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samedi 22 février 2014

Une de plus


Eh bien nous y voici. Une de plus. Je parle des années, au cas où vous n’auriez pas saisi le référent subtil derrière le pronom. Et comme vous le savez maintenant, je ne peux pas décemment laisser passer l’occasion de souligner la chose publiquement en ces pages qui me sont chères, alors me voici, sans sujet autre que mon petit nombril qui vieillit encore un peu aujourd’hui et que le poids des ans fait se plisser encore un peu plus. Mais si peu…

Une autre année a passé, la septième dans ce pays où nous avons élu domicile, et comme toujours, on ne sait pas où elle s’en est allée. En fumée, je sais, c’est ce que vous allez me dire, mais il me semble que ça fait un peu cliché, vous ne trouvez pas? En tout cas, et pour les cyniques et les sceptiques, je vous le dis tout net : non, je ne me sens pas plus vieux. Et encore moins pluvieux!... (Je sais, je sais, je vous l'ai déjà servie, celle-là, mais que voulez-vous, je la trouve bonne, moi...)

Par contre, un qui devient nettement plus vieux (et qui est déjà pluvieux), c’est notre cher patron dont la visite tri-annuelle, écourtée cette fois-ci pour des raisons logistiques, s’est terminée hier. Mais à 85 ans bien sonnés, il faut avouer que c’est un peu normal. Pas d’écourter sa visite, mais de devenir vieux. En dépit de ce fait observable et observé, le cher homme voyage encore tout seul, fait hardiment Calgary—Houston—Miami—Port-au-Prince—Miami—Montego Bay (Jamaïque) avant de retourner à Calgary. À 85 ans, c’est tout de même appréciable et j’avoue bien candidement que je n’aspire même pas à de telles prouesses à cet âge vénérable car, entre vous et moi, qu’ossa donne? Mais c’est sa tradition, son habitude, son plan de travail et rien ne sert d’en discuter le fond avec lui, car rien ne lui fera changer d’idée sauf, comme il le dit lui-même, la mort, bien entendu.

Cela dit, il est tout de même réconfortant de voir que la vieillesse se passe bien différemment en ce siècle qu’elle se passait jadis et que les vieux font maintenant autre chose de se déplacer péniblement «du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, et puis du lit au lit», comme l’a si bien dit Brel… Mais la pendule de la chanson ne s’arrête pas pour autant, vie active ou vie léthargique peu importe. Car quand elle s'arrête, c'est qu'on est mort. On n’y peut rien, alors basta.

Journée tranquille, donc, journée de vieux, diront certains, et ce ne sera pas faux. Il fait beau dehors, mais ici, vous le savez bien, il fait toujours beau ou presque. Le beau temps n’est donc pas un motif suffisant pour prendre le large et s’exciter les plumes, comme le faisait le poussin de tout à l’heure, que j'essayais d'attraper pour le remettre à sa mère. Si bien que la journée se passe tout doucement et je n’en attends pas plus. Le repas du soir, sans tomber dans la recherche excessive, tranchera tout de même de notre quotidien habituel et cela me suffit. En plus, nous avons, une fois de plus, voulu tenter la chance en nous offrant une bouteille de chateauneuf-du-pape. Peut-être celui-là sera-t-il buvable? On verra…

Bref, vous voyez le tableau. Bucolique vient à l’esprit. Et c’est ainsi qu’on se rend compte que plus les années passent, moins il semble nécessaire de se forcer à faire «quelque chose» de spécial, moins on a envie de grimper l’Everest pour se prouver qu’on est encore jeune, moins les performances deviennent source de fierté — plutôt une bien inutile source de fatigue et de puérile vanité. Vanitas vanitatum omnia vanitas, dit la bible : «vanités des vanités, tout est vanité.». Tout est futile et rien n’a vraiment d’importance, alors dites-moi : pourquoi ne profiterais-je pas de la journée pour ne rien faire?

Mais cela dit, j’aime quand même bien que ce soit mon anniversaire, alors à la bonne vôtre!

lundi 10 juin 2013

Un anniversaire — encore!


