dimanche 4 novembre 2012

N'importe quoi



C’est rare que ça m’arrive, mais là, vraiment, ça fera. J’en ai ma claque de ces journaleux qui se prennent pour des journalistes, qui débarquent en Haïti pour la première fois, qui ne sont même pas fichus d’orthographier correctement le nom ici d’une ville importante (*Miraguan au lieu de Miragoâne) du pays et qui véhiculent des informations à la véracité discutable, pour ne pas dire carrément fausses. C'est vraiment n'importe quoi! Et vous qui lisez ces porteurs de l'information, comment pouvez-vous distinguer le vrai du faux? Comment pouvez-vous exercer votre esprit critique?

Je parle de Gabrielle Duchaine — avec laquelle, est-il utile de le préciser, je n’ai aucun lien de parenté, ni aucune affinité journalistique d’ailleurs — et de son dernier article, racoleur comme une vieille pute : «Après Sandy, la grogne s’amplifie en Haïti». Et voilà. C’est dit, donc c’est sûrement vrai. Et sur quelle base s’appuie cette journaliste chevronnée (?) dont les textes précédents nous parlaient du tourisme en Équateur? Rien. Du vent. Pas de références, pas de personnalités compétentes, pas de données vérifiables. Que des gens rencontrés au hasard de son parcours, avec lesquels j’assume, jusqu’à preuve du contraire, qu’elle n’a même pas pu parler sans un interprète qui a sans doute, d’après ce que je sais des interprètes haïtiens, interprété à sa façon les dires de l’un ou de l’autre. Résultat, cette conclusion alarmiste : la grogne monte suite au passage de Sandy. Vraiment, je vous le dis, à vous qui n’êtes pas cons : ça fait chier. Et comme si ce n’était pas assez, voilà que la dame, pour faire bonne mesure, nous parle maintenant de 100 morts — 50 ne font vraiment pas sérieux pour une tragédie haïtienne — mais qui viennent d'où, on n'en sait rien. Et d'abord, pourquoi est-elle la seule à avancer ces chiffres? Et les autres médias, haïtiens ou internationaux? Sont-ils tous dans l’erreur? Je sais bien qu’on veut plus de morts, histoire de frapper l'imagination du public, mais tout de même...

Les récoltes du pays ont été détruites, c’est vrai. La situation alimentaire du pays est précaire, c’est un fait. Mais le gouvernement a réagi, notamment en proclamant l’état d’urgence pour un mois, ce qui lui donne plus de latitude pour agir sans délai. En outre, cette situation ne date pas d’hier, comme le rappelle cet extrait du Nouvelliste :
La période de sécheresse avait déjà causé des pertes énormes dans le secteur de l’agriculture, évaluées à près de 80 millions de dollars américains. Alors que les évaluations n’ont pas encore terminé [sic], la tempête tropicale Isaac a causé des pertes estimées à environ 70 millions de dollars dans le même secteur, a rappelé l’agronome Gary Mathieu, responsable de la CNSA [Coordination nationale de la sécurité alimentaire], informant que l’ouragan Sandy en a fait pour 104 millions. 
Or, l’aide internationale est bien au fait de la situation et déjà, si l’on en croit cet entrefilet de Haïti Libre : « Aujourd'hui est arrivé à Port-au-Prince le bateau d'aide d'urgence du Venezuela pour Haïti, avec à son bord 530 tonnes de denrées non périssables et 116 tonnes de machinerie lourde pour aider à enlever les décombres. » Et l'aide s'organise et les choses devraient rentrer dans ce semblant d'ordre qui caractérise le pays sous peu.

