samedi 17 mars 2012

Il n'y a pas de saison heureuse


Une fois de plus, je pars du texte de Frantz Duval, éditorialiste au journal Le Nouvelliste - et dont j'emprunte le titre même -, pour vous signaler une situation que vous ne pouvez pas vraiment imaginer. Nous non plus d'ailleurs, car ce n'est pas la nôtre, sauf que nous l'avons constatée de nos propres yeux, alors il faut bien l'admettre... Dit simplement et c'est là la conclusion de l'article de M. Duval : «Il pleut, ne pleurons pas plus que de raison, la sécheresse n'est pas une meilleure saison.» Misère d'Haïti, de Port-au-Prince tout spécialement, où s'entassent tant bien que mal plus de 3 millions d'habitants dans une ville en grosse partie détruite et pas encore reconstruite, soumise à des intempéries excessives. Un proverbe haïtien résume assez bien le sort du peuple : «Vant vid se mizè, vant plen se traka» (Le ventre vide, c'est la misère, le ventre plein, c'est un tracas). En d'autres termes, on passe aisément en ce pays de Charybde en Scylla, de la sécheresse excessive à la pluie excessive, et les problèmes ne font que changer sans diminuer en intensité. D'où l'article de M. Duval, que je ne saurais trop vous recommander, si vous voulez une belle image de la situation qui prévaut actuellement à Port-au-Prince et que décrit d'ailleurs avec plus de détails et quelques photos cet article.

Car présentement, il pleut. Non, ce n'est pas la saison des pluies et en fait, cette fameuse saison possède des contours si flous qu'elle est vraiment difficile à cerner. En principe, le gros de la pluie est censé tomber en août-septembre, mais il peut aussi pleuvoir des cordes à peu près n'importe quand et lorsqu'il pleut sans discontinuer, ces tonnes d'eau qui s'abattent rendent la vie déjà pénible encore plus difficile, voire précaire. Car oui, on en meurt quelquefois. Pourtant, la pluie tombe depuis toujours, phénomène naturel s'il en est un, alors pourquoi serait-elle source de tracas maintenant plus qu'autrefois? Je dirais les conditions de vie, tout simplement. Elles se sont détériorées depuis le tremblement de terre, je ne vous apprends rien, et les excès de pluie qui transforment les rues et les sentiers en coulées de boue deviennent parfois meurtrières. Mais c'est surtout le désespoir qui, avec la pluie, s'installe à demeure. Ce sentiment que le Ciel s'acharne et qu'on n'y peut rien. La pluie est bénéfique, certes, mais elle est davantage source de problèmes, à commencer par les toits qui coulent et les rues transformées en bourbiers. Le soleil, c'est mieux. D'ailleurs et comme le dit un autre proverbe : «Kay koule tronpe soley men li pa tronpe lapli.» (La maison [dont le toit] coule peut tromper le soleil, mais elle ne trompe pas la pluie). La pluie révèle les défauts d'une armure bien fragile contre ces intempéries excessives... Alors on se résigne et comme toujours, on attend que ça passe... Mais si vous lisez l'article de Frantz Duval – et je vous exhorte à le faire – vous allez comprendre que cette résignation est rendue encore plus difficile à cause du changement d'heure! Je vous l'avais dit dans mon texte précédent et Duval l'exprime aussi : «Cinq heures de la nouvelle heure, rien n'a changé, sinon le rythme de la vie. On se réveille avant les aurores pour affronter le noir, la peur au ventre...» Car oui, il fait noir encore à 5 h, en fait, il fait presque noir encore même à 6 h, alors pour les avantages de la nouvelle heure, ben on repassera... Car la noirceur, source de peur, s'accroît tout comme la peur lorsque la pluie déverse ses torrents et retarde l'arrivée de la lumière...

Conditions de vie difficiles, dites-vous? C'est peu dire. Mais c'est la réalité alors rien ne sert de fermer les yeux pour ne pas la voir...

Aux Cayes, nous avons eu aussi quelques bonnes pluies au cours de la semaine; mais rien pour nous mettre à genoux, rien pour empêcher les activités quotidiennes de s'accomplir. D'où mon commentaire initial que la situation décrite par Duval ne s'applique pas à nous. En tout cas pas encore. C'est un cadeau du Ciel. Qu'il faut apprécier pleinement en attendant qu'il nous tombe sur la tête...

mardi 13 mars 2012

Avancer l'heure


Des fois, on se questionne… On cherche à comprendre le pourquoi des choses. À voir une logique même si elle n’est pas apparente. C'est le propre de tout esprit cartésien. Parfois, cette recherche porte ses fruits et l’on se couche alors moins niais, heureux d’avoir compris quelque chose qu’on ne comprenait pas avant analyse. D’autres fois, même si l’on examine les faits avec soin, on ne comprend toujours pas. C’est le cas du passage à l’heure avancée que le gouvernement haïtien vient de promulguer et qui est entré en vigueur ce dimanche dernier, comme pour vous tous, gens du nord.

Sauf que, pour vous, gens du nord, ce passage est logique et sensé. Certes, les nuits sont toujours plus longues que les jours, et ce, jusqu’à l’équinoxe du printemps à peu près (car comme vous le savez sans doute tous et toutes, l’équinoxe ne correspond pas toujours à l’équilux, n’est-ce pas), laquelle se produira cette année le 20 mars. Par la suite, la durée du jour va croissante et dépasse de beaucoup celle de la nuit. Mais il y a un décalage vers le matin, de sorte qu’à l’heure dite «normale», il ferait jour à 3 h du matin sous nos latitudes nordiques, ce qui est un peu tôt, admettons-le. En ce sens, l’heure avancée est une convention tout à fait sensée qui permet effectivement de profiter d’un maximum de lumière naturelle aux heures qui correspondent aux activités diurnes normales. Mais ici, sous cette latitude, le phénomène n’est pas du tout le même et si les jours s’allongent, leur durée est à peine supérieure à ce que l’on a en plein mois de décembre — au pif comme ça, je dirais environ une heure au total. Alors dites-moi : vaut-il vraiment la peine de changer l’heure pour tenir compte de cette différence? Et l’heure qu’on avance, ne la perd-on pas le matin? En tout cas, c’est bien l’impression que nous avons car depuis dimanche matin, à notre heure habituelle du lever (6 h), c’est encore la nuit, parce que maintenant, à l’heure avancée, 6 h correspond au temps qu’il était à 5 h auparavant. Vous me suivez? Si bien que hier matin, tout le monde se plaignait d’avoir à préparer les enfants pour l’école en pleine noirceur et dites-moi maintenant où est l’avantage. Une heure supplémentaire le soir? Qui s’en soucie? Tout le monde a fini ses activités et se prépare pour la nuit. Car ne l’oublions pas : en Haïti, on se lève et se couche tôt et la journée se passe principalement avant midi. D’où sans doute la raison pour laquelle, dès midi, on dit «bonsoir!» lorsqu’on se salue. Alors l’heure supplémentaire du soir, qu’est-ce qu’on en a à cirer, je vous le demande?

Mais tout le monde le fait, alors pourquoi pas Haïti? C’est en tout cas la seule explication que j’ai pu trouver à l’arrêté présidentiel : imiter les autres. Sauf que les autres ont une raison astronomiquement valable que nous n’avons pas. Bien sûr, on annonce aussi que la mesure vise à faire faire des économies d’énergie au pays, mais ça aussi, ça sent le réchauffé… Car d’abord, l’énergie est distribuée au compte-gouttes, dans ce pays, et ensuite, quand on veut l’économiser, c’est simple : on coupe le courant et le tour est joué!

Mais, comme toujours, malgré quelques protestations bien polies, on s’adapte et on abdique. On se lève à la noirceur, on se débarbouille en vitesse et on attend que le jour se lève dans sa splendeur habituelle.

Au fond, qu’est-ce qui a vraiment changé?

dimanche 11 mars 2012

Échappé belle!


C'est vrai : nous l'avons échappé belle. On a bien cru qu'on allait devoir y passer, mais par une savante concoction politique comme seuls les rusés renards savent les faire, la montagne a fini par accoucher, et tout comme dans la fable, en est sortie une souris. Pfft! Partie en fumée, la manifestation qu'on nous avait annoncée et qui semblait promettre... Surtout que, si vous vous souvenez, je vous avais mentionné cette date du 8 mars comme une date à retenir en tant que jour annoncé d'une autre manifestation pro-Aristide, donc contre le président actuel. Mais rien de tout ça n'est arrivé. Même l'ambassade du Canada nous informait, en après-midi, que le président Martelly ferait une annonce officielle vers les 16h et qu'il fallait se préparer au pire. À Port-au-Prince, c'était la débandade et le sauve-qui-peut de ce que l'on percevait comme le feu à un joli baril de poudre. Mais il n'a pas explosé. Au grand soulagement de tout le monde – tout le monde que nous connaissons à tout le moins –, l'annonce présidentielle a fait taire les forts en gueule au point où ils en ont eu l'air un peu niais. Piégés, les contestataires. Ils ont été eus.

J'avoue avoir été impressionné par cette manœuvre bien fignolée, un peu cabotine certes, mais d'une efficacité redoutable. Le président, sans doute conseillé par des maîtres aux échecs ou au poker, gardait bien ses cartes, laissant planer le doute sur son état civil. Pour ceux et celles parmi vous qui l'ignorent, la loi haïtienne ne permet pas à une personne détenant une double nationalité de briguer une fonction politique quelconque, à plus forte raison la présidence du pays. Or, c'est précisément ce dont on accusait Michel Martelly. Pourtant, alors qu'il eût été bien facile dès le début de dissiper ces doutes, Martelly temporisait et se faisait prier, laissant croire, ce faisant, que son statut n'était pas conforme à la loi. Le coup de théâtre fut donc d'apprendre que le sieur Martelly n'était finalement que citoyen haïtien et que, par conséquent, en aucune façon il ne contrevenait à la loi du pays. Certains, bien entendu, sont loin d'être convaincus. Sont restés sur leur appétit, pour ainsi dire... Mais en vérité, le jeu de Martelly a permis de désamorcer une bombe politique qui, si elle avait éclaté, risquait fort de mettre le pays à feu et à sang. Comme si le pays avait besoin d'une guerre civile en prime...

Évidemment, vous aurez compris que ce n'est qu'un sursis. Les adversaires du président, temporairement déboutés, vont se regrouper et trouver autre chose à clamer ou à réclamer et ça va repartir. Mais l'accalmie s'apprécie, je n'ai pas besoin de vous le dire...

