Aucun message portant le libellé tourisme. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé tourisme. Afficher tous les messages
lundi 10 juin 2013
Un anniversaire — encore!
Faire bombance, c’est bien beau, mais arrive le moment où l’on doit retomber sur terre et digérer. Le lundi est un bon jour pour cela. Un jour où tout tourne — pas seulement la terre — et si vous êtes comme moi, vous appréciez toujours qu’il passe et qu’on en vienne rapidement au mardi. Bon. Mais j’en reviens à la bombance, puisque je sais que vous y êtes restés accrochés. En fait et pour tout vous dire, nous n’avons pas fait que ça (je parle de manger, au cas où vous m'auriez perdu), mais disons que les deux jours passés à l’Île à Vache ont été prétexte à cette volupté bachique propre à cette île dont je vous ai déjà vanté les mérites, mérites sur lesquels je ne m’attarderai donc pas. Mais il y a quelque temps, nous avons reçu une publicité nous invitant à un séjour dans l’île; comme d’habitude, nous l’avons à peine lue avant de l’expédier vers la super efficace cyber-corbeille de Windows... Et puis, comme pour nous tenter davantage, l’annonce est revenue nous titiller les papilles et l’anniversaire de ma vieille compagne arrivait à grands pas et… bref vous avez tout compris : nous nous sommes embarqués.
Je l’ai dit : je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà écrit au sujet de cette île : tout reste vrai, même si, n’en déplaise au grand poète, là, tout n’est pas que «ordre et beauté, luxe, calme et volupté»… Néanmoins, l’endroit est charmant (l’est encore en tout cas), et les deux jours que nous y avons passés nous ont fait du bien. Mais ont également suscité quelques interrogations sur l’avenir incertain de cette petite perle issue de la perle des Antilles (!) qui, comme je l’avais d’ailleurs mentionné, attise les convoitises et les rivalités mercantiles. En un mot comme en mille, l’île est perçue comme la vache à dollars que le pays entend bien traire jusqu’à plus soif ou jusqu’à ce qu’elle se tarisse, ce qui revient pas mal à la même chose, on sera d’accord. Mais bon. Ne vous ai-je pas dit que l’argent menait le monde? Qu’en est-il besoin d’autres preuves?
Mais en regard de l’idée que nous avions de souligner un anniversaire, l’île a rempli ses promesses et malgré son coût prohibitif, nous a fait passer un fort agréable séjour. Et si nous n’avons pas eu le champagne offert gracieusement pour souligner l’événement (à plus de $100 la bouteille, on peut comprendre pourquoi), nous avons tout de même reçu un gâteau de fête avec son épais glaçage (rose bonbon), ses souhaits écrits d’une belle main et ses chandelles qui ne faisaient pas le compte, mais c’était aussi bien comme ça. Bref, notre ami Didier nous a bien traités et nous avons passé du bon temps.
Aujourd’hui, fini le farniente, finie la bombance, finis les bains d’eau de mer et de soleil, le travail est là, nous attend et nous tend ses bras tentaculaires auxquels à partir d’une certaine distance, il devient impossible de résister. Surtout que le pain, sur la planche, ne manque pas, pour des tas de raisons dont la plus évidente est également la plus importante : préparer notre départ vers nos nordiques (non non, je n’ai pas écrit merdiques) horizons. Et oui, je le reconnais, nous avons hâte. Pas vous?
Avec tout ça que ma douce amie a encore vieilli (je ne sais pas où elle met tout ça) et moi, comme toujours, en ai profité pour m’assagir davantage...
mardi 7 mai 2013
Haïti par la main
Lorsque je me fais dire, et par mon jeune frère de surcroît, que je me relâche, c’est qu’il faut que je m’y mette sans plus tarder, n'est-ce pas! Je parle de nos rendez-vous en ces lieux d'écriture, au cas où vous n'auriez pas suivi. Alors me revoici. Le plus drôle, c’est que j’avais déjà amorcé un texte qui ferait écho à celui d'hier de Chantal Guy qui, vous le savez si vous retenez ce que vous lisez sur ce site, nous offre de bons textes sur le pays : «Haïti, l'île magique», «Danser avec les lwa» (elle voulait dire 'loa'), voire quelques conseils pratiques tout à fait... pratiques!
Le texte de madame Guy s’attarde cette fois le forfait Haïti que Transat Tours propose maintenant depuis quelques mois. Je vous ai dit que j’en restais personnellement plutôt sceptique. L’intention m’en paraît noble, c’est vrai, mais je vous ai dit aussi qu’il y avait loin de la coupe aux lèvres… Je n’ai pas changé d’idée. Mme Guy conclut qu’il faut se hâter de réserver sa place, car ce forfait deviendra bientôt la formule des gens branchés. «Mon verdict : avec seulement 30 places par mois, réservez vos billets rapidement. Ce forfait a toutes les chances de devenir très "tendance"». Je n’en suis pas si sûr… Certes, il s’en trouvera toujours pour faire des choses différentes juste pour pouvoir s’en vanter après mais je ne souhaite pas que cette «tendance» devienne la marque d’un voyage en Haïti, style : «J’ai vu Haïti et ouf! j’en suis revenu vivant!» Haïti vaut mieux que ça. Et pourtant, Transat offre en sortant de l’avion, un étourdissant cocktail touristique haïtien qui, comme le souligne Mme Guy, risque de donner un peu la nausée : «Après un programme aussi décoiffant en seulement deux jours, on n'est pas fâché d'aller se reposer sur la plage.» Je ne dis pas que la capitale n’est pas intéressante, mais je maintiens que ses problèmes dépassent largement ses attractions et pour un ou une touriste peu ou pas préparé, elle peut représenter une source de stress nocif bien plus qu’une source d’émerveillements. Il me semble qu’il y a mieux à faire… Tout comme il y a mieux, beaucoup mieux que la côte des Arcadins, là où les plages (privées) sont minuscules et la mer, souvent sale, sans doute à cause de la proximité de la capitale ce qui est sans doute précisément en fait la raison pour laquelle on y emmène les touristes : parce que c'est proche (et non parce que c'est sale, ne pas se méprendre). En outre, j’ajoute, pour appuyer mon point, que les photos qui accompagnent l’article sont toutes prises à Jacmel, capitale du sud-est et fleuron glorieux de tout le pays. D’ailleurs, Mme Guy nous a déjà vanté les avantages de cette jolie petite ville. Alors dites-moi : pourquoi ne pas aiguiller les touristes vers Jacmel plutôt que la côte des Arcadins? Il me semble que cela serait plus approprié. Jacmel n’offre pas de longues plages de sable comme celles que nous avons dans notre coin de pays, mais ses décors sont très pittoresques, la ville est animée et délurée, on y trouve de forts jolies choses artisanales à bon prix et les bons hôtels ne manquent pas. Et je ne parle pas de Bassin bleu, une excursion qui, à elle seule, vaut vraiment le détour, comme dirait Michelin…
Cela dit, il est bon qu’une journaliste aguerrie qui, en plus, est déjà familière avec le pays, fasse les éloges d'Haïti. Je pense que la chose a nettement plus de poids que si elle provient d’un hurluberlu de ma trempe… Mais il faudra plus. Il faudra que le bouche à oreille se fasse et sans retenue, sans bémol. Il faudra que ceux et celles qui auront voyagé au pays se fassent ensuite les porte-parole du tourisme haïtien. Il faudra du temps. Et de l’argent, bien sûr. Et de la sécurité. Et des voitures de location à des tarifs abordables. Sinon, c’est le tourisme en boîtes de conserve assuré. Et Haïti mérite tellement mieux…!
