Aucun message portant le libellé vie quotidienne. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé vie quotidienne. Afficher tous les messages
dimanche 30 mars 2014
Fait divers...
… et non fait d’hiver, puisqu’il est officiellement terminé. Quoi? Sarcastique, moi? Ben voyons!.. Allez pelleter un peu, ça vous remettra…!
Mon fait divers n’est rien d’autre, en somme, qu’une frustration comme il s’en vit à la tonne dans ce pays où rien ne marche, mais où tout finit toujours par marcher, comme se plaisait à répéter l’un de mes bons amis américains (version anglaise : nothing ever works, but everything ultimately works out), frustration issue d’un banal problème de plomberie… Je vous raconte.
D’abord, il faut que vous sachiez que, règle générale, l’alimentation en eau dans ce pays se fait par gravité : on installe un château d’eau sur le toit de l’immeuble (photo ci-dessus), on le remplit et on dispose alors d’une provision d’eau qui se transporte dans une tuyauterie standard, mais sans pression autre que celle de la gravité. Or, pour nous, habitués au luxe d’une pression à la douche, ce système laisse un peu à désirer et j’ai donc insisté pour que nous ayons un système avec pompe et réservoir qui nous procure une pression standard. Jusque là, tout va bien. Cependant, la semaine dernière, des travaux de plomberie nous ont obligés à changer quelques petites sections de tuyaux qui, mal collés, fuyaient dans un goutte à goutte aussi inutile qu’énervant. Je décidai donc d’y remédier, moi-même et en personne, illustrant en cela le proverbe qui dit que «l'on n’est jamais mieux servi que par soi-même.» J’achète donc une demi-barre de tuyau de PVC (polyvinyle chloride, si vous voulez tout savoir), la colle et les quelques raccords nécessaires à l’opération et me mets à l’œuvre. En pas même une demi-heure, le travail est complété et il ne reste qu’à remettre l’eau. Mais à ma grande surprise et contrairement à mon expérience passée, le tuyau n’a pas collé et avec la pression (environ 40 lb/po. car.), jaillit un geyser qui forme rapidement un lac sur le plancher de céramique. Heureusement, notre chère Éraise est là, et armée de sa moppe et de son sourire inaltérable, elle éponge la mare.
Qu’à cela ne tienne, nous allons reprendre le tout. Hélas! Encore une fois, ça ne tient pas. La colle peut-elle être expirée? Voyons cela. Changement de pot de colle, reprise des travaux et vlan! Nouveau geyser… Bon. C’est sans doute la marque de cette colle, alors je fais acheter une autre marque et remets ça... pour un nouvel échec! Et chaque fois, c’est l’inondation que nous épongeons, Éraise et moi, sans tant nous plaindre, mais bon, le jour avance et nous n’avons pas d’eau alors il faut trouver ce qui cloche… Et si ce n’est pas la colle, serait-ce le tuyau? Examen de ce dernier : effectivement, ce n’est PAS du PVC!!! Or, comme tout le monde le sait, colle et tuyau doivent être de même nature pour que s’opère la fusion des matériaux. PVC avec PVC, CPVC avec CPVC, ABS avec ABS… bref vous m’avez compris. On change le tuyau, on refait l’assemblage et cette fois, tout baigne et pas parce qu’on a les pieds dans la flotte!
L’histoire est banale, lue comme ça, mais je vous jure qu’elle a bien failli me faire perdre patience, moi qui pourtant en ai des trésors, vous le savez bien. «Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage.» Je sais, je sais, mais ça commençait à me scier, à la fin…
Tout ça pour vous dire qu’en Haïti, rien n’est jamais acquis d’avance, rien n’est jamais évident. Car je vous le demande : comment soupçonner qu’un tuyau blanc, vendu comme tuyau de polyvinyle chloride et en ayant toutes les apparences n’en soit pas? Et vous? L’eussiez-vous deviné? Eh bien voilà. Vous savez tout maintenant.
dimanche 16 février 2014
Une amélioration digne de mention
C’est quand j’ai lu l’article du Nouvelliste, suggéré par mon ami le Dr Pierre de Fond des Blancs, que je me suis décidé à y mettre mon grain de sel. Qui, comme toujours, pose un bémol là où la note est trop haute, un peu criante. Car même si, comme on l'affirme dans l'article, «aller en province n’est plus ce voyage d’enfer, dans lequel les gens et les marchandises sont entassés comme des sardines dans une cannette», les conditions ne sont pas aussi roses que l’article les dépeint. En fait, un commentaire à l’article dit : «Un certain contrôle serait raisonnable. Boutèy kleren chofè yo anba kousen an epi y-ap kondwi...» Eh oui, le chauffeur conduit avec une bouteille de clairin (alcool bon marché très populaire au pays [1]). Avouez que ce n’est pas tellement rassurant, surtout compte tenu des conditions routières en Haïti…
Les bus sont neufs, climatisés et confortables, c’est vrai, mais pour combien de temps? Récemment encore, notre ami Jim nous disait qu’à l’occasion de son dernier voyage, la toilette du bus était bouchée et les eaux (et leur contenu) débordaient joyeusement sur le plancher sans que cela n’arrête pour autant les gens de continuer à l’utiliser! (Incidemment, je me dis la même chose à chaque fois que nous sommes dans l’avion : les toilettes représentent un centre d’intérêt majeur auquel personne ne semble pouvoir résister, ne me demandez pas pourquoi…) Bref, une amélioration notable du transport en commun interurbain, comme on le dit, mais une amélioration seulement. Et qu’arrivera-t-il lorsque les bus ne seront plus neufs? L’entretien mécanique sera-t-il adéquat? Les sièges seront-ils toujours en bon état? Et les toilettes? Et la climatisation? Si je me fie à ce que l’on voit couramment, je reste sceptique… Mais c’est déjà beaucoup mieux que les bus traditionnels (photo ci-dessus, gracieuseté de Wikipedia) dont le principal mérite est leur esthétique très réussie, véritable symbole de l’esprit festif des Haïtiens, mais qui, sur la route, sont de véritables kamikazes totalement insouciants de leur vie ou de celle des autres. J’en témoigne.
Haïti est terre de paradoxes, je vous l’ai dit cent fois. En voici un : le pays est très peuplé — 350 habitants au kilomètre carré, ce n'est quand même pas rien — et pourtant, les routes, celles capables de porter ce nom, sont rares et de qualité très variable. Or, pas de routes, pas de contacts, d’échanges avec la capitale ou entre les villes : on reste chez soi et on s’accommode de ce qu’on y trouve. Les routes sont le système circulatoire d’un pays : elles doivent permettre aux gens d’aller et venir à leur guise. Mais Haïti est un pays de pistes incertaines — d’où incidemment la présence dominante de véhicules à quatre roues motrices : la garde au sol et la traction accrue sont ici presque une nécessité…— et les routes, eh bien on y travaille. Pas vite, mais bon. Ainsi, d’ici peu, Jérémie, importante ville du pays, sera reliée par une route «normale» que les bus modernes pourront emprunter, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.
Mais cela n’enlève rien au fait que l’apparition de ces bus, tout comme celle naguère des téléphones cellulaires, marque un signe, un signe que les choses sont vraiment en train de changer pour le mieux. Je pense qu’en tout état de cause, il y a lieu de s’en réjouir.
(1) Voici ce que dit Wikipédia au sujet du clairin : «Le Clairin est une eau-de-vie produite à partir de la canne à sucre. Comparable au rhum, le Clairin n'est produit qu'en Haïti. Le Clairin est produit au fil du même processus de distillation que le rhum bien qu'il ne soit pas raffiné afin de séparer les divers alcools produits après la fermentation.»
dimanche 2 février 2014
Impromptu
Je sais, je sais : je vous ai fait faux bond la semaine dernière. Bon. Inutile d’en faire tout un plat car j’avais une fort bonne raison : de la visite, de la belle, aussi inattendue qu’appréciable et avec laquelle nous avons passé une semaine à jouer les touristes. En effet, la grande sœur de ma compagne, Lorraine, s’est annoncée comme ça, en disant : «coucou, c’est moi!» Une surprise, dites-vous? Oui, et une splendide à part ça.
Si bien que nous avons passé le temps à folâtrer aux environs — pas le temps d’aller bien loin dans un laps de temps si limité — pour son plus grand plaisir et le nôtre. Réflexion de Lorraine : «Mais vous êtes les seuls blancs ici!» C’est vrai, mais comme nous n’avons jamais porté attention à ce fait, nous ne l’avions pas noté; cependant, il explique sans doute pourquoi la visite de nos proches nous comble de joie : parler notre langue sans s’efforcer de minimiser notre accent québécois, raconter des choses qui concernent la vie au nord et que les gens d’ici ne peuvent comprendre — la neige entre autres —, présenter notre vie et les gens qui la composent et surtout, surtout, montrer pour vrai que nous ne sommes pas à plaindre, que nous ne souffrons pas le martyre et que nos conditions de vie n’ont rien à envier à celles du nord, toutes proportions gardées, tout cela nous fait grand plaisir.
Ce n’est pas que la vie ici soit spectaculaire et qu’elle mérite le déplacement. Ici, c’est comme n’importe où ailleurs et j’aurais le goût de vous citer Pierre Calvé et de vous dire qu’ici, «à part le soleil, c’est partout pareil», car le quotidien comporte ses règles et sa mécanique qui, partout au monde, tournent autour du rythme circadien, c’est-à-dire 24 pauvres petites heures dont près du tiers à dormir, ce qui en laisse bien peu pour le reste…
Mais je papote. Je mets des mots là où des interjections suffiraient. Cependant et vous connaissant, je doute que vous apprécieriez une suite ininterrompue de Oh! Ah! Wow! et similaires. Car vous voulez du texte, vous les lettrés. Et un texte qui se tienne, bien sûr, même si ce n’est pas Proust ou Flaubert ou Laferrière, tiens… D’où mes efforts pour vous exprimer combien cette visite, légère, familière et familiale nous a fait du bien.
