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samedi 24 novembre 2012
Les impôts, c'est dur...
L’impôt sur le revenu, vous aimez ça vous autres? Non, je ne vous demande pas si vous en voyez la nécessité ou si vous en acceptez la légitimité, mais si vous aimez ça recevoir votre talon de chèque et constater que l’État s’est allégrement servi à même ce qui vous appartient, ou en tout cas, ce que vous croyez qui vous appartient. L'impôt n'est qu'une taxe, une de plus, mais assez costaude celle-là… Je ne crois pas que vous aimiez cela… Cependant et comme je l’ai sous-entendu dans ma phrase précédente, j’assume que vous en comprenez la raison d’être : nos impôts alimentent les coffres de l’État qui peut ainsi payer pour les produits et les services collectifs : routes et transports publics, collecte des ordures, nettoyage des rues, distribution d’eau potable, soins de santé… vous comprenez ce que je veux dire. Mais comprendre que le gouvernement soit justifié de prélever sa part de votre salaire pour le bien de l’ensemble et aimer ça sont deux choses fort différentes, un peu comme le fait de comprendre la nécessité de prendre une pilule ne signifie pas qu'on en apprécie le goût amer…
Cependant, comme tout le monde (ou à peu près) paie ses impôts, comme le système est connu et, disons-le, un peu craint, comme le salaire net reste habituellement suffisant pour joindre les deux bouts, eh bien l’amère pilule passe. Mais ici en Haïti? La pilule est simplement recrachée…
Pour plusieurs raisons : d’abord, personne ne sait à quoi servent les impôts ou les taxes sur certains services qui sont prélevées un peu arbitrairement (comme si c’était tout à fait affaire de libre-arbitre, genre contribution volontaire). Ainsi certains restaurants ajouteront la taxe sur la facture du repas, d’autres non. Gageons que ceux qui l’ajoutent ne l’envoient pas nécessairement au gouvernement…! Mais bon. Quant aux produits de consommation courante, jamais on oserait ajouter une taxe qu’au reste personne ne paierait! Si bien que l’impôt sur le revenu reste, pour l'État, la façon la plus répandue de puiser dans les goussets des pauvres pour remplir ses coffres. Répandue, mais ô combien décriée! Et à juste titre, il faut bien le dire. Car si, dans nos pays nordiques, la contribution à l’impôt n’est jamais agréable — qui a envie de se faire étiqueter de bon «contribuable»? — elle sert au moins à «quelque chose» (et ici, notez bien l’utilisation des guillemets parce que ce «quelque chose» reste souvent flou et vaporeux); tandis qu’en Haïti, l’argent de l’État ne sert visiblement qu’aux dépenses de l’État et de ses fonctionnaires, c’est en tout cas ce que tout le monde pense. Et sans doute pas sans raison… Mais bon.
En tant qu’organisation, nous devons nous soumettre aux lois du pays et, donc, prélever l’impôt du maigre salaire de nos employés, si difficile à expliquer qu’en soit la pratique. Or, comme si ce n’était pas assez, j’ai reçu la semaine dernière un avis officiel de la non moins officielle Direction Générale des Impôts qui mentionnait entre autres qu’à compter de novembre, il faudrait prélever 2% de plus du salaire des employés! Vous allez me dire que 2% ce n’est pas grand-chose et qu’il n’y a pas là de quoi en fouetter un chat, mais le principe choque. La hausse, pour tout le monde, est proprement injustifiable, même si l’État la justifie en invoquant un fonds d’urgence (1%) et un fonds d’aide sociale (1%). Personne ne veut ou ne peut croire que l’argent supplémentaire prélevé à même le fond de leur poche servira à des fonds publics qui leur seront potentiellement utiles. Et même si la preuve m’en manque, je suis porté à croire que c’est sans doute la vérité…
Haïti fait bien des efforts pour s’organiser. Je l’ai dit et je le redis. Et l'une des conditions de cette réorganisation, c'est l'argent. Lequel n'a pas d'odeur, si vous vous souvenez, et qui ne pousse pas dans les arbres, comme vous le savez. Mais le prendre dans la poche des pauvres? Je ne sais pas mais ça me fait tiquer. Mais comme en Haïti tout le monde est pauvre, à quelle autre source peut-on puiser?
Quand je vous disais que rien n'était facile en ce pays...
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jeudi 22 novembre 2012
Êtes-vous au courant?...
Tout le monde connaît l’expression. Mais ici, c’est dans un tout autre sens que je l’utilise. Ce que je veux dire ici, c’est : «Êtes-vous à l'électricité ou bien au mazout ou au bois?» Courant... Électricité, vous me suivez? Oui, bon, la formulation n'est pas courante, mais elle dit bien ce qu’elle dit. Dans nos pays, la question ne se pose même pas : personne ne se passe du courant électrique, cette énergie si propre et si fiable qu’on ne rend même plus compte du miracle qui se passe lorsqu’on actionne un interrupteur et que la lumière jaillit. De quoi se prendre pour Dieu-le-Père lors des 7 jours de la création, tiens... «"Que la lumière soit!" et la lumière fut.» Mais ici en Haïti, ce n’est pas tout le monde qui peut accéder à cette forme d’énergie, quelquefois par manque de moyens financiers mais parfois aussi, simplement parce que la ligne électrique n’atteint pas la zone où les gens habitent. Et ça, les amis, c’est vraiment une source de frustration bien plus importante que les dégâts causés par une tempête tropicale, fût-elle Sandy. Imaginez un peu, gens du bas du fleuve : vous demeurez disons à Mont-Joli. Or, la ligne électrique s’arrête d’un côté à Rimouski, et de l’autre à Matane. Que diriez-vous? Trouveriez-vous la chose acceptable? Eh bien c’est exactement la situation actuelle le long de la route nationale en Haïti : la ligne va d’un côté de A jusqu’à J et de l’autre de Z jusqu’à P, de sorte que K, L, M, N, O n’ont pas de courant. Trouvez-vous ça juste, vous autres? Moi pas tellement. Ni les gens des communes visées non plus d’ailleurs. Bien entendu, ces bonnes gens manifestent leur mécontentement avec fougue et passion en bloquant la route nationale environ un jour sur deux mais rien n’y fait : la ligne brille toujours par son absence.