Tout de même et juste pour voir : offrez-vous donc ce forfait avec Transat et dites-m'en donc des nouvelles!
jeudi 21 mars 2013
Dur dur le tourisme en Haïti
Encore une image qui fait mal aux Haïtiens : le pays arrive bon dernier — 140e sur 140 — au classement de la valeur touristique des pays selon l’étude faite par le Forum économique mondial. Quelle déception! Qui remplit d’amertume le chroniqueur et éditorialiste Frantz Duval dont l’éditorial du jour blâme encore la performance du gouvernement Martelly. «Deux ans, écrit Duval, c’est bien peu pour changer le visage d’Haïti! Deux ans, dans un mandat de cinq ans, c’est beaucoup.» Mais cette seconde partie de son affirmation est fausse. Quel que soit le contexte, deux ans reste un bien court terme et cinq ans n’est pas une longue période non plus, tout bien considéré... Et pourtant, on demande au gouvernement actuel de faire des miracles et, en moins des cinq ans constitutionnels prévus, de mettre le pays sur la carte internationale des pays qui ne vont pas trop mal. Je pense que la barre est un peu haute…
Lorsque nous étions au Panama, notre ami le Français que nous y avons rencontré affirmait que, en matière de tourisme, le pays (Panama) était sans doute une dizaine d’années en retard sur son voisin, le Costa Rica. Je ne connais pas ce dernier, mais je comprends tout à fait ce que Yves voulait dire : au Panama, les structures touristiques sont là, mais un peu hésitantes, un peu rustres. Il y manque le poli, la patine que seuls les ans peuvent façonner. Pourtant, je puis vous assurer que le Panama est cent fois plus avancé que notre chère Haïti!
Mais voilà : les gens, chroniqueurs en tête, confondent industrie touristique et potentiel touristique. Le potentiel d’Haïti est indéniable : plages, montagnes, cascades, forêts de pins… l’île regorge de beautés, sans compter le charme bon enfant de ses habitants. Mais tous ces éléments ne forment qu’un potentiel. Or, ce qui est rentable, c’est l’exploitation de ce potentiel, sa transformation et son développement. C'est ici qu'on commence à parler d'industrie. Et c’est là qu’il y a vraiment une jolie distance entre la coupe et les lèvres assoiffées des Haïtiens. Un peu comme notre coin de forêt boréale et son potentiel de matière ligneuse : tant qu’on ne l’exploite pas, ce n’est qu’un potentiel, rien d’autre (et c'est ce qu'il va rester, si vous voulez tout savoir). Or, qui dit exploitation parle d’infrastructures, c’est-à-dire de structures de base qui permettront aux touristes éventuels de faire connaissance avec le pays. Ainsi, je vous ai dit qu’au Panama, nous avions simplement loué une voiture et, sans plan plus précis, que nous étions simplement allés à la découverte du pays. Eh bien après toutes ces années en Haïti et malgré les améliorations sensibles apportées, un tel voyage n’est toujours pas possible ici. Les routes, les hôtels, les restaurants, pour ne nommer que les structures de base dont un touriste a besoin, sont inadéquats, tant en quantité qu’en qualité. La seule location d’une voiture, à environ $200 US par jour, reste une affaire pour les riches — pas pour les touristes qui surveillent leur budget. Les rares vols intérieurs sont chers et, ici encore, réservés aux riches. Quant au transport public routier, il est à déconseillé fortement. Alors dites-moi, à part les touristes en conserve et les gens qui, comme nous, vivent en ce pays, qui pourra-t-on attirer et fidéliser en Haïti?
Je sais que, disant cela, je risque de m’attirer les foudres de quelques amis haïtiens qui vont me dire que j’exagère. Mais je n’exagère en rien. Le pays n’est simplement pas prêt et ne le sera pas avant — osons un chiffre : dix ans. Ce peut être plus; je doute que ce soit moins. Et ce, en autant que des efforts majeurs soient mis dans le développement d’un réseau d’infrastructures adéquates, dois-je le préciser. Incidemment, Frantz Duval en est conscient : «Nous sommes derniers pas seulement parce que nous recevons peu de touristes, mais parce que les conditions ne sont pas réunies pour qu’ils viennent nous visiter en plus grand nombre. Avons-nous trop tôt annoncé notre retour sur le circuit mondial? Mal évalué nos atouts? Péché par orgueil? Joué à la grenouille qui se veut grosse comme un bœuf?»
Non, mon cher Duval, Haïti n’a pas péché par orgueil; juste par naïveté…
mercredi 2 janvier 2013
De fausses idées sur l'insécurité?
Pour tout vous dire, j’avais décidé de vous offrir ce texte en guise de clôture à 2012. Mais je trouvais qu’il n’était peut-être pas de mise de vous parler de choses dures et tristes alors que l’heure était aux réjouissances. Comme ma compagne était tout à fait d’accord avec moi, je me suis abstenu. Mais l’article d’aujourd’hui sur Haiti Libre que mon ami Antonio a suggéré sur son mur Facebook, m’incite à y revenir. Car je crois qu’il faut faire la part des choses.
Qu’on veuille dédramatiser l’insécurité chronique du pays est tout à fait normal. Il semble en effet paradoxal de vouloir développer le tourisme tandis que l’insécurité est décriée partout comme endémique. Mais malgré tous les chiffres qu’on nous avance dans l'article, la situation au pays reste, hélas, catastrophique. Je vous en donne un triste exemple, survenu le 25 décembre ici aux Cayes.
En ce jour de paix et d’amour universel, des bandits ont kidnappé un enfant de 8 ans, ont rançonné les parents pour $150,000 US et voyant que ceux-ci ne pouvaient offrir plus de $25,000, ont torturé l’enfant (bras cassés, langue coupée, yeux crevés) avant de le tuer. Je vous dis ça comme ça, rapide parce que c’est tellement horrible que je veux que vous passiez vite. Mais c’est réellement arrivé. Un enfant de 8 ans. Torturé et mis à mort cruellement. Le jour de Noël. Alors je ne sais pas si ces choses arrivent aussi en Jamaïque ou à Trinidad, mais ici, elles sont assez fréquentes, en fait, de plus en plus fréquentes, notamment en ce qui a trait au kidnapping des jeunes enfants.
Récemment (le 28 décembre dernier), le département d'État américain s’adressait ainsi à ses ressortissants:
"U.S. citizens have been victims of violent crime, including murder and kidnapping, predominantly in the Port-au-Prince area. No one is safe from kidnapping, regardless of occupation, nationality, race, gender, or age. In recent months, travelers arriving in Port-au- Prince on flights from the United States were attacked and robbed shortly after departing the airport. At least two U.S. citizens were shot and killed in robbery and kidnapping incidents in 2012."Tout cela ne signifie rien de bon, vous l’avez compris. Mais c’est la triste réalité, hélas! Alors qu’on s’efforce de redorer le blason haïtien et de minimiser l’impact de cette réelle insécurité en comparant Haïti aux autres pays antillais, je veux bien, mais ne me dites surtout pas que le phénomène n’est pas préoccupant : il l’est. Car comme le message du département américain le dit : personne n’est à l’abri du kidnapping, ni les étrangers que nous sommes (ce qui était pourtant le cas auparavant), ni même les jeunes enfants.
Si bien que je ne peux en tout état de cause, souscrire à l’opinion de l’article d’Haiti Libre, même si j’en comprends la raison d’être. Mais comme je l’ai déjà dit, il y a malheureusement loin de la coupe aux lèvres et malgré le désir de promouvoir le tourisme, il faudra certainement que l’on puisse contenir, voire réduire cette insécurité chronique avant que les touristes s’y frottent car l’effet en serait désastreux.