Faire bombance, c’est bien beau, mais arrive le moment où l’on doit retomber sur terre et digérer. Le lundi est un bon jour pour cela. Un jour où tout tourne — pas seulement la terre — et si vous êtes comme moi, vous appréciez toujours qu’il passe et qu’on en vienne rapidement au mardi. Bon. Mais j’en reviens à la bombance, puisque je sais que vous y êtes restés accrochés. En fait et pour tout vous dire, nous n’avons pas fait que ça (je parle de manger, au cas où vous m'auriez perdu), mais disons que les deux jours passés à l’Île à Vache ont été prétexte à cette volupté bachique propre à cette île dont je vous ai déjà vanté les mérites, mérites sur lesquels je ne m’attarderai donc pas. Mais il y a quelque temps, nous avons reçu une publicité nous invitant à un séjour dans l’île; comme d’habitude, nous l’avons à peine lue avant de l’expédier vers la super efficace cyber-corbeille de Windows... Et puis, comme pour nous tenter davantage, l’annonce est revenue nous titiller les papilles et l’anniversaire de ma vieille compagne arrivait à grands pas et… bref vous avez tout compris : nous nous sommes embarqués.

Je l’ai dit : je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà écrit au sujet de cette île : tout reste vrai, même si, n’en déplaise au grand poète, là, tout n’est pas que «ordre et beauté, luxe, calme et volupté»… Néanmoins, l’endroit est charmant (l’est encore en tout cas), et les deux jours que nous y avons passés nous ont fait du bien. Mais ont également suscité quelques interrogations sur l’avenir incertain de cette petite perle issue de la perle des Antilles (!) qui, comme je l’avais d’ailleurs mentionné, attise les convoitises et les rivalités mercantiles. En un mot comme en mille, l’île est perçue comme la vache à dollars que le pays entend bien traire jusqu’à plus soif ou jusqu’à ce qu’elle se tarisse, ce qui revient pas mal à la même chose, on sera d’accord. Mais bon. Ne vous ai-je pas dit que l’argent menait le monde? Qu’en est-il besoin d’autres preuves?

Mais en regard de l’idée que nous avions de souligner un anniversaire, l’île a rempli ses promesses et malgré son coût prohibitif, nous a fait passer un fort agréable séjour. Et si nous n’avons pas eu le champagne offert gracieusement pour souligner l’événement (à plus de $100 la bouteille, on peut comprendre pourquoi), nous avons tout de même reçu un gâteau de fête avec son épais glaçage (rose bonbon), ses souhaits écrits d’une belle main et ses chandelles qui ne faisaient pas le compte, mais c’était aussi bien comme ça. Bref, notre ami Didier nous a bien traités et nous avons passé du bon temps.

Aujourd’hui, fini le farniente, finie la bombance, finis les bains d’eau de mer et de soleil, le travail est là, nous attend et nous tend ses bras tentaculaires auxquels à partir d’une certaine distance, il devient impossible de résister. Surtout que le pain, sur la planche, ne manque pas, pour des tas de raisons dont la plus évidente est également la plus importante : préparer notre départ vers nos nordiques (non non, je n’ai pas écrit merdiques) horizons. Et oui, je le reconnais, nous avons hâte. Pas vous?

Avec tout ça que ma douce amie a encore vieilli (je ne sais pas où elle met tout ça) et moi, comme toujours, en ai profité pour m’assagir davantage...

vendredi 22 février 2013

Encore un!

«Bon anniversaire là!» Eh bien merci. Ce sont des vœux qu’on veut simples, banals même, mais qui font toujours plaisir lorsqu’on les reçoit. Pourquoi en serait-il autrement? Se faire souhaiter un heureux anniversaire n’a rien de choquant ni d’insultant, ne part jamais d’une intention de mal faire et n’a jamais de prétention de changer le monde. Un souhait, tout simplement, mais un souhait que l’on choisit de transmettre parce que, au fond, on veut dire à l’autre qu’on pense à lui en ce jour qui l’a vu naître… Personnellement, je trouve ça mignon tout plein et, appliquant la règle d’or éthique, je fais aux autres ce que je voudrais bien qu’ils me fassent et leur transmets assidûment les souhaits de circonstances quand les circonstances s’y prêtent, bien entendu. Alors merci d'avance à tous ceux, toutes celles qui penseront à moi aujourd'hui!