Autrement, tout va. Le pays, la ville, notre hôpital, le temps qu’il fait, les gens de la rue... tout baigne. Il y a bien quelques petits remous ici et là, mais rien pour en faire un plat, alors je passe allégrement sans m’en plaindre. Car si les drames sont le pain-beurre des journalistes, pour nous, ils ne sont rien d’autres que des situations pénibles qu’on souhaite voir s’éclipser le plus rapidement possible. C’est pourquoi je n’aime pas vous parler de drames, québécois, haïtiens ou autres, mais cela ne veut pas dire qu’on ne sympathise pas avec ceux, celles qui en font les frais. Genre l’Isle-Verte… Et sans vouloir aborder ce triste sujet, je me permets tout de même de partager ce dessin magnifique signé Ygreck et dont l’évocation poétique me paraît des plus touchantes et que mon cousin Pierre commente en ces termes : «Moi ce que j'y perçois c'est une forme d'hommage aux disparus dans une belle vision artistique où le chaud et le froid s'affrontent.» Voilà qui est fort bien dit.
Et pendant ce temps, la vie, au nord comme au sud, continue et entre vous et moi, ce n’est pas le Super Bowl de ce soir qui y changera quoi que ce soit…
dimanche 24 novembre 2013
Sus aux moustiques!
Coup d’œil rapide sur la météo montréalaise ce matin : moins 8 — moins 18 en ajoutant le facteur éolien (lequel pèse lourd dans la balance, tout le monde le sait)… «Sortez vos tuques et vos mitaines», dit le lecteur de nouvelles à Radio Canada… Voilà le froid qui arrive… au pays du froid! Gens du nord, vous savez ce qui vous attend pour les prochains mois et je sais que vous ne vous en plaindrez pas. Ou si peu… Car si vous souffrez le froid, au moins n’avez vous pas à vous soucier des moustiques…
Car ici, c’est la saison. Le temps est encore chaud, mais pas trop; les pluies sont régulières mais pas torrentielles si bien que les mares abondent, autant de pondoirs pour ces chétifs mais intemporels insectes. Vous allez me dire que c’est sans doute la même chose à chaque année et vous aurez raison — mais en partie seulement. En fait, c’est précisément la raison pour laquelle je vous en parle aujourd'hui : cette année je me fais bouffer comme jamais!
Sarcastiques, s’abstenir. On sait que ces charmantes petites bêtes repèrent leur proie (tout ce qui est chair et sang) à l’odeur et sont particulièrement sensibles à celle des parfums, savons et similaires. Je me suis efforcé de limiter l’usage de ces produits, mais mis à part les réflexions indélicates de ma chère compagne, l’effet en fut nul : je continue de les attirer comme un morceau de sucre attire les fourmis.
Je vous passe le cycle de vie de ces animaux — allez voir Wikipedia si vous voulez vraiment tout savoir — mais je dois quand même vous donner quelques précisions sur la nature de cet irritant. Car c’en est un, n’en doutez pas!
D’abord, on parle ici de moustiques diurnes, donc différents des anophèles (dont j’ai déjà parlé brièvement ici) qui sont nocturnes et vecteurs de la malaria et bien agaçants, il faut bien le dire. Mais le jour, d'après ce qu’il semble, on serait en présence ici de l’aèdes, plus précisément de l’Aedes aegypti, que l’article de Wikipedia décrit assez bien (pour plus de détails, voir l’article en anglais). Mais ce que l’article ne dit pas, c’est que : (1) l’insecte est parfaitement silencieux et d’une délicatesse exceptionnelle lorsqu’il se pose sur vous pour faire le plein de bon sang. Ce n’est que lorsqu’il retire sa pompe et s'apprête à décoller que l’on sent une vague sensation de picotement. (2) Sa piqûre est indolore mais cause une irrésistible démangeaison qui ne s’estompe que très lentement. (3) Le moustique est extrêmement rapide et agile, donc très difficile à tuer de la manière traditionnelle : la claque. Si bien, que nonobstant le fait que le moustique véhicule la très pénible — et parfois mortelle, je le souligne — fièvre Dengue, sa présence seule est hautement irritante, assez pour modifier le plan de s’asseoir dehors avec un bon livre, par exemple — à moins, bien sûr, de s’asperger d’un anti-moustique au parfum douteux…
Remarquez que je ne me plains pas : à chacun ses irritants. Mais franchement, avoir cinq piqûres qui démangent en même temps, c’est une forme de supplice que ne désavoueraient pas certains barbares…
Mais comme tous les irritants, on frotte, on gratte et ça passe. Et on passe à autre chose.
Car on sait qu’il y a pire…
dimanche 29 septembre 2013
Réacclimatation
Dimanche dernier, à peu près à la même heure, j'écrivais ceci:
Déjà une semaine a passé. La première depuis notre longue absence et, comme vous vous en doutez sûrement, elle a passé à la rapidité de l’éclair. Il a fallu nous réajuster à tant de petits détails que nous n’avons rien vu du temps — à part en sentir la chaleur, il va sans dire. Car la fin de septembre nous donne encore des températures au-dessus de 30° C avec un taux d’humidité qui frise le sauna, alors oui, il fait chaud. Très. Mais heureusement, nos bureaux climatisés sont là, havre d’une fraîcheur artificielle, soit, mais qui vaut mieux que le four naturel extérieur.
Mais pour une raison obscure, le texte est resté inachevé et la semaine a passé sans que j'aie le temps de m'y remettre. Aujourd'hui, autre dimanche et le dernier du mois de surcroît, j'y reviens et malgré sa banalité, je vous le finis pour que vous puissiez à tout le moins savoir que tout se passe assez bien au pays des Haïtiens.Cela dit, si la chaleur est étouffante, le travail, lui, ne l’est pas. Colette, notre digne secrétaire, s’est révélée tout à fait à la hauteur de nos attentes de sorte que nous n’avons qu’à reprendre le fil où il est rendu sans avoir à détricoter ce qui s’est fait pendant notre absence. Voilà qui est plaisant et, avouons-le, rassurant.
Ainsi, le pays va plutôt bien, oui, même si la tension politique monte et que l’insatisfaction commence à gronder sourdement. On accuse le présent gouvernement de bien des choses, notamment de taxer et de surtaxer les petites gens de tous les côtés et de s’enrichir grâce à l’argent de la drogue alors que le peuple croupit toujours dans la misère noire. Et justement, parlant de drogue, un homme d’affaires du coin bien connu s’est présenté à la police avec 56 kilos de marijuana, affirmant qu’il avait trouvé les ballots flottant sur la mer en face de sa propriété… Vrai? Pas vrai? Je vous laisse en décider... Quoi qu’il en soit, la police, faute de preuves tangibles (après tout, le type s’est présenté de son propre chef) a dû le relâcher, mais plusieurs trouvent la couleuvre grosse à avaler… Car ne nous leurrons pas : la drogue reste une source de revenus alléchante pour qui n’en craint pas les conséquences. Or, quelle meilleure façon d’agir en toute impunité que de s’acoquiner avec des personnages haut placés? Et d’après ce qu’on dit de ce monsieur, il serait l’ami du président, rien de moins… Tout ça pour vous dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le chaud soleil haïtien : les riches s’enrichissent tandis que les pauvres s’appauvrissent. En fait, ils s’appauvrissent encore davantage en s’endettant pour payer les frais d’inscription scolaire de leurs enfants, début des classes oblige (mardi prochain). Malgré toute la bonne volonté gouvernementale sur le papier de rendre l’éducation accessible à tous, la réalité est tout autre et les écoles privées, sans égard à leur qualité, foisonnent et imposent des tarifs outrageants, même pour les nantis. Les pauvres, eux, en sortent exsangues. Triste réalité, je vous le dis, et d’autant plus triste qu’on ne peut rien y faire sauf avaler la pilule, si amère qu'elle soit...
Vous croyez qu'il y a là matière à découragement? C'est que vous ne connaissez pas les Haïtiens : qu'importe demain si l'on peut aujourd'hui résoudre le problème de l'inscription scolaire. Demain est un autre jour et on s'arrangera bien... Et ma foi, on peut difficilement leur donner tort, n'est-ce pas?
mardi 4 juin 2013
En complément au texte précédent
Vous avez été, comme d’habitude, nombreux à me lire — je parle de mon dernier texte — mais peu nombreux à me dire que vous aimiez mes propos... Rassurez-vous, je ne vous en tiens nullement rigueur. Car même s’ils gravitent constamment autour de la vie au sud, les sujets que j’aborde varient, cela va sans dire, et l’intérêt qu’ils présentent varie aussi. Or, mon dernier sujet était, disons… un peu cru, je le reconnais. Était-il choquant? Peut-être pour certaines âmes sensibles, mais je précise que je n’ai jamais eu l’intention de choquer, mais plutôt de vous relater une anecdote un peu croustillante de notre vie quotidienne sous ces latitudes. («Croustillante» ne se rapporte pas à la bête, bien entendu...) En fait et pour tout vous dire, ma compagne, dont la sagesse n’est plus à démontrer, m’a fortement conseillé de délaisser ce sujet qu’elle trouvait un tantinet beurk! et susceptible de susciter quelques frissons pas vraiment agréables. Surtout qu’elle en était la victime — ou l’héroïne, c’est selon — et qu’elle tenait donc un rôle majeur dans l’histoire. Mais je me suis dit que vous n’étiez pas nés de la dernière pluie, que vous connaissiez ces insectes que l’on juge souvent répugnants et que notre aventure vous ferait sourire et vous montrerait, s’il faut encore le montrer, que notre vie tropicale, toute luxuriante qu'elle soit, n’est pas pour autant paradisiaque. Et je continue de le penser. Si bien que ce rectificatif n’en est pas vraiment un, puisque je n’ai nulle intention de faire amende honorable et de retirer ce texte, au reste léger et amusant, en tout cas certainement pour nous qui en avons vécu les titillations.