Je conclus en vous disant ce que je vous ai toujours dit : Haïti n’est pas un pays facile et les défis sont de taille pour que les gens accèdent à ce que l’on considère une qualité de vie acceptable. Et malgré la meilleure volonté du monde, ce n’est pas demain la veille que cela se fera. Mais chaque petit pas vers l’avant reste tout de même un pas dans la bonne direction et je pense qu’il faut s’encourager.
Mais en restant très prudent, tout de même…
samedi 15 décembre 2012
Transat Tours en Haïti?
J’ai lu cet article hier. En ai été saisi. Puis, j’en ai discuté avec ma douce moitié qui en a été saisie elle aussi. J’imagine que Transat Tours a dû analyser la chose en profondeur avant de sortir publiquement avec cette annonce, mais tout de même, pour nous, vu l'état du pays, disons que ça nous laisse sceptiques… J’espère seulement que, comme tous les sceptiques, nous serons confondus par le succès de l’entreprise. Mais pour l'heure, les doutes sont de mise…
J’ai abordé la question du tourisme en Haïti à quelques reprises dans cette chronique. Une dizaine de textes de facture variable. Mais qui reviennent toujours au même leitmotiv : le tourisme peut marcher ici comme partout ailleurs. Pourquoi alors ces réticences vis-à-vis l’annonce de Transat Tours? Simplement parce que ça me semble une affaire de charrue devant les bœufs. Car malgré l’annonce de l’ouverture du Royal Oasis, un hôtel de grande classe à Port-au-Prince, il me semble qu’on va vite. Style «prêt pas prêt, j'y vais!» J'avoue avoir peur que ce soit un peu trop vite et que, comme plusieurs heureuses initiatives, l'essor touristique meure dans l’œuf.
On parle en effet d’une expérience novatrice, destinée aux touristes qui apprécient le mariage «découverte et détente». Détente, à l’hôtel, sur le bord de la piscine, oui, j’y crois. Mais pas ailleurs. Y’a pas de détente à se promener dans ces rues surpeuplées où les scènes du quotidien sont au mieux sources de stress, au pire choquent carrément. Je sais, je sais : vous allez me dire que ça, c’est la partie «découverte ». Je veux bien, mais je ne suis pas sûr… «Ce que nous offrons, ce n'est pas seulement du sun and sand, expliquait jeudi, la porte-parole d'Air Transat, Debbie Cabana, à la suite de l'annonce par le transporteur de ce nouveau forfait. On n'isole pas le touriste. L'idée, c'est de lui faire redécouvrir le pays.» Et plus loin : «Transat se défend bien, avec sa nouvelle formule, de vouloir verser dans le tourisme voyeurisme». Tout ça est bien beau, mais dans la réalité haïtienne, il me semble que ça sonne creux.
Car pour ceux qui ne connaissent pas, Port-au-Prince, la capitale du pays, n’a rien de bien affriolant : rues bondées, circulation difficile à tout moment, odeurs nauséabondes, étalage excessif de pauvreté, sans oublier le risque toujours présent de se faire braquer ou d’être pris dans une fusillade… La capitale, c’est là où l’on va pour affaires et pour nous, c’est bien le seul intérêt qu’on y trouve. Les touristes auront-ils droit à un tour de ville guidé? Je vois mal la chose, mais bon… Quant au voyeurisme, il me paraît bien utopique de croire que l’on peut passer à côté. Tous les touristes sont, par définition, voyeurs. En fait, c’est précisément ce qu’ils veulent : voir. La réalité toute nue, sans filtre. Mais sans risque, n’est-ce pas? Faudrait quand même pas choper une balle perdue ou attraper la typhoïde, hein! Les touristes en auront-ils pour leur argent?
Mais en dépit de mes réserves, ma compagne et moi sommes d’accord qu’à «1,379$ par personne pour une semaine, comprenant hôtels, excursions et deux repas par jour», ce n’est pas si cher, compte tenu qu’un simple aller-retour Montréal—Port-au-Prince peut parfois coûter plus, selon les périodes d'achalandage. Mais il ne faut pas oublier non plus que pour moins de $1,000, on peut trouver, à Cuba ou en République Dominicaine, un tout-inclus les pieds dans le sable... Haïti sera-t-elle à la hauteur? Seul l'avenir le dira...
J'espère seulement que les premiers qui s'y risqueront ne seront pas du type qui, à leur retour, clament bêtement: «Chu t’allé en t’haïti la semaine passée!... On n'a pas trop mal mangé, c’tait pas pire… »
jeudi 26 juillet 2012
Un autre carnaval
![]() |
|
Car, bien évidemment, la question se pose : comment peut-on financer une telle activité — trois jours de bamboche, rien de moins — alors que les finances de l’État ne sont guère reluisantes et que plusieurs services de l’État souffrent encore d'arriérées de salaires majeurs? Comment? Rien de plus simple : on puise dans les coffres et on dégage un petit 65 millions de gourdes (soit 1,5 millions US environ), comme ça. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait tiquer. Et puis entre vous et moi, dites-moi donc quel pays organise deux carnavals à quelques mois d’intervalle, paralysant le pays en obligeant toutes les institutions à fermer boutique pour la période? On affirme que l’activité vise à encourager le tourisme. Je veux bien, mais quelle preuve a-t-on que l'effet désiré se produira? Et d'ailleurs, est-ce vraiment la bonne période? La fin de juillet est chaude, humide, propice aux cyclones, en fait, pas vraiment idéale pour les touristes — les nordiques en tout cas, ce qui explique d’ailleurs pourquoi les voyagistes vendent cette période à rabais. Mais qui sait? Peut-être que la fête contribuera à une relance économique sans précédent dont les touristes auront été les catalyseurs. Peut-être aussi que la fin du monde va se produire le 21 décembre 2012… En un mot, la relance touristique via le carnaval des fleurs, je n'y crois pas. Non. La vraie raison, tout le monde le sait, c'est vraiment pour le président de faire plaisir aux gens de Port-au-Prince, voire de les distraire, sans doute pour qu'ils oublient tout ce qui va mal dans le pays...En tout cas, ça se prépare au Champ-de-Mars...
Certains, non sans ironie, avancent que le président Martelly étant, par définition pourrait-on dire, un homme de spectacle, tout carnaval est bon pour lui. «Il fait ce qu’il sait faire», m’a dit un homme sage et cynique (l’un n’empêchant pas l’autre)… Il n’empêche que de l’avis de plusieurs, notamment dans la presse écrite, Martelly joue ici un jeu dangereux qui pourrait fort bien se retourner contre lui. Surtout si les millions nécessaires à la fête ont été prélevés à même des fonds restreints… Mais bon. Quel homme politique, a fortiori un président, ne fait que des bons coups? Lequel ne subira pas la critique populaire, fondée ou non? Même les meilleurs y passent.
Reste que ce carnaval ne fait pas l’unanimité. D’abord il ne repose sur aucune tradition; ensuite, il coûte cher; certains trouvent que ça ne fait pas très sérieux; d’autres craignent des dérapages sociaux; on dit aussi que la fête risque de porter ombrage au retentissant succès du carnaval du Mardi Gras des Cayes. Bref, ce n’est pas l’éclosion de joie universelle qu’on a vue en février dernier. Qu’en sortira-t-il? Bondye konnen, comme on dit…
Espérons juste que les festivités n’entraveront pas notre voyage vers la capitale, prévu pour à peu près la même époque, validant ainsi ce que je vous ai mentionné dans un texte où je me plaignais de la poisse qui nous poursuit, semble-t-il, quand arrive le moment du départ. Comme si le sort était contre nous… J'espère vraiment que ce n'est pas le cas...
dimanche 15 avril 2012
À la recherche d'un restaurant...