Me voilà donc avec une année de plus dans mon sac à malice. Suis-je plus sage? Suis-je meilleur? Suis-je pluvieux? Non, j’aime toujours autant le soleil! Quant à être plus con, je vous renvoie à la chanson de Brassens qui rend les choses claires, sans équivoque : Le temps ne fait rien à l’affaire, dans laquelle il déclare, sans ambages, «quand on est con, on est con», paroles d’une grande sagesse s’il en est...

L’année qui se termine ici pour moi n’a pas été spécialement marquée : aucun événement majeur, pas de gros lot à la loterie, pas de bataille essoufflante, que des petites choses qui ont rempli notre quotidien sans qu’on le demande, mais qui se sont révélées généralement positives. Une fort bonne année dois-je dire. Bref, j’accuse mon an de plus, mais je ne la condamne pas.

Vous savez que je tiens à ce jalon astronomique, le seul qui me permette de me sentir partie intégrante de cet univers dont nous ne connaissons pas grand-chose sauf que, oui, nous en faisons partie. Mais si modestement, si infinitésimalement qu’on peut parfois s’en penser déconnectés. Il suffit alors d’un vulgaire caillou perdu dans l’espace sidéral et qui vient tout à coup percuter notre planète pour nous faire prendre conscience que non, nous ne sommes pas déconnectés et ce qui se passe dans ce vaste univers nous concerne, même à l’échelle microscopique. Le jour d’anniversaire, c’est le jour de la conscience cosmique. Attention les tordus : je ne dis pas comique, là! Car je vous connais vous les fêtards, les "party crashers", les amateurs de sauteries, de cocktails bien tassés (qui n’ont rien à voir avec les Molotov), un anniversaire, c’est l’occasion en or pour une virée majeure! Mais pas pour moi, merci. Et pas tant à cause de mon âge avancé (!) qu’à cause de ma nature contemplative et dilettante. Si bien que je me contente de l’irremplaçable compagnie de ma compagne et de mes petites tâches quotidiennes avec, derrière, ce vague sentiment que c’est aujourd’hui le jour qui m’a vu naître.

En outre et pour tout vous dire, ce vendredi sera par ailleurs assez chargé — des petites tracas que je vous épargne — et donc, pas vraiment le moment idéal pour se nombriliser et se sentir l’élu du jour… Mais fête ou pas, la valeur historique de l’événement reste indiscutable car c’est bien le 22 février de l’an 1952 que je vins au monde. Impressionnant quand même, hein?

Qu’a-t-on besoin de champagne pour souligner la chose?

mercredi 22 février 2012

Puisque c'est mon tour...


Le croirez-vous si je vous dis que j'avais complètement oublié pourquoi ce jour est si important? Hier, conscient que je vous avais mis en veilleuse – le «back-burner» comme disent nos amis américains (et même ceux qui ne le sont pas) et subjugué par le charme bucolique de l'île, je vous ai préparé un petit texte que je comptais bien achever ce matin, après le café, mais à peine éveillé et oyant les souhaits de ma tendre compagne, je dus me rendre à l'évidence : c'était effectivement le jour de mon anniversaire, un jour que je ne peux décemment passer sous silence en ces lieux d'écriture! Donc, pour mes impressions insulaires, faudra patienter un peu. Oh! Pas long, je vous le dis, puisque le texte est virtuellement prêt. Mais le jour commande, n'est-ce pas...

