenue. La pluie, oui. Excessive, non. Et comprenons-nous bien : n’est pas excessive une pluie torrentielle, mais bien celle qui dure. Genre déluge. La bible, qui aime les nombres sacrés, nous parle d’une pluie qui dura 40 jours et 40 nuits. Eh bien je puis vous dire qu’après trois jours, pourtant entrecoupés de nombreuses accalmies, nous sommes dans Waterworld et il s’en faudrait de bien moins de quarante jours pour que Les Cayes soit rayée de la carte… Et d’après ce que j’ai entendu, c’est encore pire ailleurs, dans d'autres villes de la côte…
Petit malheur donc, mais qui rend tout le monde solidaire. Les plus chanceux sourient encore, non pas de joie, mais de cette conscience qu’il y a pire qu’eux. Les autres affichent cette dignité dans la souffrance et non, ne se plaignent pas. Simplement, ils attendent, ne sachant que faire d’autre. Et que faire d’autre, de toute façon? Au moment où j’écris ces lignes, la pluie est toujours forte, le niveau d’eau continue de monter et pour faire bonne mesure, la foudre s’en mêle. Mais pour une raison évidente, elle me dérange moins, celle-là. La nuit, c’est autre chose, mais comme ça, en plein jour, avec toute cette pluie qui tombe, disons que le tonnerre et les éclairs qui le suivent sont relégués au second plan.
Reste que demain devrait être meilleur. Encore de la pluie, mais espacée. Moins d'excès. Un répit. Puis le soleil va reprendre sa place, tout va sécher et tout va être oublié jusqu'à la prochaine fois...
Et les grenouilles dans tout ça? Ben tu parles si elles sont contentes, les grenouilles...
vendredi 26 août 2011
La course du monstre blanc
Je ne veux pas avoir l’air de me réjouir du malheur des autres, mais je dois vous dire que je ne suis pas mécontent de voir que, pour une fois, la menace tangible d’avoir à subir une catastrophe naturelle annoncée pèse maintenant sur des gens qui n’en ont habituellement rien à branler. On dit toujours «Pauvre Haïti», et on se dit que ce n’est pas juste que ce pays si mal en point soit en plus soumis aux caprices météorologiques. Mais c’est dit comme ça, de loin, bien assis dans un fauteuil inclinable face à un écran plasma de 50 pouces. Tandis que là, avec ce monstre blanc qui se dirige vers vous, eh bien la perspective change et on se met à penser à ce qui pourrait arriver si… Et vous êtes dès lors plus susceptibles de mieux nous comprendre, nous qui vivons avec cette formidable épée de Damoclès qui reste suspendue au-dessus de nos têtes pendant toute cette moitié de l’année, soit de juin à novembre. Ce n’est pas vraiment agréable. Certes, on fait avec puisqu’on ne peut faire autrement, mais ce n’est pas par plaisir et ce n’est certainement pas pour attirer la pitié. Car ce que nous voulons, ce n’est vraiment pas de la pitié, mais de la compréhension. Ce qui n’est pas rose pour nous ne l’est pour personne. Il faut arrêter de dire «Pauvre Haïti» et comprendre plutôt que les catastrophes, où qu’elles passent, ne sont jamais une source de joie. Vous en avez eu un autre échantillon avec le petit séisme qui vous a secoué les puces cette semaine…
Je pense que c’est là une perspective différente qui permet de mieux comprendre la difficulté, pour un pays constamment soumis à des catastrophes, de se maintenir à flot. Pour nous, vivre en Haïti, c’est partager ces moments pas toujours faciles avec ce peuple qui se débat et qui se bat sans relâche, sans jamais abandonner. Et pourtant, il y aurait de quoi! Or, quand je me fais dire que je ne respecte pas le peuple haïtien, disons que ça me chatouille un peu les baskets, là… Mais bon. Vous savez ce que dit La Fontaine : «Est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père…» Il n’empêche qu’il faut être un peu borné pour croire que le malheur du peuple ne nous touche pas, comme si nous étions dans un bocal de verre hermétique... Car ce n'est pas le cas. Comme tout le monde vivant dans ce pays, nous sommes soumis aux aléas du temps, de la politique, de l’économie et quoi encore! Seule différence — et je l’ai déjà mentionnée — pour nous, il est toujours possible de retourner dans notre pays de froidure, loin des ouragans et des manifestations. Pas pour le peuple.Et s'il est une chose que nous respectons par-dessus tout, c'est bien celle-là.