Reste que, sans vouloir faire de politique, on ne peut que s'étonner que les guerres intestines passent avant la reconstruction du pays. Tous ceux à qui j'en ai parlé hochent la tête et soupirent de tristesse à l'idée que le pays pourrait retomber dans l'anarchie parce que des politiciens trop gourmands tirent trop fort sur l'étroite couverture qui abrite le pouvoir de l'État. Et pourtant, c'est là la triste histoire du pays, et elle se poursuit. Inexorablement. Et pourtant, vous le savez maintenant, vous qui me suivez à travers ces écrits, ce pays a tellement à offrir...

En tout cas, l'explosion de violence de jeudi soir n'a pas eu lieu et cela seul compte. Chaque petite victoire de la paix sur la violence doit être comptabilisée minutieusement, car c'est la somme de ces petites victoires qui, en bout de ligne, pourra engendrer une paix assez solide pour résister aux caprices des élus dont la seule ambition est de remplir leur poche ou de s'approprier le pouvoir. Car la paix, c'est le terrain stable sur lequel on peut bâtir. Mais le sol politique d'Haïti est sablonneux, vaseux, poreux, meuble. Pas facile dans ces conditions d'ériger une construction solide, vous l'aurez compris... Pas besoin d'être devin ni expert en macroéconomie pour savoir que le pays va devoir traverser des zones de turbulence au cours des jours, des semaines ou des mois à venir. On peut juste souhaiter que ces turbulences ne soient que passagères et qu'elles demeurent maîtrisables. L'avenir nous le dira.

Une petite prière, avec ça?...


jeudi 8 mars 2012

Étrange Haïti


WOY! Vous croyez que j’ai fait erreur? Que je voulais écrire «wow», mais que le doigt m’a fourché? Eh bien non. D’abord, considérant la distance sur le clavier entre le W et le Y, c’eût été difficile. Ensuite, parce que je viens de lire l’interjection et l’ai reconnue pour ce qu’elle est, c'est-à-dire une façon bien haïtienne d’exprimer les choses surprenantes ou déroutantes. En fait, l’interjection correspond souvent au «tèt chaje» (tête chargée) qui décrit toute situation délicate ou difficile. Voilà. Maintenant vous savez tout et je sens que votre connaissance du créole s’affine…

Mais ce n’est pas une leçon de créole que je vous présente aujourd’hui, mais bien quelques commentaires sur cet article de Chantal Guy, lequel fait écho à mon dernier texte.

D’abord, est-il nécessaire que le précise aujourd’hui, j’aime les propos de cette dame et j’aime la façon dont elle les dit : sans affectation, sans enjoliver, mais sans sécheresse non plus. On sent qu’elle aime le pays et qu’elle aime venir s’y frotter. D’ailleurs, si vous lisez son texte sur le carnaval, vous admettrez qu’il est visible qu’elle a apprécié, même si elle a trouvé ça assez chaud et complètement fou. Nous, c’est un peu pour ça qu’on s’est éclipsés pour l’événement : la folie collective. Ça s’est bien passé cette fois, mais c’eût pu être assez rock 'n roll et là, je ne parle pas de la danse, soyez-en sûrs.

Mais je reviens à son texte Haïti, île magique. Dont je n’aime pas le titre, soit dit en passant, car il ne correspond à aucune réalité. D’abord, soyons précis : Haïti n’est pas une île, mais bien une partie de la grande île d’Hispaniola qu’elle partage avec la République Dominicaine. Déjà, c’est une particularité digne de mention, car il s’agit ici de la seule île divisée en deux pays dans cette région du globe, peut-être même dans le monde entier (je n’ai pas vérifié). Cette division de l’île repose, bien entendu, sur des conventions historiques qui en disent long sur la perception qu’en avaient les rois de France et d’Espagne... Quant à la qualifier de magique, je ne suis pas vraiment d’accord. Il n’y a pas de magie à des gens qui peinent chaque jour pour trouver à manger pour eux ou pour leur famille; il n’y a pas de magie à subir des pluies torrentielles pour ensuite se faire cuire sous un soleil de plomb; il n’y a pas de magie à un camion sans freins qui fauche une foule comme des quilles sous l’impact d’une boule de bowling. Il n’y a qu’une dure réalité, pas facile pour personne et souvent incompréhensible pour nous les étrangers. D’où, incidemment, la difficulté pour ces étrangers de venir au pays juste pour y faire un tour, comme on irait en République Dominicaine ou ailleurs. Ici — et là, j’abonde dans le même sens que Chantal Guy —, on vient en s’appuyant sur un contact qui connaît le pays et qui dispose de certaines ressources visant à faciliter le séjour. Pour nos récents visiteurs, ce fut nous. Pour d’autres, ce sont les organisations plus ou moins non gouvernementales. Mais le touriste isolé risque de se sentir… isolé! Alors oui, je suis d’accord avec elle quand elle dit : «la meilleure façon de découvrir Haïti, c'est d'être introduit.». C’est ce que nous avons fait avec nos visiteurs : nous les avons introduits; le reste s’est fait tout seul.

Autre chose qu’elle dit et que je trouve conforme à la réalité haïtienne : «Il est d'ailleurs étonnant pour le voyageur habitué aux grands centres urbains de constater à quel point Haïti n'est pas une société "multiculturelle". Il découvrira rapidement ce que signifie être une "minorité visible"». J’ajouterais : bien visible, visible comme blanc sur noir, visible comme le nez au milieu du visage. Dans ce pays, les Blancs sont impossibles à dissimuler, impossibles à assimiler, impossibles à faire passer pour des habitants indigènes. Être blanc de peau ici, c’est être étranger, et assez curieusement, avec plus d’avantages que d’inconvénients. Car les Haïtiens, à tort ou à raison, sont infiniment cléments envers les Blancs en général et pas seulement parce qu’ils nous associent à l’argent. Souvent, c’est tout simplement parce que nous sommes des étrangers, tout simplement. Car une chose est sûre, à part quelques exceptions, les Haïtiens ne sont vraiment pas xénophobes.

Enfin, parlant d’Haïti, Chantal Guy écrit : «Une vie ne suffirait pas à comprendre ses mystères, ses paradoxes et ses absurdités.» Alors là les amis, nous sommes d’accord et pas rien qu’un peu! Car ce qui fait l’exotisme d’Haïti, ce ne sont pas ses plages alléchantes ou ses montagnes luxuriantes, mais bien le peuple et sa façon de vivre. Presque chaque jour, arrive un petit événement qui surprend, qu’on ne comprend pas et qui nous rappelle, mieux que n’importe quel message public, que nous sommes toujours des étrangers dans un pays étrange.

Étrange mais ô combien fascinant...

mardi 6 mars 2012

Ayiti cheri


Vous le savez maintenant, j’aime mieux vous parler des beaux côtés du pays que de sa noirceur. Or, après avoir lu et vu le blogue de notre amie Diane qui revient de Jacmel et dont je vous recommande la lecture, voilà que je tombe sur l’article de Frantz Duval qui réfère à ce clip sur YouTube, lequel est plutôt bien fait, surtout considérant qu’il s’agit d’un travail d’amateur.

Quant à l’article de Duval, il ne tombe pas dans la complaisance et le gratte-bedaine, mais annonce franchement la couleur et dit les choses comme elles sont. Plusieurs détails de l’actualité laissent en effet penser que le mauvais temps pointe à l’horizon et l’auteur le sait fort bien. Mais le pays n’en reste pas moins enchanteur pour autant et le petit clip (4:25 minutes) nous en donne un bel échantillon. Je vous le recommande fortement.

C’est d’ailleurs ce contraste qui est difficile à saisir. D’un côté, le pays merveilleux, avec ses beaux paysages et ses gens chaleureux; de l’autre, des imbroglios politiques interminables et des problèmes sociaux endémiques. Les deux cohabitent et bon, il faut bien le dire, ce n’est pas une cohabitation facile. En d’autres termes, présentement, dans l'état actuel des choses, on ne peut pas avoir l’un sans l’autre et franchement, c’est bien dommage parce que tout le monde, étrangers comme Haïtiens, se passerait volontiers des soubresauts politiques ou sociaux qui secouent sporadiquement le pays. Je l’ai dit et je le répète : il n’y a rien qui empêche Haïti de devenir une destination touristique prisée au même titre que son voisin, la République Dominicaine, ou n’importe quelle autre île de cette partie du monde. Tous les petits pays qui composent les Caraïbes vivent sinon complètement, à tout le moins en grosse partie des revenus du tourisme. Tous, sauf Haïti, bien entendu… Et je vous avoue que c’est triste car tout le monde y gagnerait. Une vraie "win-win situation", comme diraient nos amis américains. Mais nous ne sommes pas encore là…

Pourtant, il suffirait de peu pour que l’engouement des touristes se répande. Quelques visiteurs qui partagent leur expérience haïtienne, un ou deux journalistes qui publient une bonne critique, quelques promoteurs honnêtes et la roue se mettrait à tourner dans le bon sens. Mais pour cela, il faut que les tensions politiques se tassent. C’est une condition essentielle : il faut un minimum de stabilité pour que les gens qui ne connaissent pas le pays puissent y venir et s’y sentent à l’aise. Le reste ira tout seul. Enfin, presque…

Vous allez me dire que vous connaissez la chanson, puisque je vous l’ai déjà chantée à quelques reprises. Mais l’air me plaît et le fond vaut le détour, n’en doutez pas. Et si vous en doutez, eh bien venez vous rendre compte par vous-mêmes et vous verrez si vous n’êtes pas conquis…

Comme le dit si bien mon frérot (celui qui vient de venir nous voir et que je cite ici même si je risque une poursuite pour droits d’auteur) : «J'espère que tout [le brassage politique] restera dans des limites raisonnables, c'est tellement beau là-bas quand les gens sont en paix.»