Mais il faut comprendre que la situation n’est pas facile pour la compagnie nationale d’électricité : Électricité d’Haïti, mieux connue sous son sigle EDH. Coûts de production excessivement élevés, faible taux de recouvrement, fraude et vol de courant, équipements désuets… la liste est longue et explique sans doute le déficit de 10 milliards de gourdes (environ 250 millions de dollars US) pour la seule année 2010-2011. Mais la compagnie, qui admet perdre environ 18 millions de gourdes chaque mois ($450,000 US, ce qui n'est quand même pas rien) entend redresser la barre et se remettre dans le chemin de la rentabilité. Sauf que ce redressement fera mal. Pour plusieurs familles haïtiennes, le seul moyen de s’offrir l’électricité est de partager le compteur. Évidemment, cette situation conduit à des inévitables abus et l’EDH a vraiment l’intention d’éradiquer cette pratique et de mettre tout le monde au pas — entreprises incluses. Mais je le redis, les mesures que comptent prendre la compagnie nationale d’électricité ne passeront pas aisément, surtout qu’à l’heure actuelle, les tarifs n’ont rien à voir avec ceux que l’on connaît au Québec, par exemple. L’électricité, dans ce pays où les centrales hydroélectriques sont rares, provient trop souvent d’énormes génératrices — c’est le cas de la ville des Cayes, notamment — qui consomment des quantités astronomiques de carburant, sans compter les frais de maintenance et de remplacement des pièces qui s’usent. Et je ne parle pas des bris mécaniques imprévus… Or, c’est au client qu’on refile la facture de cette production électrique à grands frais, et dans un pays où l’argent se compte sur les doigts, disons que ce n’est pas facile de payer ces frais. En plus et si je me fie aux commentaires répétés que j’entends, les erreurs de facturation sont fréquentes, difficilement vérifiables et toujours au profit de l’EDH, si bien que plusieurs s’en fâchent et, je pense, non sans raison. Quant à ceux qui réclament la ligne électrique, si désagréable que soient les moyens de pression qu’ils utilisent (ils bloquent hardiment la route, je le répète, et sont armés) disons qu’ils n’ont certainement pas tort…
Quand je vous disais qu'il n'y avait rien de facile dans ce pays...
dimanche 18 novembre 2012
Rien n'est facile
Je me sers d’ailleurs de cet exemple, banal en soi mais pas moins irritant pour autant, pour vous illustrer une fois de plus combien la vie dans ce pays n’est pas facile. Les produits et services sont là, certes, mais le service après-vente est inexistant, tout comme les pièces de rechange. Par exemple, une pièce fautive d’un robinet impose de changer tout le robinet et c’est le cas pour une pièce de frigo, de climatiseur, de pompe à eau, de cuisinière à gaz, de toilette, de lessiveuse, alouette… La batterie de votre perceuse sans fil ne se charge plus? Il n’y a plus qu’à jeter la perceuse, car les batteries de rechange ne se trouvent pas! Parfois, ce sont des petites choses simples comme une rondelle d’étanchéité pour un robinet : introuvable! Il faut se résoudre à en fabriquer une et souhaiter qu’elle fasse le travail… Frustrant, dites-vous? Je suis d’accord. Et le pire, c’est que le matériel qu’on trouve est souvent de deuxième ordre, voire de sixième ordre, donc plus susceptible de briser que du matériel de qualité. Or, ce matériel est souvent aussi cher sinon plus que ce qu’on trouve au Canada ou aux États-Unis. En fait, les outils qu’on trouve proviennent souvent du Dollarama à $1, mais 10-15 fois plus chers! Après on se demande ce qui va mal dans le pays…
Non vraiment, je vous le dis : y’a rien de facile dans ce pays. Un ébéniste pourra vous demander près de $400 pour une porte simple en bois dur. Exagéré, dites-vous? Même pas : le bois dur, rare au pays, coûte une petite fortune. Puis l’ébéniste devra payer pour la préparation (dégauchissage et rabotage), faire tous les tenons /mortaises à la main, tailler les panneaux soulevés, rainurer les montants et le cadre, assembler le tout, sabler, vernir, ajuster la porte dans son cadre, fixer les charnières et la serrure et finalement, monter la porte et son cadre dans le trou où elle est destinée. Comptez ça comme vous voulez, mais je vous assure que ça ne revient pas excessivement cher de l’heure… Sauf que $400 pour une porte, ce n’est pas donné, surtout pour des gens dont le salaire mensuel tourne autour de $150! Vous feriez comment, vous, pour arriver? Pour moi, je déclare forfait.
C’est pour cela qu’il ne faut pas juger l’indien avant d’avoir chaussé ses mocassins, comme disait notre grand Félix national. Par extension, on pourrait dire qu’on ne peut pas juger l’Haïtien avant d’avoir, comme lui, marché pieds nus dans les épines, la boue et pire encore...
Et pendant ce temps, à Port-au-Prince, les étudiants manifestent toujours contre le meurtre injustifié de l’un des leurs — peut-être même deux, on ne sait plus trop. Mais c’est plutôt violent, ces manifestions-là… Et je vous annonce que ça ne se passe pas à coups de casseroles…
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mercredi 10 octobre 2012
Échos haïtiens
Plus que dix jours… Dans 10 jours, tout sera dit; ce sera comme ce sera et l’événement sera chose du passé. Mais ces 10 jours à venir seront chargés et la charge en est lourde. Mais bon. Je devrais pouvoir la supporter sans fléchir. Enfin pas trop…
La situation politique du pays se maintient. Mais c’est un équilibre que l’on sent bien précaire… Martelly a fort à faire pour convaincre le peuple en général et ses détracteurs en particulier que sa voie est la bonne, en autant qu’on lui laisse le temps de le démontrer! Ce qui n’est pas gagné d’avance… Car le peuple, si patient dans sa misère quotidienne, n’a aucune tolérance pour les politiciens corrompus, pelleteurs de nuages ou simplement gourmands. Or, c’est là un chemin que les politiciens empruntent allégrement : ma poche d’abord, vos cris et vos pleurs ensuite… La vie chère est un thème cher aux Haïtiens, je l’ai dit, et on ne peut que leur donner raison. Mais, comme le demande Martelly, faut-il pour cela prendre la rue et les armes (bien qu’on ne les prenne pas de la même façon) pour traiter ce problème? Où est la logique? Et pourtant, dans la plupart des villes du pays, la rue est présentement le théâtre de manifestations plus ou moins spontanées qui restent, jusqu’à présent, à peu près sous contrôle, mais encore une fois, c’est fragile…
Or, comme toujours les médias se hâtent de rapporter les faits choquants, comme cette dame qu'on nous dit morte lundi dans une manifestation tenue à Petit-Goâve. Je vous cite : «A Petit Goave une personne a été tuée lors de l'intervention des forces de l'ordre. La victime, une octogénaire, a été asphyxiée lorsque les agents de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.» Oh! Les méchants policiers! Asphyxier une pauvre vieille comme ça! Quelle lâcheté! Quelle honte! Haro sur les policiers! Mort aux vaches!... Mais vraiment, je vous pose la question qui me turlupine : pouvez-vous me dire, vous qui êtes intelligents et raisonnables, ce qu’une octogénaire — octogénaire, ce qui veut dire passé 80 ans! — faisait dans une manifestation qui, au mieux, se caractérise par des bousculades et des coups de poing ou de bouteille, au pire par des échanges de coups de feu, voulez-me dire ce que cette vénérable ancêtre faisait là??? En avait-elle assez de sa vie de misère? Ou bien n’était-ce qu’un suicide assisté déguisé? Quoique par asphyxie causée par des gaz lacrymogènes… Il me semble qu’il doit y avoir mieux que ça! En tout cas et quoi qu’il en soit, la dame est morte. Et les médias se sont emparés du fait divers comme d'un petit pain chaud; et l'ont bien beurré pour qu’il devienne irrésistible… Après on dira que non, les médias n’ont aucune intention manipulatrice et qu’ils ne sont que les témoins des événements… Ben voyons…
Il n’empêche que c’est ce genre d’étincelle qui risque de mettre le feu aux poudres. Une étincelle qui ne serait qu’une étincelle devient ainsi une flammèche capable d’allumer un brasier, le cas échéant. Mais jusqu’à présent, le brasier n’est pas mûr. Martelly reçoit encore le vote de confiance de la majorité, bien que cette majorité fonde comme neige au soleil — je parle du soleil tropical, bien sûr, et non de ce qui en tient lieu l’hiver sous les latitudes nordiques… Pourra-t-il se maintenir à la barre du pays et faire taire la grogne qui résonne dans les rues du pays? Ce ne sera pas facile. Mais je pense que s'il se trouve un gars capable de tenir les rênes de la stabilité, c’est bien lui…
Cela dit, l’avenir du pays n’est pas rose. La marche est haute, qui permet d’accéder au podium des pays développés, et Haïti n’est simplement pas encore prête…
Mais un jour viendra…
samedi 29 septembre 2012
Des prix forts (suite)
La semaine a fini par finir. La semaine de travail, s’entend. La première depuis ce retour dont je vous ai entretenus récemment. Et l’on voit que le travail règne toujours en monarque absolu, que dis-je, en dictateur implacable. En un mot comme en mille, nous revoici «dedans».