Sur le même sujet et comme pour illustrer mon point, l’affaire du vol d’Air Transat mérite certainement une mention. Premièrement, comme un exemple typique de l’approche-client d’une compagnie dont le but premier reste avant tout de faire de l’argent, beaucoup d’argent et deuxièmement, comme un exemple de la peur panique que le simple nom d’Haïti déclenche chez ces étrangers. Car posez-vous la question : Air Transat aurait-elle agi de la même façon à Paris ou à Londres ou à Montréal?
Mais Haïti, n'est-ce pas, c'est Haïti...
lundi 22 août 2011
Le monstre blanc
Je m'apprêtais à quitter ces lieux, lorsque, renouvelant ma page Web de nouvelles, je tombe sur cet article de l'Agence France Presse. Qui sonne on ne peut plus faux d'ailleurs. Car au moment où je vous écris ces lignes, le ciel est toujours dégagé et le soleil luit. Comment pourrait-on penser qu'un ouragan et pas des moindres, risque de bientôt frapper le pays? La réponse est bien simple : on n'y pense pas. Si vous êtes un familier de ces textes, vous savez que j'ai souvent partagé avec vous, amis lecteurs et amies lectrices, ma crainte de ce phénomène météorologique souvent associé aux catastrophes naturelles: l'ouragan. C'est que nous en avons essuyé plusieurs, mais justement, nous les avons essuyés avant même qu'ils aient pu nous mouiller!
Cependant, n'ayant jamais vécu les affres d'un vrai cyclone (comme on les appelle ici), j'en ai toujours eu un peu peur. Peur de l'inconnu basée sur l'ignorance et que j'admets volontiers. Mais au fil du temps, la peur s'émousse et on en vient à se dire : «bof!...!». Or, je ne suis pas sûr que cette attitude, apparentée à celle de l'autruche qui se met la tête dans le sable, soit la bonne. Mais puisque tout le monde s'en balance, pourquoi devrait-on s'en préoccuper? Fatalisme? Peut-être. Mais surtout, refus de laisser la peur nous paralyser. Nous avons des choses à faire, le ciel est bleu, alors tout le monde vaque à ses occupations et lorsque le mauvais arrivera, on fera avec. Une belle attitude que mes frères haïtiens m’ont apprise, mais que je ne maîtrise pas encore tout à fait. Donc, voyant cette énorme masse blanche, je me dis que nous allons peut-être en sentir les néfastes effets… Mais qu’y faire?
Pour tout vous dire, nous suivons religieusement les mises à jour du National Hurricane Center américain (NHC) comme nous le recommande l’ambassade du Canada d’ailleurs. Et si vous regardez la trajectoire prévue de cette tempête, vous verrez qu’elle passera au nord du pays, l’effleurant tout juste. Donc, tout semble pas trop mal pour le pays, surtout pour nous situés au sud. Cependant, regardez maintenant la photo ci-dessus et dites-moi que ce n’est pas un peu effrayant, cette masse blanche en mouvement… Eh bien c’est là où nous en sommes. Nous ne savons pas ce qui s’en vient et nous voulons nous rassurer, mais l’ampleur du système laisse songeur ou perplexe ou les deux.
Cependant, comme on ne sait pas ce qui s’en vient, eh bien inutile d’ergoter sur le thème, n’est-ce pas? Inutile de s’exciter, de prendre mille précautions qui ne serviront sans doute à rien et qui ne feront que nous exciter davantage, hein? Alors on attend…
Quoi qu’il en soit et comme je vous l’ai dit, les cyclones vont et viennent mais à ce jour, nous ont toujours épargnés, soit par grâce divine, soit par une fantaisie du hasard, soit pour une autre raison scientifique inconnue. Mais on dit aussi que l’exception justifie la règle…
Je vous reviens si le monstre blanc nous affecte, et dans le cas contraire, je prendrai bien volontiers une bière à votre santé!
vendredi 5 août 2011
Pétard mouillé
Et si c’était vrai…
Et si c’était vrai qu’il y avait quelque part un Dieu bon et bien intentionné qui exerçait son droit de veto et intervenait lorsque les tempêtes nous menacent? Se pourrait-il que ce soit ça, l'explication?