Ceci m’amène une fois de plus à préciser un fait que plusieurs — nous-mêmes parfois — oublient : nous vivons sous les tropiques et les petits détails qui composent ici la vie quotidienne ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que l’on retrouve sous un climat plus nordique. Je me souviens de cette chanson de Pierre Calvé où il disait, parlant du Québec «Vivre en ce pays, c’est comme vivre aux États-Unis» et je trouvais sa réflexion fort juste. Mais vivre en Haïti n’a vraiment pas grand-chose à voir avec la vie aux États-Unis, fût-elle en Floride, l’état le plus tropical de l’Amérique du Nord. Or, ces petits détails ne sont pas toujours des détails plaisants. Bien sûr, quand on pense tropiques, on pense à la chaleur constante, au soleil omniprésent, aux palmiers qui ondulent paresseusement sous la brise, bref l’image idyllique typique des gens en mal de vacances. Et j’avoue que les tropiques, pour les vacances, c’est dur à battre. Mais voilà : nous n’y sommes pas en vacances! Nous y vivons au jour le jour et bon, ce n’est pas tous les jours dimanche! C’est d’ailleurs une bonne chose parce que si c’était toujours pareil, on y mourrait d’ennui!
Alors oui, nous avons des insectes peu ragoûtants, des moustiques à longueur d’année et même parfois une mygale égarée; nous avons des oiseaux dont la cacophonie nous rend dingues; nous avons des voisins qui chantent faux à n’en plus pouvoir à un niveau sonore qui atteint le seuil de la douleur; nous subissons des pluies parfois si fortes qu’on n’y voit plus, comme si c’était une tempête de neige; nous avons des inondations régulièrement; nous sommes exposés aux ouragans; nous affrontons le choléra, les fièvres typhoïdes, la malaria, pour ne nommer que celles-là; nous souffrons de la chaleur ou de l’humidité excessives; bref, ce n’est pas le paradis. Mais c’est un beau milieu, foisonnant de vie et d’énergie et c’est comme ça qu’on aime ça.
Cela dit, je promets tout de même de faire un effort pour ne plus vous choquer...
mercredi 29 mai 2013
Déblatérer sur la blatte
Le fait que je vous raconte est, comme toujours, avéré. Et léger. Et drôle même, vous allez voir.
C’est la nuit. Nous dormons, comme à peu près tout le monde, je pense, lorsque ma compagne me réveille brusquement et me dit qu’elle entend comme une petite bête marcher derrière son oreiller. Or, après la rencontre avec la mygale, nous sommes devenus un peu méfiants... N’écoutant que mon courage, je saisis vaillamment ma lampe de poche et la braque, non sans l'avoir allumée je le précise, sur l’oreiller de ma gente dame. Rien. Je soulève l’oreiller, retire les draps, déplace le matelas : rien. Une inspection sommaire des lieux ne donne pas plus de résultats, c'est la nuit, je le redis, et après quelques échanges sur la nature éventuelle de ce bruit (incluant l'hypothèse d'une mygale), on se recouche et on se rendort sans plus y penser. Tout se passe bien jusqu’au lendemain soir où, à l’heure même où Morphée commence à m’ouvrir ses bras, ma chère et tendre amie se plaint à nouveau qu'elle entend le même grattement suspect lorsqu’elle met la tête sur son oreiller. Sceptique, je lui dis de changer d’oreiller et de me laisser dormir. Après quelques palabres où elle s’offusque de voir sa parole mise en doute, elle obtempère, prend un autre oreiller — le mien en fait — et s’endort sans que je sache si les grattements ont cessé ou si elle a simplement cessé de les entendre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, convenons-en.
Le lendemain matin, ayant dormi sans oreiller et voulant aller au fond des choses, je retire la taie de l’oreiller coupable et la secoue vigoureusement : rien. J’inspecte l’oreiller sous toutes ses coutures pour voir si une bête ne s’y est pas faufilée : rien. Dois-je en conclure que, tout comme Jeanne D’Arc, ma compagne entend des bruits qui tantôt seront des voix? Je n’en suis pas loin lorsque mon regard pointe sur un cancrelat paresseux qui s’extirpe tant bien que mal de la taie d’oreiller chiffonnée par terre. Je saisis mon tue-mouches (qui tue également les cancrelats, vous l'avez compris) et d’un seul coup bien asséné, écrase impitoyablement le malheureux insecte. Problème résolu! Problème résolu, mais qui n’en suscite pas moins une interrogation majeure : pourquoi cette agressivité? Pourquoi cette haine envers cet insecte qui, somme toute, n’est pas vraiment dangereux? Sa vitesse de déplacement? Sa taille imposante? Le fait qu'en plus il vole gauchement? À moins que ce ne soit ses antennes qui semblent en mesure de sentir tout ce qui se passe alentour... En tout cas, quoi qu'il en soit, l'insecte nous répugne, et ce, malgré son caractère inoffensif et j'avoue que cela m'intrigue...
En fait, je suis persuadé que la raison tient au fait que ces insectes (blattes américaines) sont manifestement très intelligents et aisément capables de communiquer entre eux. Sans compter le fait qu'ils nous narguent, nous les humains, et savent très bien échapper à notre chasse sadique et souvent mortelle pour eux. Sans se défendre, je le précise! Car si ces petites bêtes nourrissaient à notre égard la même agressivité que nous avons envers elles, je pense qu’elles pourraient nous mener la vie dure, surtout compte tenu qu’elles ont su traverser le temps sans s’éteindre et ma foi, quelque 350 millions d’années parlent éloquemment de leur adaptabilité… Alors oui, je les respecte. Non sans les tuer, mais je les respecte tout de même…
Heureusement, notre maison étant propre, il est assez rare que nous ayons à subir leur visite, laquelle nous surprend toujours et nous horripile encore plus...
mercredi 22 mai 2013
Le mur
Je vous ai parlé du mur, mais sans vous en parler vraiment, alors je me permets d’y revenir. Car c’est important, un mur. Quand on veut séparer deux espaces, on érige un mur ou on creuse un fossé; ou les deux parfois. Pensez à celui de Berlin, construit en une seule nuit, dit-on, et dont l’efficacité fera la honte de l’Allemagne moderne pendant 28 ans… Un mur isole, protège, limite l’accès, cache même. Or, c’est précisément la fonction que le mur dont je vous ai parlé dans mon dernier texte doit jouer : nous protéger et limiter l’accès à la propriété de l’hôpital. Vous allez me dire qu’une simple clôture fait tout aussi bien l’affaire mais vous aurez tort, car la clôture est nettement plus facile à franchir et laisse voir ce qui se passe de l’autre côté, attisant de ce fait les convoitises. Et puis une clôture de type "frost", ça se coupe sans trop de problèmes, comme on le voit dans tous les films, et il est relativement aisé de s’y frayer un passage.
En fait, c’est exactement ce qui s’est produit récemment : quelqu’un a tout simplement créé une brèche dans la clôture, se donnant ainsi accès à notre propriété sans que personne ne le sache et sans que les gardiens puissent s'interposer. Difficile de croire à des intentions honnêtes derrière ce geste et nous en avons eu la preuve lorsque nous avons appris que l’un de nos gardiens s’était fait voler ses deux moutons. Ne riez pas, de grâce! Le type en était tout remué, non pas pour la personnalité de ces doux animaux, mais plutôt pour leur valeur marchande, hélas!
Voyant la brèche dans la clôture, je pris la décision sans plus hésiter : ce sera un mur et haut avec ça. De cette façon, la propriété sera complètement entourée et protégée des éventuels petits voleurs. En fait, je pense que cette construction ne fait pas leur affaire puisque, en cours de route, on a coupé les barres de fer qui formaient le squelette des poteaux de béton — à la scie à métaux, c’est tout de même un assez long travail — et bien que je ne nie pas la valeur marchande du fer, j’y vois plutôt comme une protestation contre ce mur qui rend l’accès au terrain bien difficile, surtout coiffé de fil de fer barbelé coupant, (razor wire), qui n’a rien de décoratif, croyez-m’en… Mais il faut ce qu’il faut. Après ma bicyclette, disparue en octobre 2010 par la voie de l’inefficace clôture, il y a eu récemment la batterie de la génératrice, puis les moutons du gardien, sans oublier le fer d’armature… Bref, il est temps de freiner l’hémorragie. (Parlant de cette bicyclette, vous vous souvenez que je vous avais dit que je ne la reverrais sans doute jamais, eh bien j’avais tort : quelques mois plus tard, chez le marchand de vélos du coin (!), j’ai revu le cadre de cette même bicyclette. J’aurais pu le reconnaître les yeux fermés… Tout le reste avait été retiré et modifié, de sorte qu’il ne restait rien de la bicyclette originale que ce cadre rouge… Évidemment, le marchand n’était au courant de rien…)
Peut-être soulèverez-vous la question esthétique de ce mur : un ouvrage de blocs de béton gris, mesurant de plus de trois mètres de haut (sans compter le barbelé au sommet), n’est certainement pas ce qui vient à l’esprit quand on veut parler de beauté. Entendant nous : c’est carrément laid. Une laideur que, pour parodier Kant, l’on pourrait sans doute décrire comme une «universalité subjective», car j’en connais peu qui oseraient dire que ce mur est beau. Imposant, oui; massif, lourd, solide, nous sommes d'accord. Mais beau?...
Cependant, ce que vous ne savez pas, c’est la vitesse à laquelle poussent les plantes grimpantes dans ce pays. En quelques mois, le mur ne sera plus qu’un écran de verdure et malgré sa masse, en deviendra presque beau, à tout le moins reposant pour l’œil sans pour autant perdre de ses fonctions protectrices. Je vous en ferai une photo à ce moment-là…
En tout cas et quoi qu’il en soit, il n’a rien à voir avec le mur de la honte…
En fait, c’est exactement ce qui s’est produit récemment : quelqu’un a tout simplement créé une brèche dans la clôture, se donnant ainsi accès à notre propriété sans que personne ne le sache et sans que les gardiens puissent s'interposer. Difficile de croire à des intentions honnêtes derrière ce geste et nous en avons eu la preuve lorsque nous avons appris que l’un de nos gardiens s’était fait voler ses deux moutons. Ne riez pas, de grâce! Le type en était tout remué, non pas pour la personnalité de ces doux animaux, mais plutôt pour leur valeur marchande, hélas!