Le jour commande parce qu'il est unique. On naît un jour. Bien sûr, ce jour s'inscrit dans un mois qui fait partie d'une année, mais c'est le jour qui compte. L'heure est encore plus précise – 18h30 pour ma part – mais trop courte pour qu'on puisse la saisir et s'en délecter. Si bien que le jour est tout à fait approprié pour souligner un anniversaire, celui d'une naissance dont les traces se perdent maintenant dans la nuit des temps. En fait et historiquement, c'est le feu de Rimouski qui, l'année précédant ma naissance, a marqué l'Histoire : pas ma naissance, laquelle est sans doute passée assez inaperçue, sauf pour mes parents et leurs proches qui, comme toujours, ont dû s'exclamer devant une inexistante beauté chérubine. Car vraiment, dites-moi sérieusement : un nouveau-né, vous trouvez ça beau, vous autres?  C'est tout plissé, cramoisi et ça fait que dormir ou chialer... Je n'étais sans doute guère mieux... Mais comme j'étais le premier de ceux qui allaient devenir mes frères, j'assume que j'ai eu droit à tous les honneurs de l'acte accompli. Car si «mourir, cela n'est rien» (dixit Brel), naître est tout un accomplissement! Que j'ai réalisé avec brio, m’époumonant pour que le reste du monde sache. En plus et comme je viens de le dire, j'étais le premier, celui qui hérite de la tâche difficile de se frayer un chemin, d'ouvrir la voie pour les éventuels suivants. Sans oser paraphraser Sol, l'un de nos plus grands jongleurs de la langue, je pourrais dire que je suis né nu, phare de mes frères à venir...

Mais une fois né, il ne reste plus qu'à vivre, ce à quoi je me suis adonné avec un plaisir constant et, j'oserais dire, croissant au fil des ans. Aujourd'hui, sonnant les cloches soixante fois pour marquer les années, je suis tenté de les faire sonner ensemble, en une joyeuse cacophonie à l'image de ce que fut ma vie à ce jour. Quant aux chandelles sur le gâteau, oubliez ça. D'abord, du gâteau, je n'en mange plus depuis belle lurette, ayant perdu mon goût pour les sucreries en même temps que s'est développé celui du vin; ensuite, ces bougies qui symbolisent les années passées et qu'on éteint d'un seul souffle, je trouve ça assez morbide, moi! Car quoi : il faut éteindre les années passées? Pour ma part et en bon Québécois de souche, je vous le dis tout net : je me souviens. Et de pas mal de choses que je n'ai pas du tout l'intention de voir s'effacer de ma poche à souvenirs...! Bref, vous avez tout compris : pas de gâteau d'anniversaire pour moi, pas de 60 bougies à souffler en postillonnant partout (y compris et surtout sur le fameux gâteau), mais de bons moments en bonne compagnie dans un décor typiquement associé au paradis, voilà tout. Et si ce n'est pas là le plus beau cadeau qui se puisse offrir et recevoir, je vous demande ce que c'est...

La soixantaine, donc. Certains m'ont averti que c'est cette décennie-là qui fait mal. La trentaine, c'est l'accès au système; la quarantaine, c'est la maturité; la cinquantaine, le tournant; la soixantaine, le début de la vieillesse... Eh bien au risque d'en surprendre, je dirai que j'aime vieillir. C'est un processus qui nous transforme en nous rendant plus ronds, plus polis – je ne parle pas de politesse, là! – moins piquants, moins rudes. Comme la montagne qui vieillit, je perds mes aspérités et me couvre de mousse, voire de forêts. J'étais Rocheuses, je deviens Appalaches. Et je puis vous le dire, à vous tous les jeunots qui me lisez parfois : c'est très confortable.

Tout ça pour vous dire que la journée s'annonce bien. Un congé d'abord (Mercredi des Cendres puisqu'il faut tout vous dire), la fin du carnaval et le retour à la vie (à peu près) normale; quelques heures heureuses de plus dans ce magnifique décor qu'est celui de l'Île à Vache (j'y reviens, j'y reviens, ne soyez pas impatients), un temps radieux tempéré par la brise maritime et la compagnie de ma très chère. Qui oserait demander plus?