Que dire de plus? Que dire de mieux?

samedi 3 mars 2012

Les eaux de mars


Pour célébrer l’arrivée du mois de mars, le mois associé au printemps en nos contrées nordiques, j’aurais voulu un petit quelque chose de léger, pimpant, printanier quoi! D'où mon titre, incidemment, lequel se rapporte à cette magnifique chanson que vous connaissez peut-être... Mais malgré la présente accalmie, le mois s’annonce chaud. Et je ne parle pas de la température... Déjà, mercredi dernier, nous avons eu droit à une manifestation pour souligner l'anniversaire de la destitution d'Aristide, le 29 février 2004... Oh! Rien de bien violent, cependant, mais tout de même, on a chahuté joliment et on s'en est pris ouvertement au président Martelly, le chouchou tant adulé du peuple depuis sa victoire. Or, d'après la presse américaine, il semble que d'autres manifestations suivront en mars, en fait, on nous annonce même les dates du 8, 18 et 29 mars comme étant à retenir. Le mois sera politique donc, et risque de ne pas être très agréable ni productif...

Mais bon. Il faut s’y attendre. Le pays, depuis l’avènement de Martelly au pouvoir, attend. Attend quoi? Des miracles, bien sûr. Comme si l’homme n’avait qu’à étendre les bras et regarder le ciel pour que les changements tant espérés se produisent et que le pays accède tout à coup au niveau de vie de ses voisins nordiques. Et comme cela ne se produit pas, eh bien on s’impatiente. Et les manipulateurs ont alors beau jeu de jeter un peu d’huile sur cette impatience et d’y mettre le feu, car le feu, vous le savez, purifie et fait place nette. Place nette pour un autre qui ne sera pas mieux, mais qu’on regardera aller pendant quelque temps avant de lui lancer la première pierre… Et tourne la roue…

Mais je ne saurais aller plus loin sans vous citer Frantz Duval et son éditorial dans le Nouvelliste, dont je vous ai déjà rapporté les écrits d'ailleurs :
«La semaine a été chaude. Les nouvelles rudes. Les rumeurs nombreuses. Les faux pas encore plus. Une mauvaise nouvelle chasse l'autre. L'actualité s'essouffle à suivre les trébuchements de nos chefs ou les tentatives d'estocade des hardis. Certains pensent que cette avalanche de gaffes cache une stratégie. D'autres la mettent au crédit d'une équipe experte en devinettes qui compte les œufs dans les entrailles des poules. Du grand n'importe quoi.»

Voilà un petit paragraphe qui résume plutôt bien le début de ce mois sur la scène politique. Et vous avez compris qu'on peut maintenant s'attendre à n'importe quoi. Les hostilités semblent ouvertes, à présent, et les flèches vont voler de tous les côtés. Mais bon. Si l'on attend que ce pays accède à la prospérité et à la stabilité avant de s'y frotter, on risque d'attendre longtemps... Un peu comme si l'on choisissait d'attendre que des palmiers poussent au Québec avant de s'y rendre... Reste à souhaiter que les éventuelles perturbations seront limitées et pas trop dommageables, car de l'avis de plusieurs – incluant le mien –, les choses prenaient du mieux, depuis quelque temps. Est-ce déjà la fin? Souhaitons que non. On s'en reparlera à la fin du mois...

Reste que nous entamons déjà le troisième mois de l'année, qui n'en compte que 12, au cas où vous en douteriez encore. Si bien que une fois ce mois passé, c'est le quart de 2012 qui se sera évaporé... Je ne sais pas pour vous, mais ma compagne et moi en discutions encore ce matin : le temps passe vite! Vite au point où l'on doit déjà commencer à penser aux vacances dont il me semble nous revenons tout juste... Peut-être est-ce à cause de la visite que nous avons reçue en ce début d'année et qui nous a fait sentir en vacances?... Quoi qu'il en soit, il faut commencer à planifier : dates possibles, billets d'avion, location de voiture... Tout est présentement à l'étude et sera conditionnel à la date de la prochaine visite patronale.

D'ici là, nous allons suivre les jours, les semaines et composer avec ce que la vie haïtienne va nous offrir, entre autres, les fabuleuses mangues franciques dont je vous ai parlé antérieurement et qui, cette année tout spécialement, remplissent les arbres (les manguiers je veux dire, au cas où vous vous poseriez des questions). Déjà et bien que la saison ne fasse que débuter, nous nous en délectons, comme quoi les émois politiques n'affectent en rien la régularité de la nature...

C'est quand même rassurant de pouvoir s'appuyer sur une certaine régularité, vous ne trouvez pas, vous autres?

mercredi 29 février 2012

29 février


Je n'avais pas l'intention de vous produire un autre texte à un intervalle si rapproché. Après tout, vous aviez de quoi vous mettre sous la dent avec mon texte d'hier et en outre, cela n'est pas très respectueux des principes de l'apprivoisement tels que le propose St-Exupéry dans le Petit Prince : fréquence et heures régulières sont les conditions requises à cet apprivoisement qu'enseigne le Renard au Petit Prince. Vérifiez et vous verrez. Venir comme ça, à n'importe quelle heure, frapper à votre porte pour vous annoncer un nouveau texte risque de perturber votre petite routine, chose que je ne voudrais faire pour rien au monde... Mais aujourd'hui et une fois encore, il me semble que le jour commande. Non, ce n'est pas une fête, quoique, à bien y penser, il y aurait motif. Car ce jour est tout de même assez spécial, puisqu'il ne se produit qu'aux quatre ans! Bon 29 février donc, et permettez-moi de déblatérer un peu sur le thème.

C'est en lisant le «clin d’œil» de Stéphane Laporte sur Cyberpresse ce matin que j’ai compris toute l’importance que pouvait avoir ce jour. D’ailleurs, beau joueur, je vous le cite : « Les élections devraient toujours avoir lieu le 29 février. Ce serait simple; si on est le 29 février, c’est qu’il y a des élections. » Ça se veut léger, mais il n’en reste pas moins que c’est tout à fait juste voire justifiable. En fait, pour tout événement qui ne se produit qu’aux quatre ou cinq ans, on pourrait aisément le faire coïncider avec ce jour supplémentaire, cette addition au calendrier qui se fait sans personne ne s’en formalise et pourtant…

Minimalement en tout cas, ce devrait être un jour de congé. Universel. Car il s’agit, après tout, d’un rappel des rapports astronomiques de notre planète avec son étoile et des conventions cartésiennes qui ont été établies, il y a bien longtemps, pour s’ajuster le mieux possible à cette réalité astronomique. Car c’est à César, ce bon vieux Julius, qu’on doit ce qui a servi de base à la manière moderne d’introduire ce rectificatif une fois tous les quatre ans à peu près. Oui oui, à peu près, car il y a des exceptions et je vous invite vraiment à consulter la page de Wikipédia pour en savoir plus. C’est vraiment intéressant…

Ce que l’article en français ne relate pas, ce sont les traditions qui ont vu le jour à cause de cette anomalie, entre autres celle qui a donné un délicieux petit film (avec l’excellente Amy Adams dans le rôle principal) au titre de circonstance : Leap Year. C’est en effet à cette occasion que les filles peuvent demander les hommes en mariage… Alors imaginez un peu ce qui peut en sortir…

Il n’empêche : depuis que je tiens ce blogue, c’est la première fois que je peux m’arrêter à cette date et à ce qu’elle signifie. Pas grand-chose socialement, c’est vrai, mais quelle belle occasion de réfléchir un peu sur la complexité d’établir un calendrier qui puisse s’accorder avec la réalité de l’année tropique — et non, ça n’a rien à voir avec les tropiques, enfin pas comme on l’entend habituellement.

Leap Year : une année sautée. Traduction libre et fantaisiste mais j’aime assez. Car pour ceux et celles qui ne le savent pas, dans notre français du Québec, l’adjectif veut aussi dire un peu fou et pourquoi l’année ne le serait-elle pas? Il me semble que ça vaut mieux que l’appellation «année bissextile» qui semble encore trop près d’un rapport avec le sexe, une fois de plus… Mais une fois encore, de Wiki jaillit la lumière...

En tout cas, année bissextile ou Leap Year, un 29 février, ce n’est pas banal et j’en profite pour souhaiter un heureux anniversaire à ceux et à celles dont c’est aujourd’hui le jour. Tu parles d’un spécial!...

mardi 28 février 2012

L'argent et le bonheur


Ce qui suit n’est pas un sujet léger. Mais il est universel, alors je vous en parle. C’est que, comme c’est un peu la tradition à chaque début d’année, nous venons d’octroyer les augmentations de salaire aux employés de notre petit hôpital. Or, cette année, en raison de contraintes extérieures, elles sont modestes. Insuffisantes, en fait. Et surtout, incomprises.

Comme vous le savez maintenant, ma position administrative me place directement entre les patrons et les employés, ce qui ressemble fort à «entre l’arbre et l’écorce» ou, comme les Américains disent "between a rock and a hard place", autrement dit un endroit pas tellement confortable... D’un côté, les employés veulent la lune, de l’autre les patrons veulent bien sacrifier quelques miettes; allez donc contenter tout le monde! Vous me direz que ce n’est pas si différent dans notre grand pays nordique et vous aurez raison. Chez nous, les négociations donnent souvent lieu à de véritables bras de fer où des plumes volent au vent, mais l’on finit toujours par s’entendre. Ici, ce n’est pas la même chose. Nos employés n’étant représentés par aucune entité administrative, c’est un chapeau qui me revient de fait, sinon de droit. Un rôle que les patrons n’apprécient guère et qui laissent les employés sceptiques quant à la qualité de ma représentation, en d’autres termes, je suis perdant sur toute la ligne!

C’est un peu ce qui s’est produit avec les dernières augmentations approuvées par les patrons. L’exercice visait à ne pas dépasser 5% total. Vous allez me dire que ce n’est quand même pas si mal, 5%, et qu’on aurait tort de s’en plaindre. Sauf que ce pourcentage est trompeur car il s’appuie sur un montant réel qui, s’il est trop petit, ne fera pas le poids. Ainsi, pour tous nos employés qui sont au salaire minimum ($150 US par mois), 5% ne font que $7.50 par mois et avouez que ce n’est pas avec ça que vous allez vous envoyer en l’air et faire bombance! Dès lors, comprendre que les employés sont frustrés non pas à cause du pourcentage alloué, mais bien à cause de ce que ce pourcentage signifie en termes d’argent sonnant devient plus facile, voire évident. Eh bien c’est ce qui se passe. Nombreux sont les mécontents et peu importe la façon dont j’arrive à expliquer la chose, le montant de l’augmentation ne grossit pas…

Est-ce à dire qu’il faudrait donner aux employés les salaires qu’ils et elles réclament? Ce serait non seulement difficile financièrement, mais également risqué. Car même en doublant les salaires, tout le monde s’attendrait à une réédition du geste l’année suivante! C’est que les salaires en Haïti sont bas, bien bas, bien trop bas pour un pays où l’on doit payer pour tout et où tout est cher. Croyez-le ou non, gens du nord, le coût de la vie ici est aussi élevé qu’au Canada sinon plus. Alors dites-moi : vous feriez comment, vous, pour joindre les deux bouts avec une famille de quatre enfants d’âge scolaire (l’école n’est pas gratuite) et un salaire de $150 par mois? Moi, je vous le dis en termes simples : c’est impossible. Et pourtant, à force d’imagination, ils y arrivent…

Les augmentations représentent l’espoir. Espoir d’une vie meilleure où la lutte est moins farouche; où l’on peut s’asseoir et reprendre son souffle; où l’on peut voir une petite lueur dans la grande noirceur de ce tunnel qui n’en finit pas. Or, lorsqu’elles sont chiches, l’espoir s’étiole et le coup est dur. Et c’est précisément ce qui s’est passé cette année. Tout le monde a reçu son augmentation, mais paradoxalement tout le monde est dépité, car l’espoir s’est évanoui et il ne reste que la dure réalité d’avoir à composer avec un salaire qui reste toujours, en dépit de quelques dollars de plus, insuffisant.