Bon plan aujourd'hui : nous allons à la plage, nous passons quelque temps avec nos amis avant leur départ pour le Québec (qui, souhaitons-le, ne sera pas en état de siège...), nous partageons avec eux un rhum sour pas piqué des vers et nous mangeons au restaurant. Et qu'est-ce que vous dites de ce plan? Pas mal, hein? Sauf à vrai dire dans sa partie restaurant, car c'est là que les choses se gâtent. Bien sûr, la langouste grillée y trône en reine et le plat n'est pas si mal. Mais ce n'est rien pour se péter les bretelles. Même chose du côté du restaurant voisin ou chez l'autre voisin, en fait de tous les côtés : la nourriture et le service laissent à désirer et pourtant, les prix sont tout de même élevés... Ce n'est pas une situation exceptionnelle au pays, mais presque une règle à laquelle seule la capitale échappe : les restaurants (ou les hôtels qui en tiennent lieu) ne sont pas à la hauteur des attentes de gens qui veulent bien manger, pas juste s’empiffrer.
Voyez par vous-même : aux Cayes, troisième ville du pays en importance, on ne trouve pas un seul endroit où il est possible de bien manger. En fait les établissements qui s'annoncent comme restaurants se comptent sur les doigts d'une seule main et ceux qui «valent le détour», comme dirait le guide Michelin, sont simplement inexistants. Pourtant, lorsqu'on voit la quantité d'étrangers qui habitent et travaillent aux Cayes, sans compter une large proportion d'Haïtiens nantis, il est permis de se demander pourquoi.
Réponse logique, même pour ceux ou celles qui n'ont jamais mis les pieds en Haïti : la demande n'est pas là. Les lois du commerce étant régies par cette immuable règle de l'offre et de la demande, rien ne sert d'offrir un produit ou un service dont personne ne veut, pas vrai? Pourtant, je puis vous certifier que nous sommes plusieurs qui apprécieraient de pouvoir bien manger à un restaurant sans avoir l'impression de jeter son argent à la poubelle et je serais très surpris qu'une étude de marché réfute le point. Dès lors, qu'est-ce qui empêche de tels établissements de voir le jour et de prospérer? Il y a plusieurs raisons qui viennent à l'esprit.
D'abord, il faut dire, à la défense des éventuels restaurateurs, que les produits culinaires ne sont pas aisément accessibles et coûtent la peau des fesses, sans compter les pertes dues à la rupture régulière du courant (les frigos et les congélateurs stoppent). Ainsi, le filet de bœuf, qui se prête à bien des combinaisons et qui s'apprête fort bien en steak, ne se trouve qu'à Port-au-Prince! Les fruits de mer, qu'on croirait abondants dans une ville située au bord de la mer, sont souvent introuvables ou de qualité douteuse. Pas facile dans ces conditions de maintenir des stocks adéquats. Puis, il faut dire qu'il n'est pas évident de trouver des cuisiniers ou des cuisinières sachant cuisiner. Ceux qui sont bons sont concentrés à la capitale ou dans des hôtels bien réputés, pas ici aux Cayes. Dès lors, même avec de bons produits, offrir une bonne nourriture reste un défi de taille. Le service, un élément important d'une sortie au restaurant, est médiocre partout où nous sommes passés et pas en raison d'une mauvaise volonté quelconque mais plutôt à cause de l'ignorance et du manque d'entraînement du personnel affecté à cette tâche (exception faite de notre cher Jean-Hubert). En plus et comme si ce n'était pas assez, ce service est toujours d'une lenteur qui mine la patience des plus vertueux. Je sais, je sais : vous allez me dire qu'on ne va pas au restaurant pour se presser, mais tout de même, il y a une limite, croyez-moi... Enfin, les propriétaires, à de rares exceptions près, n'ont pas le souci du client et de ses désirs. Un client satisfait ne vaut pas mieux qu'un client insatisfait puisqu'il paie le même prix en bout de ligne. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur, n'est-ce pas? Et je ne vous parle pas de la propreté des lieux, de la ventilation inadéquate ou du niveau sonore de la télévision, éléments qui ne contribuent guère à vous mettre en appétit...
Tout compte fait, à bien y penser, je pense que nous allons nous contenter du simple rhum sour aujourd'hui...
jeudi 8 mars 2012
Étrange Haïti
WOY! Vous croyez que j’ai fait erreur? Que je voulais écrire «wow», mais que le doigt m’a fourché? Eh bien non. D’abord, considérant la distance sur le clavier entre le W et le Y, c’eût été difficile. Ensuite, parce que je viens de lire l’interjection et l’ai reconnue pour ce qu’elle est, c'est-à-dire une façon bien haïtienne d’exprimer les choses surprenantes ou déroutantes. En fait, l’interjection correspond souvent au «tèt chaje» (tête chargée) qui décrit toute situation délicate ou difficile. Voilà. Maintenant vous savez tout et je sens que votre connaissance du créole s’affine…
Mais ce n’est pas une leçon de créole que je vous présente aujourd’hui, mais bien quelques commentaires sur cet article de Chantal Guy, lequel fait écho à mon dernier texte.
D’abord, est-il nécessaire que le précise aujourd’hui, j’aime les propos de cette dame et j’aime la façon dont elle les dit : sans affectation, sans enjoliver, mais sans sécheresse non plus. On sent qu’elle aime le pays et qu’elle aime venir s’y frotter. D’ailleurs, si vous lisez son texte sur le carnaval, vous admettrez qu’il est visible qu’elle a apprécié, même si elle a trouvé ça assez chaud et complètement fou. Nous, c’est un peu pour ça qu’on s’est éclipsés pour l’événement : la folie collective. Ça s’est bien passé cette fois, mais c’eût pu être assez rock 'n roll et là, je ne parle pas de la danse, soyez-en sûrs.
Mais je reviens à son texte Haïti, île magique. Dont je n’aime pas le titre, soit dit en passant, car il ne correspond à aucune réalité. D’abord, soyons précis : Haïti n’est pas une île, mais bien une partie de la grande île d’Hispaniola qu’elle partage avec la République Dominicaine. Déjà, c’est une particularité digne de mention, car il s’agit ici de la seule île divisée en deux pays dans cette région du globe, peut-être même dans le monde entier (je n’ai pas vérifié). Cette division de l’île repose, bien entendu, sur des conventions historiques qui en disent long sur la perception qu’en avaient les rois de France et d’Espagne... Quant à la qualifier de magique, je ne suis pas vraiment d’accord. Il n’y a pas de magie à des gens qui peinent chaque jour pour trouver à manger pour eux ou pour leur famille; il n’y a pas de magie à subir des pluies torrentielles pour ensuite se faire cuire sous un soleil de plomb; il n’y a pas de magie à un camion sans freins qui fauche une foule comme des quilles sous l’impact d’une boule de bowling. Il n’y a qu’une dure réalité, pas facile pour personne et souvent incompréhensible pour nous les étrangers. D’où, incidemment, la difficulté pour ces étrangers de venir au pays juste pour y faire un tour, comme on irait en République Dominicaine ou ailleurs. Ici — et là, j’abonde dans le même sens que Chantal Guy —, on vient en s’appuyant sur un contact qui connaît le pays et qui dispose de certaines ressources visant à faciliter le séjour. Pour nos récents visiteurs, ce fut nous. Pour d’autres, ce sont les organisations plus ou moins non gouvernementales. Mais le touriste isolé risque de se sentir… isolé! Alors oui, je suis d’accord avec elle quand elle dit : «la meilleure façon de découvrir Haïti, c'est d'être introduit.». C’est ce que nous avons fait avec nos visiteurs : nous les avons introduits; le reste s’est fait tout seul.