J’ai bien peu folâtré cette semaine, occupé que j’étais à me remettre à jour et à commencer la planification de l’organisation de l’Événement. Avec la majuscule, vous savez que je parle des 30 ans de l’Institut Brenda Strafford, événement qu’il convient de souligner de belle façon. Je vous en reparlerai, je vous l’ai dit, alors faites-moi confiance… Cela dit, c'est une planification qui n'est pas sans me causer un stress généralisé...
Une semaine ardue, donc, chargée sur tous les plans, mais grâce au Ciel, calme sur le plan politique. Bien sûr, on entend des rumeurs, mais le gouvernement semble faire un effort pour faire taire la grogne publique contre les récentes augmentations du prix des denrées de base. Juste pour vous donner quelques exemples et pour faire suite à mon dernier texte, la marmite de riz (base de l’alimentation haïtienne) est passée de 175 à 300 gourdes, soit une augmentation de 72%; la marmite de pois, source de protéines par excellence, n’est guère mieux, passant de 175 à 250 gourdes (43%); la farine — qui n’a pas besoin de farine? — a, quant à elle, grimpé de 44%, alors c’est vous dire que les augmentations n’ont rien de fictif ou d’illusoire. Imaginez une augmentation de 72% de votre bière préférée… De quoi monter aux barricades, là!
Si bien que malgré les efforts gouvernementaux, les récentes hausses restent, à toutes fins utiles, impossibles à absorber. Et j’ai bien peur que, si rien n’est fait, le peuple se mette à taper sur autre chose que des casseroles…
Mais bon. Rien n’est facile en ce pays, je l’ai répété à satiété, sinon ad nauseam et si vous ne le savez pas maintenant, vous ne le saurez jamais. Mais c’est une vérité qui mérite d’être dite et redite, ne serait-ce que pour apprécier la facilité de la vie sous nos latitudes nordiques. L’apprécier sans s’en plaindre. Enfin, pas trop. Car se plaindre le ventre plein quand d’autres l’ont vide que les parois abdominales s’en collent, ça me semble trop injuste. Et si l’on veut absolument se plaindre, que ce soit du climat pourri et imprévisible, car là, je vous le concède, gens du nord, vous ne pouvez rivaliser avec celui d’Haïti. Mais pour le reste…
Si bien que tandis que les prix montent en même temps que la frustration nationale, la vie continue sans trop de heurts. Reste à souhaiter qu’elle se maintienne dans cette voie, à cette vitesse pépère qui nous met un peu plus à l’abri des dérapages, car les dérapages, vous le savez bien vous qui conduisez sur des routes glacées, finissent souvent en catastrophes…
Et avec ça, septembre s’évapore doucement dans la brume du temps…
mercredi 26 septembre 2012
Problèmes de la rentrée
Certains ont vu dans mon dernier texte une pointe d’amertume qui n’est pas coutumière en ces lieux d’écriture. Je ne le nie pas. Le retour, cette fois, n’a pas été facile, pour des tas de raisons dont celles que j’ai mentionnées à cette occasion (les plus importantes). Depuis, le travail quotidien a repris toute la place qu’il occupe naturellement et on ne s’en plaint nullement. Sauf que…
Sauf qu’il faut maintenant préparer la Fête. Notez bien la majuscule, car il ne s’agit pas de n’importe quelle fête, mais bien celle de notre vénérable institution qui, cette année, souffle ses 30 bougies. Ce qui n’est quand même pas rien, nous serons d'accord. Alors on fera une petite célébration pour souligner la chose et c’est précisément la préparation de cette célébration qui demande une tête bien rangée… Or, vous connaissez la mienne ou, à tout le moins, vous en subodorez les méandres labyrinthiques. En termes clairs, ça me stresse! Mais comme on dit par ici, n’ap degaje… Et ne vous en faites pas, je vous reviendrai là-dessus lorsque les temps en seront mûrs, ce qui ne saurait tarder…
Pour l’instant, nous nous activons à régler les petits problèmes qui, comme vous le savez maintenant depuis un bon moment, surgissent et se multiplient ici comme tout ce qui pousse sous les tropiques : vite. Et comme si ce n’était pas assez, il faut encore composer avec le drame de l’augmentation du coût de la vie, lequel a connu une réelle explosion vers le haut depuis notre absence. La nourriture, les denrées de première importance, le carburant, l'électricité, les matériaux, tout a monté, au point que plusieurs de nos employés qui arrivaient tant bien que mal à boucler le mois n’y arrivent plus. Surtout qu’en cette fin de mois, il faut maintenant payer l’école (qui débute ce prochain lundi), ce qui, pour plusieurs, représente une dépense simplement insurmontable. Hier encore, l’une de nos auxiliaires me disait que les frais d’écolage pour sa plus grande fille se montent à près de $500 US et cette somme n’inclut ni les livres, ni les fournitures scolaires, ni l’uniforme et les chaussures réglementaires. Or, nos auxiliaires touchent $250 le mois… Je vous laisse faire le calcul… et n’oubliez pas qu’il ne s’agit pas que d’un seul enfant, mais souvent trois ou quatre — dans le cas de la dame citée ici, on parle de cinq enfants d’âge scolaire! Quand je pose la question : «Mais comment allez-vous faire?» Certains me répondent, le plus sérieusement du monde, qu’ils vont se priver de manger pendant quelques jours et puis voilà… Et le pire les amis, le pire, c’est que c’est sans doute vrai.
Dès lors, on ne se surprendra pas d’apprendre que le peuple jette le blâme de cette flambée des prix sur le gouvernement, le président en tête… La lune de miel de Martelly est clairement terminée et les mêmes qui ne juraient que par lui sont maintenant prêts à tirer sur lui à boulets rouges. Car à quoi sert un gouvernement sinon à jouer les boucs émissaires? Alors un peu partout au pays, des manifestations éclatent pour protester contre la cherté de la vie, comme si le gouvernement pouvait, d’un coup de baguette magique, retirer du pied populaire la douloureuse épine qui le fait claudiquer et rendre ainsi tout le monde content. Ce serait trop beau, n’est-ce pas… Eh bien certains y croient toujours, à ce miracle…
Mais tout cela fait partie de ce quotidien haïtien où rien n’est jamais facile, rien n’est jamais acquis d’avance, mais un quotidien où l’on continue tout de même de sourire et de vivre dans une bonne humeur incompréhensible, en tout cas pour moi.
mardi 28 février 2012
L'argent et le bonheur
Ce qui suit n’est pas un sujet léger. Mais il est universel, alors je vous en parle. C’est que, comme c’est un peu la tradition à chaque début d’année, nous venons d’octroyer les augmentations de salaire aux employés de notre petit hôpital. Or, cette année, en raison de contraintes extérieures, elles sont modestes. Insuffisantes, en fait. Et surtout, incomprises.