Quand nous sommes arrivés en ces lieux, Sœur Évelyne, la fondatrice et directrice de l'époque, répétait à qui voulait l’entendre que les ouragans ne pouvaient frapper Les Cayes parce qu’un Monseigneur avait, sur son lit de mort, promis qu’il intercéderait en faveur de la ville auprès du Créateur (ou de Saint Pierre ou de la Vierge Marie, enfin vous me comprenez). Et je puis vous assurer que notre bonne sœur y croyait, à l’influence outre-tombe du défunt évêque des Cayes... Mais pour nous, pragmatiques et cartésiens, cela ne collait pas. Disons que nous préférions nous fier aux prédictions de la NHC (National Hurricane Center) qui dispose d’ordinateurs parmi les plus puissants au monde. On se disait alors que les invocations divines, c’était bien joli, mais bon…
Cependant, après le pétard mouillé que vient de nous faire la tempête EMILY, je commence à «branler dans le manche», comme on dit par chez nous. Car celle-ci était, avant qu'elle ne s'approche de nous, une belle petite tempête tropicale, avec des vents de 80 km et des tonnes de pluie. Or, arrivée devant nos côtes, elle s'est dégonflée, a perdu son souffle et son énergie... Miracle ou fantaisie météorologique?
Mais il y a plus : au cours des cinq saisons de cyclones que nous avons passées ici, jusqu’ici nous avons été épargnés, et j’ose dire : parfois miraculeusement. D’abord, regardez le tableau :
- 2007 : vers la mi-août, DEAN, un mega-ouragan (force 5) nous évite de justesse alors que sa course initiale le dirigeait droit sur nous. En octobre, KAREN nous traverse mais ce n’est rien que de la pluie; même chose avec NOËL en décembre.Certes, vous me direz que la saison 2011 n’est pas finie — en fait, elle ne fait que commencer — et on peut fort bien se retrouver cul par-dessus tête dans une tempête cauchemardesque. Je touche du bois. Mais cela n’enlève rien au fait que, depuis 5 ans et même davantage, les tempêtes passent sans nous affecter ou presque. Ce qui n’empêche pas certains désastres, bien sûr, comme ce fut le cas en 2004 lors du passage de JEANNE. Mais comme je l’ai dit dans ce texte, il y a une gradation dans l’intensité des catastrophes et je le redis : jusqu’à présent, nous avons été sauvés des eaux. Littéralement.
- 2008 : FAY, une forte tempête tropicale, passe sur l’île, mais sans causer d’autres dommages que ceux causés par la pluie. GUSTAV suit et nous donne des sueurs froides, car lui aussi se dirige tout droit sur Les Cayes. GUSTAV, un ouragan de force 4, touche terre à Jacmel, épargnant Les Cayes où nous n’avons aucun dommage. Puis passent HANNA et IKE au nord du pays qui entraînent beaucoup de pluie et des problèmes pour le nord, mais pour nous, c'est le répit.
- 2009 : ERIKA se dirige sur nous, mais meurt de sa belle mort avant d’atteindre l’île.
- 2010 : TOMAS, initialement prévu pour nous frapper de plein fouet, esquive l’île et passe tout à l’ouest, frôlant Jérémie, mais sans créer de dommages majeurs.
- 2011 : Voilà EMILY qui, prête à frapper nos côtes, hésite, stagne, s’étiole et s’évanouit…
Reste qu’on peut se poser la question : par quel phénomène les tempêtes nous épargnent-elles? Sommes-nous statistiquement moins touchés que les autres îles des Caraïbes ou les contrées bordant le golfe du Mexique? Je ne le sais pas. Mais de voir ces tempêtes détournées, dirait-on, de leur lieu d’impact prévu me laisse perplexe. Hasard? Impondérables météorologiques? Ou simplement intervention divine? Pour les gens d’ici, l’explication est facile : Bondye konnen tout bagay : Dieu connaît toutes choses. Mais pour nous, les cartésiens, que penser?
Je ne sais plus… Mais juste au cas où, j’en remercie quand même le Ciel…
lundi 14 mars 2011
Haïti n'est pas le Japon
La terre a tremblé au Japon! Et pas rien qu'un peu : 8,9 sur l'échelle de magnitude sismique, c'est dans l'exceptionnel. Les photos nous montrent d'ailleurs assez éloquemment les effets dévastateurs du séisme. Du séisme? En partie seulement, car la catastrophe qui a vraiment fait le plus de dommages, c'est plutôt le tsunami, cette onde de fond dont la puissance reste stupéfiante. Mais les Japonais connaissent bien cette catastrophe naturelle, si bien en fait, que ce sont eux qui l'ont nommée de cette façon, remplaçant ainsi l'ancienne et inappropriée appellation de "raz-de-marée". Car le tsunami, vous le savez maintenant, n'a rien à voir avec la marée, ni même avec les vagues de la mer. Mais je le redis : les Japonais sont familiers avec ce phénomène, ce qui n'atténue en rien l'ampleur des dégâts qu'il sème.