Voyant la brèche dans la clôture, je pris la décision sans plus hésiter : ce sera un mur et haut avec ça. De cette façon, la propriété sera complètement entourée et protégée des éventuels petits voleurs. En fait, je pense que cette construction ne fait pas leur affaire puisque, en cours de route, on a coupé les barres de fer qui formaient le squelette des poteaux de béton — à la scie à métaux, c’est tout de même un assez long travail — et bien que je ne nie pas la valeur marchande du fer, j’y vois plutôt comme une protestation contre ce mur qui rend l’accès au terrain bien difficile, surtout coiffé de fil de fer barbelé coupant, (razor wire), qui n’a rien de décoratif, croyez-m’en… Mais il faut ce qu’il faut. Après ma bicyclette, disparue en octobre 2010 par la voie de l’inefficace clôture, il y a eu récemment la batterie de la génératrice, puis les moutons du gardien, sans oublier le fer d’armature… Bref, il est temps de freiner l’hémorragie. (Parlant de cette bicyclette, vous vous souvenez que je vous avais dit que je ne la reverrais sans doute jamais, eh bien j’avais tort : quelques mois plus tard, chez le marchand de vélos du coin (!), j’ai revu le cadre de cette même bicyclette. J’aurais pu le reconnaître les yeux fermés… Tout le reste avait été retiré et modifié, de sorte qu’il ne restait rien de la bicyclette originale que ce cadre rouge… Évidemment, le marchand n’était au courant de rien…)
Peut-être soulèverez-vous la question esthétique de ce mur : un ouvrage de blocs de béton gris, mesurant de plus de trois mètres de haut (sans compter le barbelé au sommet), n’est certainement pas ce qui vient à l’esprit quand on veut parler de beauté. Entendant nous : c’est carrément laid. Une laideur que, pour parodier Kant, l’on pourrait sans doute décrire comme une «universalité subjective», car j’en connais peu qui oseraient dire que ce mur est beau. Imposant, oui; massif, lourd, solide, nous sommes d'accord. Mais beau?...
Cependant, ce que vous ne savez pas, c’est la vitesse à laquelle poussent les plantes grimpantes dans ce pays. En quelques mois, le mur ne sera plus qu’un écran de verdure et malgré sa masse, en deviendra presque beau, à tout le moins reposant pour l’œil sans pour autant perdre de ses fonctions protectrices. Je vous en ferai une photo à ce moment-là…
En tout cas et quoi qu’il en soit, il n’a rien à voir avec le mur de la honte…
dimanche 19 mai 2013
La raison du marchand est toujours la meilleure
C'est souvent les situations ordinaires qui nous font pleinement prendre conscience de la différence de mentalité, de la façon de voir et de concevoir les choses des Haïtiens par rapport à nous, les Nord-américains. L'exemple que je vous donne aujourd'hui est tout à fait réel et a d'ailleurs provoqué une montée de ma tension qui m'a fait hausser le ton, sans pour autant que je m'en fasse comprendre mieux (incidemment, c'est toujours ce qui se passe : si je monte le ton, on me dit que je parle fort, on me croit en colère — en colère moi? Ben voyons! — et on attend que l'orage verbal passe sans même chercher à comprendre ce qui a provoqué mon indignation).
C'était il y a quelques jours et cela concernait la façon de faire d'un marchand de blocs de béton. Je vous raconte l'affaire.
Ayant décidé de remplacer la clôture en grillage de type "frost" qui ceint le terrain de notre hôpital par un mur de blocs de béton (pour des raisons de sécurité), nous avons passé la commande chez l'un de nos fournisseurs habituels : 1,800 blocs au total, soit une facture d’un peu plus de $1,000 US, de quoi faire plaisir au marchand, vous n'en disconviendrez, surtout lorsque la commande est payée rubis sur l'ongle avant même qu'elle ne soit livrée! Or, une telle quantité de blocs ne peut se livrer d'un seul coup et nous avons reçu les blocs environ 200 à la fois. Jusque là, rien à dire. Mais voilà qu’hier matin, nous manquons de blocs. «Mais où est le reste?» demandé-je à mon contremaître. Eh bien il semble que le marchand, voyant que nous n’utilisions les blocs que petit à petit, ait décidé de vendre ce qui était notre lot, quitte à nous en fabriquer d’autres lorsque nous en manifesterions le besoin. Et mon contremaître d’insister : ce n’est pas la faute du marchand, mais bien la nôtre, puisque c’est nous qui n’avions pas besoin de tous ces blocs immédiatement!... Je vous laisse imaginer ma stupéfaction et mon courroux. «Mais qu’est-ce que tu me racontes là, lui dis-je, ces blocs sont à nous, nous les avons payés et la seule raison pour laquelle ils ne sont pas livrés c’est parce que le marchand prend trop de temps à le faire!» Mais c’est peine perdue : mon contremaître n’en démord pas : «se pa fot li», il manquait de blocs, des clients en voulaient, il leur a vendu les nôtres et c’est aussi simple que ça! En fin d’après-midi, nous avons reçu une centaine de blocs, à peine sortis des moules et donc, friables comme un château de sable… Explication de mon contremaître : c’est normal, ces blocs viennent tout juste d’être faits, et loué soit le marchand pour faire tant d’efforts pour nous donner satisfaction! Quand je vous dis que ma pression a monté sensiblement…
Finalement, les blocs ont continué d’être livrés à raison de quelques centaines à la fois. Je ne suis pas certain que le compte soit bon, mais mon contremaître me dit que c’est le cas, alors je m’y fie. Le devrais-je?... Si vous êtes comme moi, vous aurez certains doutes… Mais bon. L’érection du mur va bon train et nous pourrons toujours, lorsqu’il sera achevé, faire le décompte exact des blocs qu’il contient… Chose certaine, ce sera un bon mur, alors de quoi me plaindrais-je?
Reste qu’il est tout de même étonnant de voir qu’ici, ce n’est pas le client qui a raison, c’est le marchand! De quoi en faire une (petite) montée de lait, vous ne croyez pas, vous autres?
mercredi 1 mai 2013
Des histoires qu'on n'aime pas entendre
Drôle de sujet pour commencer le mois...
En fait, c'est que j’avais décidé de ne pas commenter la chose. Ma compagne était d’ailleurs tout à fait d’accord avec moi, pour à peu près les mêmes raisons, entre autres question de retenue et de respect. Mais bon. Arrive ce qui arrive et je n’ai pas toujours que des belles histoires à vous raconter… Or, celle-ci n’a rien de reluisant, je vous le dis tout de suite, car on n'est jamais content d'apprendre qu'un étranger, un Canadien de surcroît, s’est fait assassiner à Port-au-Prince...
J’ai appris la nouvelle d’une source digne de foi jeudi dernier, mais sans détails. Le lendemain vendredi, paraissait cet entrefilet sur Haiti Libre qui nous donne quelques petits détails supplémentaires, mais dans lequel on sent une volonté de rapetisser le drame, de ne pas en faire tout un plat, histoire de ne pas trop inquiéter les étrangers sans doute… Je vous le cite textuellement :
«Un Religieux canadien abattu à la sortie d’une banqueJe n'ai pas eu d'autres détails, sauf que d’après ce que j’ai compris, le frère (puisque c'en est un) aurait refusé de remettre son sac à main, ce qui aurait entraîné la réponse furieuse et létale de l’un des bandits : trois balles, tirées presque à bout portant. Largement de quoi mourir, vous serez d'accord... La chose est bien triste, même si elle est hélas! de plus en plus fréquente, surtout dans la capitale. Et pendant ce temps, on essaie de vendre le tourisme, en affirmant haut et fort que le pays n'a jamais été aussi sûr qu'il ne l'est présentement...
«Jeudi matin, un religieux de la congrégation des marianistes de Québec, Richard Joyal, 62 ans, originaire du Manitoba a été tué par balle et dévalisé par deux inconnus non identifiés circulant à bord d’une moto, après avoir effectué un retrait de 1,000 dollars américains dans une succursale de la Banque Scotia, à Port-au-Prince.»
Pourtant, ce n'est pas tout à fait vrai. Et l’événement ne fait que confirmer ce que nous savons déjà, à savoir que la capitale est, en fait, de moins en moins sûre et que tout peut arriver sans qu’on n’y puisse rien. La police et le ministère de la justice se congratulent mutuellement en présentant des chiffres qui montrent une diminution de la criminalité, certes, mais ce ne sont que des chiffres… Allez donc demander à la famille de ce pauvre gars ce qu’ils en pensent, des chiffres… Toujours sur Haiti Libre, on annonce aujourd’hui que «lundi [dernier], Frantz Lerebours, Porte parole de la Police Nationale d’Haïti (PNH) a annoncé qu’un suspect, Dorval Jean Idor alias "Gwo mal" avait été arrêté samedi à Delmas en lien avec l’assassinat d'un Religieux canadien abattu à la sortie d’une banque la semaine dernière.» Est-ce le bon agresseur? L'histoire nous le dira peut-être, mais peut-être pas... De toute façon et de vous à moi, qu'est-ce que ça change?