Comme vous le savez maintenant, ma position administrative me place directement entre les patrons et les employés, ce qui ressemble fort à «entre l’arbre et l’écorce» ou, comme les Américains disent "between a rock and a hard place", autrement dit un endroit pas tellement confortable... D’un côté, les employés veulent la lune, de l’autre les patrons veulent bien sacrifier quelques miettes; allez donc contenter tout le monde! Vous me direz que ce n’est pas si différent dans notre grand pays nordique et vous aurez raison. Chez nous, les négociations donnent souvent lieu à de véritables bras de fer où des plumes volent au vent, mais l’on finit toujours par s’entendre. Ici, ce n’est pas la même chose. Nos employés n’étant représentés par aucune entité administrative, c’est un chapeau qui me revient de fait, sinon de droit. Un rôle que les patrons n’apprécient guère et qui laissent les employés sceptiques quant à la qualité de ma représentation, en d’autres termes, je suis perdant sur toute la ligne!
C’est un peu ce qui s’est produit avec les dernières augmentations approuvées par les patrons. L’exercice visait à ne pas dépasser 5% total. Vous allez me dire que ce n’est quand même pas si mal, 5%, et qu’on aurait tort de s’en plaindre. Sauf que ce pourcentage est trompeur car il s’appuie sur un montant réel qui, s’il est trop petit, ne fera pas le poids. Ainsi, pour tous nos employés qui sont au salaire minimum ($150 US par mois), 5% ne font que $7.50 par mois et avouez que ce n’est pas avec ça que vous allez vous envoyer en l’air et faire bombance! Dès lors, comprendre que les employés sont frustrés non pas à cause du pourcentage alloué, mais bien à cause de ce que ce pourcentage signifie en termes d’argent sonnant devient plus facile, voire évident. Eh bien c’est ce qui se passe. Nombreux sont les mécontents et peu importe la façon dont j’arrive à expliquer la chose, le montant de l’augmentation ne grossit pas…
Est-ce à dire qu’il faudrait donner aux employés les salaires qu’ils et elles réclament? Ce serait non seulement difficile financièrement, mais également risqué. Car même en doublant les salaires, tout le monde s’attendrait à une réédition du geste l’année suivante! C’est que les salaires en Haïti sont bas, bien bas, bien trop bas pour un pays où l’on doit payer pour tout et où tout est cher. Croyez-le ou non, gens du nord, le coût de la vie ici est aussi élevé qu’au Canada sinon plus. Alors dites-moi : vous feriez comment, vous, pour joindre les deux bouts avec une famille de quatre enfants d’âge scolaire (l’école n’est pas gratuite) et un salaire de $150 par mois? Moi, je vous le dis en termes simples : c’est impossible. Et pourtant, à force d’imagination, ils y arrivent…
Les augmentations représentent l’espoir. Espoir d’une vie meilleure où la lutte est moins farouche; où l’on peut s’asseoir et reprendre son souffle; où l’on peut voir une petite lueur dans la grande noirceur de ce tunnel qui n’en finit pas. Or, lorsqu’elles sont chiches, l’espoir s’étiole et le coup est dur. Et c’est précisément ce qui s’est passé cette année. Tout le monde a reçu son augmentation, mais paradoxalement tout le monde est dépité, car l’espoir s’est évanoui et il ne reste que la dure réalité d’avoir à composer avec un salaire qui reste toujours, en dépit de quelques dollars de plus, insuffisant.
J’essaie tant bien que mal d’expliquer, de faire valoir qu’une augmentation, si minime soit-elle, vaut mieux que rien du tout, mais on me regarde avec scepticisme et parfois, avec cette tristesse qui me dit, mieux que n’importe quel mot, que je ne comprends rien, moi le nanti.
C’est triste, hein?
jeudi 11 août 2011
L'étau de l'argent
L’argent ne fait pas le bonheur. Tout le monde le dit, donc c’est sûrement vrai. Pourtant, je vous dirai que son absence rend terriblement malheureux. Faut donc nuancer. L’argent, comme objet d’idolâtrie, ne fait évidemment pas le bonheur, ou s’il le fait, il s’agit d’un bonheur assez psychotique, genre Séraphin et son tas d’or; mais l’argent comme monnaie d’échange permettant d’accéder à une pléthore de produits et de services ne rend pas nécessairement malheureux. En revanche et comme je viens de le mentionner, son absence, oui.
Or, ce qui se passe dans le monde économique présentement laisse songeur. Les histoires de plafond de la dette américaine, de renflouage de pays au bord de la faillite (comme l’Italie, d’après ce qu’on en lit) ou des cafouillages de la bourse sont trop complexes pour que je vous les résume ici. Pas parce que vous n’êtes pas assez intelligents pour comprendre, mais parce que je ne suis sans doute pas assez intelligent pour vous l’expliquer. Par ailleurs, si vous êtes, comme moi, un peu dépassés par ces événements (euphémisme), vous n’avez d’ailleurs nullement envie de vous taper l’analyse d’un amateur — un de plus, puisque les analystes financiers foisonnent ces temps-ci… Cependant, la situation est, à mon sens, révélatrice. Certains d’ailleurs ne se gênent pas pour parler d’écroulement du capitalisme, ce système politico-philosophique où l’argent domine. On peut croire l’affirmation fantaisiste, mais qu’en est-il vraiment? Un monde sans argent se conçoit-il? Pas vraiment, hein? Tout, semble-t-il, est relié à l’argent, depuis les grandes orientations politiques jusqu’au petit verre de vin, tout, vous dis-je, est question d’argent. Un monde sans argent devient de ce fait inimaginable car on ne peut simplement pas imaginer comment fonctionnerait sa mécanique. Et pourtant, l’argent n’a pas toujours existé, surtout pas l’argent de papier. Historiquement, l’argent a eu un commencement et dès lors, il n’est peut-être pas si faux de croire qu’il aura une fin. Mais que se passera-t-il alors? Je ne sais pas. La fin du monde, sans doute… En tout cas, la fin du monde économique, car l’argent est l’élément liant de l’économie. En passant, avez-vous remarqué le subtil passage du citoyen au consommateur? Fascinant tout de même. Des gens se sont battus jadis pour acquérir ce droit d’être appelés citoyens; or, de nos jours, le terme est tombé en désuétude, remplacé par cette désignation tout à fait représentative de la réalité moderne : le consommateur. Celui (ou celle) qui consomme. Celui (ou celle) qui contribue à faire en sorte que l’argent roule, change de mains, s’épuise d’un côté pour s’empiler de l’autre. Et vous savez la fin de l’histoire : les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent. Un monde sans argent aplanirait cette différence, rendant les riches pas plus fins que les pauvres et surtout sans plus de pouvoir. Car le pouvoir va à l’argent.