J’essaie tant bien que mal d’expliquer, de faire valoir qu’une augmentation, si minime soit-elle, vaut mieux que rien du tout, mais on me regarde avec scepticisme et parfois, avec cette tristesse qui me dit, mieux que n’importe quel mot, que je ne comprends rien, moi le nanti.

C’est triste, hein?


vendredi 24 février 2012

Séjour à l'Île à Vache


C'est une île splendide. Peu développée, peu peuplée et tropicale à souhait. D'aucuns parleraient de paradis, d'autres, plus pragmatiques, y verraient une opportunité en or d'y développer un tourisme porteur d'or, justement. Est-ce là le sort qui attend l’île? Souhaitons que non. Car pour l’instant, c’est un endroit où il fait bon s’arrêter, histoire de reprendre son souffle. En tout confort, il va sans dire! Il ne s’agit pas ici de souffrir, mais bien de profiter de la vie, de se laisser prendre en charge par un système bien rodé, où tout est mis en place pour que le visiteur se sente bien et puisse couler quelques jours insouciants loin, entre autres, de la frénésie carnavalesque des Cayes…

Couler des jours insouciants alors que Les Cayes était en liesse peut sembler paradoxal à prime abord. Et pourtant, comme dans tous les paradoxes, même si c'est illogique, ce n'en est pas moins réaliste. Ni raisonnable. Certes, le carnaval présente un spectacle haut en couleurs capable d'épater les plus blasés – et je ne parle pas de nous, vous le savez bien. Mais le derrière de la scène est beaucoup moins reluisant, avec ses embouteillages indescriptibles, ses accidents aussi stupides qu'inévitables et ses problèmes logistiques stressants et souvent sans solution. Pour nous qui sommes aux premières loges de cette arrière-scène, nous avions choisi de prendre un petit recul face à l'événement que, de toute manière, les médias, télévision en tête, ont abondamment couvert et qui, selon le bilan provisoire présentement accessible, s’est fort bien déroulé, même sans nous...

J'en reviens donc à l'Île à Vache.

Elle n'est pas très loin des Cayes : à peine une demi-heure en bateau, une charmante balade quand la mer est calme, son état habituel. Et pourtant, en y débarquant, on se sent déjà dans un autre pays. Est-ce la mer, d'une clarté indéniablement tropicale? Est-ce le décor bucolique? Sont-ce les gens, insouciants et tranquilles, qui nous accueillent en souriant? Qu'importe, car la magie opère. On débarque à Port Morgan et l'on se met à marcher le nez en l'air, sans but précis, juste pour le plaisir d'être ici et pas ailleurs. Et commence ce qui sera une succession de moments fluides, régis par la seule annonce des repas qui, buffets obligent, doivent être pris à l'heure. Légère contrainte, s'il en est une, et que nous aurions tort de critiquer, les balises étant nécessaires à toute vie de farniente, et c'est un vieux paresseux qui vous le dit. Les repas, parlons-en. Buffets, soit, mais bien présentés et bien cuisinés (dans l'ordre inverse, en fait). Manger à n'en plus pouvoir, faire un somme pour aider la digestion, suivi d'une trempette dans la piscine ou la mer, selon notre inclination du moment et la journée tire déjà à sa fin. Bref, rien pour se plaindre.

Et pourtant, on ne peut que penser que ce petit coin de paradis reste menacé dans son existence même par la cupidité humaine et la mégalomanie propre aux entrepreneurs de tout acabit. Certains pensent et voient gros. Je vous ai parlé du tourisme en Haïti comme d'une industrie prometteuse, capable de contribuer solidement à faire tourner la machine économique. Mais pas sans discernement. Pas sans compréhension des enjeux environnementaux et humains. Pas sans respect de ce qui est déjà et qui n'a pas besoin d'être «amélioré» pour séduire les visiteurs. En fait, c'est précisément là que se joue l'avenir de l'Île à Vache : entre la quête pour un profit sonnant et le désir de maintenir l'île dans son état original, il doit y avoir un moyen terme, une façon de balancer les enjeux pour que tout le monde – et son père – y trouve son compte.

Quoi qu'il en soit, malgré son avenir incertain, l'Île à Vache reste présentement un endroit où il fait bon venir pour souffler un peu, oublier tous ces petits problèmes qui sont notre lot habituel et, pourquoi pas, échapper au tohu-bohu du carnaval, même s'il a connu un succès au-delà des plans les plus optimistes!


mercredi 22 février 2012

Puisque c'est mon tour...


Le croirez-vous si je vous dis que j'avais complètement oublié pourquoi ce jour est si important? Hier, conscient que je vous avais mis en veilleuse – le «back-burner» comme disent nos amis américains (et même ceux qui ne le sont pas) et subjugué par le charme bucolique de l'île, je vous ai préparé un petit texte que je comptais bien achever ce matin, après le café, mais à peine éveillé et oyant les souhaits de ma tendre compagne, je dus me rendre à l'évidence : c'était effectivement le jour de mon anniversaire, un jour que je ne peux décemment passer sous silence en ces lieux d'écriture! Donc, pour mes impressions insulaires, faudra patienter un peu. Oh! Pas long, je vous le dis, puisque le texte est virtuellement prêt. Mais le jour commande, n'est-ce pas...

Le jour commande parce qu'il est unique. On naît un jour. Bien sûr, ce jour s'inscrit dans un mois qui fait partie d'une année, mais c'est le jour qui compte. L'heure est encore plus précise – 18h30 pour ma part – mais trop courte pour qu'on puisse la saisir et s'en délecter. Si bien que le jour est tout à fait approprié pour souligner un anniversaire, celui d'une naissance dont les traces se perdent maintenant dans la nuit des temps. En fait et historiquement, c'est le feu de Rimouski qui, l'année précédant ma naissance, a marqué l'Histoire : pas ma naissance, laquelle est sans doute passée assez inaperçue, sauf pour mes parents et leurs proches qui, comme toujours, ont dû s'exclamer devant une inexistante beauté chérubine. Car vraiment, dites-moi sérieusement : un nouveau-né, vous trouvez ça beau, vous autres?  C'est tout plissé, cramoisi et ça fait que dormir ou chialer... Je n'étais sans doute guère mieux... Mais comme j'étais le premier de ceux qui allaient devenir mes frères, j'assume que j'ai eu droit à tous les honneurs de l'acte accompli. Car si «mourir, cela n'est rien» (dixit Brel), naître est tout un accomplissement! Que j'ai réalisé avec brio, m’époumonant pour que le reste du monde sache. En plus et comme je viens de le dire, j'étais le premier, celui qui hérite de la tâche difficile de se frayer un chemin, d'ouvrir la voie pour les éventuels suivants. Sans oser paraphraser Sol, l'un de nos plus grands jongleurs de la langue, je pourrais dire que je suis né nu, phare de mes frères à venir...

Mais une fois né, il ne reste plus qu'à vivre, ce à quoi je me suis adonné avec un plaisir constant et, j'oserais dire, croissant au fil des ans. Aujourd'hui, sonnant les cloches soixante fois pour marquer les années, je suis tenté de les faire sonner ensemble, en une joyeuse cacophonie à l'image de ce que fut ma vie à ce jour. Quant aux chandelles sur le gâteau, oubliez ça. D'abord, du gâteau, je n'en mange plus depuis belle lurette, ayant perdu mon goût pour les sucreries en même temps que s'est développé celui du vin; ensuite, ces bougies qui symbolisent les années passées et qu'on éteint d'un seul souffle, je trouve ça assez morbide, moi! Car quoi : il faut éteindre les années passées? Pour ma part et en bon Québécois de souche, je vous le dis tout net : je me souviens. Et de pas mal de choses que je n'ai pas du tout l'intention de voir s'effacer de ma poche à souvenirs...! Bref, vous avez tout compris : pas de gâteau d'anniversaire pour moi, pas de 60 bougies à souffler en postillonnant partout (y compris et surtout sur le fameux gâteau), mais de bons moments en bonne compagnie dans un décor typiquement associé au paradis, voilà tout. Et si ce n'est pas là le plus beau cadeau qui se puisse offrir et recevoir, je vous demande ce que c'est...

La soixantaine, donc. Certains m'ont averti que c'est cette décennie-là qui fait mal. La trentaine, c'est l'accès au système; la quarantaine, c'est la maturité; la cinquantaine, le tournant; la soixantaine, le début de la vieillesse... Eh bien au risque d'en surprendre, je dirai que j'aime vieillir. C'est un processus qui nous transforme en nous rendant plus ronds, plus polis – je ne parle pas de politesse, là! – moins piquants, moins rudes. Comme la montagne qui vieillit, je perds mes aspérités et me couvre de mousse, voire de forêts. J'étais Rocheuses, je deviens Appalaches. Et je puis vous le dire, à vous tous les jeunots qui me lisez parfois : c'est très confortable.

Tout ça pour vous dire que la journée s'annonce bien. Un congé d'abord (Mercredi des Cendres puisqu'il faut tout vous dire), la fin du carnaval et le retour à la vie (à peu près) normale; quelques heures heureuses de plus dans ce magnifique décor qu'est celui de l'Île à Vache (j'y reviens, j'y reviens, ne soyez pas impatients), un temps radieux tempéré par la brise maritime et la compagnie de ma très chère. Qui oserait demander plus?