Il faut comprendre que dans un pays comme Haïti, où les cartes de crédit sont peu reconnues et celles de débit, inexistantes, la seule façon pratique d’acheter, c’est l’argent sonnant. Le cash. Tout le monde assume donc, non sans raison je le répète, que les nantis ont les poches pleines, et les blancs sont automatiquement associés aux nantis. Moi qui n’ai jamais un sou vaillant sur moi, vous devriez voir la tête des enfants qui mendient lorsque, de façon très ostentatoire, je tourne mes poches à l’envers… Bouche bée, oui!... Mais cette association automatique blanc = argent nous est souvent néfaste, voire dangereuse, au point où l’on y pense à deux fois avant de se présenter à la banque… Et pourtant, il faut bien y passer quelquefois! Heureusement, ce qui se passe couramment à Port-au-Prince reste exceptionnel ici aux Cayes et c’est avec cette idée qu’on poursuit nos activités habituelles sans s'inquiéter davantage. Et puis, disons-le : un peu de fatalisme n’est pas nuisible. Style, ce qui doit arriver arrivera. Style, advienne que pourra. La peur, dans ce pays, n’est pas de mise. Sinon on n’y vient pas. Sinon, on s’abstient.
Et avouez qu’il serait bien dommage de s’abstenir de venir en Haïti sous prétexte que c’est dangereux…!
dimanche 14 avril 2013
Petit dimanche
Aimez-vous les dimanches? J’espère que oui. Je sais que pour certains, certaines, c’est un jour fade, sans éclat, sans intérêt, mais pour moi, c’est un bon jour et pas tant à cause du repos dominical auquel on l’associe comme parce que c’est dimanche, tout simplement.
Les dimanches se suivent et, pour tout vous dire, se ressemblent, à quelques variations près. Ainsi et selon ce qui est maintenant notre tradition, nous nous levons plus tard le dimanche : quelquefois passé 7h30, ce qui est vraiment tard pour nous...! Puis, le petit déjeuner est, exceptionnellement en ce jour, tout sauf petit : œufs, bacon, pommes de terre rissolées, tomates et toasts au beurre, tous les ingrédients sont réunis pour faire grimper le taux de cholestérol à des sommets himalayens, mais bon, c'est dimanche…
Pour digérer, quoi de mieux que le Sudoku de La Presse du jour? Le dimanche, c’en est un classé «très difficile», mais entre nous, cette classification ne veut pas dire grand-chose puisqu’il s’en trouve parfois des «moyens» qui sont plus casse-tête que les «très difficiles»… Tout de même, il faut prendre le temps de résoudre ce problème et l'activité gastrique s’en accommode tout à fait bien. Pour suivre, un peu de lecture. Que j’aime facile et sans prétention, je l'avoue sans gêne. Présentement, je lis — relis plutôt — "Total Control", de David Baldacci, auteur américain assez populaire. "Part Crichton, part Ludlum", dit la critique. Rien pour se péter les bretelles, rien pour se comparer à Grisham ou à Connelly, mais suffisamment intéressant pour qu’on en poursuive la lecture; personnellement, je n’en demande pas plus. Dehors, s’entend un office religieux. Pas les adventistes : il s’agit d’un autre groupe — catholiques peut-être ou n’importe quoi d'autre; leurs chants sont différents et de meilleure qualité sonore. Dur dur de chanter plus faux que les adventistes... Faut dire aussi que ces bons chrétiens ne nous dérangent pas trop car ils sont plus loin et donc, le volume de leurs litanies n'en devient que plus acceptable...
Dans quelques minutes, nous partons pour la plage. C’est une activité simple, routinière même puisqu’elle revient à presque toutes les semaines, mais dans un pays tropical, la plage est toujours agréable, je pense que vous serez d'accord sur le point. Tout comme l'est le maintenant traditionnel "rum sour", que je prendrai aujourd’hui à la santé de mon ami Antonio qui se les gèle présentement dans la sloche montréalaise…
Après la virée à la plage, ce sera le retour à la maison, lecture, un peu de vagabondage sur le Net, la bière de fin de journée et, en soirée, la télé et ses films...
Qui osera nous plaindre?
dimanche 24 mars 2013
Mangues à gogo
À quelques reprises, j’ai abordé le thème de la saison des mangues. Je me permets d’y revenir. L’événement — car c’en est un, n’en doutez pas — mérite certainement qu’on s’y arrête, voire qu’on s’y attarde parce qu’il est tellement important dans la vie haïtienne que c’en est presque déroutant.
Car après tout, de quoi est-il question? De mangues qui mûrissent et qui, comme tout fruit arrivé à maturité, décrochent de leur maigre attache ligneuse et, suivant les lois de la gravité, tombent lourdement. Or, ce n’est pas parce qu’elles tombent qu’elles sont forcément gâtées : quelquefois oui, mais la plupart du temps, elles restent tout à fait mangeables, surtout si on les consomme sur-le-champ. Si vous vous souvenez — car je vous l’ai déjà dit —, les Haïtiens sont fous des mangues, et pas seulement parce que le fruit est succulent mais aussi, peut-être même surtout parce que, en saison, la mangue, c’est la manne providentielle qui, pour plusieurs, marque la différence entre un estomac vide et un estomac plein. Cela me rappelle ce que signifiait jadis l’arrivée des premières fraises estivales au Québec. Attention, les jeunots! Je vous parle d’une époque que vous ne connaissez pas, une époque où les fruits n’étaient disponibles qu’en saison, mais ils avaient le goût du fruit mûri naturellement, par une combinaison de soleil et de pluie, et non une affaire de survoltage mécanique du mûrissement, avec Dieu sait quels produits… Aujourd’hui, les fruits, comme le reste d’ailleurs, sont avant tout des produits de consommation et s’estiment davantage par leur valeur mercantile que par leur goût. Vous m’excuserez d’être nostalgique, mais ce n’était pas comme ça avant. À la maison paternelle, les fraises du Québec arrivaient en juin et n’avaient rien à voir avec ce que l’on trouve aujourd’hui à longueur d’année dans les supermarchés. Et c’était la même chose avec les pêches et les poires de l’Ontario ou les bleuets du Lac-St-Jean… Eh bien les mangues ici, c’est ça : un fruit naturel, naturellement juteux et sucré, bref absolument délectable.
Seul problème : leur surabondance. Il y en a tellement et elles arrivent à maturité toutes en même temps, si bien que, comme la manne, il faut les prendre quand elles passent et s’en gaver jusqu’à n’en plus pouvoir car après, c’est fini. Voyez la photo ci-dessus : et ce n'est que la récolte d'un seul arbre!
Je sais ce que vous allez me dire : que s’il y en tant que ça, le pays pourrait en exporter, vrai? Vrai. Et c’est ce que le pays fait. Je vous invite d'ailleurs à lire l'article ici si vous voulez en savoir plus. Mais d’après ce que j’ai lu, l'exportation reste trop faible pour que c’en devienne vraiment une industrie rentable (environ 20 %). Si bien que la majeure partie des récoltes est consommée localement, mais pour tout vous dire, mis à part quelques financiers spéculateurs, je pense que personne ici ne s’en plaint. Les mangues sont là, elles s’offrent littéralement à la consommation, alors pourquoi ne pas en profiter? Surtout que le fruit, en plus de son goût unique et accrocheur, est excellent pour la santé : vitamines, fibres, carotène, fructose… tout y est.
Le plus drôle, c’est qu’il existe, d’après le ministère de l’Agriculture haïtien, pas moins de 158 variétés de mangues en Haïti, dont la plus populaire reste la mangue francique, car, dit-on, elle est la seule à pouvoir subir sans dommages le traitement anti-mouches de la mangue que les USA imposent : un bain dans de l’eau chauffée à 50° C. Pourtant, d’après Wikipedia, la mouche de la mangue ne se trouve que dans la région du Pacifique occidental, bien loin d’Haïti… De quoi se poser quelques questions…
Quoi qu’il en soit, je puis vous garantir que pour les Haïtiens, il n’y a aucun doute que la mangue reste le fruit le plus populaire au pays, et j’avoue que suis tout à fait d’accord avec eux!
dimanche 3 mars 2013
Une semaine bien remplie
Sans doute vous étonniez-vous de mon silence. Une semaine a passé, plus en fait, considérant que mon dernier texte a été publié dimanche matin dernier. D’emblée, je vous rassure : non, je n’étais pas mort, pas même malade, en fait; tout simplement, j’étais affairé. Ne riez pas, de grâce! Car ces épisodes arrivent. Surtout après la visite du patron, lequel distribue ses consignes et s’attend à les voir exécuter… Et c’est précisément ce que j’ai fait : j’ai exécuté — entre autres choses — les consignes du patron. Mais juste pour vous montrer que je n’exagère en rien l’intensité de la semaine qui vient de passer, je vous en donne un bref, mais néanmoins éloquent, compte rendu.
Il faut dire que la semaine a commencé assez raide avec le remerciement de l’un de nos médecins. Je le dis sans réserve : voilà une tâche qui me déplaît souverainement. Et pourtant, il faut bien que quelqu’un le fasse n’est-ce pas? Or, il s’avère que cette tâche, ingrate s’il en est une, est mienne en tout état de cause et que je ne saurais donc y déroger. C’est arrivé dans le passé et cela se produira sans doute encore dans le futur : l’embauche et la débauche (avouez qu’elle est bonne!) fait partie de mon lot. Mais alors que le premier reste relativement aisé et s’inscrit sous d’heureux auspices, le second est nettement plus amer, surtout pour celui qui en est l’objet. Et j’ajouterai : surtout s’il s’agit d’un médecin intelligent, affable, charmant même et qui comprend mal le motif invoqué : le traditionnel remaniement administratif. Je sais, je sais : ça ne vole pas haut. Mais il s’agit là tout de même d’un motif répandu et, souventes fois, tout à fait fondé. Ce qui ne rend pas la pilule plus facile à avaler… Mais bon.