Le plus drôle (drôle ici dans le sens de curieux, car il en est pour qui le sens du mot n’est pas toujours clair), c’est que Karl Marx avait observé le phénomène et s’était élevé contre, notamment dans son ouvrage clé : le Capital. De mémoire, Marx observe que lorsque vous payez pour acheter un bien ou vous procurer un service, vous croyez que c’est vous-même qui achetez ce produit ou ce service. Mais en fait, c’est l’argent qui le fait. L’argent vous déshumanise et vous aliène car il vous rend étranger à votre essence même. Ça, c’est grosso modo, la pensée de Marx dans le Capital. En passant, il y a plein de belles choses dans cet essai, et le plus fort, c’est que le texte date de 1867! Comme quoi, plus ça change, plus c’est pareil!...
En quoi cela nous concerne-t-il? Haïti est pauvre. Alors une dégringolade des marchés boursiers ne peut que se traduire par une hausse de l’inflation et une montée des prix, ce qui veut dire une diminution du pouvoir d’achat en général, dont Haïti en particulier. Et je peux vous garantir qu’il n’en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres, car l’élastique haïtien est déjà étiré à sa limite. En fait et pour parler franchement, je me demande toujours comment les gens ordinaires font pour arriver… Mais j’ai déjà abordé le point alors je passe.
Bref, vous avez compris : ce qui se passe dans l’univers des gens riches et cupides touche tout le monde, même ceux qui ne demandent qu’à pouvoir manger un repas par jour…
mercredi 3 août 2011
Célébrer la vie
Aujourd’hui me paraît un bon jour pour vous pondre un petit quelque chose. Je ne vous ai encore rien donné en ce début de mois; c’est le 3 août et on dit que le 3 fait le mois; c’est aussi l’anniversaire de mon frère — 54 ans tout de même; la tempête tropicale Emily fonce droit sur nous; bref, il y a matière. Et pourtant, rien de tout cela ne mérite de faire l’objet de cette chronique.
Non. Ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui n’est rien d'important. Rien qui fera l’actualité mais tout de même : Saulette est enceinte! Tout un événement! Ça fait un bon bout de temps qu'elle s'essayait, sans succès. Vous dire sa joie serait peu dire... Mais pourquoi donc, dans ce pays surpeuplé, le fait d'être enceinte est-il toujours vu comme une bénédiction? Car disons-le tout net : Haïti est surpeuplé et l'une des raisons du marasme économique, c'est précisément le trop grand nombre d'habitants face à des ressources limitées, pour ne pas dire inexistantes. La logique voudrait donc que l'on considère sensé de mettre un frein à la natalité. Sans aller jusqu'aux mesures draconiennes utilisées en Chine, on pourrait penser que le pays pourrait faire quelques campagnes pour décourager la procréation, ce qui aurait de surcroît l'avantage de limiter l'expansion du SIDA et des maladies transmises sexuellement (les fameuses MTS ou MST, c'est selon). Eh bien non. Au lieu de sensibiliser la population aux inconvénients d'un accroissement de la famille, on continue à dire que «Pitit se richès» : les enfants c'est la richesse (traduction pour les pas doués). Et les gens continuent de croître et de se multiplier et d'en être fous de joie.
Pourtant, un rapide calcul montre sans l'ombre d'un doute, que chaque enfant représente une charge économique non négligeable. Car ici, en plus des coûts accrus de l'alimentation (le lait en poudre est cher, je vous dis pas) et des vêtements (car les petits, on ne les habille pas avec rien, n'est-ce pas?), il faut, très tôt, compter avec l'école et ses énormes frais. En moyenne, pour le primaire, on parle de $200 US par année. Pour certains, c'est le sixième du salaire qui y passe. Imaginez un peu : quelqu'un qui, au Canada, gagnerait $48,000 devrait débourser $8,000 par enfant au primaire! Avouons que ça fait un peu cher... Et je ne vous parle pas des frais de santé, de déplacements et d'événements majeurs, comme les funérailles et les cérémonies de remises de diplômes à répétition. Ici, l'on diplôme de la maternelle, de la première année, du primaire, de la fin du programme fondamental, de la philo et par la suite, bien sûr, du collège ou de l'université, éventuellement. Le cas que j’ai rapporté précédemment illustre mes propos. Tout ça pour vous dire que les enfants, loin de signifier la richesse, constituent un réel facteur d'appauvrissement! Et pourtant, on continue de faire des enfants comme on ferait des petits pains chauds : en se pourléchant. Et l'annonce d'une naissance à venir est toujours un sujet joyeux, sur lequel tout le monde plaisante et que tout le monde bénit. Quant au nouveau-né, vous avez deviné qu'il est l'objet d'une réelle adoration.
Mais pourquoi s'acharner à faire des petits quand on sait ce qu'il en coûte? Je n'ai pas de réponse. Mais je soupçonne que faire des enfants n'a rien à voir avec l'économie, ni même avec la sexualité. Certes, avant, c'était automatique : les relations hétérosexuelles se faisant sans protection aucune, les conceptions étaient nombreuses et la volonté n'avait pas grand-chose à voir là-dedans. Mais de nos jours, la grande majorité des adolescents et des adolescentes sont bien au fait des choses de la vie et savent très bien que des relations non protégées non seulement peuvent propager des maladies non désirables mais également engendrer un petit. Mais cette dernière conséquence ne fait peur à personne, pas même à des jeunes filles de bonne famille. Ici, on enfante. Et dans une douleur franchement exprimée, j'en témoigne! Le reste viendra après. Serait-ce le triomphe de la vie sur la médiocrité? En tout cas, avec un taux de fertilité de 3,07 par femme (par rapport à 1,58 au Canada), on ne s'étonnera pas que la croissance démographique du pays soit galopante : 24,4 naissances par rapport à 8,1 mortalités, soit un taux net de 16,3. Au Canada, nous avons 10,28 naissances pour 7,74 mortalités, soit un taux net de 2,54! Je sais, je sais, je vous embête avec tous ces chiffres, mais ils n'en reflètent pas moins une réalité édifiante qui nous permet de mieux comprendre les enjeux haïtiens, présents et à venir. Dont le premier et le plus évident : plus il y a de monde, plus l'espace rétrécit. On se marche sur les pieds, on vit dans la promiscuité et les conflits internes éclatent aisément. Juste pour vous donner quelques chiffres encore (les derniers, promis), la densité de population en Haïti est d'au moins 250 habitants au kilomètre carré contre 3,73 au Canada (5,76 au Québec). Bien sûr, vous allez me dire que le Canada n'est pas un exemple, puisqu'il s'agit de l'un des pays les moins densément peuplés de la planète — rigueur du climat oblige. Mais tout de même, la différence est énorme. Et visible : en Haïti, il y du monde partout! On ne peut pas faire une petite promenade dans l'arrière-pays sans se croiser 50 personnes sur son chemin. Vous voulez vous soulager discrètement derrière un buisson? Levez la tête et vous verrez ces enfants qui vous observent sans vergogne! La solitude, en Haïti, ça n'existe pas! De toute façon, à quoi ça sert, la solitude?