Alors oui, aujourd'hui je vieillis. Hier aussi, mais ce n'était pas la même chose hein? Et demain? Ben demain, c'est VRAIMENT loin, alors on verra dans le temps comme dans le temps...!

lundi 13 février 2012

La Saint-Valentin


Le décompte est commencé depuis plusieurs jours déjà, mais cette semaine étant la dernière, la frénésie pré-carnavalesque est maintenant palpable… et tout à fait audible, si l’on n’en devient pas sourd! Aux dires de plusieurs, ce sera infernal, comme dans : digne de l’enfer. Un enfer sonore et humain que, pour notre part, nous tenterons d’esquiver, vu ma peur de l’enfer (reliquat de l’enseignement religieux reçu dans les années soixante) et mon intérêt pour le calme et la tranquillité.

Mais ce n’est pas du carnaval dont je veux vous parler aujourd’hui, mais plutôt d’un sujet qui, je le sais, vous touche tous et toutes, ne serait-ce que par son actualité : la Saint Valentin. Pauvres Valentin! S’ils avaient seulement su!... Vous remarquez bien l’usage du pluriel, n’est-ce pas? C’est que, selon l’Histoire, il n’y a pas moins de trois Valentin, martyrs à part ça, qui pourraient briguer l’honneur d’être à l’origine de la célébration. Des martyrs, tu parles… Mais en lisant plus loin, on se rend vite compte que la fête, comme plusieurs autres d’ailleurs, s’aligne sur une pratique païenne que l’Église ne voyait pas d’un très bon œil : les lupercales. On dit bien que l'hypothèse n'est pas vraiment confirmée, mais mon petit doigt me dit que cela s'inscrit tout à fait dans l'ordre des choses. D'ailleurs, connaissant votre paresse naturelle, je vous cite ici le petit passage que je juge intéressant :
« Le jour de la Saint-Valentin a longtemps été célébré comme étant la fête des célibataires et non des couples. Le jour de la fête, les jeunes filles célibataires se dispersaient aux alentours de leur village et se cachaient en attendant que les jeunes garçons célibataires les trouvent (définition des lupercales). À l’issue de ce cache-cache géant, les couples formés étaient amenés à se marier dans l’année. »
Avouez que ça sent la méchante partie de jambes en l’air, ce jeu-là! Il ne m’est personnellement pas difficile, mais alors pas du tout, de comprendre que l’Église ait voulu récupérer cette pratique libertine et l’anoblir quelque peu. Si bien qu’au Moyen Âge, toujours selon Wikipédia, la fête devient religieuse et s’épure de son libertinage pour devenir romantique, notamment sous la plume de Chaucer, un poète anglais que je ne saurais trop vous recommander. En bout de ligne, l’Église a fini par laisser tomber complètement la célébration de la fête, dont les commerces font, depuis, leurs gorges chaudes. Juste pour vous donner un exemple : le Greeting Card Association américain estime qu’environ 190 millions de cartes de la Saint-Valentin s’échangent à l’occasion de la fête, sans compter les cartes que les élèves produisent en classe. Si l’on inclut ces dernières, le chiffre n’atteint pas moins d’un milliard de cartes! Et je ne compte pas le chocolat, les bijoux, les somptueux repas au restaurant ou les trucs, parfois délirants, en forme de cœur! Y a-t-il une seule once de sincérité là-dedans? Je vous laisse y penser.

Le plus drôle — et c’est précisément là où je voulais en venir — c’est que, même ici, dans ce pays peu consommateur, les cœurs sous forme de cartes ou de boîtes de chocolats abondent maintenant. Les rares étagères des petites épiceries où nous faisons, tant bien que mal, nos provisions hebdomadaires débordent maintenant de toutes ces cochonneries qu’on vend à bon prix et qui n’ont de raison d’être que le profit mercantile. J’avoue que cela m’agace un peu. Ou bien suis-je trop naïf et l’amour de nos jours passe-t-il nécessairement par des chocolats, une carte aux vœux banals ou des bonbons en forme de cœur? Ce serait bien dommage. Et j'ajoute que si vous n'attendez que ce jour pour manifester à l'être cher l'amour que vous lui portez, eh bien c'est quand même un peu triste...

En post-scriptum à ce texte, je vous cite le clin d’œil de Stéphane Laporte : "Économiquement parlant, aujourd'hui est la bonne journée pour casser avec sa blonde ou son chum. .." Preuve, s'il en est besoin, que la Saint-Valentin est d'abord une affaire de consommation...

vendredi 10 février 2012

Agréable visite


Il m’est difficile, après ces quelques jours d’absence motivée, de vous entretenir d’autre chose que de la motivation de cette absence, justement, en l'occurrence la visite. Après celle de ma très chère et très tendre amie et de son charmant compagnon, nous avons eu l’honneur et le plaisir de recevoir celle de mon petit frère (en créole ti frè-m) et de sa (nouvelle) compagne. Visite rapide s’il en fut une — à peine une semaine — mais qui nous a comblés d’aise, ma compagne et moi.

C’est que la visite a ceci de particulier qu’elle nous sort de notre petit train-train sans pour autant nous sortir du pays. D’ordinaire, ce n’est qu’à l’occasion de nos propres déplacements à l’étranger que nous pouvons «décrocher», pour employer l’expression courante que tout le monde utilise, mais la visite produit également ce phénomène. Oh! Pas n’importe quelle visite, je le précise! Mais la visite de gens qu’on aime, qu’il nous fait plaisir de recevoir, avec qui nous avons plaisir à partager nous éloigne des petits problèmes qui sont notre lot habituel. Une pause appréciable, donc, et que nous avons su apprécier tout particulièrement au cours de janvier et de cette première semaine de février. Mais la visite, par définition, passe. Et après, l’habituel revient. Comme le chante Ferrat : «Les touristes partis, le village, petit à petit, retrouve face à lui-même sa vérité, ses problèmes… »  Eh bien nous aussi. Mais le bain rafraîchissant de la visite nous requinque et nous rend d’attaque pour la prochaine visite, plus formelle celle-là : les patrons...

Mais ce fut une belle petite parenthèse, fort appréciée tant du côté des hôtes que des visiteurs, j’ose le dire. La mer, bien sûr, était au rendez-vous, car pour ces gens du nord qui se les gèlent hardiment en cette cruelle période de l’année, le simple bain de mer dans une eau turquoise est pur délice, j’en témoigne. Et pourtant, elle est bien fraîche à cette époque, la mer…! Mais quand je le souligne, on se moque, alors je m’en abstiens. La mer donc, et la plage qui la sous-tend. Car les deux vont de pair dans ce pays — enfin pas tout le temps, mais assez souvent pour qu’on les associe de près. Or, la plage, à la différence de la mer, c’est tout de même la terre ferme, l’endroit où l’on peut s’asseoir, déguster un rhum-sour (que je ne saurais trop vous recommander) ou une petite bière bien fraîche, lire un bon livre, bavarder sans but précis ou, simplement, observer la mer et son incessant va-et-vient, les pluviers qui dansent sur cette musique océane ou les rameaux des cocotiers qui s’agitent délicatement sous la brise. Tout ça, à l’ombre de préférence, car sous le soleil, l’on cuit bien vite sous cette latitude…

Et puis il y a le spectacle ininterrompu des gens dans la rue qui, pour nous, n’est plus vraiment un spectacle puisque nous le voyons à tous les instants, mais qui, pour nos heureux touristes, ne laisse pas d’étonner. Et on me demande : «Il doit y avoir pas mal d’accidents, non?» Eh bien non. Les gens qui vivent dans la rue sont habitués de la partager avec tout ce qui roule, tout ce qui s’y agite, tout ce qui en fait partie puisque eux-mêmes en font partie. D’ailleurs je vous ai déjà tout dit ça ici dans ce texte, alors je n’en dis pas plus. Mais pour des gens qui goûtent au pays pour la première fois, cette activité citadine étourdit et éblouit tout à la fois. Vivement une petite bière!

Car n’est-ce pas là l’aboutissement de toute activité vacancière? On bouge un peu, on visite un peu, on regarde à gauche et à droite et on finit, presque inexorablement, avec une petite bière bien fraîche à la main, qu’on déguste en y allant de commentaires plus ou moins sérieux.

Il n’en reste pas moins que, si l’on se fie à ces commentaires venant de nos récents visiteurs, Haïti fascine autant qu’il émerveille. Surprend et réjouit l’œil et le cœur. Parfois d’excès, c’est vrai, mais l’excès ici n’est pas toujours un défaut, quoi qu’en dise le proverbe, et on apprend vite à composer avec cette réalité excessive. Mais pour les visiteurs, le bain haïtien provoque quelques frissons, qui de plaisir, qui d’excitation, qui de peur puérile même, et si l’on apprécie d’y tremper pendant quelque temps, on apprécie aussi d’en sortir et de se sécher vigoureusement, voire rigoureusement considérant la nature même de l’hiver en pays nordique…

Eh bien croyez-le ou non, pour nous, c’est exactement l’inverse…

mercredi 1 février 2012

Pisse partout


Parti janvier! Pfft! Évanoui dans le passé récent, mais passé tout de même. On savait que ce serait comme ça — la visite nous fait cet effet-là, d’accélérer la perception du temps qui passe — mais tout de même, le mois a vraiment passé vite. Et aujourd’hui, premier jour de février, nous savons que ce mois passera aussi à la vitesse grand V : visite de mon frère, carnaval et visite des patrons, tout ça à la queue-leu-leu, alors c’est vous dire…

Les plus perspicaces auront remarqué combien le passage du temps me fascine et retient mon attention. Je ne m’en sens nullement coupable. J’aime le temps qui passe. J’aime le temps qui se passe bien, genre en bonne compagnie à partager une bonne bouteille ou une conversation intelligente ou les deux à la fois (bien que, disant cela, j’aie noté qu’à la troisième bonne bouteille, parfois même avant, la conversation devient nettement moins intelligente…). Alors oui, je vous en fais mention. Si vous n’appréciez pas, vous pouvez toujours aller voir ailleurs, là où je ne suis pas. Du moins pas encore…