La raison pour laquelle je vous mentionne cette distinction, c'est que le petit sondage de Cyberpresse posait samedi dernier la question, à savoir : "Comparativement au séisme en Haïti, comment la catastrophe au Japon vous touche-t-elle?" (a) Autant qu'en Haïti; (b) Moins mais ça me touche; (c) Ça me touche peu. Or et à ma grande surprise, je l'avoue, la majorité des gens (63%) ont répondu que cette catastrophe au Japon les touchait autant que celle qui a frappé Haïti l'année dernière! J'avoue que je comprends mal. Qu'on puisse se sentir concerné par le malheur de ces gens s'entend aisément; mais autant que pour Haïti? Ben voyons! Le Japon, au cas où vous l'auriez oublié, c'est Toyota, Honda, Nissan, Sony, Toshiba et compagnie, si vous voyez ce que je veux dire... Comparer Haïti au Japon, c'est comme comparer la lune au soleil, sous prétexte que les deux éclairent! Et si cette catastrophe, par ailleurs tout à fait dramatique, je ne le nie pas, vous touche tout autant que ce qui nous est tombé dessus l'année dernière, c'est que vous n'avez vraiment pas compris et que vous ne comprenez toujours pas que Haïti n'est pas le Japon! Car je vous parie ma plus belle chemise hawaïenne (la bleue avec des palmiers) que d'ici quelques mois, tout sera rentré dans l'ordre au pays du Soleil Levant, alors qu'ici, ben c'est comme l'année passée à la même date! Pensez-y un peu : il y a toujours plus d'un demi-million de gens qui vivent sous des tentes ou des abris de fortune!
Évidemment, le séisme haïtien ne fait plus tellement «nouvelles», et donc, on peut facilement s'imaginer que tout est réglé. Mais non! Que les médias se désintéressent de la situation sociale du pays est tout à fait normal et consistant avec le rôle des médias qui sont d'abord là pour nous présenter du sensationnel. Mais faut pas charrier, quand même! Haïti est toujours dévastée, Haïti est toujours à genoux et pour vous dire franchement, y'a pas grand-chose qui se fait présentement pour que s'enclenche son redressement! Certes, on dit que tout va dépendre de l'issue des prochaines élections (dimanche prochain) et du niveau de confiance que le nouveau président (ou présidente, sait-on jamais) pourra susciter chez les bailleurs de fonds. On dit ce qu'on veut. Mais le fait demeure : Haïti est toujours dans la merde, peu importe ce qui peut se passer dans le reste du monde. Et je pense que comparer la catastrophe d'ici avec celle du Japon pour savoir laquelle est la plus émouvante est tout à fait incongru. D'ailleurs, je le précise encore, eussions-nous vécu un tsunami par-dessus le séisme, Haïti aurait probablement été rayé de la carte démographique tant il y aurait eu de morts.
Le plus drôle, c'est qu'on traite maintenant le Japon comme on a traité Haïti l'année dernière : avec charité, commisération et générosité! On leur envoie du secours dont ils n'ont pas besoin (peut-on être mieux équipé que les Japonais, je vous le demande?) et on se pète les bretelles à le faire. Comme le souligne l'auteur de cette opinion aujourd'hui : "Le président français s'est mis au diapason de la commisération et du sensationnalisme en annonçant avec gravité que la France allait «voir comment faire parvenir des équipes, des avions et des moyens» aux Japonais, comme si ceux-ci vivaient encore dans une brousse reculée et à l'âge de pierre! Les Japonais n'ont, heureusement, nul besoin des «avions français» (ou d'autres pays, d'ailleurs, sinon pour des motivations diplomatiques)." Voilà qui est fort bien dit et qui rejoint entièrement mon opinion sur la question.
La catastrophe japonaise est majeure, personne ne dira le contraire. Mais elle ne va pas réduire le pays à l'état du bidonville qu'Haïti est devenu -- et qu'il est resté -- depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Je pense qu'il faut faire la part des choses et sortir du sensationnalisme, plutôt que de laisser les images (nombreuses et d'excellente qualité, si vous avez remarqué) faire vibrer la corde sensible des cœurs éplorés.