Vous allez me dire que cette réflexion n’est pas vraiment optimiste. Je ne dis pas le contraire. Mais elle ne m’empêche pas moins de me réjouir du merveilleux qui accompagne chaque naissance en devenir. Les filles enceintes sont radieuses, fières de leur bedaine comme un roi de sa couronne et riches de cet énorme privilège qu’est celui de porter la vie.
Après? Après, on verra. Le Ciel y pourvoira. Le reste n’a aucune espèce d’importance.
Et Emily dans tout ça? Eh bien elle est là, la tempête, du moins sur la carte, car au moment où je mets un point final à ce texte, le ciel est toujours d'un bleu limpide et le soleil brille de tous ses feux...
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jeudi 31 mars 2011
Question d'argent
Vous qui suivez mes élucubrations savez maintenant ce que nous faisons dans ce coin de pays. Connaissez les méandres du travail que nous tentons d'effectuer jour après jour (et qui inclut les doubles poignées de porte). Mais il est un aspect de ce travail que vous ne connaissez pas et dont j'ai envie de vous parler aujourd'hui : les petits prêts aux employés.
Certes, il n'entre pas dans nos attributions administratives de servir d'agent prêteur. Mais la situation du crédit étant ce qu'elle est dans le pays, le peu que l'on peut faire représente une énorme différence. Ainsi et sans vouloir vous assommer avec des chiffres (qui aime les chiffres, je vous le demande?), au cours de l'année financière qui se termine aujourd'hui, nous avons prêté pas moins de $52,000 US à nos employés, remboursé intégralement au cours de cette même année, de sorte que nous pouvons clore l'exercice sans complications inutiles (les comptables parmi vous me comprennent). Il s'agit d'ailleurs de l'une des règles arbitraires que j'utilise : tout prêt consenti doit être remboursé intégralement avant la fin de l'année financière en cours. Une autre règle touche le montant total du prêt : en principe, il ne peut être supérieur à trois mois de salaire. En principe, bien entendu. Car je puis faire quelques exceptions, tant que l'on reste dans le raisonnable. On établit par la suite une modalité de remboursement qui convient à l'employé, lequel remboursement sera déduit du salaire mensuel et le tour est joué. Cette façon de faire fonctionne bien, ne coûte pas un sou à l'organisation et est extrêmement appréciée des employés. Moins des patrons, cependant, qui y voient une inutile complication administrative et un risque financier (léger, mais bon). Mais je leur ai expliqué la valeur de cet avantage social pour les employés et ils ont fini par acquiescer. Pourquoi est-ce si appréciable? Pourquoi les gens ne vont-ils pas tout simplement à la banque, comme tout bon consommateur qui se respecte?
C'est que la situation économique du pays n'est pas du tout la même. En Haïti, obtenir un prêt d'une institution financière n'est pas chose facile. Quand je raconte à mes amis haïtiens comment les choses se passent au Canada et combien il est facile d'y obtenir un prêt important, ils n'en reviennent simplement pas. Prenons le cas de mon neveu et de la maison neuve dont il vient tout juste de terminer la construction, aidé en cela de son père. Même si l'on tient compte des économies que l'auto-construction permet de faire, le coût de la maison et celui du terrain sur lequel elle est sise sont largement hors de portée de la bourse de mon neveu, si économe soit-il (ce dont je doute, entre vous et moi). Mais, comme c'est le cas à peu près pour tout le monde, les institutions financières sont d'accord pour avancer les fonds, en autant que le crédit du client soit acceptable. En plus, avec une maison neuve située de surcroît dans un quartier neuf, en pleine expansion, le prêteur n'a pour ainsi dire aucun risque. Alors il prête de bon gré. Quant au neveu, avec un intérêt qui n'atteint même pas les 4%, il peut effectuer ses paiements mensuels sans trop se serrer la ceinture. Bref, tout le monde est content et la société s'enrichit. Même chose pour un char neuf, soit dit en passant...
Or ici, c'est tout à fait le contraire. Les gens n'ont que des emplois mal rémunérés et tout coûte les yeux de la tête (sauf les mangues qui nous tombent dessus en cette saison). Construire, ne serait-ce qu'une bicoque grande comme votre placard à balais, coûte plusieurs milliers de dollars et les banques ne sont pas chaudes à l'idée d'avancer cet argent, car les garanties sont inexistantes. Alors au mieux, elles accepteront de prêter une petite somme à des taux frisant, voire dépassant les 30%... C'est précisément ce qui rend la formule des petits prêts aux employés si attrayante : l'absence d'intérêts. En général, les prêts servent à payer les frais scolaires des enfants, les réparations majeures de la maison (cf photo ci-dessus), le coût de la location annuelle du logis (payable en entier à la location) et les imprévus, genre maladie soudaine ou mortalité -- les funérailles sont toujours extrêmement coûteuses. Donc les petits prêts sont un soulagement rapide à une douleur lancinante et pénible (un peu semblable à celle qui me scie la jambe depuis plus d'un mois, tiens) et permettent à ceux qui en bénéficient de hausser un tant soit peu leur qualité de vie. S'ils en sont reconnaissants? You bet, comme disent les réfugiés pakistanais en territoire américain.
Certes, je le redis, ce n'est pas grand-chose. Mais c'est un petit quelque chose quand même qui aide à faire une petite différence. Alors avis à mes détracteurs : c'est déjà ça, non?
lundi 26 mai 2008
La vie chère

Ma douce compagne, dont le côté terre-à-terre tranche franchement avec le mien, plus éthéré, me faisait naguère la remarque que je n’avais pas suffisamment parlé des difficultés majeures des gens du peuple à joindre les deux bouts. Je croyais que si, mais en relisant en diagonale (car qui aurait envie d’une lecture méthodique) mes textes précédents, j’ai dû admettre que j’avais effleuré la question, certes, mais n’avais sans doute pas accordé au sujet toute la place qui lui revient. Car la vie au sud comporte, du moins dans ce pays, une bonne dose de pauvreté qui nous interpelle au quotidien. Ce sont les mendiants ou les handicapés près de l’épicerie ou, pire encore, les non-mendiants qui sont plus mal en point que leurs condisciples mais dont la fierté ou la bonne éducation empêchent de quémander; ce sont les patients qui viennent à l’hôpital et qui comptent leurs sous pour arriver à payer les frais exigés; ce sont des malades qui refusent les soins requis parce qu’ils n’auront pas l’argent pour payer le transport public jusqu’à leur village... Le malheur est partout. Certes, on s’y habitue. Jusqu’à un certain point. C’est un mécanisme de survie, sinon on ne peut rester dans ce pays. Car le malheur se voit, mais ne fait pas pour autant l’objet de complaintes répétées : le malheur ici, fait partie intégrante de la vie. On s’y résigne, comme je l’ai déjà mentionné antérieurement.