Alors oui, aujourd'hui je vieillis. Hier aussi, mais ce n'était pas la même chose hein? Et demain? Ben demain, c'est VRAIMENT loin, alors on verra dans le temps comme dans le temps...!

mardi 7 juin 2011

Jour spécial


Quand je vous parlais hier de pluie excessive... Voyez ce qu'en dit Cyberpresse ce matin et vous admettrez que je ne charriais pas. Je sais bien qu'avec les inondations de la Montérégie, vous êtes habitués maintenant, mais en tout état de cause, ici, c'est pire. Pas mal plus pire, comme dirait l'autre. Et ce n'est pas parce que Haïti est habituée aux catastrophes qu'on doit minimiser celle-ci. Cependant, la pluie a diminué sensiblement aujourd'hui, et je crois bien que nous sommes arrivés au terme de cet épisode.

Cela dit, ce n'est pas de pluie dont je veux vous parler aujourd'hui mais plutôt de quelque chose de plus personnel et de plus réjouissant à la fois, car aujourd'hui est l'anniversaire de ma chère compagne. Eh oui, aujourd'hui, c'est son tour. Il faut bien qu'il arrive, à un moment ou à un autre, n'est-ce pas? Eh bien, pour elle, c'est aujourd'hui, ce 7 juin, qu'elle plante le jalon d'une autre année qui finit, jour pour jour, et d'une autre qui commence. Moi, vous me connaissez, j'adore mon anniversaire. Pas pour la fête -- je n'aime pas les fêtes et les célébrations -- comme pour l'occasion que l'anniversaire nous donne de tracer un bilan et de voir où l'on est rendu. Le jour de mon anniversaire, je le fais savoir à tout mon entourage et j'accueille avec plaisir les souhaits que l'on me transmet, parfois un peu par obligation, mais bon, je suis content quand même. Mais elle, elle déteste. Elle m'a fait promettre de ne pas révéler la chose aux employés, et comme c'est SON anniversaire, je peux difficilement ne pas respecter cette promesse, n'est-ce pas? Mais je n'ai rien promis concernant ma chronique blogueuse...

Journée plate, donc, journée ordinaire qui le restera jusqu'à son terme. De toute façon, il serait difficile de rompre avec notre quotidien juste parce que c'est son anniversaire... Nous avons passablement de travail sur les bras et les petits problèmes engendrés par les excès de pluie ne sont toujours pas réglés. D'ailleurs, et pour dire la vérité, j'imagine que nous ne ferions pas grand chose de plus si nous étions au Québec ou ailleurs : une sortie au restaurant sans doute, et tout serait dit. Mais ici, même cette simple activité est compliquée. Ici, aux Cayes, les restaurants sont rares et davantage utilitaires que propices à l'ambiance de fête intime que l'on recherche en ces occasions. Donc nous passerons. De toute façon, notre repas du midi se résume traditionnellement à un simple sandwich ou similaire, avalé en quelques minutes et suivi d'une sieste/période de lecture bien davantage appréciée. Quant au repas du soir, il est toujours délicieux, même dans sa simplicité, et souvent pris devant la télévision à écouter l'une ou l'autre de ces séries américaines dont je vous ai déjà parlé. (Présentement, nous suivons les mystères de Fringe et la perspicacité des protagonistes de Lie to Me, sans oublier le très décapant Weeds, à la fois drôle et osé qui nous met immanquablement de bonne humeur.) Bref, une journée tranquille, très similaire aux autres mais rassurante dans sa tranquillité. Les émotions fortes se présentent d'elles-mêmes dans ce pays, et franchement on n'a pas vraiment envie de courir après. Et puis si la pluie peut finir par faire place au soleil, ce sera déjà un événement en soi!

Je ne vous ferai pas de profonde -- et du coup oiseuse -- réflexion sur le sens profond de l'anniversaire. Néanmoins, j'aime. Il me semble que c'est un repère temporel important, ne serait-ce que parce qu'il ne se produit qu'une fois l'an. Alors même si ma tendre amie n'est pas d'accord, c'est son anniversaire et on ne peut pas le nier!