Le Japon va s'en sortir. Rapidement. Et seul. Haïti? Pas sûr, pas sûr...
dimanche 13 mars 2011
Quand la stupidité tue
Fait divers paru hier sur Cyberpresse : «Neuf personnes ont été tuées samedi et 24 autres blessées dans l'accident d'un autobus provoqué par des barricades placées sur la route par des manifestants près des Cayes, dans le sud d'Haïti, a-t-on appris auprès de la police.» Bon. Jusque là, ça va. C'est bien dramatique, mais les accidents arrivent, ici comme ailleurs et vu l'état mécanique des autobus ici, on peut même s'étonner que cela n'arrive pas plus souvent. Cependant, nous n'avons pas entendu parler de manifestation et la chose nous étonne. Je vous donne la suite : «L'accident s'est produit sur la commune de Bergeau lorsqu'un autobus a heurté des barricades formées de grosses pierres placées en travers de la route par des habitants mécontents, devant un bâtiment où étaient en formation des agents chargés de la sécurité des élections présidentielles et législatives du 20 mars, selon la même source.» Il semble donc que ce soit vrai et qu'il y ait vraiment eu là une manifestation qui a mal tourné. Mais pourquoi? Et pourquoi bloquer la route? Réponse à la ligne suivante : «Les habitants entendaient protester parce qu'ils n'avaient pas été sélectionnés pour participer à la sécurité des élections.» !!!!!!!!!!! Eh ben là, les amis, je suis soufflé! Oui oui, vous avez bien lu comme moi et si vous n'êtes pas renversés, eh bien c'est que rien ne vous atteint! Neuf morts sur le coup, mais aux dernières nouvelles, le décompte est de 15 personnes et risque de monter encore car plusieurs sont encore loin d'être tirés d'affaire. Et tout ça pourquoi? PARCE QUE QUELQUES IMBÉCILES N'AVAIENT PAS ÉTÉ SÉLECTIONNÉS POUR UN TRAVAIL D'UN JOUR!!! Mais on est où là?
Vous le savez maintenant, je n'aime pas dire que les Haïtiens sont comme ci ou qu'ils sont comme ça. Mais ici, les amis, c'est dur, dur de ne pas se choquer. C'est dur à comprendre et encore plus dur à admettre. Certes, vous me direz que la stupidité n'a pas d'appartenance sociale, raciale ou religieuse et vous aurez parfaitement raison. La stupidité est universelle, qu'elle soit personnelle ou collective, comme si le fait d'être en groupe pouvait valider une idée stupide. Seul, on peut faire une chose stupide par manque de recul. Comme ce pauvre con qui, tout à l'heure à la plage, continuait de s'exposer en plein soleil alors même qu'il était déjà rouge comme un homard qu'on sort de l'eau bouillante. Stupide, dites-vous? Oui, il n'y a pas d'autre mot. Mais bon. Le type paiera seul pour sa stupidité. Tandis que cette route bloquée et toutes ces victimes paient pour la stupidité d'un groupe d'arrogants sans têtes et sans desseins. Imbéciles, frustrés, égocentriques et inconséquents. Bien sûr, on les poursuit maintenant. Trois sont déjà arrêtés et on cherche les autres. Mais le mal est fait et la vengeance, quelle que soit la forme qu'elle puisse prendre, ne rendra jamais la vie aux personnes qui rentraient chez elles ou s'en allaient visiter parents ou amis. En fait et comme je me souviens l'avoir lu chez Asimov, qui lui-même citait Shiller : "Against stupidity the gods themselves contend in vain." Même les dieux ne peuvent rien contre la stupidité... En fait et comme le disait Oscar Wilde: "There is no sin except stupidity."
Et cette fois, on ne peut pas commuer la faute de ces bandits -- car c'en sont, n'en doutez pas. On ne peut pas dire qu'ils voulaient tout simplement se faire entendre et protester contre une procédure à l'équité discutable. Non. On ne peut pas bloquer une route nationale, LA route nationale pour tout dire, et se laver les mains des conséquences. On ne peut pas dire: «Se pa fòt mwen», car ces irresponsables voyous sont coupables, stupides ou non. Car cette fois, reconnaissons-le, il y a exagération. Et si la stupidité se retrouve aussi bien au Canada qu'en Haïti, elle atteint ici des sommets inégalés et inégalables. Car même les plus stupides dans notre coin de pays -- et Dieu sait qu'il y en a -- n'iraient pas jusque là. D'abord, ils ne le pourraient pas et ensuite, ils ne le feraient pas, à moins d'avoir vraiment l'intention de tuer des gens, et dans ce cas, ce n'est plus de la stupidité, mais un acte terroriste ou quelque chose du genre. Tandis qu'ici, seule la stupidité excessive est en cause.