Concernant le choléra, que madame Duchaine semble connaître comme le fond de sa poche, pour ne pas dire un autre endroit plus vulgaire, voici ce que je lis, toujours dans Haiti Libre que je ne saurais trop vous recommander, soit dit en passant :
Tarik Jasarevic, le Porte parole de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclaré « [...] Dans de nombreux endroits, de mauvaises conditions sanitaires pourrait augmenter le risque de maladies d'origine hydrique telles que le choléra. Sandy a détruit sur son passage 20 Centres de Traitement du Choléra (CTC) [...] À Baradères, les équipes de Médecins sans Frontières-Hollande, PAHO/WHO, International Medical Corps (IMC), et le Ministère de la Santé d'Haïti continuent d'assurer la permanence pour soigner les personnes atteintes [...] Une augmentation du nombre de cas de choléra a été signalée, particulièrement dans le Sud, le Sud-est, la partie Sud du département de l'Artibonite, et l'Ouest du pays [...] Cette augmentation des cas n'a pas encore pu être attribuée au passage de Sandy et les équipes de terrain continuent de participer au suivi de la situation.
Bref, vous comprenez que la situation est difficile, soit, mais pas inhabituelle pour ce pays qui en a vu d’autres. Rien à voir avec le séisme de janvier 2010! Et pourtant, à lire l’article de Gabrielle Duchaine, on se demande si le passage de Sandy n’a pas fait pire… Vraiment, ça ne fait pas sérieux, et je trouve ça bien dommage, surtout lorsque l'article apparaît sur lapresse.ca.

Que nous réservent les mois à venir? Bien malin qui pourra le dire. Mais pour nous qui vivons ici, il est bien clair que ce n’est pas à jouer les alarmistes qu’on fera avancer la cause haïtienne.

samedi 3 novembre 2012

Le jour des Morts


J’avais composé un texte. Que j’ai choisi de ne pas vous présenter. Ne m’en voulez, de grâce. Appelez cela de l’autocensure. Il en faut de temps à autre. Vous savez ce que dit le proverbe : «Toute vérité n’est pas bonne à dire» Kant ne serait sans doute pas d’accord, mais il est des vérités qu’il vaut mieux taire, surtout lorsqu’on s’adresse à un public varié dont on ne peut connaître les réactions, les jugements et les conclusions. Je vous dirai seulement qu’il s’agit d’un fait divers haïtien, mais dont la teneur est susceptible de choquer vos âmes nordiques, alors je passe. Par respect, autant pour ce peuple que je côtoie journellement que pour vous et votre bon sens commun. Voilà l’art de s'excuser en plusieurs mots mais vous savez que j’y excelle.

Changement de sujet donc, et allégement du ton.

Hier, Fête des Morts. Vous allez me dire que ça n’a rien de bien léger et pourtant, ici, on ne dramatise pas avec la mort. On la vit, simplement — je ne parle pas du défunt, bien entendu, lequel serait mal placé pour la vivre —, on chagrine, on se ruine en dépenses cérémoniales extravagantes et puis on passe à autre chose. La fête des Morts, dans cette perspective, ne se veut qu’un rappel respectueux de ceux et celles qui ne sont plus. Je vous l’ai dit précédemment, les Haïtiens ne fêtent pas l’Halloween, cette fête un peu macabre que n’aurait certainement pas désavoué Saint-Saëns qui a écrit cette délicieuse Danse Macabre où les squelettes s’entrechoquent joyeusement sur fond de xylophone. On dit que sa mère, invitée à la première, s’est évanouie en voyant la scène… Autre temps autre mœurs… Mais je digresse. L’Halloween donc a peu à voir — en fait, rien à voir avec la fête des Morts en ce pays, laquelle, je le redis, n’est qu’un hommage respectueux aux défunts. Une fête célébrée dans toute l’Amérique latine d'ailleurs, tout spécialement au Mexique où la fête prend des allures d’événement majeur. En Haïti, mon ami Antonio disait justement hier que l’on ne voit plus les Gede, ces joyeux lurons, dignes fils du Baron Samedi, le Loa de la mort dont les manifestations s’accompagnaient traditionnellement des tambours qui résonnaient sans relâche dans les cimetières. Je vous invite à visionner ce petit vidéo qui date déjà de quelques années et qui ne nous en apprend guère, mais qui illustre tout de même mon propos. Je vous suggère également cet article, tiré de Haiti Press Network. Cela dit, il faut bien reconnaître que les traditions vaudous sont en perte de vitesse dans le pays, sauf bien sûr quand on en fait des exhibitions touristiques, ce qui est bien malheureux, ne dites pas le contraire. Autres temps, autres mœurs, vous dis-je…

Quoi qu’il en soit, c’est congé, tout comme l’était le premier du mois, Toussaint oblige. Un long week-end de quatre jours que tout le monde apprécie y compris nous, ne serait-ce que pour nous permettre de continuer notre lente remontée vers un état de santé plus normal...