Alors, chère Chantal, Bon anniversaire et bonne continuation dans ce parcours qui n'est pas toujours facile!

mardi 22 février 2011

Le cumul des ans


Aujourd'hui est mon anniversaire. Aujourd'hui, je vieillis. Aujourd'hui???

Vieillir est un processus. Dit comme ça, ça peut paraître banal, mais pensez-y deux minutes et vous allez comprendre. On ne devrait pas utiliser ce verbe au présent. «Je vieillis» ne reflète jamais la réalité, car c'est trop court. Plusieurs verbes du deuxième groupe (vous vous souvenez : qui se conjuguent sur le modèle finir et font leur participe présent en -issant) indiquent un devenir plus ou moins instantané. Ainsi, lorsqu'on pâlit, blêmit, rougit, on devient pâle, blême, rouge sur-le-champ ou à peu près. Mais quand on vieillit, le processus s'étale sur une période de temps beaucoup plus longue, de sorte qu'il me paraît difficile d'utiliser le verbe au présent. La même remarque peut aussi s'appliquer à d'autres verbes, comme grossir, grandir ou maigrir. Certes, on peut dire : «Bon sang de bonsoir, je grossis!» constat qui s'impose lorsqu'on a peine à boucler la ceinture d'un pantalon qu'on n'a pas mis depuis longtemps; mais ce faisant, on indique tout de même que le processus est toujours en cours. Ainsi en est-il de vieillir. Il n'est pas certes pas faux de dire qu'on vieillit, car tout ce qui vit est soumis à ce processus; et lorsqu'arrive l'anniversaire du jour qui nous a vu naître, on sait que l'on a effectivement ajouté un an à cette suite ininterrompue de jours et de nuits. Comme le processus ne s'arrête jamais, dire que l'on vieillit (présent) est sensé.

Sensé, oui, mais non représentatif de la conscience d'avoir vieilli. «J'ai vieilli» au passé implique que j'ai conscience que des changements se sont opérés qui me permettent d'attester le passage des ans. Ces changements peuvent être d'ordre physiques ou psychiques. Physiquement, on sait ce que vieillir entraîne : les rides, l'affaissement musculaire, la bedaine, les cheveux gris, puis blancs (quand il en reste...), la vue et l’ouïe qui baissent et j'en passe. Psychiquement, les changements sont souvent plus subtils mais néanmoins observables. Quoique... Mais passons. Car le vieillissement est un processus aux effets connus, à défaut d'être maîtrisés...

Donc, j'atteste que, au fil des ans, j'ai vieilli et, ce faisant, me suis assagi. Oui, oui, je le dis sans gêne. S'assagir est un autre processus qui prend du temps... On peut ne pas être trop con jeune, mais on ne peut pas être sage pour autant. La sagesse s'acquiert avec la vieillesse, avec l'expérience de la vie et j'entends par là la variété et l'intensité des situations traversées au fil des ans. Comme je le dis souvent, on apprend de nos erreurs, même si l'on bâtit sur nos succès. C'est que les succès sont rassurants : ils sont la confirmation qu'on a fait le bon choix, alors pourquoi changer? C'est incidemment pour cette raison que les tueurs en série finissent par se faire prendre : forts d'un premier succès, ils persistent et signent, au point où leur signature devient connue; ne reste par la suite qu'à les appréhender. L'erreur, en revanche, fait mal. On n'a pas envie de remettre ça. Donc on modifie le comportement qui l'a entraînée, espérant ainsi y échapper. Des fois, ça fonctionne, mais pas toujours : souvent, on ne fait que changer d'erreur, passant de Charybde à Scylla sans rien gagner au change. Mais l'apprentissage ne s'en fait pas moins. Et pour peu qu'on soit honnête avec soi-même, on pourra dire, au moment de se laisser aller au sommeil, qu'on s'endort moins niaiseux qu'on l'était.