Mais il n’en reste pas moins une réalité qui, lorsqu’on s’y arrête un peu, fait mal à voir et encore plus, mal à vivre. Comment, en effet, peut-on vivre, quand on a une famille à supporter et que tout coûte les yeux de la tête? Ce ne sont pas seulement les denrées de base qui sont chères, mais aussi tout le reste; or, dans ce pays, il faut aussi payer pour tout le reste : l’école et les soins de santé, entre autres, qu’on tient pour acquis dans notre pays d’origine, représentent ici des dépenses de taille, au point où les gens s’abstiennent souvent de se faire soigner pour raison de manque d’argent. Ainsi ce matin, notre petite bonne avait la mine triste. Quand je lui ai demandé ce qu’elle avait, elle m’a répondu que son mal de dents la faisait de plus en plus souffrir, qu’elle voudrait bien aller chez le dentiste, mais qu’elle n’avait pas l’argent pour ce faire. Je l’ai dépannée, bien entendu, mais combien d’autres sont dans cette situation? Ici, à l’hôpital, il est de pratique quotidienne de devoir exonérer des malades qui n’ont pas les moyens de défrayer les coûts pourtant bas des interventions. Et les gens pauvres, les vrais, sont trop fiers pour demander la charité. Ils s’en vont, miséreux, le dos voûté et le regard triste, malades et condamnés à le rester par manque d’argent… Des fois, il faut vraiment interpréter un regard, analyser un soupir et aller à l’essentiel; et alors, le plus délicatement et le plus discrètement possible, on dispense ces pauvres gens de payer.
On dit que l’argent mène le monde. Cela est vrai aussi en Haïti, où les démunis souffrent encore plus qu’ailleurs de son absence et de ce qu’il permet d’acheter. Où est la solution? Y a-t-il seulement une solution? Peter Singer, philosophe américain bien connu, suggérait aux Américains de se départir du tiers de leur salaire au profit des pauvres. D’après ses calculs, si cela était fait, il n’y aurait plus de pauvres… C’est sûrement comme ça qu’ils font, en Utopie…
Dites-moi, y a-t-il des palmiers, en Utopie???
jeudi 15 mai 2008
Enfin de retour!...
Long time no see, comme disent les autres, ceux dont la langue est différente… J’ai été occupé à fouetter d’autres chats qui m’ont fait négliger ce devoir que je me suis donné d’écrire quelques lignes de temps à autre. Bien sûr, le rythme du début s’épuise et à mon âge, on a vite le souffle court, alors faut me laisser récupérer! Mais les nombreux commentaires (devrais-je dire reproches?) reçus m’invitent à me remettre à la tâche et à vous pondre un petit quelque chose, ne serait-ce que pour vous arrêter de crier.Nous sommes toujours là, au sud, et nous sommes toujours à tenter de gouverner un bateau dont la dérive est esquintée, ce qui ne rend pas la gouverne aisée, avouons-le. Tout de même, il flotte : fluctuat, nec mergitur. Reste à espérer qu’il continuera de voguer doucement sur la mer du temps, le petit navire… Je vous en reparle ultérieurement.
Avec mai, les manifestations d’avril sont choses du passé. Un passé pas loin, certes, mais passé tout de même. Cependant, rien n’est réglé pour autant et c’est à se demander à quoi le brouhaha du mois dernier aura servi. Ou à qui. Car il faut bien que, quelque part, quelqu’un en ait tiré parti… Mais on ignore qui. Ce qui tend à confirmer d’autant la thèse des barons de la drogue, lésés dans leur pratique commerciale illicite et qui voulaient donner une leçon… Le saura-t-on jamais? J’en doute. Pour l’heure, les gens sont toujours victimes d’une flambée des prix qui fait mal, même à notre vénérable institution. Hier encore, nous avons acheté du carburant pour la génératrice : $3,984 US. Vous me direz que la quantité fait toute la différence, et c’est vrai, mais il n’empêche pas moins que le prix à la pompe a monté scandaleusement au cours des dernières semaines. Sans qu’il y ait de manifestation pour autant, parce que, bon, le carburant, ce n’est pas comme la nourriture et bien que ce soit essentiel, ça ne l’est pas au même titre que le riz, par exemple.
Tout ça pour dire que les mystères d’Haïti restent entiers. Qu’est-ce qui fait que le pays entre subitement en éruption alors que rien ne le laissait présager? Qu’est-ce qui fait que le calme revient alors que rien n’a vraiment changé? Pays étranger, pays étrange… Mais l’on doit tout de même apprécier l’après-tempête et le répit qu’il nous donne.
Et c’est ainsi que la chaleur sociale a fait place à la chaleur climatique : le soleil commence à taper dur, dans ce pays qui n’en est pas avare… On cherche l’ombre ou la fraîcheur bien relative, pour ne pas dire illusoire, d’un ventilateur. Quant à la climatisation, elle tempère une pièce, certes, mais au détriment de la qualité de l’air qu’on y respire. Évidemment, à choisir entre deux maux, on choisit le moindre, et la chaleur excessive n’est pas toujours compatible avec le travail minutieux, parlez-en aux chirurgiens… Donc, on climatise, mais c’est un palliatif : le climat nordique seul en est le remède. Mais qui voudrait de ce remède amer?
mardi 15 avril 2008
Accalmie
Je vous l’avais bien dit, à vous les sceptiques qui vous gavez de télévision à sensation : vous pensiez que le pays était au bord de la crise anarchique, que la révolution allait éclater et que nous allions tous périr, exécutés pour motif de traîtrise à la cause. Mais voilà : comme il n’y a pas vraiment de cause, le feu, pourtant bien chaud, brûle rapidement toute sa paille et la fumée se dissipe sous le vent de l’espoir.
L’espoir n’est pas devenu noir. Pas cette fois. Les promesses présidentielles, providentielles, pourrait-on presque dire, ont eu raison du goût de bile que la faim avait laissé dans ces estomacs errants. La grogne s’est tue, du moins pour un temps, et le peuple se reprend d’espérer que les choses iront mieux demain. Mais la lucidité de certains fait mal à entendre : «En quelques jours, raconte ce mécanicien, le pays a reculé de plusieurs années.» La sauvage destruction des propriétés, le saccage des commerces, les voitures incendiées et le pillage font honte aux gens de ce pays. Pas une seule fois n’ai-je entendu quelqu’un me dire que la violence était nécessaire. Qu’elle avait porté fruit. Bien que sympathisant à la cause d’un peuple qui a faim, j’ai été surpris de ne pas trouver d’écho à ma sympathie, de recevoir des hochements de tête pleins d’amertume et de fatalisme. «Rien ne changera jamais ici», me disait encore quelqu’un. J’avoue que ça ressemble étrangement à du désespoir…
Mais enfin, l’accalmie donne à tout le monde une chance de reprendre son souffle. On sort maintenant, et la vie citadine ressemble à peu près à ce qu’elle était il y a quinze jours. Aujourd’hui, pour la première fois, les enfants sont retournés à l’école. Les banques, toujours prudentes, ont timidement ouvert leurs portes hier et j’en connais qui ont poussé des soupirs de soulagement. Les commerces marchent à nouveau et les gens respirent. Bref, la vie reprend, normale ou à peu près, car on ne sait jamais : il suffit de si peu pour que ce semblant de stabilité s’écroule comme le viaduc de la Concorde. Mais puisqu’on ne peut avoir mieux, aussi bien se contenter de ce radeau de la Méduse, puisqu’il suffit à nous maintenir à flot.