Et avec tout ça, octobre appartient déjà au passé et novembre nous ouvre ses bras temporels...

Un petit changement d'heure, avec ça?

mercredi 31 octobre 2012

Un mal qui s'étire


J’ai évoqué précédemment la maladie comme raison de mon absence. Ou plutôt comme d’un sujet possible que j’aurais pu aborder. Mais qui a envie d’entendre parler de maladie, je vous le demande? Pourtant, tout bien considéré, je pense que le sujet mérite un petit détour parce qu’il illustre, une fois de plus, les particularités de vivre en ce pays. Et contrairement à ce que dit Pierre Calvé dans sa chanson, vivre en ce pays, ce n’est vraiment pas comme vivre aux États-Unis. En plus, on peut dire que cette maladie conclut bien octobre et le stress qu'il nous a concocté.

Tout a commencé par une petite fièvre, laquelle fut suivie d’une monumentale congestion. Bref, le rhume habituel, dont vous êtes tous et toutes familiers et dont j’ai déjà traité dans ces pages. J’avais donc décidé de vous en épargner les détails, me contentant de vous narrer ce rêve qui en a fait sourire plus d’un, plus d’une et c’était justement là l’intention. Donc, estimant que j’étais aux prises avec une nouvelle attaque du fameux rhinovirus, j’avais décidé de mettre en pratique les recommandations de Alfred de Vigny dans la Mort du Loup :
Gémir, pleurer, prier, est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.
Mais ce rhume n’en finissait plus de s’étirer et, bien que prêt à mourir sans gémir, le sort ne semblait guère me préparer à cette ultime étape. Or, un matin, voici que je me lève après avoir vidé une autre boîte de papiers-mouchoirs (et non, je n’ai pas mouché mon cerveau, n’en déplaise aux cyniques), je constate que mes épaules sont couvertes de ces petits boutons qui sont sans rapport avec le rhume. Je vérifie l’ensemble des symptômes — congestion, fièvre répétitive, céphalées et éruptions cutanées — et ne peux que conclure à l’évidence : il ne s’agit pas d’un rhume, mais bien d’une manifestation de la fièvre Dengue, que nous avons déjà attrapée, ma compagne et moi, lors de notre premier séjour haïtien. Avouez que cela fait quand même plus sérieux.

Sans entrer dans les détails de cette affection virale, je vous dirai qu’elle n’est pas si bénigne qu’elle en a l’air, vue comme ça. Mais en principe, on y survit — à moins d’être aux prises avec sa forme hémorragique, et ça c’est une tout autre histoire —, mais la fièvre à répétition, les maux de tête, la congestion et surtout, surtout le rash qui nous incite à nous gratter sans relâche en font une maladie peu attachante. Heureusement pour nous, cette fois-ci, les démangeaisons n’étaient pas de la partie, et c’est ce qui me l’a rendue supportable. Mais à la longue, y’en a marre, comme disent les Chinois sur la Grande Muraille. Et on aspire au retour de l’homéostasie, à la santé et l’énergie retrouvée.

On dit qu’il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade. Je pense qu’on sera tous d’accord là-dessus. Cependant, s’il faut choisir entre riche et malade ou pauvre et en santé, j’opte sans hésiter pour le second. Car à quoi peuvent servir des millions si l’on est cloué au lit, le souffle court à se nourrir de ses propres sécrétions?

Pauvre, on s’en tire. Malade, on se tire… Ou en tout cas on a presque envie de le faire...

mardi 30 octobre 2012

Échos de la fête


Je vous avais dit que je vous donnerais quelques sons de cloche de notre fête. Maintenant que l’événement est chose du passé, que la poussière est retombée et que l’eau qui nous a presque noyés se résorbe peu à peu, je pense que je peux vous en tracer un bref portrait.