Reste seulement à souhaiter que les coupables seront tous appréhendés, exposés à la colère publique au piloris pendant 15 jours--un pour chaque décès -- sans manger ni boire et s'ils sont encore vivants après, qu'ils soient pendus publiquement jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Pardonner, c'est bien beau, mais il y a une limite.
mercredi 13 janvier 2010
Quand la terre tremble...
Comment passer sous silence un tel événement? Faut-il, parce que tous les médias en font leurs choux gras, passer outre et faire comme si de rien n’était? Que non! Parce que, bien que n’ayant pas été exposés à la violence tellurique qu’a connue Port-au-Prince, nous avons quand même éprouvé notre part de frissons qui, fort heureusement, n’en sont restés que ça : des frissons.
Première réaction face à cette manifestation de la Nature (vous avez noté le N majuscule, n’est-ce pas?), c’est la peur. Une peur instinctive, une peur intestinale, une peur paralysante parce que tout à coup, on perd ses références. On ne sait plus sur quel pied danser, et pourtant le sol, lui, danse joyeusement! C’est une peur en grande partie associée à l’ignorance. Car même si l’on sait qu’il ne peut que s’agir d’un tremblement de terre (même si on n’en a jamais vécu, on sent bien que ce ne peut être que ça), on ne sait pas vraiment pas quoi faire. Certes, nous avons interrompu notre partie de Skip-Bo et nous nous sommes éloignés de la maison (au cas où elle s’écroulerait). Mais une fois qu’on est là, au beau milieu du terrain et que le sol ondule toujours sous nos pieds (et croyez-moi : ondule n’est pas ici une figure de style), on ne sait vraiment plus quoi faire et on a hâte en bibitte que ça stoppe. Le sol n’est pas fait pour bouger!
Cette danse du sol a duré pas loin d’une minute (non, je ne l’ai pas chronométrée, mais j’ai lu l’information quelque part). Alors nous avons recommencé à respirer, et sommes retournés à notre jeu; et voilà que ça recommence! Moins fort et moins longtemps, mais tout aussi effrayant!
Ce n’est qu’en consultant le Web qu’on a vu l’ampleur de l’événement. Presque instantanément, les rubriques s’empilaient, décrivant un désastre sans précédent. Je pensais qu’on exagérait; mais après avoir vu quelques images sur le Net, force nous fut d’admettre qu’il n’y avait là nulle exagération, bien au contraire!
Puis, au cours de la soirée et jusque vers 2h du matin, les secousses ont continué de secouer le lit (qu’est-ce que font des secousses, sinon secouer), pas au point de réveiller qui avait eu la chance de s’endormir sans elles, mais certainement au point d’empêcher celui qui ne dormait pas d’accéder au sommeil réparateur. En tout cas, une expérience que je ne vous souhaite pas, les amis et les amies.
Et aujourd’hui, on fait le compte. Le désastre est visible, et comme toujours dans ces cas-là, bon vendeur médiatique. Les experts se suivent pour nous dire pourquoi et comment cette chose a pu se produire et pour nous affirmer que, dans une perspective géologique, tout ça est «normal», finalement. Mais moi je vous dis : c’est une leçon d’humilité. Malgré la folie humaine de vouloir tout contrôler, même si les sismologues connaissent très bien les zones chaudes où des tremblements de terre sont à prévoir, quand ça frappe, c’est si soudain qu’on a tout juste le temps de retenir son souffle ou son envie de pisser ou les deux…
Et les morts? ben z’ont même pas eu le temps de faire quoi que ce soit, les pauvres…
mardi 19 mai 2009
Ça pleut!
Ça pleut!