Stabilité, donc, mais éphémère; capable de durer deux jours ou deux ans avant que le chaos reprenne ses droits. Tout est cyclique ici, depuis la saison des ouragans jusqu’aux émeutes, et si la première revient avec une régularité de pendule (mais une intensité variable, heureusement), on se prend à souhaiter que les secondes se fassent plus espacées… genre comète Halley, par exemple (prochain passage prévu pour 2061, soit dit en passant)…
Tout ça pour vous dire que je tourne, avec cette page, le chapitre des effets néfastes et pernicieux d’un peuple émotif et vous reviendrai sans doute avec des propos plus légers, moins amers, plus ensoleillés, moins chauds, plus gras, moins gris, bref, plus agréables. Car qui a envie d’entendre parler de la misère des autres? Dommage que de ne pas en parler ne la fasse pas disparaître…!
jeudi 10 avril 2008
Le côté noir de l’espoir

J’ai dit précédemment qu’en Haïti, le proverbe «Lespwa fè viv» sert souvent de cri de ralliement. Les gens s’accrochent à l’espoir, souvent bien ténu, que les choses iront mieux demain, que les problèmes trouveront une solution. Il s’agit là certainement d’une qualité souhaitable, qui permet, alors même que les ressources s’amenuisent, de s’accrocher à la vie malgré tout.
Mais un autre proverbe, français celui-là, dit que «l’excès en tout est un défaut.» Peut-on faire des excès d’espoir? À la vue de la situation qui prévaut actuellement dans tout le pays, je dirais que oui. Et c’est alors que l’espoir devient noir.
Qu’est-ce que le côté noir de l’espoir? Rien à voir avec la couleur des gens, en tout cas! Le côté noir de l’espoir, c’est l’homme qui dépense l’argent de son salaire au casino avec l’espoir de gagner sans perdre; c’est la femme victime de violence conjugale qui continue d’espérer que son mari va finir par changer; c’est la fille qui s’accole au monsieur riche en croyant qu’elle va finir par l’aimer; c’est un peuple qui a faim et qui s’imagine que le gouvernement va lui donner à manger... Le côté noir de l’espoir, c’est l’espoir totalement irréaliste, l’espoir fondé sur des illusions, sur l’ignorance. Or, cette forme d’espoir me semble pire que le désespoir. Alors que le désespoir est apathique et source de dépression, l’espoir noir est source de frustrations, lesquelles conduisent aisément à la révolte. Qui ne résout jamais rien, tout le monde le sait bien…
C’est un peu ce qui se passe ici. Le discours du président Préval, tout intelligent et sensé qu’il soit, n’a pas passé et n’a qu’engendré une vive frustration : celle pour le peuple haïtien d’avoir été floué, trompé, trahi. Pourtant, un récent article de Radio-Canada fait état d’augmentations à l’échelle mondiale, où le riz, dit-on, a quadruplé en cinq ans. L’article, que j’ai fait passer à la ronde, a ouvert bien des esprits : un malheur, lorsqu’il est partagé par d’autres, devient moins grave, du coup. Mais l’espoir des pauvres reste toujours noir : il faut se venger, il faut que quelqu’un, quelque part, paie, il faut que la foule, farouche, ait l’impression d’avoir accompli «quelque chose», même si ce n’est qu’un désordre dont tout le monde souffre déjà. Et les coups de feu continuent de ponctuer la nuit, sans qu’on en connaisse trop les conséquences... Mais les vitrines cassées, les tables et les bancs du marché écrasés, le pont couvert d’huile, le désordre de la ville, tout parle d’espoir noir.
Mais comme toujours, l’espoir reluit : comme le dit si bien l’un des chauffeurs : «Tou sa ki cho a’p vinn fret» Tout ce qui monte redescend; après la pluie le beau temps, et j’en passe, vous voyez le topo. Donc, on se dit que la semaine prochaine, peut-être, si Bondye vle, les choses vont commencer à rentrer dans l’ordre. Mais pour l’instant, on continue d’espérer, en souhaitant ne pas atteindre la limite de l’espoir noir.
samedi 5 avril 2008
Ça brasse!...
Encore hier, ma tendre et douce moitié me demandait ce qui m’avait incité à parler de sécurité la veille alors que tout était parfaitement serein sous un ciel d’un bleu limpide. Rien ne laissait présumer des événements qui ont frappé Les Cayes ce jeudi dernier, 3 avril, ni de la violence qui, aujourd’hui encore, paralyse la ville. Ce qui m’avait incité? Rien. Je ne faisais que décrire une situation que je sais véridique, à savoir que la sécurité dans ce pays est toujours relative, «sujette à changement sans préavis», comme le disent les commerçants qui veulent monter leur prix sans avoir à les justifier. Eh bien ici, c’est un peu comme ça : la violence flambe sans qu’on sache trop pourquoi.
Ainsi, la cause avouée des manifestants (plusieurs milliers, s’il faut en croire les médias), c’est le coût de la vie. Cause juste, s’il en est une, et capable de rallier les plus désintéressés, car tout le monde sait que depuis quelques mois, on assiste à une véritable flambée des prix, surtout des produits de base. Le sac de riz (ici, on achète par sac ou par marmite), qui se vendait encore, le mois dernier 350 G (9 $ US environ), est maintenant rendu à 1150 G, soit 30 $ US! Inflation, dites-vous? Escroquerie, plutôt! C’est en tout cas ce que pensent les gens, car le riz, denrée essentielle s’il en est une, sert également d’étalon de mesure. Si le riz monte, c’est que tout monte. Le même argent n’achète plus rien. Or, la patience haïtienne, dont j’ai vanté les mérites, a aussi ses limites, et cet excès conduit le peuple à manifester sa colère et son ras-le-bol. Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui ne comprend pas? Dans un pays où les ressources sont si rares qu’elles sont presque en voie d’extinction, on peut aisément admettre que la grogne haïtienne, issue de la frustration de voir le pouvoir d’achat rétrécir comme une peau de chagrin, ait sa raison d’être.
Mais l’organisation méthodique des manifestations, la présence des armes et la colère contre la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti), laisse penser qu’il y a peut-être anguille sous roche. Pourquoi cibler une organisation internationale et la rendre responsable de la flambée des prix? Cela m’a paru curieux et lorsque j’ai soulevé le point, j’ai vu une autre image : celle de la drogue.
Lors d’un point de presse hier vendredi, le premier ministre haïtien, Jacques Édouard Alexis a «mis l’accent sur la possibilité que certains manifestants aient été manipulés par des gens impliqués dans le trafic de la drogue et la contrebande. “Il y a des gens qui essaient de détourner l’attention de la population sur la lutte engagée contre la corruption, la drogue, la contrebande et le respect de la Constitution, a déclaré le chef du gouvernement haïtien ”». Vous ne trouvez pas que cette version sonne plus vrai, vous? Moi si. Surtout lorsque l’on sait que la MINUSTAH a joué un rôle important dans cette lutte contre la drogue et la contrebande. Dès lors, la vengeance contre la force onusienne s’explique, n’est-ce pas?
Quoi qu’il en soit, nous, on se tient tranquille. J’ai mis le nez dehors de l’enceinte de l’hôpital hier bien peureusement et non sans raison, je vous le dis. Les barricades enflammées, l’absence de vie dans les rues, la peur qui se lit sur les visages des rares passants… le drame qui se joue ici n’est pas du cinéma, hélas! Mais comme le dit le proverbe, lespwa fè viv. Tout le monde a espoir que les choses vont bientôt rentrer dans l’ordre…
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