D’emblée, je vous le dis tout net : ce fut une belle fête. Simple, mais de bon goût. Et pourtant, jusqu’à la dernière minute, je craignais le flop, et pour cause : d’abord, souvenez-vous que ma compagne et moi n’étions pas en mesure de fonctionner à notre pleine capacité et de veiller à ce que tout soit préparé adéquatement; il nous a donc fallu nous fier entièrement à notre comité organisateur et j’avoue que nous aurions eu tort de ne pas le faire. Mais bon. Rien n’était sûr. Ensuite, je n’avais reçu aucune nouvelle des visiteurs officiels à qui j’avais transmis une invitation, incluant ceux et celles sélectionnés pour prendre la parole. Enfin, le traiteur réservé pour la préparation de la nourriture serait-il à la hauteur? Et comment ferait-on pour limiter l’accès aux seuls invités et aux employés? Et s’il pleuvait des cordes? Bref, vous le voyez, les causes de stress ne manquaient pas.

Pourtant, le matin même du jour J, les choses semblaient tomber pile en place. Certes, la messe a débuté avec une heure de retard, mais s’est terminée dans les temps, puis quelques officiels nous ont servi de jolis et quelque peu pompeux discours et finalement, le clou de la fête — le repas — s’est déroulé sans anicroches dans l’ambiance festive qui était de mise. Même mon cher patron, Barrie I. Strafford, s’en est trouvé fort aise et y est allé de ses plaisanteries pas toujours égales, mais dont l’une qui m’a vraiment fait rire de bon cœur, lorsqu’il finissait sa maigre coupe de vin rouge et qu’il ne put en avoir d’autre. «Un verre de vin pour $5,000 [budget total de la fête], il me semble que ce n’est pas beaucoup…» Si je n’avais pas tant ri et toussé, j’aurais pu lui répondre que bien malheureusement, nous n’étions pas à Cana…

Une belle fête donc, sous le soleil, dans une belle ambiance qui a plu à tout le monde, même la fondatrice, Sœur Évelyne, présente pour l’occasion n’a pu s’empêcher d’admettre que l’événement était tout à fait réussi, pas moins qu’à l’occasion des 20 ans de l’institution.

Et pour les fondateurs, déjà passablement âgés (M. Strafford a 84 ans, je crois, et Sœur Évelyne a franchi la barre des 78 ans), cette fête était l’occasion de souligner l’œuvre qu’ils ont enfantée, sur laquelle ils ont peiné, pour laquelle ils ont investi énormément d’énergie (Sœur Évelyne) et d’argent (Strafford) et en laquelle ils ont cru avec une foi, ma foi enviable. Car pour se lancer dans pareille entreprise, en 1982, il fallait avoir le feu sacré. Ou un sacré feu là où vous pensez… Enfin bref, vous me comprenez. Et en toute justice, je rends bien volontiers à César ce qui revient à César : les honneurs de la gloire reviennent aux fondateurs et non aux administrateurs qui, comme nous, maintiennent le navire sur le cap de l’excellence.

Somme toute une fête appréciée, dont on gardera un bon souvenir. Cela seul suffit à me combler.

samedi 27 octobre 2012

Savoir s'entraider


La tempête a été pénible. Pour tout le monde, même ceux qui font partie des nantis. Le vent a soufflé fort, bien plus qu’on y est normalement habitué dans ce pays, et il a causé ce faisant quelques dommages, comme les lignes électriques brisées par les branches cassées. Mais ce ne fut rien en comparaison avec les tonnes d’eau qui nous sont tombées dessus. Or, je vous l’ai dit, une telle quantité d’eau ne s’absorbe pas, en tout cas, pas au fur et à mesure qu’elle tombe et si vous ne croyez pas à l’histoire biblique du déluge, eh bien vous n’avez qu’à passer dans notre coin et vous serez en mesure de comprendre pourquoi cet événement apparaît dans de nombreuses traditions de l’Histoire du monde. Bref, on a eu beaucoup d’eau et de nombreux endroits ont été inondés, dont la section de la maternité de l’hôpital général des Cayes.