Autre chose qu’elle dit et que je trouve conforme à la réalité haïtienne : «Il est d'ailleurs étonnant pour le voyageur habitué aux grands centres urbains de constater à quel point Haïti n'est pas une société "multiculturelle". Il découvrira rapidement ce que signifie être une "minorité visible"». J’ajouterais : bien visible, visible comme blanc sur noir, visible comme le nez au milieu du visage. Dans ce pays, les Blancs sont impossibles à dissimuler, impossibles à assimiler, impossibles à faire passer pour des habitants indigènes. Être blanc de peau ici, c’est être étranger, et assez curieusement, avec plus d’avantages que d’inconvénients. Car les Haïtiens, à tort ou à raison, sont infiniment cléments envers les Blancs en général et pas seulement parce qu’ils nous associent à l’argent. Souvent, c’est tout simplement parce que nous sommes des étrangers, tout simplement. Car une chose est sûre, à part quelques exceptions, les Haïtiens ne sont vraiment pas xénophobes.
Enfin, parlant d’Haïti, Chantal Guy écrit : «Une vie ne suffirait pas à comprendre ses mystères, ses paradoxes et ses absurdités.» Alors là les amis, nous sommes d’accord et pas rien qu’un peu! Car ce qui fait l’exotisme d’Haïti, ce ne sont pas ses plages alléchantes ou ses montagnes luxuriantes, mais bien le peuple et sa façon de vivre. Presque chaque jour, arrive un petit événement qui surprend, qu’on ne comprend pas et qui nous rappelle, mieux que n’importe quel message public, que nous sommes toujours des étrangers dans un pays étrange.
Étrange mais ô combien fascinant...
mardi 6 mars 2012
Ayiti cheri
Vous le savez maintenant, j’aime mieux vous parler des beaux côtés du pays que de sa noirceur. Or, après avoir lu et vu le blogue de notre amie Diane qui revient de Jacmel et dont je vous recommande la lecture, voilà que je tombe sur l’article de Frantz Duval qui réfère à ce clip sur YouTube, lequel est plutôt bien fait, surtout considérant qu’il s’agit d’un travail d’amateur.
Quant à l’article de Duval, il ne tombe pas dans la complaisance et le gratte-bedaine, mais annonce franchement la couleur et dit les choses comme elles sont. Plusieurs détails de l’actualité laissent en effet penser que le mauvais temps pointe à l’horizon et l’auteur le sait fort bien. Mais le pays n’en reste pas moins enchanteur pour autant et le petit clip (4:25 minutes) nous en donne un bel échantillon. Je vous le recommande fortement.
C’est d’ailleurs ce contraste qui est difficile à saisir. D’un côté, le pays merveilleux, avec ses beaux paysages et ses gens chaleureux; de l’autre, des imbroglios politiques interminables et des problèmes sociaux endémiques. Les deux cohabitent et bon, il faut bien le dire, ce n’est pas une cohabitation facile. En d’autres termes, présentement, dans l'état actuel des choses, on ne peut pas avoir l’un sans l’autre et franchement, c’est bien dommage parce que tout le monde, étrangers comme Haïtiens, se passerait volontiers des soubresauts politiques ou sociaux qui secouent sporadiquement le pays. Je l’ai dit et je le répète : il n’y a rien qui empêche Haïti de devenir une destination touristique prisée au même titre que son voisin, la République Dominicaine, ou n’importe quelle autre île de cette partie du monde. Tous les petits pays qui composent les Caraïbes vivent sinon complètement, à tout le moins en grosse partie des revenus du tourisme. Tous, sauf Haïti, bien entendu… Et je vous avoue que c’est triste car tout le monde y gagnerait. Une vraie "win-win situation", comme diraient nos amis américains. Mais nous ne sommes pas encore là…
Pourtant, il suffirait de peu pour que l’engouement des touristes se répande. Quelques visiteurs qui partagent leur expérience haïtienne, un ou deux journalistes qui publient une bonne critique, quelques promoteurs honnêtes et la roue se mettrait à tourner dans le bon sens. Mais pour cela, il faut que les tensions politiques se tassent. C’est une condition essentielle : il faut un minimum de stabilité pour que les gens qui ne connaissent pas le pays puissent y venir et s’y sentent à l’aise. Le reste ira tout seul. Enfin, presque…
Vous allez me dire que vous connaissez la chanson, puisque je vous l’ai déjà chantée à quelques reprises. Mais l’air me plaît et le fond vaut le détour, n’en doutez pas. Et si vous en doutez, eh bien venez vous rendre compte par vous-mêmes et vous verrez si vous n’êtes pas conquis…
Comme le dit si bien mon frérot (celui qui vient de venir nous voir et que je cite ici même si je risque une poursuite pour droits d’auteur) : «J'espère que tout [le brassage politique] restera dans des limites raisonnables, c'est tellement beau là-bas quand les gens sont en paix.»
Que dire de plus? Que dire de mieux?
vendredi 24 février 2012
Séjour à l'Île à Vache
C'est une île splendide. Peu développée, peu peuplée et tropicale à souhait. D'aucuns parleraient de paradis, d'autres, plus pragmatiques, y verraient une opportunité en or d'y développer un tourisme porteur d'or, justement. Est-ce là le sort qui attend l’île? Souhaitons que non. Car pour l’instant, c’est un endroit où il fait bon s’arrêter, histoire de reprendre son souffle. En tout confort, il va sans dire! Il ne s’agit pas ici de souffrir, mais bien de profiter de la vie, de se laisser prendre en charge par un système bien rodé, où tout est mis en place pour que le visiteur se sente bien et puisse couler quelques jours insouciants loin, entre autres, de la frénésie carnavalesque des Cayes…
Couler des jours insouciants alors que Les Cayes était en liesse peut sembler paradoxal à prime abord. Et pourtant, comme dans tous les paradoxes, même si c'est illogique, ce n'en est pas moins réaliste. Ni raisonnable. Certes, le carnaval présente un spectacle haut en couleurs capable d'épater les plus blasés – et je ne parle pas de nous, vous le savez bien. Mais le derrière de la scène est beaucoup moins reluisant, avec ses embouteillages indescriptibles, ses accidents aussi stupides qu'inévitables et ses problèmes logistiques stressants et souvent sans solution. Pour nous qui sommes aux premières loges de cette arrière-scène, nous avions choisi de prendre un petit recul face à l'événement que, de toute manière, les médias, télévision en tête, ont abondamment couvert et qui, selon le bilan provisoire présentement accessible, s’est fort bien déroulé, même sans nous...
J'en reviens donc à l'Île à Vache.
Elle n'est pas très loin des Cayes : à peine une demi-heure en bateau, une charmante balade quand la mer est calme, son état habituel. Et pourtant, en y débarquant, on se sent déjà dans un autre pays. Est-ce la mer, d'une clarté indéniablement tropicale? Est-ce le décor bucolique? Sont-ce les gens, insouciants et tranquilles, qui nous accueillent en souriant? Qu'importe, car la magie opère. On débarque à Port Morgan et l'on se met à marcher le nez en l'air, sans but précis, juste pour le plaisir d'être ici et pas ailleurs. Et commence ce qui sera une succession de moments fluides, régis par la seule annonce des repas qui, buffets obligent, doivent être pris à l'heure. Légère contrainte, s'il en est une, et que nous aurions tort de critiquer, les balises étant nécessaires à toute vie de farniente, et c'est un vieux paresseux qui vous le dit. Les repas, parlons-en. Buffets, soit, mais bien présentés et bien cuisinés (dans l'ordre inverse, en fait). Manger à n'en plus pouvoir, faire un somme pour aider la digestion, suivi d'une trempette dans la piscine ou la mer, selon notre inclination du moment et la journée tire déjà à sa fin. Bref, rien pour se plaindre.