Mardi, le clou de la journée fut sans contredit la réunion avec tout le personnel pour leur expliquer la décision administrative d’adhérer au plan de pension de l’État, qu’à peu près tout le monde abhorre et se passerait volontiers. Pourtant, c’est un plan obligatoire auquel tout employeur est tenu de souscrire. Or nous n’en faisions pas partie, ce qui nous rendait fragile et passible d’amendes salées, pour ne pas dire indigestes, comme celle dont on nous a récemment menacés… Si bien que le patron a décidé d’aller de l’avant et d’adhérer au plan. Au grand dam des employés qui y voient comme une trahison… Réunion chaude donc — comme je les aime en fait — où tout le monde essaie de voir comment ils pourront échapper à cette autre ponction sur leur maigre salaire…
Mercredi, me voici convoqué au Bureau du travail, là où s’arbitrent les divergences liées à un congédiement. Vous voyez le lien là, oui? Mon copain le médecin était là, nous avons discuté comme des gentlemen et en moins de cinq minutes, nous en étions venus à une entente satisfaisant les deux parties, en l’occurrence lui et moi. Ne restait plus que le calcul des sommes en jeu, ce que l’inspecteur, assisté de son confrère, mettra pas moins d’une heure à produire — et erroné à part ça. En fait, le sujet est tellement cocasse que je me demande si je ne vais pas y revenir… Enfin, l’essentiel est que tout ait fini bien et dans les temps, soit avant midi puisque nous devions prendre le lunch avec nos chers amis Antonio et Diane à leur résidence champêtre… L’après-midi y a passé néanmoins, si bien que je n’ai pas eu le temps de vous écrire…
Jeudi, ce fut le tour de la rencontre avec les médecins, d’abord pour mettre les choses au clair concernant le congédiement de leur collègue et ensuite pour leur annoncer qu’une ponction supplémentaire serait prélevée sur leur salaire, ce qui ne les rend jamais très joyeux, je ne comprends pas pourquoi… (je blague!) La réunion ne fut pas longue, mais elle n’en fut pas moins intense et a considérablement amorti mon désir, pourtant croissant, de vous écrire quelques lignes, histoire de vous souligner le début de mars, puisque j’avais déjà laissé février filer en queue de poisson sans lui dire (et vous dire) au revoir.
Vendredi est arrivé, je commençais à avoir la langue longue, mais ce n’était pas encore fini : une rencontre importante — et fort agréable, je le dis avant que vous pensiez le contraire — m’a occupé la majeure partie de l’avant-midi et pouf! la semaine était déjà finie… Je vous passe les ajustements salariaux auxquels j’ai dû m’astreindre et qui se sont ajoutés à la fin du mois et les tâches qui l’accompagnent habituellement. Bref, j’ai été occupé!
Hier samedi, j’avais bien projet de vous écrire, mais il fallait encore préparer ce départ, prévu pour le lendemain soit aujourd’hui si vous êtes un tant soit peu attentifs…
Si bien que nous voici maintenant à l’aéroport Toussaint Louverture, une fois de plus, pour une destination qui n’a rien à voir avec la mère-patrie… Je ne vous en dis pas plus long, histoire de vous faire languir un peu… Rassurez-vous toutefois : je ne serai pas long avant de vous revenir!
De quoi faire rire
Lu ce matin sur un camion, lesquels sont toujours friands de ces références à Jésus, Dieu, le Christ ou des extraits des psaumes. Celui-là avait écrit, bien naïvement je pense : "Dieu est en Christ!". Dites-moi sérieusement : vous ne trouvez pas ça beau, vous autres?
De quoi faire pleurer
Le dernier épisode de la troisième saison de Downton Abbey. Dire qu'il faudra environ un an avant de savoir comment la quatrième saison va s'enchaîner!...
¡Hasta luego!
vendredi 22 février 2013
Encore un!
«Bon anniversaire là!» Eh bien merci. Ce sont des vœux qu’on veut simples, banals même, mais qui font toujours plaisir lorsqu’on les reçoit. Pourquoi en serait-il autrement? Se faire souhaiter un heureux anniversaire n’a rien de choquant ni d’insultant, ne part jamais d’une intention de mal faire et n’a jamais de prétention de changer le monde. Un souhait, tout simplement, mais un souhait que l’on choisit de transmettre parce que, au fond, on veut dire à l’autre qu’on pense à lui en ce jour qui l’a vu naître… Personnellement, je trouve ça mignon tout plein et, appliquant la règle d’or éthique, je fais aux autres ce que je voudrais bien qu’ils me fassent et leur transmets assidûment les souhaits de circonstances quand les circonstances s’y prêtent, bien entendu. Alors merci d'avance à tous ceux, toutes celles qui penseront à moi aujourd'hui!
Me voilà donc avec une année de plus dans mon sac à malice. Suis-je plus sage? Suis-je meilleur? Suis-je pluvieux? Non, j’aime toujours autant le soleil! Quant à être plus con, je vous renvoie à la chanson de Brassens qui rend les choses claires, sans équivoque : Le temps ne fait rien à l’affaire, dans laquelle il déclare, sans ambages, «quand on est con, on est con», paroles d’une grande sagesse s’il en est...
L’année qui se termine ici pour moi n’a pas été spécialement marquée : aucun événement majeur, pas de gros lot à la loterie, pas de bataille essoufflante, que des petites choses qui ont rempli notre quotidien sans qu’on le demande, mais qui se sont révélées généralement positives. Une fort bonne année dois-je dire. Bref, j’accuse mon an de plus, mais je ne la condamne pas.
Vous savez que je tiens à ce jalon astronomique, le seul qui me permette de me sentir partie intégrante de cet univers dont nous ne connaissons pas grand-chose sauf que, oui, nous en faisons partie. Mais si modestement, si infinitésimalement qu’on peut parfois s’en penser déconnectés. Il suffit alors d’un vulgaire caillou perdu dans l’espace sidéral et qui vient tout à coup percuter notre planète pour nous faire prendre conscience que non, nous ne sommes pas déconnectés et ce qui se passe dans ce vaste univers nous concerne, même à l’échelle microscopique. Le jour d’anniversaire, c’est le jour de la conscience cosmique. Attention les tordus : je ne dis pas comique, là! Car je vous connais vous les fêtards, les "party crashers", les amateurs de sauteries, de cocktails bien tassés (qui n’ont rien à voir avec les Molotov), un anniversaire, c’est l’occasion en or pour une virée majeure! Mais pas pour moi, merci. Et pas tant à cause de mon âge avancé (!) qu’à cause de ma nature contemplative et dilettante. Si bien que je me contente de l’irremplaçable compagnie de ma compagne et de mes petites tâches quotidiennes avec, derrière, ce vague sentiment que c’est aujourd’hui le jour qui m’a vu naître.
En outre et pour tout vous dire, ce vendredi sera par ailleurs assez chargé — des petites tracas que je vous épargne — et donc, pas vraiment le moment idéal pour se nombriliser et se sentir l’élu du jour… Mais fête ou pas, la valeur historique de l’événement reste indiscutable car c’est bien le 22 février de l’an 1952 que je vins au monde. Impressionnant quand même, hein?
Qu’a-t-on besoin de champagne pour souligner la chose?
Me voilà donc avec une année de plus dans mon sac à malice. Suis-je plus sage? Suis-je meilleur? Suis-je pluvieux? Non, j’aime toujours autant le soleil! Quant à être plus con, je vous renvoie à la chanson de Brassens qui rend les choses claires, sans équivoque : Le temps ne fait rien à l’affaire, dans laquelle il déclare, sans ambages, «quand on est con, on est con», paroles d’une grande sagesse s’il en est...
L’année qui se termine ici pour moi n’a pas été spécialement marquée : aucun événement majeur, pas de gros lot à la loterie, pas de bataille essoufflante, que des petites choses qui ont rempli notre quotidien sans qu’on le demande, mais qui se sont révélées généralement positives. Une fort bonne année dois-je dire. Bref, j’accuse mon an de plus, mais je ne la condamne pas.
Vous savez que je tiens à ce jalon astronomique, le seul qui me permette de me sentir partie intégrante de cet univers dont nous ne connaissons pas grand-chose sauf que, oui, nous en faisons partie. Mais si modestement, si infinitésimalement qu’on peut parfois s’en penser déconnectés. Il suffit alors d’un vulgaire caillou perdu dans l’espace sidéral et qui vient tout à coup percuter notre planète pour nous faire prendre conscience que non, nous ne sommes pas déconnectés et ce qui se passe dans ce vaste univers nous concerne, même à l’échelle microscopique. Le jour d’anniversaire, c’est le jour de la conscience cosmique. Attention les tordus : je ne dis pas comique, là! Car je vous connais vous les fêtards, les "party crashers", les amateurs de sauteries, de cocktails bien tassés (qui n’ont rien à voir avec les Molotov), un anniversaire, c’est l’occasion en or pour une virée majeure! Mais pas pour moi, merci. Et pas tant à cause de mon âge avancé (!) qu’à cause de ma nature contemplative et dilettante. Si bien que je me contente de l’irremplaçable compagnie de ma compagne et de mes petites tâches quotidiennes avec, derrière, ce vague sentiment que c’est aujourd’hui le jour qui m’a vu naître.
En outre et pour tout vous dire, ce vendredi sera par ailleurs assez chargé — des petites tracas que je vous épargne — et donc, pas vraiment le moment idéal pour se nombriliser et se sentir l’élu du jour… Mais fête ou pas, la valeur historique de l’événement reste indiscutable car c’est bien le 22 février de l’an 1952 que je vins au monde. Impressionnant quand même, hein?