Mais trêve de balivernes. Le sujet du jour est sérieux : l’urine. Non, ce n’est pas une blague. En fait, je puis même vous dire qu’il faut y voir une preuve de plus que le pays progresse dans la bonne direction. C’est d’abord l’article paru sur Haiti Press Network qui a piqué ma curiosité. Or, l’article dépeint une réalité qui s’étend à tout le pays et qui ne lui donne pas tellement bonne presse, disons... Car s’il peut être relativement acceptable d’uriner derrière un arbre à la campagne, le faire contre le pneu d’une voiture garée en pleine ville me semble un peu excessif et, reconnaissons-le, déplacé. Et notez bien que cela vaut autant pour les hommes que pour les femmes, dont la discrétion reste admirable mais qui ne s'en privent pas moins de soulager leur vessie à peu près n’importe où. Certes, on me dira en paraphrasant Corneille que «la vessie a ses raisons que la raison ne comprend pas», mais tout de même, mis à part quelques cas extrêmes, il me semble que l’on peut toujours se retenir jusqu’à ce que l’on trouve une toilette. Mais voilà où le bât blesse : les toilettes publiques sont extrêmement rares, voire inexistantes et si on a la chance d’en trouver, sont trop souvent dans un état de salubrité à couper le souffle et l’envie la plus pressante. Alors que reste-t-il, sinon la rue? Bien sûr, la pratique n’est pas très agréable, ni à la vue ni surtout à l’odorat, mais après tout il s’agit d’un appel naturel auquel il est parfois difficile de résister, convenons-en. La solution, on s’en doute, revient donc à l’État d’installer, dans les villes peuplées, des toilettes publiques en divers endroits et de faire en sorte que ces toilettes soient décemment entretenues. Je pense, pour ma part, que des toilettes publiques payantes pourraient constituer une solution viable. On parle ici d’un petit prix, bien entendu, collecté par une madame ou un monsieur pipi et qui pourrait minimalement payer les services de cette inestimable personne ainsi que les produits de nettoyage. Évidemment, nous n'en sommes pas encore là. Mais le simple fait qu’on mentionne la chose et qu’on s’en offusque dans l'article mentionné ci-dessus me paraît un indéniable signe que la conscience collective s’aiguise. On est dans la bonne direction.

Certes, vous me direz que c’est peu et vous aurez raison. Ce n’est pas demain la veille que le pays disposera de toilettes publiques en quantité suffisante pour répondre aux besoins des citadins. Mais je le répète : le fait qu’on en parle, qu’on s’y arrête, qu’on cherche des solutions me paraît digne de mention, alors je vous le mentionne.

Reste que lorsque l’envie nous prend et que la pression augmente, l’oreille se ferme souvent aux plus raisonnables raisonnements…

dimanche 29 janvier 2012

Le carnaval s'en vient


Je vous avais dit que je vous reviendrais sur le thème des orphelinats. Mais ce ne sera pas aujourd'hui. Comme vous, c'est dimanche, pas le temps de revenir sur un sujet aussi raide et exigeant, tant pour moi qui l'écris que pour vous qui le lisez. En fait et pour tout vous dire, rien qu'à voir le nombre de visiteurs d'une page, on peut aisément déduire de l'intérêt général et de l'aridité du sujet. Donc pas d'orphelinat aujourd'hui.

Aujourd'hui, eh bien c'est dimanche, nous commençons tout juste à nous remettre du départ de notre chère visite de janvier et déjà, il faut se préparer psychologiquement et logistiquement à l'arrivée de la prochaine. Mais c'est une préparation légère puisque cette affaire est personnelle et modeste. On ne peut pas en dire autant de la préparation du carnaval national qui aura lieu cette année les 19-20-21 février prochain. Déjà, je puis vous le dire, ce sera tout un événement. Une grosse affaire. C'est que, pour la première fois dans l'histoire des célébrations de cette fête qu'est le Mardi Gras – la plus importante en Haïti, et ce n'est pas moi qui le dis – l'événement se tiendra ici, aux Cayes, au lieu de Port-au-Prince. Par édit présidentiel, rien que ça. Jusque là, rien à redire, puisqu'il s'agit d'un événement festif qui se déroule dans la joie. Sauf que, après avoir parlé avec des officiels et des responsables de la Croix Rouge cette semaine, on s'aperçoit vite que toute célébration susceptible d'attirer 200,000 personnes supplémentaires (!) en ville risque fort d'engendrer quelques petits problèmes... Circulation, approvisionnements, logistique, évacuation des blessés en cas d'accidents ou d'échauffourées, gestion des foules, bref vous voyez ce que je veux dire... Rien de bien méchant là-dedans – c'est la fête, après tout – mais même une manifestation de joie publique comme celle du carnaval peut mal tourner quand les gens se font piétiner... Donc, on ne sait pas trop comment les choses vont s'articuler, mais on sait que ce sera difficile et le mot est faible sans doute. Or, l'événement, je le répète, est grandiose par nature, et trois jours et trois nuits non-stop, ben ça fait un gros party, disons... En tout cas et comme toujours, on verra.

Il n'empêche qu'il est difficile de ne pas être impressionné par cette volonté populaire de célébrer, surtout lorsque la fête est entérinée par le président lui-même. Comme si la célébration allait vraiment donner le coup d'envoi qu'on attend, celui qui lancera la machine économique à faire de l'argent. «Ayiti dekole, Okay devan» (Haïti décolle, Les Cayes en tête), c'est le thème du carnaval qu'on veut énergique et porteur d'espoir. Mais ici, en ville, personne n'est dupe. Le carnaval emplira certaines poches, oui, mais pas celles qu'on souhaiterait. Seuls ceux ou celles qui auront su se placer les pieds récolteront la manne festive... Mais ce n'est pas là la raison d'être de l'événement, n'est-ce pas? Alors pourquoi s'en plaindrait-on? L'ambition du gouvernement, c'est de faire du carnaval d'Haïti un événement international, comme celui de Rio ou de Québec, qui justement, bat son plein au moment où j'écris ces lignes... Autres latitudes, certes, mais même euphorie carnavalesque, mêmes excès d'alcool et même défoulement collectif. Non, je ne suis pas cynique, mais vous avez compris que je ne suis pas friand de ces manifestations populaires, fussent-elles une simple expression de joie collective. Nous nous contenterons donc d'observer de loin ce qui se passe, tout en souhaitant que les choses restent dans les limites du raisonnable. Et ici, ces limites sont souvent élastiques, alors...

Mais l'effervescence des préparatifs est belle à voir : on met la ville propre, on déplace les étals des marchands, on remplit les trous, on élague les arbres le long des routes qu'empruntera le cortège des chars, bref, on se prépare, et tout ça dans la joie et l'excitation qui accompagnent les fêtes à venir. Et pour nous mettre en appétit, chaque dimanche soir, on nous parade quelques camions à la sono totalement débridée qui annoncent à coup sûr la tempête sonore à venir. Mais c'est mieux qu'un ouragan, hein? En tout cas, c'est ce qu'on se dit... Et puis, il faut bien que je le mentionne, le carnaval nous donne deux jours de congé en prime et qui s'en plaindrait, je vous le demande?

mardi 24 janvier 2012

Les grands départs


Les grands départs, je l’ai déjà dit, sont toujours source de stress. Pour ceux qui les exécutent, bien sûr, mais aussi pour ceux qui restent derrière de même que pour ceux qui attendent en avant. Dans ce cas-ci, nous ne sommes pas les acteurs, mais bien ceux qui restent et qui soupirent de voir cette belle visite lever le camp temporaire qu’ils avaient gentiment établi en nos quartiers haïtiens. Et oui, ça rend triste.

Qu’est-ce que de la belle visite? D’abord, des gens pas compliqués. Des gens qui n’exigent rien et qui sont ouverts aux suggestions. Des gens à la conversation variée et capables de partager leur expérience. Des gens qui aiment et qui savent se faire aimer. Ceux-là nous ont comblés sous tous rapports. Sans jamais se plaindre, ils ont accepté notre rythme de vie, accepté le climat, l’environnement, les gens partout, la cacophonie de la ville et même, ma façon de conduire, bien qu’elle ait été cause de quelques soupirs… Mais je passe. L’essentiel est que ces bonnes gens nous ont permis de vivre deux semaines de presque vacances du seul fait de leur présence. Et nous en sommes bien reconnaissants. Même sous le chaud soleil haïtien, la chaleur humaine a toujours sa place.

Nous voulions leur donner un modeste survol de cette partie du pays que nous habitons et je pense que nous y avons réussi. Certes, il aurait aussi fallu présenter les autres régions, mais compte tenu des distances et de l’état des routes pour couvrir cette distance, nous avons dû nous en abstenir. Une prochaine fois peut-être? Pourquoi pas… Car bien que je prêche souvent pour ma paroisse (le sud du pays), il faut reconnaître que le nord est tout aussi joli et offre même au voyageur une page d’histoire impressionnante sous la forme de la Citadelle, ce château-fort que le roi Christophe - un peu fêlé -, dans un élan d'enthousiasme mégalomaniaque, a fait construire à grands frais… de vies humaines! En tout cas, l’endroit vaut le détour, je vous le garantis. Mais bon, c'est un peu loin... Quant aux plages du nord, elles n’ont pas grand-chose à envier à celles du sud, que je continue de préférer cependant, question justement de préférence personnelle.

Nos visiteurs ont également pu rencontrer certains de ceux, de celles que nous côtoyons ici. Qui sont toutes de fort bonnes personnes, faut-il que je le précise… Somme toute, ils sont venus, ils ont vu, ils ont mieux connu et ils s’en sont allés le cœur content et la mémoire pleine, du moins si on en les croit. Mais quoi qu'il en soit, ce fut bon pour notre moral, je vous le confirme.

Aujourd’hui, c’est le retour à la normale, non sans nostalgie, mais il faut ce qu’il faut n’est-ce pas… Le travail sait attendre, mais sa patience a tout de même des limites, tout le monde sait cela. Alors nous y sommes aujourd’hui avec sinon une énergie accrue, à tout le moins un empressement à faire ce qui était resté en souffrance — mais sans souffrir pour autant — à cause de la visite…! Si bien que les tâches s’exécutent tambour battant, à fond la caisse et la broue dans le toupet!

Tout ça pour vous dire que cette petite parenthèse nous a ragaillardis, enchantés et distraits tout à la fois. Ce n’est tout de même pas rien. En fait, c’est tout à fait appréciable, n'en doutez aucunement!

Et le plus drôle, c’est que ce n’est pas fini, car on en attend encore!...

samedi 21 janvier 2012

Orphelinats


Pour on ne sait quelle raison, il est question d’orphelinats, ces temps-ci. L’article du Nouvelliste ici et cet autre là font état des préoccupations locales, tandis que celui de Cyberpresse met en relief un autre aspect du problème.