Il a plu un peu samedi, un peu plus dimanche, encore un peu plus lundi et pas mal la nuit dernière, de sorte qu’aujourd’hui mardi, c’est l’inondation. Il n’en faut pas plus dans le plat pays que nous habitons (Les Cayes est à 7 m au-dessus du niveau de la mer) pour que débordent les rivières et que l’eau envahisse (comme on dit en créole et avouez que c’est une belle image) les routes et les maisons. Ce matin, plus du tiers des employés sont incapables de venir au travail. Et ce n’est pas un caprice : nous sommes allés nous rendre compte de visu et la conclusion s’impose. Le paysage est complètement transformé, et là où se situe la route principale coule maintenant une rivière dont on ne connaît ni les bords ni la profondeur, ce qui fait que personne n’ose s’y risquer. Une telle situation dans un autre pays ferait l’exclusivité. Mais ici, bien que tout le monde en parle, tout le monde attend que ça passe, la nouvelle du jour étant cette femme qui a prétendument mis au monde un poisson!!! Drôle de pays, dites-vous? Je vous l’ai pourtant répété à maintes reprises…
Faut dire que toute cette pluie n’est pas venue sans tambour ni trompette, bien au contraire! Les trompettes se sont peut-être faites discrètes, mais les tambours ont largement compensé! Dieu ce qu’il a tonné! C’est d’ailleurs drôle qu’en français, le terme «orage» ne rende que faiblement ce que l’anglais appelle un «thunderstorm», sur le modèle du «snowstorm, hailstorm, sandstorm…», bref vous avez compris. C’était une vraie «tempête de tonnerre». Parce que pour péter, les amis, c’est pas de la merde, je vous le jure! Ici, le tonnerre s’entend et de loin! Comme il se doit, ça réveille et en grand. Certaines arrivent à se rendormir, mais pour moi c’est tintin. Surtout que, machinalement, je compte les secondes entre l’éclair qui blanchit la nuit et le fracas qui la remplit par la suite. Quand j’ai le temps de compter jusqu’à 10, je me dis qu’on n’est pas trop concernés. Mais quand, comme hier, j’ai tout juste le temps de compter jusqu’à 2, c’est que l’orage n’est qu’à 600 mètres environ, aussi bien dire qu’il est là, au-dessus de nos têtes… Non, ce n’est pas de la peur, mais plutôt un respect sincère pour cette expression d’une force naturelle qui nous ramène à notre dimension d’êtres chétifs... Donc j’ai passé mon temps à compter — non pas les moutons, comme je l’ai dit, mais les intervalles. Et si l’un endort, l’autre vous tient assez éveillé, je vous le garantis. Enfin, lorsque les éructations célestes diminuent, la pluie arrive comme un coup de vent — en fait, on peut presque confondre avec le vent, tellement c’est régulier et bruyant. Un peu comme une chute, tiens…
Et puis ça s’arrête et on constate les dégâts. Plusieurs sont assez mal pris, coincés dans leur maison envahie par l’eau ou bloqués par une route balayée par un torrent. Mais comme toujours, ça se résorbe, ça s’estompe, ça s’éclaircit, le soleil brille à nouveau et le pays s’assèche… jusqu’au prochain déluge! Et dire que la saison des ouragans n’est pas encore commencée…
dimanche 7 septembre 2008
Gustav, Hanna, Ike… et quoi encore!
Les tempêtes tropicales se suivent et se ressemblent, sans être identiques. Certaines forcissent au point de se changer en ouragan (il faut que le vent souffle à au moins 118 km/h pour qu’on commence à parler d’ouragan), certaines s’étiolent faute de souffle. Ce fut le cas, entre autres de JOSEPHINE. Mais ces tempêtes nous rendent la vie difficile et causent parfois des dommages importants. Et, bien sûr, il y a toujours des malheureux qui en meurent. C’est une fatalité. L’État a beau faire des annonces répétées à la radio—même les téléphones cellulaires y vont de leur mises en garde—l’ignorance fait que certains, certaines se font prendre les culottes baissées, si je puis dire. Ici, en Haïti, ce n’est donc pas tant la force de la tempête que l’ignorance et l’état précaire du pays qui sont la source des pertes de vie et des importants dégâts matériels.
En ce sens, j’avoue que je ne suis pas tellement d’accord pour dire que GUSTAV a fait ceci ou que HANNA a causé cela. Dans ce pays, il faut juste une chiquenaude pour que tout s’écroule. Ainsi, quand JEANNE a passé, en 2004, nous étions au pays et ce n’était qu’une simple tempête tropicale qui avait surtout touché l’est de la République Dominicaine. Jusque là, rien de majeur. Mais Haïti est un pays de montagnes. Et lorsqu’il pleut en montagne, l’eau descend vers la mer. Or, Gonaïves était sur la route de cet écoulement, l’eau s’y est donc accumulée, ce qui a causé les inondations et les pertes de vie qui s’en sont suivies. Ce n’est donc pas l’ouragan, mais les inondations et les coulées de boue qui ont été le vrai problème. D’ailleurs, quand on compare les pertes de vie des différents pays où JEANNE a passé, on s’aperçoit que quelque chose cloche : République Dominicaine : 18; Porto Rico : 7; Haïti : plus de 3,000… Ne cherchez pas l’erreur, y’en n’a pas! Simplement, Haïti est trop fragile.