Et pourtant, on ne peut que penser que ce petit coin de paradis reste menacé dans son existence même par la cupidité humaine et la mégalomanie propre aux entrepreneurs de tout acabit. Certains pensent et voient gros. Je vous ai parlé du tourisme en Haïti comme d'une industrie prometteuse, capable de contribuer solidement à faire tourner la machine économique. Mais pas sans discernement. Pas sans compréhension des enjeux environnementaux et humains. Pas sans respect de ce qui est déjà et qui n'a pas besoin d'être «amélioré» pour séduire les visiteurs. En fait, c'est précisément là que se joue l'avenir de l'Île à Vache : entre la quête pour un profit sonnant et le désir de maintenir l'île dans son état original, il doit y avoir un moyen terme, une façon de balancer les enjeux pour que tout le monde – et son père – y trouve son compte.
Quoi qu'il en soit, malgré son avenir incertain, l'Île à Vache reste présentement un endroit où il fait bon venir pour souffler un peu, oublier tous ces petits problèmes qui sont notre lot habituel et, pourquoi pas, échapper au tohu-bohu du carnaval, même s'il a connu un succès au-delà des plans les plus optimistes!
vendredi 10 février 2012
Agréable visite
Il m’est difficile, après ces quelques jours d’absence motivée, de vous entretenir d’autre chose que de la motivation de cette absence, justement, en l'occurrence la visite. Après celle de ma très chère et très tendre amie et de son charmant compagnon, nous avons eu l’honneur et le plaisir de recevoir celle de mon petit frère (en créole ti frè-m) et de sa (nouvelle) compagne. Visite rapide s’il en fut une — à peine une semaine — mais qui nous a comblés d’aise, ma compagne et moi.
C’est que la visite a ceci de particulier qu’elle nous sort de notre petit train-train sans pour autant nous sortir du pays. D’ordinaire, ce n’est qu’à l’occasion de nos propres déplacements à l’étranger que nous pouvons «décrocher», pour employer l’expression courante que tout le monde utilise, mais la visite produit également ce phénomène. Oh! Pas n’importe quelle visite, je le précise! Mais la visite de gens qu’on aime, qu’il nous fait plaisir de recevoir, avec qui nous avons plaisir à partager nous éloigne des petits problèmes qui sont notre lot habituel. Une pause appréciable, donc, et que nous avons su apprécier tout particulièrement au cours de janvier et de cette première semaine de février. Mais la visite, par définition, passe. Et après, l’habituel revient. Comme le chante Ferrat : «Les touristes partis, le village, petit à petit, retrouve face à lui-même sa vérité, ses problèmes… » Eh bien nous aussi. Mais le bain rafraîchissant de la visite nous requinque et nous rend d’attaque pour la prochaine visite, plus formelle celle-là : les patrons...
Mais ce fut une belle petite parenthèse, fort appréciée tant du côté des hôtes que des visiteurs, j’ose le dire. La mer, bien sûr, était au rendez-vous, car pour ces gens du nord qui se les gèlent hardiment en cette cruelle période de l’année, le simple bain de mer dans une eau turquoise est pur délice, j’en témoigne. Et pourtant, elle est bien fraîche à cette époque, la mer…! Mais quand je le souligne, on se moque, alors je m’en abstiens. La mer donc, et la plage qui la sous-tend. Car les deux vont de pair dans ce pays — enfin pas tout le temps, mais assez souvent pour qu’on les associe de près. Or, la plage, à la différence de la mer, c’est tout de même la terre ferme, l’endroit où l’on peut s’asseoir, déguster un rhum-sour (que je ne saurais trop vous recommander) ou une petite bière bien fraîche, lire un bon livre, bavarder sans but précis ou, simplement, observer la mer et son incessant va-et-vient, les pluviers qui dansent sur cette musique océane ou les rameaux des cocotiers qui s’agitent délicatement sous la brise. Tout ça, à l’ombre de préférence, car sous le soleil, l’on cuit bien vite sous cette latitude…
Et puis il y a le spectacle ininterrompu des gens dans la rue qui, pour nous, n’est plus vraiment un spectacle puisque nous le voyons à tous les instants, mais qui, pour nos heureux touristes, ne laisse pas d’étonner. Et on me demande : «Il doit y avoir pas mal d’accidents, non?» Eh bien non. Les gens qui vivent dans la rue sont habitués de la partager avec tout ce qui roule, tout ce qui s’y agite, tout ce qui en fait partie puisque eux-mêmes en font partie. D’ailleurs je vous ai déjà tout dit ça ici dans ce texte, alors je n’en dis pas plus. Mais pour des gens qui goûtent au pays pour la première fois, cette activité citadine étourdit et éblouit tout à la fois. Vivement une petite bière!
Car n’est-ce pas là l’aboutissement de toute activité vacancière? On bouge un peu, on visite un peu, on regarde à gauche et à droite et on finit, presque inexorablement, avec une petite bière bien fraîche à la main, qu’on déguste en y allant de commentaires plus ou moins sérieux.
Il n’en reste pas moins que, si l’on se fie à ces commentaires venant de nos récents visiteurs, Haïti fascine autant qu’il émerveille. Surprend et réjouit l’œil et le cœur. Parfois d’excès, c’est vrai, mais l’excès ici n’est pas toujours un défaut, quoi qu’en dise le proverbe, et on apprend vite à composer avec cette réalité excessive. Mais pour les visiteurs, le bain haïtien provoque quelques frissons, qui de plaisir, qui d’excitation, qui de peur puérile même, et si l’on apprécie d’y tremper pendant quelque temps, on apprécie aussi d’en sortir et de se sécher vigoureusement, voire rigoureusement considérant la nature même de l’hiver en pays nordique…
Eh bien croyez-le ou non, pour nous, c’est exactement l’inverse…
mardi 24 janvier 2012
Les grands départs
Les grands départs, je l’ai déjà dit, sont toujours source de stress. Pour ceux qui les exécutent, bien sûr, mais aussi pour ceux qui restent derrière de même que pour ceux qui attendent en avant. Dans ce cas-ci, nous ne sommes pas les acteurs, mais bien ceux qui restent et qui soupirent de voir cette belle visite lever le camp temporaire qu’ils avaient gentiment établi en nos quartiers haïtiens. Et oui, ça rend triste.
Qu’est-ce que de la belle visite? D’abord, des gens pas compliqués. Des gens qui n’exigent rien et qui sont ouverts aux suggestions. Des gens à la conversation variée et capables de partager leur expérience. Des gens qui aiment et qui savent se faire aimer. Ceux-là nous ont comblés sous tous rapports. Sans jamais se plaindre, ils ont accepté notre rythme de vie, accepté le climat, l’environnement, les gens partout, la cacophonie de la ville et même, ma façon de conduire, bien qu’elle ait été cause de quelques soupirs… Mais je passe. L’essentiel est que ces bonnes gens nous ont permis de vivre deux semaines de presque vacances du seul fait de leur présence. Et nous en sommes bien reconnaissants. Même sous le chaud soleil haïtien, la chaleur humaine a toujours sa place.