Il faut dire que les orphelinats pullulent en Haïti, spécialement depuis le tremblement de terre, il va sans dire. Comme il arrive souvent, les enfants n’étaient pas nécessairement en compagnie de leurs parents, à l’heure du séisme, et certains ont survécu là où les parents sont disparus sous les décombres. D’où l’explosion du nombre d’enfants dans ces endroits qu’on désigne sous le nom d’orphelinats. Or, ces structures sociales ne sont pas d’égale qualité et plusieurs sont même douteuses, tant dans leur fonctionnement administratif que dans le soutien apporté aux enfants. Vous me direz que ce n’est certes pas l’apanage d’orphelinats d’opérer dans des paramètres administratifs flous et vous aurez raison : des écoles, des hôpitaux et de nombreux projets humanitaires fonctionnent parfois aussi avec plus ou moins de rigueur pour des résultats douteux. C’est le propre d’un pays en reconstruction, je pense. On ne peut pas toujours s’arrêter à des principes éthiques ou techniques quand on veut sauver le monde, n’est-ce pas… Il n’en reste pas moins que les orphelinats poussent ici comme des champignons et certains, j’ose le dire, sont probablement aussi vénéneux. Que l’État réagisse en fermant quelques établissements semble dès lors tout à fait logique et sensé et on ne peut qu’approuver cet effort d’épuration des mauvais champignons. Sauf que, bien malheureusement, ce sont les enfants qui en font les frais...

Le cas de Jacqueline Lessard est une autre affaire. Désolée de voir son orphelinat détruit, elle a eu le malheur (le bonheur en fait) de plaider sa cause auprès du public québécois, lequel est très généreux pour des causes comme ça (et non, ce n’est pas moi qui le dis). Conséquence, pas mal d'argent, une fondation, des principes administratifs plus rigides et des comptes à rendre, rien de ce que voulait Mme Lessard (sauf l'argent, bien sûr)! Est-ce à dire que son orphelinat détournait les fonds institutionnels à des fins personnelles? Pas nécessairement et pour ma part, je ne le crois pas. Mais une fondation doit opérer dans la transparence et ouvrir ses livres à qui veut les consulter. Or, quand on n’a pas de livres, disons que ça augure mal…

Par ailleurs, il est vrai qu’en Haïti, plusieurs transactions financières se font en argent sonnant, sans papier, sans facture, sans fiche, bref, sans traces. Ce qui ne veut pas dire que ce soit malhonnête : l’on marchande pour une douzaine de chaises, disons, et l’on paie le prix convenu en se serrant la main. Rien de tordu là-dedans. Sauf que dans nos pays, nous sommes tellement habitués à ces preuves tangibles des transactions que sont les coupons de caisse, les chèques, les reçus, les relevés de cartes de crédit et j’en passe, qu’il nous est difficile de ne pas associer les transactions en argent comptant à un commerce illicite ou croche, une pratique inacceptable pour une fondation qui se veut limpide et digne de foi. C’est bien dommage. Car en vérité, même pour une organisation, il est parfois difficile de fournir toutes les pièces justificatives qui, en principe, doivent étayer les rapports comptables. Notre petit hôpital ne fait pas exception et souvent, il nous faut composer avec la réalité de transactions faites de main à main, en argent sonnant. Mais si l'on s'astreint à entrer la dépense sur une feuille de route, la comptabilité peut alors s'effectuer à peu près normalement et c'est le système que nous utilisons, avec succès, je le dis sans fausse modestie.

Mais j'en reviens aux orphelinats : autant il s'agit là d'une institution essentielle composée de nombreux établissements étalés dans le pays, autant c'est une institution qui me paraît d'une gestion délicate et aisément discutable. Car toutes les manières de faire s'y retrouvent. De là à s'en sentir concerné, il n'y a qu'un pas, surtout lorsqu'on est donateur...

Et pourtant, les enfants, ces enfants sans famille, qu'est-ce qu'ils en ont à cirer des contraintes administratives?


mardi 17 janvier 2012

Haïti dans ses beaux atours


Certains, certaines auront pu s’étonner de mon silence en ces lieux d’écriture qui me sont devenus si chers. D’autres, plus perspicaces, se souviendront que nous avons de la belle visite, facteur mitigeant s’il en est un. En fait, si je mentais un peu, je pourrais invoquer la présence de ces charmants visiteurs pour justifier mon absence, mais mon honnêteté foncière m’impose de vous dire la vérité : j’ai la flemme. Comme la dernière fois d'ailleurs. Causée par la visite, sans doute, mais ce n’est pas la visite elle-même qui est cause de mon silence : seulement la paresse. Voilà, vous savez tout.

Et puis pour tout vous dire, toutes ces histoires de commémoration de l’anniversaire du fameux et infâme tremblement de terre de 2010 m’agacent un peu. Se souvenir pour mieux s’apitoyer? En ce qui me concerne, j’aime mieux passer. Et oublier, oui. Car de toute façon, se souvenir ne change pas grand-chose à l’Histoire et, à la différence de grands drames comme l’holocauste, ne peut rien changer au futur. Car la terre tremblera encore sans que personne n’y puisse rien. Et le pire, c’est que ça se fera sans crier gare, sans avertissement de l’endroit où le frisson tellurique se fera sentir, alors comme dirait notre humoriste national, «qu’ossa donne?» Tout de même et quoi qu’en disent les alarmistes, compte tenu que le dernier datait de plus de 200 ans, je me dis que nous avons le temps avant le prochain, et sans doute même le temps d’oublier…

Cela dit, je suis content que la presse internationale s’arrête à l’événement. Il me semble qu’on ne parle jamais assez d’Haïti, sinon pour en évoquer la misère et s’en apitoyer. Alors qu’il y a mieux à faire. Car Haïti avance, à petits pas, certes, mais avance tout de même et il faut s’en réjouir et partager ce progrès avec le reste du monde. C'est ça que les médias doivent véhiculer : les choses vont mieux en Haïti, le pays souffle et l’on se prend à espérer et à croire en un demain plus serein.

Ce qui n’empêche nullement de profiter maintenant de ce que le pays offre depuis toujours : paysages remarquables et gens chaleureux et souriants. Incidemment, je vous renvoie à cet article, déjà vieux d’un an, que Chantal Guy avait écrit lors de son passage au pays l’année dernière. Elle écrivait entre autres :
«Le potentiel touristique en Haïti est énorme. Il pourrait révolutionner l'économie du pays. Un seul touriste ici peut aider une dizaine de familles, et cela, sans passer par la charité. Ils n'attendent que ça, être payés pour leurs services, pour leur travail. Et ce tourisme pourrait se développer différemment de la mentalité des complexes de la République dominicaine. Car les richesses d'Haïti dépassent largement les belles plages: c'est une histoire, c'est une culture, c'est un mode de vie, c'est un esprit. Un pays qui n'a rien perdu de son âme, peut-être parce qu'il est depuis très longtemps isolé du reste du monde.»
Elle semble avoir compris ce que je m’évertue à vous expliquer. Et elle n’est pas la seule : nos visiteurs, sans doute sceptiques avant leur venue, sont maintenant mieux en mesure d’apprécier ce potentiel qui ne demande qu’à se développer. Reste à savoir si c’est l’œuf qui produira la poule ou le contraire. En termes clairs, certains affirment que ce sont les infrastructures appropriées qui attireront les touristes alors que d’autres soutiennent que ce sont les touristes qui justifieront la mise en place des infrastructures. Personnellement, je crois davantage à cette dernière vision : il faut d’abord que certains touristes moins craintifs, moins dédaigneux et plus ouverts viennent et montrent un intérêt pour ces belles et bonnes choses que le pays peut offrir. Et alors, la roue infrastructurelle pourra se mettre à tourner.

En tout cas nous en avons deux ici (je parle de nos visiteurs, pas de roues) qui, si on les croit, sont plaisamment surpris de ce qu’ils découvrent dans notre coin de pays. Et ma foi, ils ont vraiment l’air sincère…

lundi 9 janvier 2012

Mythes et réalités


L'article que je veux partager avec vous aujourd'hui date en fait de vendredi dernier. Mais j'avais la flemme et pas vraiment le goût de me plonger dans des commentaires qui, peut-être, n'auraient pas vraiment sonné juste. En outre, je venais tout juste de vous produire un petit texte la veille alors je me disais que vous n'étiez pas encore en manque... Enfin, les propos de l'article sont toujours d'actualité et toujours intéressants, surtout pour vous, lecteurs et lectrices, qui vivez loin et qui ne connaissez le pays qu'à travers ce que l'actualité en dit. Or l'actualité, trop souvent hélas, ne voit qu'en surface et juge aussi rapidement que péremptoirement, de sorte que le public est souvent trompé. Je vous l'ai déjà dit et vous savez que je m'élève souvent contre ces affirmations journalistiques fondées sur des visites au pays qui se mesurent souvent en heures. Les journalistes, ne l'oublions pas, sont des employés ou des pigistes qui n'ont qu'une idée, un objectif : vendre leur article à leur employeur ou à un client (dans le cas des pigistes) et gagner leur vie ce faisant. Or, ce qui va bien se vend mal, alors que ce qui va mal se vend très bien. En plus, écrire sur ce qui va mal est nettement plus aisé que son contraire, alors pourquoi chercher à démystifier ce qui est «vendeur»?

Mais les mythes dénoncés dans l'article valent qu'on s'y arrête. Car non seulement l'article remet-il les pendules à l'heure au regard de ces mythes, mais il nous permet de penser que s'il s'en trouve quatre ici, il s'en trouve sûrement d'autres. Je vous en donne quelques-uns plus bas. Mais d'abord, revoyons ensemble ces mythes démystifiés.