Qu’a-t-on besoin de champagne pour souligner la chose?
dimanche 10 février 2013
Pollution sonore
Avez-vous vu le film "The Birds" («Les oiseaux») de Hitchcock? C’est un vieux film (1963), c’est vrai, mais un film dérangeant tout de même, car que se passerait-il si tout à coup, ces oiseaux que nous sommes habitués de voir perchés ici et là bien tranquilles se mettaient à nous attaquer? Eh bien avec les oiseaux que nous avons présentement dans le coin, c’est un peu l’impression que j’ai. Comprenons-nous bien : ce n’est pas que ces oiseaux soient de quelque façon agressifs, mais ils sont tellement nombreux d’une part et tellement bruyants d’autre part qu’il est impossible d’ignorer leur présence, voire de ne pas y sentir comme une menace — ou une forme d'invasion plutôt. Or, lorsqu’on est l’ami des bêtes, on l’est forcément des oiseaux, n’est-ce pas, dont les couleurs, le chant mélodieux et la grâce en vol sont une source d’émerveillement universel. Mais ceux dont je vous parle aujourd’hui, les «mel fran» (quiscalus niger), ont tout, semble-t-il, pour se faire détester. D’abord, ils sont noirs, comme tout bon quiscale (qu'on appelait anciennement mainate) qui se respecte. Bon vous me direz qu’ils présentent parfois, sous un certain angle, des reflets iridescents du plus bel effet, mais vus comme ça, ils sont noirs, il n’y a aucun doute, si bien que pour les couleurs, faudra repasser. Mais il y a pire. Car le «chant» de ces oiseaux ne se résume qu’en des vocalises assez élaborées mais très peu harmoniques et d’un niveau sonore qui, en décibels purs, frise le seuil de la douleur et qui surtout, ne s’interrompt jamais. C’est énervant, je vous dis pas… Et pas moyen de les faire fuir pour de bon, car ces oiseaux nichent naturellement au sommet des palmiers royaux, dont notre cour est généreusement garnie. Aussi bien dire que chez nous, c’est chez eux… Certes, on peut toujours les déloger momentanément en lançant quelques cailloux à l’aide d’un lance-pierre (slingshot), mais c’est un coup d’épée dans l’eau car ils reviennent aussitôt, se plaignant en leur langage d’avoir été si injustement molestés. Et je me mets alors à penser au film de Hitchcock…
Heureusement, leur présence, bien que chronique, n’est pas toujours aussi irritante : seulement lorsqu’ils nichent, ce qui est présentement le cas, comme ce l’est chaque année à la même époque (janvier-février). Sans doute la nidification les rend-ils particulièrement loquaces… J’imagine qu’ils doivent avoir plein de choses à se dire sur le sujet, tout comme le font toutes les futures mamans, d’ailleurs…Mais ces conversations aviaires sont particulièrement éprouvantes pour ceux qui n’y comprennent rien, ce qui est précisément notre cas. Tout de même, j’imagine assez aisément leur teneur :
— Hé voisin! Viens voir comme mon nid est bien situé!
— Pas le temps! Je viens tout juste de pondre un joli coco!
— Pareil ici! As-tu trouvé quelques vers à te mettre sous la dent?
— Oui et maintenant j’ai soif!
Et ça continue comme ça, et ça n’arrête que lorsque le soleil descend…
Je sais ce que vous allez me dire : que les Adventistes, dont je me suis plaint à quelques reprises, sont sûrement pires et que, de toute façon, il y a définitivement pire que des oiseaux qui jacassent.
Et pourtant, les amis, et pourtant…
mercredi 6 février 2013
Administrer, dites-vous?
Vous le savez tous et toutes : notre tâche ici, à ce petit hôpital des Cayes, consiste à gérer. Gérer, en termes simples, c’est «planifier, organiser, diriger, contrôler». Ma chère compagne a appris cette belle formule au cégep, c’est vous dire… Et c’est vraiment ce qu’on fait ici : on planifie les tâches, on organise la structure du travail, on développe de nouvelles façons de faire et on essaie de contrôler tout ça. Évidemment, ce n’est pas toujours évident et pour n’importe quelle raison, la mécanique peut s’enrayer, ce qui ne manque pas de soulever l’ire de ma tendre compagne et quelques bouffées d’impatience en ce qui concerne votre fidèle scripteur. Mais bon. It goes with the territory, comme dirait l’autre… Il n’empêche que des fois, les dents nous grincent.
Qu’à cela ne tienne, on peut toujours utiliser les services d’un transporteur habituel, aérien, bien entendu. Première surprise : les coûts d’envoi passent de zéro frais à près de $3,000! Avouez que ça fait cher un peu! Mais on n’a pas le choix, alors on soupire et on acquiesce en grinçant des dents un peu, tout de même. Eh bien, ces produits sont maintenant arrivés à bon port, à bon Port-au-Prince, devrais-je dire, et il ne reste plus qu’à les dédouaner et à les acheminer aux Cayes. Rien de bien compliqué, et pourtant, les produits sont toujours à la douane de Port-au-Prince et nous, nous pestons encore et toujours contre un système bureaucratique avec lequel, après toutes ces années, nous ne sommes toujours pas familiers et qui, semble-t-il, se complexifie à chaque fois. Bref, malgré nos trésors de patience, l’épreuve est pénible…
Tout ça pour vous dire que même en appliquant le B-A ba d’Administration 101, les problèmes fusent et frustrent avant qu’on les résolve. Car oui, on les résout. On finit toujours par trouver une solution qui, si elle n’est pas parfaite, est tout de même suffisante pour nous permettre de passer à autre chose, comme par exemple l’heure de la bière…
Mais cette heure-là, problème résolu ou non, je vous dis qu’on ne la laisse pas passer aisément…
samedi 2 février 2013
Une autre chandeleur
Dois-je vous rappeler que nous sommes à la chandeleur, à ce moment où, selon le dicton populaire, «l’hiver passe ou prend vigueur»? Oui bon, je sais : vous allez encore me ramener l’histoire de cette stupide marmotte qui n’en a rien à cirer de l’hiver, puisqu’elle dort. Elle sort de son trou juste pour se virer de bord et tout le monde halète à l'idée de la révélation que son comportement est supposé signifier... En fait, pour vous qui vous les gelez jusqu’en avril, marmotte ou pas, il me semble que de savoir si, le 2 février, l’hiver passe ou prend vigueur est tout de même intéressant, même s’il ne s’agit que d’un dicton. Et qu'est-ce qui fait que l'hiver faiblit ou se renforce? Un autre dicton le précise : «Si la Chandeleur pleure, l'hiver ne demeure.» Voilà, vous savez tout maintenant et je souhaite qu'il pleuve dans votre coin, même si la pluie l'hiver, c'est un peu contrariant. Mais au moins vous saurez que l'hiver s’estompera rapidement par la suite…En tout cas et par solidarité j'imagine, nous avons eu un peu de pluie ce matin ici, signe indubitable que notre «hiver» tire à sa fin...
J’ai répété à plusieurs reprises que les saisons n’existaient pas dans ce pays. Je ne parle pas seulement sur le plan climatique, mais aussi et surtout sur le plan culturel : les Haïtiens ne comptent pas en saisons, mais plutôt en mois, certains (décembre, janvier…) étant plus frais que d’autres (juillet, août…). Les récoltes ont lieu tout au long de l’année, dépendamment du moment où l’on a planté. Qu’a-t-on besoin de saison, alors? Même les arbres perdent leurs feuilles tout au long de l’année dans un cycle qui en fait repousser de nouvelles au fur et à mesure… Si bien que des saisons bien tranchées avec leurs caractéristiques physiques, cela ne se comprend pas. Tandis qu’au Québec, voir les jours s’allonger — ce à quoi réfère réellement la chandeleur d'ailleurs (chandeleur, chandelle, vous voyez comme c'est proche) —, voir la lumière triompher une fois de plus de la noirceur, savoir que l’hiver est enfin sur la pente descendante fait toute la différence, à tout le moins pour le moral…
Et puis, il faut le dire, c’est le début du mois et bien qu’il soit associé à des tâches administratives qui n’ont rien de poétique, c’est tout de même un jalon temporel de plus, et j’aime cela, surtout quand le mois commence sous le signe de la quiétude politique, laquelle n’est jamais durable en ce pays, comme vous le savez maintenant. Alors on prend ce que l’on peut tant que ça dure…
Le mois s’annonce chargé, pour plusieurs raisons (carnaval, visite du grand patron, adoption du plan de retraite de l’État, plus quelques dossiers chauds…), mais à la différence de janvier, février est un mois tronqué et sa charge risque de nous le faire paraître encore plus court… Je vous en reparlerai.
Pour l’instant, l’heure est aux crêpes, prétexte à ce texte qui ressemble davantage à un exercice sur l’art de ne rien dire qu’à n’importe quoi d’autre. Mais on aime ça — les crêpes, je veux dire, et non l'art de ne rien dire — et je me fais une fête à l’idée d’en manger. Or, ayant le cœur en fête, j’ai le goût de le partager avec vous. Y a-t-il quoi que ce soit de répréhensible là-dedans?
mardi 29 janvier 2013
Un silence rare
Je vous ai parlé à quelques reprises de certains aspects de notre vie quotidienne en ce pays qui n’est jamais de tout repos. Trop peuplé, trop peu structuré, le pays va comme je te pousse et la seule façon d’y vivre confortables, c’est de composer avec cette absence de structures, de «faire avec», comme on dit couramment. Les irritants courants — les rues encombrées, les égouts en plein air, les chantiers improvisés, les manifestations spontanées et bien d’autres — deviennent ainsi un terrain familier et on se surprend à ne plus se surprendre de rien. Ainsi, au cours de la fin de semaine dernière, en cette époque où les groupes musicaux se pratiquent pour le carnaval, on s’attendait à des décibels approchant le seuil de la douleur et franchement, nos attentes n’ont pas été trompées : samedi soir surtout, un DJ dont seuls les Haïtiens ont la recette, semble-t-il, a tenu ses fans en haleine pendant six heures d’affilées, ne mettant un terme à ses hurlements qu’à deux heures du matin, seul moment où nous avons enfin pu penser à dormir. Dimanche, ce fut surtout pendant le jour. Mais là encore, le niveau sonore était délirant. Nous savons que nous n’avons pas le choix, alors nous en prenons notre parti…
Or, la nuit dernière, je me réveille tout à coup. Le temps que j’ouvre timidement les yeux, mon cerveau embrumé se présente au rapport : rien à signaler. Le silence est absolu. Pas un seul bruit ne se fait entendre : pas de moteur, pas de musique, pas de klaxon, pas même de coqs qui ne savent pas l’heure ou de chiens qui signalent leur territoire. Rien. Seuls les grillons et mes acouphènes… Et je me suis aperçu que c’était sans aucun doute ce silence exceptionnel qui m’avait sorti du sommeil… Sinon, quoi d’autre? Mais je ne vous dis pas le pire : l’air que j’ai en tête (j’ai TOUJOURS un air en tête qui peut aller du second mouvement de la 5e de Beethoven jusqu’à Le Frigidaire de Tex Lecor et je ne choisis pas toujours), l'air que j'ai en tête donc, c’est «Petit Papa Noël», (ici, clin d’œil à Karine et à son vicomte), version Tino Rossi… Avouez qu’il est dur de faire pire, surtout à la fin de janvier… Finalement, je réussirai à remplacer cet air par l’excellent Boulevard of Broken Dreams, si langoureusement interprété par Diana Krall (je parle de sa première version, bien entendu). Le silence donc. Un silence auquel Haïti ne nous a pas habitués et qui, pourtant, devrait aller de soi dans ce pays où les gens se couchent tôt et la vie nocturne — les jours de fête mis à part — est inexistante. Mais pour je ne sais quelle raison, ce silence est rare et presque anormal.