Nous voulions leur donner un modeste survol de cette partie du pays que nous habitons et je pense que nous y avons réussi. Certes, il aurait aussi fallu présenter les autres régions, mais compte tenu des distances et de l’état des routes pour couvrir cette distance, nous avons dû nous en abstenir. Une prochaine fois peut-être? Pourquoi pas… Car bien que je prêche souvent pour ma paroisse (le sud du pays), il faut reconnaître que le nord est tout aussi joli et offre même au voyageur une page d’histoire impressionnante sous la forme de la Citadelle, ce château-fort que le roi Christophe - un peu fêlé -, dans un élan d'enthousiasme mégalomaniaque, a fait construire à grands frais… de vies humaines! En tout cas, l’endroit vaut le détour, je vous le garantis. Mais bon, c'est un peu loin... Quant aux plages du nord, elles n’ont pas grand-chose à envier à celles du sud, que je continue de préférer cependant, question justement de préférence personnelle.
Nos visiteurs ont également pu rencontrer certains de ceux, de celles que nous côtoyons ici. Qui sont toutes de fort bonnes personnes, faut-il que je le précise… Somme toute, ils sont venus, ils ont vu, ils ont mieux connu et ils s’en sont allés le cœur content et la mémoire pleine, du moins si on en les croit. Mais quoi qu'il en soit, ce fut bon pour notre moral, je vous le confirme.
Aujourd’hui, c’est le retour à la normale, non sans nostalgie, mais il faut ce qu’il faut n’est-ce pas… Le travail sait attendre, mais sa patience a tout de même des limites, tout le monde sait cela. Alors nous y sommes aujourd’hui avec sinon une énergie accrue, à tout le moins un empressement à faire ce qui était resté en souffrance — mais sans souffrir pour autant — à cause de la visite…! Si bien que les tâches s’exécutent tambour battant, à fond la caisse et la broue dans le toupet!
Tout ça pour vous dire que cette petite parenthèse nous a ragaillardis, enchantés et distraits tout à la fois. Ce n’est tout de même pas rien. En fait, c’est tout à fait appréciable, n'en doutez aucunement!
Et le plus drôle, c’est que ce n’est pas fini, car on en attend encore!...
mardi 17 janvier 2012
Haïti dans ses beaux atours
Certains, certaines auront pu s’étonner de mon silence en ces lieux d’écriture qui me sont devenus si chers. D’autres, plus perspicaces, se souviendront que nous avons de la belle visite, facteur mitigeant s’il en est un. En fait, si je mentais un peu, je pourrais invoquer la présence de ces charmants visiteurs pour justifier mon absence, mais mon honnêteté foncière m’impose de vous dire la vérité : j’ai la flemme. Comme la dernière fois d'ailleurs. Causée par la visite, sans doute, mais ce n’est pas la visite elle-même qui est cause de mon silence : seulement la paresse. Voilà, vous savez tout.
Et puis pour tout vous dire, toutes ces histoires de commémoration de l’anniversaire du fameux et infâme tremblement de terre de 2010 m’agacent un peu. Se souvenir pour mieux s’apitoyer? En ce qui me concerne, j’aime mieux passer. Et oublier, oui. Car de toute façon, se souvenir ne change pas grand-chose à l’Histoire et, à la différence de grands drames comme l’holocauste, ne peut rien changer au futur. Car la terre tremblera encore sans que personne n’y puisse rien. Et le pire, c’est que ça se fera sans crier gare, sans avertissement de l’endroit où le frisson tellurique se fera sentir, alors comme dirait notre humoriste national, «qu’ossa donne?» Tout de même et quoi qu’en disent les alarmistes, compte tenu que le dernier datait de plus de 200 ans, je me dis que nous avons le temps avant le prochain, et sans doute même le temps d’oublier…
Cela dit, je suis content que la presse internationale s’arrête à l’événement. Il me semble qu’on ne parle jamais assez d’Haïti, sinon pour en évoquer la misère et s’en apitoyer. Alors qu’il y a mieux à faire. Car Haïti avance, à petits pas, certes, mais avance tout de même et il faut s’en réjouir et partager ce progrès avec le reste du monde. C'est ça que les médias doivent véhiculer : les choses vont mieux en Haïti, le pays souffle et l’on se prend à espérer et à croire en un demain plus serein.
Ce qui n’empêche nullement de profiter maintenant de ce que le pays offre depuis toujours : paysages remarquables et gens chaleureux et souriants. Incidemment, je vous renvoie à cet article, déjà vieux d’un an, que Chantal Guy avait écrit lors de son passage au pays l’année dernière. Elle écrivait entre autres :
«Le potentiel touristique en Haïti est énorme. Il pourrait révolutionner l'économie du pays. Un seul touriste ici peut aider une dizaine de familles, et cela, sans passer par la charité. Ils n'attendent que ça, être payés pour leurs services, pour leur travail. Et ce tourisme pourrait se développer différemment de la mentalité des complexes de la République dominicaine. Car les richesses d'Haïti dépassent largement les belles plages: c'est une histoire, c'est une culture, c'est un mode de vie, c'est un esprit. Un pays qui n'a rien perdu de son âme, peut-être parce qu'il est depuis très longtemps isolé du reste du monde.»Elle semble avoir compris ce que je m’évertue à vous expliquer. Et elle n’est pas la seule : nos visiteurs, sans doute sceptiques avant leur venue, sont maintenant mieux en mesure d’apprécier ce potentiel qui ne demande qu’à se développer. Reste à savoir si c’est l’œuf qui produira la poule ou le contraire. En termes clairs, certains affirment que ce sont les infrastructures appropriées qui attireront les touristes alors que d’autres soutiennent que ce sont les touristes qui justifieront la mise en place des infrastructures. Personnellement, je crois davantage à cette dernière vision : il faut d’abord que certains touristes moins craintifs, moins dédaigneux et plus ouverts viennent et montrent un intérêt pour ces belles et bonnes choses que le pays peut offrir. Et alors, la roue infrastructurelle pourra se mettre à tourner.
En tout cas nous en avons deux ici (je parle de nos visiteurs, pas de roues) qui, si on les croit, sont plaisamment surpris de ce qu’ils découvrent dans notre coin de pays. Et ma foi, ils ont vraiment l’air sincère…
lundi 9 janvier 2012
Mythes et réalités
L'article que je veux partager avec vous aujourd'hui date en fait de vendredi dernier. Mais j'avais la flemme et pas vraiment le goût de me plonger dans des commentaires qui, peut-être, n'auraient pas vraiment sonné juste. En outre, je venais tout juste de vous produire un petit texte la veille alors je me disais que vous n'étiez pas encore en manque... Enfin, les propos de l'article sont toujours d'actualité et toujours intéressants, surtout pour vous, lecteurs et lectrices, qui vivez loin et qui ne connaissez le pays qu'à travers ce que l'actualité en dit. Or l'actualité, trop souvent hélas, ne voit qu'en surface et juge aussi rapidement que péremptoirement, de sorte que le public est souvent trompé. Je vous l'ai déjà dit et vous savez que je m'élève souvent contre ces affirmations journalistiques fondées sur des visites au pays qui se mesurent souvent en heures. Les journalistes, ne l'oublions pas, sont des employés ou des pigistes qui n'ont qu'une idée, un objectif : vendre leur article à leur employeur ou à un client (dans le cas des pigistes) et gagner leur vie ce faisant. Or, ce qui va bien se vend mal, alors que ce qui va mal se vend très bien. En plus, écrire sur ce qui va mal est nettement plus aisé que son contraire, alors pourquoi chercher à démystifier ce qui est «vendeur»?
Mais les mythes dénoncés dans l'article valent qu'on s'y arrête. Car non seulement l'article remet-il les pendules à l'heure au regard de ces mythes, mais il nous permet de penser que s'il s'en trouve quatre ici, il s'en trouve sûrement d'autres. Je vous en donne quelques-uns plus bas. Mais d'abord, revoyons ensemble ces mythes démystifiés.