Or, vous comprenez bien qu’on ne choisit pas le moment où l’on accouche et pluie pas pluie, quand le gâteau est prêt, faut qu’il sorte du four. Mais dans l’eau? Il me semble que, bien que certaines puissent y voir un accouchement original, voire originel, ce ne doit pas être très confortable. Et si l’accouchement pose un quelconque problème, que faire? Pomper l’eau avant d’aspirer le nouveau-né? Pas idéal. Alors quand l’administrateur de l’hôpital général m’a téléphoné pour me demander de les dépanner, je n’ai pas eu à me questionner longtemps sur la réponse à faire, si bien qu’en quelques minutes, tout ce beau monde — personnel médical et dames enceintes à divers degrés de grossesse — ont rapidement pris place dans une section de notre hôpital non utilisée.

Avoir une aile maternité nous change de l’ophtalmologie et de l’ORL; pour un, la clientèle n’est pas la même. Notez bien que j’utilise le terme «clientèle» volontairement, car ce ne sont pas des patientes, même si, en vérité, ces dames — souvent de très jeunes filles — font preuve d’une patience exemplaire. Mais elles ne sont pas malades. Certaines complications se produisent, oui, qui imposent de pratiquer les fameuses césariennes que tout le monde connaît, mais ça n’en fait pas des malades pour autant. Et considérant l’aboutissement de l’acte, le cri du nouveau-né, on ne peut pas dire qu’il ne s’agit pas là d’un moment extraordinaire qui balaie toute la douleur que la mère a pu exprimer, ici de façon très vocale et démonstrative, et qui confirme que non, il n’y a rien de malade là-dedans. Alors la maternité comme service, oui, je suis pour.

Il n’empêche que cette situation illustre bien comment les choses marchent, en cas de catastrophe : on se dépanne mutuellement. Et comme nous avons de l’espace et des bâtiments libres, disons que nous sommes souvent sollicités, pour des raisons d’importance variable. Ainsi, nous avons hébergé des enfants souffrant de malnutrition pendant quatre ou cinq mois (Terre des Hommes), avons fourni des services d’orthopédie après le séisme de 2010 (Expedicionários da Saúde — Brésil) et avons entreposé les voitures de la CRS et les épaves de la Police nationale le temps qu’ils fassent les travaux de pavage de leur cour. Entre autres. Car je ne parle pas des organisations qui viennent loger chez nous pour des raisons de commodité autant que de sécurité. Bref, notre rôle va bien au-delà des seuls soins de santé et je pense que c’est tout à fait normal et sensé dans les circonstances. Et tout cela se joue plus ou moins à l’oreille, sans qu’il soit besoin d’en faire des règles qui ne feraient sans doute qu’alourdir le processus. Car lorsque l’eau inonde, qui a envie de s’embarrasser de paperasse?

Et puis le soleil revient, sèche tout et la section maternité de l’hôpital général pourra bientôt retourner dans ses quartiers habituels, jusqu’au prochain déluge…

L’entraide, c’est ça, pas autre chose.

jeudi 25 octobre 2012

Tempête tropicale


Me revoilà. Bien tard, je n’en disconviens. J’aurais plusieurs bonnes raisons à invoquer pour justifier ce long délai depuis mon dernier texte. Mais pourquoi le ferais-je? Je sais que vous me pardonnez tout…

Paradoxalement, ce ne sont pas les sujets qui m’ont fait défaut. La fête des 30 ans de notre vénérable institution, la maladie, la visite… auraient pu et pourraient encore constituer autant de sujets sur lesquels je pourrais m’élancer. Mais avec votre permission, je passe. Car le sujet du jour mérite toute mon attention et c’est ce que je choisis de partager avec vous aujourd’hui. Et le sujet du jour, vous vous en doutez si vous suivez un tant soit peu les nouvelles en provenance des tropiques, c’est ce fameux ouragan SANDY, qu’on a vu apparaître sur les cartes de la NHC la semaine dernière et qui n’avait rien d’inquiétant puisqu’il semblait en voie de se former à l’ouest de l’île d’Hispaniola — notre île, en fait — et donc, pas de danger majeur pour nous. En plus, cet ouragan s’annonçait comme une faible tempête tropicale, alors on se disait que, dans le pire des cas, on aurait un peu de pluie et tout serait dit…