Ainsi en est-il de HANNA : ce n’était qu’une simple tempête, mais elle nous a donné pas mal de pluie et encore une fois, l’eau s’accumule vite, bloque les routes, emporte les ponts et les maisons et menace les gens. C’est une précision qui m’apparaît importante, car jusqu’à présent, nous n’avons pas eu à subir l’assaut d’un véritable cyclone comme ce fut le cas à la Nouvelle-Orléans. Et il faut se croiser les doigts, prier «Jésus, Jéhovah ou Vichnou», comme le chante l’autre, pour que Haïti continue d’être épargnée, car je vous le dis, le jour où un véritable ouragan de force 4 frappera, ce sera l’hécatombe.
Présentement, la seule route qui mène à Port-au-Prince est toujours coupée : un pont a été emporté et le niveau de l’eau est trop élevé pour permettre le passage des voitures à gué. Au nord, d’après ce que j’ai entendu, c’est désastreux : Gonaïves est encore isolée et les inondations y ont été assez fortes, merci. Or, au moment où j’écris ces lignes, IKE passe au nord et il pleut, ce qui n’arrange rien à l’affaire, vous l’aurez compris…
Mais la saison va finir par finir et la vie va reprendre son cours normal ou à peu près, car qu’est-ce que la norme dans ce pays?
mardi 26 août 2008
GUSTAV
Comme chaque jour, ce matin, le soleil brille de tous ses feux et le ciel est bleu, avec quelques nuages épars. Rien ne laisse présager que les éléments vont se déchaîner bientôt et nous rendre la vie misérable. Et pourtant, si l’on se fie aux prédictions tout à fait sérieuses de la très sérieuse National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA), l’ouragan GUSTAV frappera nos côtes au cours des prochaines heures. On me dira que ce n’est qu’un petit cyclone—force 1 sur l’échelle Saffir-Simpson qui en compte 5—mais avec des vents soutenus de 150 km et des pointes à 200 km, sans oublier les pluies torrentielles qui l’accompagnent, un petit cyclone reste tout de même potentiellement dommageable, on l’admettra. Surtout dans ce pays…
Mais, reconnaissons-le lucidement, on n’y peut pas grand-chose: comme le répètent les Haïtiens, Bondye konnen. On s’en remet donc à la grâce de Dieu, puisque c’est tout ce qu’on peut faire, à part fermer les fenêtres et ranger ce qui peut partir au vent. Faut dire aussi que pour les gens ordinaires, un avertissement, fût-il sérieux et fondé, ne reste qu’un avertissement. L’année dernière, presque à la même époque, nous avions eu une belle peur avec l’ouragan DEAN, dont la course s’était ultimement incurvée vers le sud, épargnant notre côte et tout le pays. Tout au plus avions-nous senti le vent, mais à part quelques bouts de tôle arrachés, les dommages furent minimes et tout le monde a dit : «Bondye bon». Et tout le monde a cru que les médias avaient été inutilement alarmistes, bien entendu. Alors cette fois, on se dit : «bof!...» De toute façon, je le redis, qu’est-ce que ces gens peuvent faire? On ne peut pas fuir, on ne peut pas se barricader, on ne peut pas placarder ses fenêtres avec de belles feuilles de contreplaqué comme ils font aux USA, alors je vous demande, que faire, à part prier? Et prier quand le ciel est bleu, que le soleil brille et qu’il n’y a pas un souffle de vent, ça semble un peu déplacé ou, en tout cas, prématuré, avouons-le… Alors on attend.
Quant à moi, étant d’un naturel plutôt réaliste, je me dis que si la tempête frappe comme prévu, nous allons y goûter sérieusement, cette fois. Je pense que nous aurons des dommages substantiels et que le pays va se retrouver sens dessus dessous. Peut-être allons-nous perdre notre connexion Internet? L’antenne parabolique, sur le toit de l’édifice, me paraît une cible facile, vous ne croyez pas? En tout cas, n’ap swiv, comme on dit…
Je ne vous en dis pas plus long : puisque nous n’en sommes qu’aux suppositions et aux hypothèses, il faut attendre. Et je vous le répète, à cette heure (9h15), le ciel est toujours bleu, strié ici et là de petits stratus qui ne présentent rien de bien inquiétant.
Et si tout cela n’était qu'un canular?
Dernière heure (16h15)! Eh bien il semble que non, ce n'est pas un canular. On y est presque! La photo est toute récente (mais c'est pas moi qui l'ai prise!)...
S'abonner à :
Messages (Atom)
