L'insécurité est certes le premier et sans doute le plus répandu. Il faut dire que les histoires sordides qu'on nous sert suffisent largement à alimenter l'idée que le pays n'est pas sûr et que la criminalité y fait rage. Et pourtant, selon les données mentionnées dans l'article, rien n'est moins vrai... Puis il y a cette histoire abracadabrante que les pauvres en sont réduits à manger de la terre pour tromper la faim qui les tenaille. Ici encore, si l'on fouille un peu, la vérité apparaît dans une tout autre perspective. Concernant l'épidémie de viols, je ne suis pas si sûr que ce soit un mythe... D'ailleurs, il est mentionné dans l'article que les données manquent pour confirmer ou infirmer l'hypothèse. Mais quoi qu'il en soit, ce n'est rien qui mérite de faire la manchette, comme la nouvelle l'a fait l'année dernière (je crois). Enfin, l'argent de la reconstruction qui disparaît n'est pas un phénomène nouveau : chaque fois que de fortes sommes sont en jeu, il y a forcément un certain pourcentage qui disparaît en fumée, mystérieusement. Mais ce n'est pas une situation qui se limite à Haïti : c'est partout la même chose et je pense qu'il faut être bien naïf pour s'en étonner. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que l'argent promis n'est ni tout dépensé, ni versé en entier et que c'est au fil des projets que l'argent peut être utilisé à bon escient. Bref, ce sont effectivement des mythes, ou si vous préférez, des idées reçues sans critique et sans faits pour les appuyer.

Et je pourrais vous en citer d'autres, par exemple : «Aller en Haïti, c'est s'exposer à tomber malade, peut-être même du choléra»; ou «les mendiants sont agressifs»; ou «les Haïtiens sont tous des voleurs»; ou «tout ce que l'on mange, tout ce que l'on boit est une menace pour la santé», et quoi encore! Mais tout cela est faux. Certes, les pays tropicaux entretiennent des maladies tropicales typiques : malaria, dengue, choléra et autres, mais ce ne sont pas des maladies que l'on attrape si aisément. Le choléra, bien que grave, reste dans les limites du contrôlable et du contrôlé et le spectre de l'hécatombe qu'on a brandi au-dessus de nos têtes l'an dernier était exagéré et relève maintenant du mythe. Quant aux maladies liées à l'eau ou l'alimentation, ici encore, elles se limitent à la traditionnelle diarrhée du voyageur (la turista), une gastroentérite ou un simple empoisonnement alimentaire bénin. Rien pour en faire une maladie!... Quant aux mendiants, ce sont des enfants surtout et comme pour tous les enfants, un peu de fermeté vient rapidement à bout de leur maigre insistance. Il reste les voleurs... Vaut-il la peine de relever cette généralisation odieuse et injuste? Et pourtant, j'avoue l'avoir entendue textuellement, celle-là... Mais bon. Ce sont ces mêmes gens qui vous diront que les Arabes sont tous des terroristes ou que les Noirs sont tous des sales. Parler à ces gens, c'est se salir. Pour ma part, je préfère m'abstenir...

En complément de programme et pour terminer sur une note plus positive, je vous renvoie à cet article (en anglais) qui décrit ce que je suis en train de vous dire de belle façon.

En tout cas, j'ai bien hâte de voir ce qu'en dira notre belle visite...

vendredi 6 janvier 2012

Les Fêtes sont finies


Vous croyez que je vais encore vous parler de l’Éphiphanie, eh bien vous vous trompez. Certes, c’est le bon jour. Et oui, c’est une fête religieuse importante, même si plus personne ne la célèbre. Pas en grandes pompes, en tout cas… Sans doute tout le monde a-t-il atteint son quota de fêtes et de célébrations… C’est bien amusant, comme ça, une fois de temps à autre, mais à la longue on s’en lasse et on aspire au retour à la normale, business as usual, comme disent nos voisins du nord.

L’année débute dans le calme. En fait, la nouvelle dont tout le monde parle présentement, c’est l’annonce du président Martelly concernant le carnaval du Mardi Gras (19-21 février prochain), lequel se tiendra… aux Cayes! Tout le monde s’en réjouit, mais tout le monde admet que ce sera l’enfer! Car on parle ici des célébrations nationales qui, traditionnellement, ont toujours lieu à la capitale. Il s’agit donc d’une première et bon, c’est assez excitant pour qu’on ne parle que de ça, même si l’événement n’aura lieu que dans plus d’un mois! Et ça, pour une fête, c'en est tout une! En fait, on dit du Mardi Gras que c'est la fête la plus importante du pays, c'est vous dire... Mais nous n'en sommes pas encore là.

Quant au reste, eh bien j’ai le sentiment que le message général en est un qui veut aller de l’avant, comme l’illustre fort bien ce texte joliment ficelé de Franz Duval dans le Nouvelliste. Je vous l’ai dit au moins cent fois : les Haïtiens ne sont pas défaitistes, mais plutôt fatalistes. Quand le malheur frappe, ils crient, ils pleurent, ils se plaignent à s’époumoner, mais après on tourne la page et on s’ajuste à la nouvelle réalité. C’est un peu ce que l’auteur invite les gens à faire, deux ans après le séisme historique : tourner la page et aller de l’avant. J’aime particulièrement ce passage :
«Nous devons prendre exemple sur les plus faibles d'entre les faibles, ceux qui avant comme après le tremblement de terre n'avaient rien. Aujourd'hui, ils ont une tente qu'ils rafistolent pour se protéger du froid ou des prochaines pluies. Ils ont trouvé un lopin de terre pour ériger une nouvelle cité improbable. Ils luttent et vivent. Vivent parce qu'ils luttent. » 
Évidemment, vous aurez reconnu, à peine altérés, les propos de Victor Hugo que je vous ai d’ailleurs rapportés en 2011, mais il faut bien admettre qu’ils trouvent ici tout leur sens. Lutter, non pas pour vaincre mais simplement pour ne pas perdre. Il me semble que comme message d’espoir, c’est bien. Ça sonne juste. Et ça augure bien pour le reste de l’année…

Mais bien sûr, tout peu changer, aussi rapidement que le temps qu’il fait. Lequel a d’ailleurs été exceptionnellement frais ces derniers jours, avec du vent comme on en souhaiterait tant en juillet ou en août... Tout le monde s’en est plaint, bien entendu, mais aujourd’hui déjà, le «temps normal» est revenu et le vent est tombé (présentement, il fait 31° C au thermomètre), alors tout baigne.

Tout cela pour vous dire que janvier et l’année 2012, par le fait même, débutent bien. Et le prochain enchaînement — notre belle visite — devrait permettre de poursuivre sur cette lancée, de sorte qu’on sera prêts à entamer février, lui aussi sous l’étendard de la visite, familiale cette fois. Mais je vous en reparle en temps et lieu. Pour l’instant, c’est vendredi et vivement la bière glacée…

mardi 3 janvier 2012

Bonne Année tout le monde!


Trois janvier déjà! On dit que le 3 fait le mois, sera-ce sous le signe de la vitesse que passera ce mois? Il y a fort à parier que oui. Commencer l'année en grande vitesse me paraît un peu casse-cou cependant, et j'espère que nous pourrons reprendre un rythme moins soutenu au fil du temps. Mais pour que le champagne mousse bien, pour qu'il produise ses petites bulles en bonne quantité, il faut la pression à l'intérieur de la bouteille. C'est la pression qui, relâchée, donne toute l'effervescence de cet élixir festif : sans pression, pas de bulles... Alors un petit stress comme ça, à la veille ou presque de l'arrivée tant attendue de notre belle visite, c'est comme une condition nécessaire à la présence de bulles lorsque l'événement se concrétisera. Et ça s'en vient vite... Je vous en reparlerai, n'en doutez pas.

Pour l'instant, l'année débute et ma foi, mis à part nos chers adventistes qui ont mis le volume un peu fort dans la première nuit de l'année, tout s'est passé sous le signe de la PAIX et de l'harmonie. On sait bien que les gens ordinaires ont eu pas mal de misère à joindre les deux bouts – ils en ont tout le temps – mais l'ambiance était à la fête, les gens étaient contents et tous ont célébré comme il convenait la fête de l'Indépendance du pays (le 1er) et celle des Ancêtres (le 2), la première traditionnellement associée à la soupe joumou. Non, je ne vous en donne pas la recette, mais grosso modo, il s'agit d'une purée de courge à laquelle on ajoute de la viande et des légumes et dont la composition varie passablement d'une famille à l'autre. C'est excellent. Et une tradition séculaire, puisqu'on en fait remonter la tradition à l'indépendance haïtienne.

Pour nous, pas de soupe joumou, mais de la dinde, laquelle est aussi une tradition du temps des Fêtes en ce pays qui nous a vu naître. Mais de vous à moi, une dinde, même modeste, c'est de la viande, ça mes amis! De sorte que le menu pour les trois prochaines semaines est maintenant tout tracé d'avance!...

Pas grand nouveau en ce début d'année donc, mais quelques situations préoccupantes, moins sur la scène nationale que sur celle internationale. Personnellement et bien que je n'y comprenne pas grand-chose, je n'aime pas tellement ce combat de coqs entre l'Iran et les USA, car comme tous les combats de coqs, le vainqueur en sort souvent aussi amoché que le vaincu... Ce n'est pas une situation à prendre à la légère et je ne suis pas le seul à le croire : la question du jour de Cyberpresse nous interroge : «Croyez-vous que l'Iran entrera en guerre avec l'Occident cette année?» La majorité des réponses affirmatives en disent long sur la perception des gens comme vous et moi... On veut bien être optimiste, mais pas sans réalisme. L'avenir nous donnera tort ou raison, mais je le redis : présentement, c'est préoccupant.

Heureusement, dans le pays, ça ne va pas trop mal (pa pi mal en créole). Rien n'est vraiment plus facile ni mieux organisé, mais il est permis de croire, d'espérer que l'année qui débute sera bonne et axée davantage sur le progrès que sur les petites guerres de clocher. Là encore, l'avenir nous le dira. En tout cas pour le présent, on ne peut pas se plaindre car tout va assez bien. En plus et au cas où vous l'auriez oublié, nous sommes encore en congé aujourd'hui et c'est donc un jour très agréable par définition. Non, nous ne ferons rien de spécial pour souligner le congé mais un congé reste un congé, nous sommes d'accord sur le point. Une journée relaxe donc, même si nous en profitons pour accomplir quelques petites tâches qui méritent d'être faites et même si ce n'est que demain que le travail reprend son cours normal.

Et le cours normal, ça veut dire aussi le train-train habituel et la question qui le sous-tend : est-ce qu'on remet ça encore pour une sixième année? La question n'est pas nouvelle – nous nous la posons chaque année depuis cinq ans – mais sa réponse n'est jamais définie car on ne sait jamais au juste pourquoi nous restons. Il y a bien ceci et cela, mais est-ce suffisant?

Et puis de l'autre côté, on se dit : Pourquoi pas?