Tout cela était vrai… virtuellement. Car en réalité, quand les trombes d’eau ont commencé à nous tomber dessus et le vent à étêter les palmiers, il a bien fallu admettre qu’on était devant une vraie tempête, une des plus mauvaises qui soient passées depuis 2007, depuis que nous habitons sous ces latitudes. Comme on dit par ici, nou mele, qu’on peut traduire librement par : on est dans la merde. Car la pluie, ne l’oublions pas, c’est de l’eau. Qui vient du ciel et qui aboutit sur la terre où elle s’accumule rapidement, surtout si, comme c’est le cas en ce pays, le sol durci ne l’absorbe que peu ou pas du tout. Conséquence : les torrents se multiplient, s’entrelacent, se joignent et se rejoignent, forment des ruisseaux, des rivières capables d’emporter les ponts, les maisons, les gens… bref, un désastre. Socialement, la perception de la tempête ressemble un peu à celle d’une tempête de neige au nord : excitation vaguement festive, mêlée d’agacement quand il faut vraiment faire avec, sur la route surtout… Mais ici, l’excitation devient vite angoisse, puis résignation à devoir passer la nuit debout lorsque l’eau «envahit» la maison, puisque, souvent par ici, les gens dorment à même le sol en terre battue, alors je vous laisse imaginer… Quant à manger, puisque tout se fait au jour le jour, la pluie constitue dans ce cas un obstacle de taille, souvent insurmontable et si elle dure, eh bien il y en a des pas gros qui maigrissent encore un peu plus...

Car il faut bien le dire : la pluie, si nécessaire pour la santé de la terre et la production agricole, représente une réelle épreuve quand elle devient excessive. Haïti, plus encore que ses sœurs antillaises, est un pays de soleil. Non seulement on le tient pour acquis, mais son absence déstabilise et insécurise. Car si tout le monde apprécie une bonne petite ondée rafraîchissante et nourricière de la terre, les pluies diluviennes engendrent une pléthore de problèmes dont personne, pas même nous les nantis, n’est à l’abri.

Mais le proverbe le dit : «Après la pluie le beau temps». Et ici, on peut le prendre au pied de la lettre, sans la moindre nuance, sans le moindre doute quant à sa véracité. Le beau temps va revenir, pas aujourd’hui, peut-être pas demain, mais il va revenir et s’installer à demeure.

N’empêche que, comme le souligne ma chère amie Diane sur son profil Facebook, «...le Sud en octobre, pensez-y 2 fois». Car tout n’est pas toujours carte postale en cette saison.

Mais qui voudrait d’un cliché pour illustrer ce pays de la démesure?

mercredi 17 octobre 2012

J'ai fait un rêve

(c) Patrick J. Lynch
J’ai fait un rêve.

Rassurez-vous, rien à voir avec celui de Martin Luther King. Mais comme je me suis éveillé avec le fou rire, et comme cette tribune me permet de raconter ce qui me plaît, je vous le partage.

Comme la plupart des rêves, j’en ignore le commencement. Nous voici donc dans le vif du sujet, sans introduction et sans prélude, où je dis à ma douce compagne que je me sens la tête drôle, à la fois vide et pesante. Dans un deuxième tableau, un médecin et une infirmière (ou médecin elle aussi peut-être, l’histoire ne le dit pas) examinent des radiographies et nous apprennent, à ma compagne et à moi-même, que ma cervelle est «tombée» dans ma cavité nasale, laissant mon crâne vide, rien que ça! Je veux me moucher, mais on m’en empêche radicalement : le risque est trop grand que j'évacue ainsi une partie de ma cervelle! Les professionnels sont perplexes et confondus : le cas est exceptionnel et visiblement, ils ne savent pas quoi faire. On me pose des questions de routine auxquelles je réponds logiquement, preuve s’il en est besoin que mon cerveau, bien que déplacé, fonctionne toujours adéquatement. Double perplexité de la part du ou des médecins… Moi, tout ce que je désire, c’est me moucher, car la pression à l’intérieur de ma cavité nasale me chatouille irrésistiblement. Ce qu’on me refuse absolument. Et soudain, ma compagne, avec ce gros bon sens qui la caractérise, propose aux médecins : «Pourquoi ne pas le mettre tête en bas, tout simplement, et laisser la gravité remettre sa cervelle en place?»