Pourquoi je vous dis tout cela? Simplement parce que l'anniversaire est pour moi l'occasion de ressasser le passé, surtout celui de l'année qui finit. L'occasion de voir quelle(s) erreur(s) a/ont été faite(s) et d'en dégager un enseignement quelconque. Mais curieusement -- et bien modestement, je le précise -- il n'y a pas eu d'erreurs au cours de l'année dernière. Je n'en prends pas gloire : ce sont des choses qui arrivent, comme il arrive parfois que les erreurs s'accumulent comme les tempêtes de neige : coup sur coup. Mais bien que l'année qui s'achève ici pour moi ait été fertile en événements -- et je ne parle pas que des suites du tremblement de terre --, elle s'est déroulée à peu près dans l'ordre prévu avec même quelques petits succès à la clé, lesquels nous incitent à poursuivre dans cette voie, CQFD!

Il n'empêche : les années passent et le temps coule comme une rivière, sans s'interrompre mais non sans varier sa vitesse, son débit, sa profondeur, sa turbidité et quoi encore! Et c'est sur cette rivière que nous tentons de rester à flot, sans couler, sans frapper de rocher, sans chavirer, sans s'échouer. Ce n'est pas toujours évident. Mais bon.  Pourquoi devrait-ce l'être? Mais le pire, ou le plus drôle, selon votre nature, c'est qu'on ne sait pas où la rivière va ni à quel moment notre voyage se termine...

Dites, c'est pas beau, ça?

lundi 22 février 2010

Jour (un peu) spécial


Je vous ai fait grâce de mes habituelles inepties hier. Non, non, inutile de m'en remercier--le cœur n'y était pas, tout simplement. Ni samedi d'ailleurs, d'où cet étalage de malheur que je vous ai servi. De l'autre côté, il est parfois nécessaire de voir le malheur de près pour apprécier son absence. En tout cas, je ne me lance pas sur ce sujet aujourd'hui. Car aujourd'hui, vous le savez tous et toutes, j'en suis sûr, c'est l'anniversaire de ma naissance.

Eh oui, il y a déjà bien longtemps, je naissais. Pas con encore. C'est-à-dire que je ne con-naissais (au cas où vous ne l'auriez pas pigé du premier coup) pas encore la vie. Une tempête de neige exceptionnelle, racontait maman, avec tellement de neige dans les rues que seuls les traîneaux tirés par des chevaux arrivaient à passer et encore, tout juste, vu que les chevaux, ça ne flotte pas trop sur la neige, hein? Quant à leur mettre des raquettes... Mais tu parles si je m'en foutais moi, de la tempête historique qui m'accueillait... Je débarquais dans un monde étrange et j'avais besoin de tout mon petit change pour ne pas piquer ma crise, tellement c'était effrayant.

Et puis j'ai apprivoisé le monde. J'ai appris à ne plus en avoir peur. Enfin pas trop. Même si je lis un roman de Stephen King comme c'est le cas présentement (Dreamcatcher). Mais que de chemin pas facile pour en arriver là...! Tout de même, après 58 ans sur notre bonne vieille planète (qu'on me permette ici une digression: pourquoi certaines personnes ont-elles un problème à dévoiler leur âge? L'âge qu'on a, ce n'est pas une qualité ni un défaut, que je sache : c'est le jalon que l'on plante annuellement pour savoir où l'on est rendu. L'âge est un fait, pas une performance ni une punition, pas une gloire ni une honte! Que j'aie 58 ans signifie seulement que j'ai vécu pendant 58 années en date d'aujourd'hui : rien de plus! Ça ne me rend pas plus fin (ce serait difficile!...) ni plus fou (carrément impossible), ça ne fait pas de moi une personne différente et ça ne mérite pas vraiment le détour. Donc, pourquoi cette phobie de l'âge??? S'il vous plaît, éclairez-moi! Fin de la digression.), après 58 ans sur notre bonne vieille planète, donc, je ne peux pas me plaindre. La vie n'a pas toujours été facile--ne l'est pas toujours--mais se passe quand même relativement bien. En fait et comme le chante Pierre Bertrand: «Moi j'm'en fous, ma blonde m'aime.» C'est déjà pas mal, vous en conviendrez sûrement. Pour le reste, si vous suivez cette chronique un tant soit peu, vous savez que notre vie haïtienne--cayenne pour être exact--se passe plutôt bien, même en ces temps durs. Bien entendu, nul ne sait comment les choses vont tourner, mais en ce jour circonstanciel, les choses vont.