Toujours est-il que j’écoutais ce silence, car oui, le silence n’est pas qu’une absence, vous le savez si vous l’expérimentez de temps à autre, mais c’est aussi une présence qui, sans être audible — puisque c’est le silence! — se sent, se capte, se saisit. Je pense qu’on appréhende le silence comme on appréhende la peur : en s’y frottant. Mais encore faut-il que les conditions s’y prêtent — notre habitat nordique est difficile à battre sous ce chapitre — et ici en Haïti, je le répète, c’est un phénomène rare. Écoutant le silence, donc, je me suis trouvé tout à fait éveillé et bien convaincu que le sommeil ne reviendrait pas me visiter cette nuit-là. Mais tout à coup, le frigo est reparti, puis des chiens ont recommencé à se plaindre en leur langage, des coqs ont jugé, à tort, il va sans dire, que l’heure était venue de se faire entendre, quelques chèvres ont bêlé timidement — à moins que ce ne soit les moutons de l’un de nos gardiens — et cette présence sonore a suffi à me retremper dans notre monde nocturne habituel si bien que, à mon étonnement, je me suis rendormi…
Au matin, frais et bien disposé, je me suis levé et me suis dit que je devais vous livrer ces impressions... Comme quoi nous ne sommes pas toujours pris dans les drames sociopolitiques!
samedi 19 janvier 2013
Semaine tranquille
Vais-je vous parler encore de l’aide canadienne en Haïti, si vertement critiquée et dont vous n’avez, somme toute rien à cirer? Vais-je plutôt vous entretenir une fois de plus de l’insécurité chronique au pays? Vais-je bifurquer et mettre mon grain de sel dans les confessions d’un Lance Armstrong qui n’est, en bout de ligne, qu’un grain de sable sur la plage du sport professionnel? Rien de tout cela. Aujourd’hui, je vous parle de rien.
Rien, c’est l’insouciance, c’est les choses qui se déroulent à leur vitesse de croisière, sans accélération ni décélération brusques. Ainsi fut la semaine. Et qui s’en plaindrait? Au pays, tout va comme d’habitude, le carnaval du mois prochain fait les manchettes (Cap Haïtien serait bien moins préparé que ne l’était Les Cayes, dit-on), on parle aussi des élections partielles prévues pour bientôt et, bien entendu, il y a toujours les scandales habituels. Bref, rien pour s’exciter. Je prends tout de même pour une bonne nouvelle ce fait divers rapporté où l’on apprend que des petits voleurs se sont fait lyncher par la population locale pour avoir tenté de faire main basse sur un bureau de change — exactement comme ça s’est passé ici aux Cayes où il y a eu mort d’homme. Mais là, ça n’a pas passé. Je vous donne le texte de l’article, puisqu’il est court :
« Deux individus qui tentaient de cambrioler une maison de transfert d'argent et d'échange des devises jeudi à Delmas 83 [Port-au-Prince] ont été lynchés par les habitants de la zone, a appris Haïti Press Network de la Direction Départementale de l’Ouest de la Police Nationale d’Haïti (DDO-PNH).Maintenant, dites-moi que vous n’avez pas ri en lisant la dernière phrase. Le policier propriétaire de l’arme est allé tout bonnement la réclamer au commissariat qui l’avait saisie! Front de bœuf ou stupidité insolente? Je penche pour la seconde option. Quelquefois, je vous le dis sans rire, la façon de raisonner de gens que l’on connaît et qui ne sont pas bêtes, loin de là, reste un mystère total pour nous. Simplement parce qu’elle est contraire à la logique. À notre logique. Car il y a — je le sais maintenant — une autre logique, une logique haïtienne qui s’appuie sur des bases différentes et à laquelle nous, étrangers, sommes… étrangers.
L'arme qui était en leur possession, un pistolet de calibre 9mm, serait la propriété de la PNH et a été récupérée par la police du sous commissariat de la zone.
Dans le cadre de l'enquête ouverte autour de ces deux incidents, la Section Départementale de la Police Judiciaire (SDPJ/OUEST) a déjà entendu et retenu l'élément policier au nom duquel cette arme avait été dotée, lequel, faut-il le signaler, a eu la maladresse de venir la réclamer peu après l'incident. »
Et le plus drôle, je vous le donne en mille, c’est que parfois, ça donne des résultats surprenants… (Malheureusement, je n’ai pas d’exemple sous la main, mais vous pouvez me croire sur parole car je ne m’appelle pas Lance, moi…)
Mais le clou de la journée, c’est ce titre, ô combien alarmiste : «Un Canadien poignardé en République Dominicaine». Imaginez maintenant si ce fait divers banal et sans sens s’était passé en Haïti… Imaginez tout le tintouin que la nouvelle aurait fait… Suffisamment pour que Air Transat annule ses forfaits vacances au pays, suffisamment sans doute pour froisser solidement les rapports diplomatiques Haïti-Canada... En République Dominicaine, ce n’est qu’un incident. Regrettable, soit, mais banal. On a bien tenté d’en faire un événement choquant (notez le nom de l'un des auteurs du texte), mais bon, quand y’a rien à dire, y’a rien à dire, n’est-ce pas...
En tout cas, une petite semaine tranquille reste une petite semaine tranquille qu’on apprécie à sa pleine valeur. Car ici, on ne sait jamais : le calme, parfois, précède la tempête…
vendredi 21 décembre 2012
La fin du monde, quoi d'autre?
Je voudrais éviter le sujet que cela me serait bien difficile. Tout le monde en parle, certains avec le sourire, d’autres non sans une certaine excitation, d’autres enfin avec l’espoir que ce soit vrai : la fin du monde.
J’en ai parlé antérieurement, mais puisqu’aujourd’hui est le jour J, je pense qu’il vaut la peine que j’y revienne brièvement, non pas pour en discuter la pertinence ou le fondement scientifique, mais plutôt pour y mettre mon grain de sel, si modeste fût-il. Arrêtons-nous deux minutes : on parle bien de la fin du monde, c’est-à-dire la destruction totale du monde tel que nous le connaissons, incluant l’humanité dans son ensemble — mis à part quelques survivants, pour leur plus grand malheur d’ailleurs — de même que la vie végétale et animale. La fin du monde, c'est forcément quelque chose de gros, d'énorme. Ce ne peut être un fait isolé que les autres pays regarderaient à la télévision : il faut que ce soit universel. Alors dites-moi donc comment un tel événement dont l’envergure dépasse l’imagination pourrait se produire dans le cadre d’un jour, un maigre petit jour de tout juste 24 heures… Pas évident, hein? Eh bien vous avez tout compris de mes réserves, pour ne pas dire de mon scepticisme...
Je puis vous dire pour l’avoir vécu qu’une catastrophe majeure peut vraiment se produire sans prévenir, comme ce fut le cas du fameux tremblement de terre du 12 janvier 2010 (et non du 10 janvier, comme une journaliste de la Presse l’a écrit hier). Rien ne laissait prévoir cet éternuement géologique qui a mis le pays — la capitale surtout — sens dessus dessous. Oui, c’était une catastrophe, et pas tant pas par l’ampleur de l’événement (7,0 sur l’échelle sismique cela n’a rien d'exceptionnel) que par les désastres qu’il a entraînés. Je sais ce que vous allez me dire : que c’est Haïti, que tout était bâti un brin sur rien et que c’est l’effet domino qui a fait s’écrouler le château de cartes que sont les constructions haïtiennes. Tout cela est vrai. Tout comme il est vrai que les choses auraient été bien différentes si le même séisme avait eu lieu à Los Angeles, par exemple, ou au Japon, là où les constructions sont conçues pour résister à ces grands frissons telluriques. Mais — et c’est là où je veux en venir — vous comprenez alors pourquoi j’ai des réserves pour une catastrophe qui, au cours d’une seule journée, détruirait entièrement le monde, TOUT le monde, et ce, sans aucun signe annonciateur!... Ça me paraît bien difficile à avaler… Je ne dis pas que c’est impossible, remarquez, mais disons que ça me semble très, très, très peu plausible.
Il reste encore quelques heures avant qu’aujourd’hui devienne hier. Nous sommes donc encore dans le domaine du possible, bien que chaque heure qui passe le réduise d’autant. Mais je puis vous affirmer que le spectre de cette fin du monde annoncée ne pèse pas lourd pour moi dans cette journée qui n’en marque pas moins le solstice d’hiver de l’hémisphère nord, un événement astronomique que je considère digne de mention puisqu’il signifie, entre autres, la fin de la croissance de la noirceur et le retour du pendule. Pas grand-chose à l’échelle eschatologique, c’est vrai, mais voir les jours qui rallongent, c’est un peu comme savoir que l'avenir va arriver comme prévu, à l'heure dite et sans roulements de tambour...
Et je trouve ça rassurant... Pas vous?
S'abonner à :
Messages (Atom)




