Je me suis éveillé là-dessus, étouffé de rire et toussant comme un malade.

Car malade, c’est ce que je suis. Un rhume, rien d’autre, mais mauvais celui-là comme ça se peut pas. Genre qui garde congestionné solidement. Genre qui ne veut pas sortir. Genre qui vous fait rêver d’un grand débouchage des conduits… Mais comme toujours, il faut en prendre son parti car il faut que ça passe à son rythme. Qui n’est jamais assez rapide pour moi, bien entendu… Si bien que me voici, une fois de plus, à tempêter contre tout et pour rien. Mais on dirait que ça soulage... En tout cas, personne, parmi mes habitués, n’en fait de cas, ce qui laisse penser que mon style est connu, bien connu et pas du tout craint…

Avec tout ça, notre grosse fête arrive à grands pas, grippe ou pas, car c’est après-demain que l’événement aura lieu, qu’il pleuve ou qu’il grêle (ce qui serait vraiment étonnant dans ce pays). Et après, on fera le décompte…

Bon, assez déblatéré, faut que j’aille me moucher… sans crainte de moucher ma chère cervelle, car pour tout vous dire, je ne suis pas pressé d’avoir du «vent dans mon crâne»…

mercredi 10 octobre 2012

Échos haïtiens


Plus que dix jours… Dans 10 jours, tout sera dit; ce sera comme ce sera et l’événement sera chose du passé. Mais ces 10 jours à venir seront chargés et la charge en est lourde. Mais bon. Je devrais pouvoir la supporter sans fléchir. Enfin pas trop…

La situation politique du pays se maintient. Mais c’est un équilibre que l’on sent bien précaire… Martelly a fort à faire pour convaincre le peuple en général et ses détracteurs en particulier que sa voie est la bonne, en autant qu’on lui laisse le temps de le démontrer! Ce qui n’est pas gagné d’avance… Car le peuple, si patient dans sa misère quotidienne, n’a aucune tolérance pour les politiciens corrompus, pelleteurs de nuages ou simplement gourmands. Or, c’est là un chemin que les politiciens empruntent allégrement : ma poche d’abord, vos cris et vos pleurs ensuite… La vie chère est un thème cher aux Haïtiens, je l’ai dit, et on ne peut que leur donner raison. Mais, comme le demande Martelly, faut-il pour cela prendre la rue et les armes (bien qu’on ne les prenne pas de la même façon) pour traiter ce problème? Où est la logique? Et pourtant, dans la plupart des villes du pays, la rue est présentement le théâtre de manifestations plus ou moins spontanées qui restent, jusqu’à présent, à peu près sous contrôle, mais encore une fois, c’est fragile…

Or, comme toujours les médias se hâtent de rapporter les faits choquants, comme cette dame qu'on nous dit morte lundi dans une manifestation tenue à Petit-Goâve. Je vous cite : «A Petit Goave une personne a été tuée lors de l'intervention des forces de l'ordre. La victime, une octogénaire, a été asphyxiée lorsque les agents de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.» Oh! Les méchants policiers! Asphyxier une pauvre vieille comme ça! Quelle lâcheté! Quelle honte! Haro sur les policiers! Mort aux vaches!... Mais vraiment, je vous pose la question qui me turlupine : pouvez-vous me dire, vous qui êtes intelligents et raisonnables, ce qu’une octogénaire — octogénaire, ce qui veut dire passé 80 ans! — faisait dans une manifestation qui, au mieux, se caractérise par des bousculades et des coups de poing ou de bouteille, au pire par des échanges de coups de feu, voulez-me dire ce que cette vénérable ancêtre faisait là??? En avait-elle assez de sa vie de misère? Ou bien n’était-ce qu’un suicide assisté déguisé? Quoique par asphyxie causée par des gaz lacrymogènes… Il me semble qu’il doit y avoir mieux que ça! En tout cas et quoi qu’il en soit, la dame est morte. Et les médias se sont emparés du fait divers comme d'un petit pain chaud; et l'ont bien beurré pour qu’il devienne irrésistible… Après on dira que non, les médias n’ont aucune intention manipulatrice et qu’ils ne sont que les témoins des événements… Ben voyons…