Sauf pour l'arrivée du big boss, évidemment. Vous vous en souvenez, je vous l'avais annoncé. Eh bien au moment où j'écris ces lignes, il n'est pas encore là, mais mon sursis s'achève car il est présentement en route...

Alors je ne vous en dis pas plus. En fait, je vous annonce que, les choses étant ce qu'elles sont cette semaine, je devrai sans doute vous lâcher, du moins momentanément. Donc, je pense vous revenir ce vendredi 26, si Bondye vle (peut-être même avant si l'occasion se présente).

Mon image est plus ordinaire aujourd'hui. Haïti c'est ça aussi!

dimanche 22 février 2009

Anniversaire!




Aujourd’hui est un jour spécial, puisque c’est mon anniversaire. Eh oui, il en faut bien un puisqu’il a bien fallu naître un jour pour pouvoir en parler plus tard. La Palisse n’aurait pas dit mieux, tiens. Toujours est-il que l’anniversaire est important. Le terme vient du latin—même les ignares l’auront deviné—anniversarius, et signifie littéralement «revenir annuellement», tout simplement. Or si l’on ne naît qu’une fois, on peut en commémorer le moment autant de fois que l’on veut et si la tradition veut qu’on le fasse sur une base annuelle, pourquoi pas? En tout cas, la commémoration annuelle, pour ma part, me suffit largement et permet de planter un nouveau jalon correspondant à la distance temporelle parcourue.

Faut-il faire du jour un événement grandiose? Évidemment non. Le jour devient spécial du seul fait que l’on sait à quoi la date correspond et la commémoration peut être aussi simple qu’un bon repas ou une bouteille de champagne rosé (ou les deux). C’est donc dire que ce jour spécial pour moi n’en reste pas moins un jour tout à fait ordinaire pour le reste du monde et c’est bien ainsi.

Pas de cadeau d’anniversaire, alors? Si si. Le meilleur et le plus appréciable : le départ du gros chef. Non pas parce que ce départ équivaut au départ du chat dont la présence empêche les souris de danser, mais plutôt parce que son départ conclut une période difficile, incertaine et inconfortable pour tout le monde, incluant votre serviteur. Je vois donc, dans la résolution partielle de la crise, un cadeau tout a fait digne de mention et d’appréciation.

La crise : parlons-en. Je fais suite ici à la grève que nous avons subie et dont je vous ai parlé précédemment et qui avait pour cause le mécontentement des employés face au comportement de l’un de nos médecins. Le médecin a quitté les lieux pour un temps et tout le monde était un peu anxieux de voir comment le gros chef allait approcher le problème de son retour éventuel. Or, il s’en est fallu de peu que les choses prennent une dangereuse tangente lorsque le patron a voulu imposer ce retour. Mais le message a fini par passer, clair et non équivoque : pour que ce personnage revienne, il faut que certaines conditions soient remplies. Conditions difficiles, s’il en est, et pas évidentes pour celui qui doit s’y soumettre… Ce qui ne veut pas dire que la chose soit impossible, mais dans un cas comme dans l’autre, les employés sont satisfaits de cette conclusion et l’hôpital pourra donc continuer à fonctionner sans plus de heurts ni de tremblements. Les quelque 200 personnes qui passent quotidiennement pourront ainsi continuer de recevoir les soins de santé auxquels elles aspirent et que l’on s’efforce de leur procurer. N’est-ce pas là un cadeau d’anniversaire digne de mention?

Donc, merci de me souhaiter une belle journée d’anniversaire, elle l’est déjà : pleine de soleil sous un beau ciel bleu. Et dans quelques minutes, départ pour la plage, alors qui dit mieux?