L'insécurité est certes le premier et sans doute le plus répandu. Il faut dire que les histoires sordides qu'on nous sert suffisent largement à alimenter l'idée que le pays n'est pas sûr et que la criminalité y fait rage. Et pourtant, selon les données mentionnées dans l'article, rien n'est moins vrai... Puis il y a cette histoire abracadabrante que les pauvres en sont réduits à manger de la terre pour tromper la faim qui les tenaille. Ici encore, si l'on fouille un peu, la vérité apparaît dans une tout autre perspective. Concernant l'épidémie de viols, je ne suis pas si sûr que ce soit un mythe... D'ailleurs, il est mentionné dans l'article que les données manquent pour confirmer ou infirmer l'hypothèse. Mais quoi qu'il en soit, ce n'est rien qui mérite de faire la manchette, comme la nouvelle l'a fait l'année dernière (je crois). Enfin, l'argent de la reconstruction qui disparaît n'est pas un phénomène nouveau : chaque fois que de fortes sommes sont en jeu, il y a forcément un certain pourcentage qui disparaît en fumée, mystérieusement. Mais ce n'est pas une situation qui se limite à Haïti : c'est partout la même chose et je pense qu'il faut être bien naïf pour s'en étonner. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que l'argent promis n'est ni tout dépensé, ni versé en entier et que c'est au fil des projets que l'argent peut être utilisé à bon escient. Bref, ce sont effectivement des mythes, ou si vous préférez, des idées reçues sans critique et sans faits pour les appuyer.
Et je pourrais vous en citer d'autres, par exemple : «Aller en Haïti, c'est s'exposer à tomber malade, peut-être même du choléra»; ou «les mendiants sont agressifs»; ou «les Haïtiens sont tous des voleurs»; ou «tout ce que l'on mange, tout ce que l'on boit est une menace pour la santé», et quoi encore! Mais tout cela est faux. Certes, les pays tropicaux entretiennent des maladies tropicales typiques : malaria, dengue, choléra et autres, mais ce ne sont pas des maladies que l'on attrape si aisément. Le choléra, bien que grave, reste dans les limites du contrôlable et du contrôlé et le spectre de l'hécatombe qu'on a brandi au-dessus de nos têtes l'an dernier était exagéré et relève maintenant du mythe. Quant aux maladies liées à l'eau ou l'alimentation, ici encore, elles se limitent à la traditionnelle diarrhée du voyageur (la turista), une gastroentérite ou un simple empoisonnement alimentaire bénin. Rien pour en faire une maladie!... Quant aux mendiants, ce sont des enfants surtout et comme pour tous les enfants, un peu de fermeté vient rapidement à bout de leur maigre insistance. Il reste les voleurs... Vaut-il la peine de relever cette généralisation odieuse et injuste? Et pourtant, j'avoue l'avoir entendue textuellement, celle-là... Mais bon. Ce sont ces mêmes gens qui vous diront que les Arabes sont tous des terroristes ou que les Noirs sont tous des sales. Parler à ces gens, c'est se salir. Pour ma part, je préfère m'abstenir...
En complément de programme et pour terminer sur une note plus positive, je vous renvoie à cet article (en anglais) qui décrit ce que je suis en train de vous dire de belle façon.
En tout cas, j'ai bien hâte de voir ce qu'en dira notre belle visite...
Libellés :
croyances,
reconstruction,
tourisme,
valeurs haïtiennes
jeudi 8 septembre 2011
Du tourisme déguisé?
Vous le savez maintenant, ce sont souvent mes lectures qui m’inspirent et m’incitent à partager avec vous mes commentaires. L’article ici en est une bonne illustration, ne serait-ce que par son titre. Sa traduction française laisse un peu à désirer, mais est suffisamment proche de l’idée originale pour qu’on comprenne de quoi il retourne : les touristes affluent maintenant en Haïti, même s’ils sont d’un autre genre. Mais sont-ils vraiment d’un autre genre?
En fait, je pense que non. Le tourisme, tout le monde le sait, est d’abord une industrie, une source économique souvent extrêmement rentable, ne serait-ce que parce que les touristes dépensent des sous qu’ils n’ont pas gagnés là où ils vont. L’apport économique n’est donc pas négligeable et Haïti peut en bénéficier autant que n’importe quelle autre contrée dite touristique. Plus même. Cependant, les touristes sont, par définition, exigeants et c’est là le hic : les infrastructures haïtiennes ne sont pas à la hauteur des attentes des touristes moyens. Il y a bien quelques endroits ici et là qui offrent un produit touristique de qualité (hébergement et nourriture convenables, entre autres), mais ils ne sont pas légions. Dès lors, venir en Haïti en touriste implique un certain goût pour l’aventure et pour l’imprévu. Pourtant, le pays a beaucoup à offrir, tant sur le plan géographique (plages, montagnes, mer…) que sur le plan historique ou social. Haïti, selon l’expression consacrée «vaut le détour». Sans le moindre doute. Mais voilà : sans encadrement, venir en visite au pays est difficile, justement à cause de l’absence d’encadrement. Or, ce que font les organisations humanitaires, c’est précisément de fournir cet encadrement, cette logistique de base qui rend le séjour possible : c’est ainsi que sous prétexte de venir «aider» Haïti, on s’offre de petites vacances en pays exotique.
Certains diront que cette forme de tourisme déguisé est malsaine et trompeuse, puisque l’aide humanitaire est censée avoir des motivations beaucoup plus élevées, idéalistes ou… humanitaires quoi! Mais de vous à moi, ce n’est pas toujours le cas. Quand on lit — et je l’ai moi-même écrit — que l’aide humanitaire piétine en Haïti, c’est un constat vérifiable. Ce piétinement est loin de l’efficacité, de l’efficience et de la rentabilité. Les organisations humanitaires — religieuses ou laïques, peu importe ici —, s’appuient toutes sur de grands principes éthiques, notamment l’assistance au prochain, en l’occurrence Haïti-qui-souffre. Mais vous le savez : de la coupe aux lèvres, il y a toujours un bon bout de chemin et il arrive souvent que des intentions louables tombent à plat, érodées par des difficultés quotidiennes sous-estimées. Mais les volontaires affluent tout demême. Viennent aider. Veulent aider. Mais en profitent du même coup pour aller se reposer à la plage ou à l’hôtel quatre étoiles avec piscine limpide et acheter quelques souvenirs comme tout bon touriste qui se respecte. Se donner bonne conscience? Peut-être. Mais peut-être pas. Je pense pour ma part (et je m’appuie sur ma propre expérience) que les volontaires ne cherchent pas nécessairement à se déculpabiliser — après tout, de quoi seraient-ils coupables? — mais veulent plutôt profiter d’une occasion, en l’occurrence l’aide humanitaire, pour s’initier au pays. Voir si c’est vrai ce qu’on en dit : que le pays est merveilleux et ses gens, fascinants. C’est une très bonne chose. Haïti mérite plus que des envois d’argent, de médicaments ou de denrées périssables (!); il faut oser y venir, oser se frotter à son peuple, oser sourire et partager; il faut faire l’effort d’ouvrir l’huître de la misère pour découvrir la perle qu’elle cache, cette fameuse perle des Antilles dont les livres parlent…
Alors si le tourisme doit passer par le moule humanitaire pour s’enclencher, qu’il en soit ainsi. L’important est qu’il se développe. Car mieux que n’importe quelle aide humanitaire, s’il est une industrie capable de relever le pays, c’est bien le tourisme, et je ne suis pas le seul à le croire…
Alors, vous venez quand?
S'abonner à :
Messages (Atom)