Il n’empêche que c’est ce genre d’étincelle qui risque de mettre le feu aux poudres. Une étincelle qui ne serait qu’une étincelle devient ainsi une flammèche capable d’allumer un brasier, le cas échéant. Mais jusqu’à présent, le brasier n’est pas mûr. Martelly reçoit encore le vote de confiance de la majorité, bien que cette majorité fonde comme neige au soleil — je parle du soleil tropical, bien sûr, et non de ce qui en tient lieu l’hiver sous les latitudes nordiques… Pourra-t-il se maintenir à la barre du pays et faire taire la grogne qui résonne dans les rues du pays? Ce ne sera pas facile. Mais je pense que s'il se trouve un gars capable de tenir les rênes de la stabilité, c’est bien lui…

Cela dit, l’avenir du pays n’est pas rose. La marche est haute, qui permet d’accéder au podium des pays développés, et Haïti n’est simplement pas encore prête…

Mais un jour viendra…

samedi 6 octobre 2012

Le renard et le corbeau


Ceux et celles qui me lisent régulièrement savent le genre de services que nous offrons à la population. Services spécialisés en ophtalmologie et en ORL, services qui pourraient coûter une petite fortune (en fait, nous savons pertinemment que nos frais sont environ dix fois moindres que ceux demandés par les cliniques privées de Port-au-Prince), services souvent simplement introuvables. C'est donc dire que les patients viennent de partout dans le pays pour obtenir ces soins et souvent, n'ont pas les moyens de les payer. Notre politique est d'exonérer les pauvres et les indigents, mais chaque cas doit être analysé (l'affaire de quelques minutes) afin de s'assurer qu'on a bien affaire à un «vrai» pauvre car plusieurs cherchent à nous fourvoyer...

Hier, je reçois un appel d'une dame, une Américaine sans doute, qui se trouve dans une autre ville et se dit désireuse de payer pour l'un de nos patients qu'elle a pris sous sa charge. Elle me dit qu'elle a déjà envoyé de l'argent au jeune homme en question, mais que, à ce qu'il paraît, cela ne suffit pas et elle insiste pour en transférer davantage via les systèmes de transferts habituels. Comme je n'ai pas le dossier du patient sous les yeux, je ne peux ni confirmer ni infirmer ses dires et j'accepte donc qu'elle me fasse parvenir une somme capable de couvrir les frais éventuels de son protégé. On se quitte là-dessus et je me fais apporter le dossier du patient. L'ensemble de ses frais se monte à $20. Or, le jeune homme a déjà reçu $200 et la dame m'a avoué qu'elle me faisait parvenir $100 supplémentaires pour couvrir les autres frais! Je vérifie, trois fois plutôt qu'une : il n'y a pas d'erreur, le monsieur n'a pas subi d'opération et son traitement n'a pas nécessité de médicaments coûteux, si bien que la facture totale est juste. Où est passé le reste de l'argent? Bondye konnen, comme on dit... Mais avouons que ça sent l'arnaque à plein nez...

Ayant à nouveau la dame au bout du fil, je lui explique la chose, à savoir que le transfert qu'elle assumait nécessaire ne l'est pas du tout et qu'elle peut garder son argent. Je croyais qu'elle serait heureuse de ce dénouement, mais la voilà qui insiste : «Mon protégé m'a dit qu'il avait subi une opération qui avait coûté $200», clame-t-elle. Ce à quoi je lui réponds, bien poliment mais non sans un brin de malice, qu'elle s'est fait avoir, tout simplement, ce qui n'a rien de surprenant dans cette joute entre l'ingéniosité haïtienne et l'innocence blanche. La voilà offusquée maintenant, et je sens bien qu'elle ne me croit pas, mais alors pas du tout. Comment son protégé, à qui elle distribue l'argent comme des cartes à jouer, pourrait-il la tromper? Impossible! Donc, c'est moi qui lui mens, c'est évident. Or, elle a déjà fait le transfert et il lui faudra maintenant l'annuler pour récupérer son argent, ce qui semble l'agacer au plus haut point. Et c'est alors qu'elle me demande, le plus sérieusement du monde, de donner $100 au monsieur et que je me rembourse à même la somme qu'elle vient tout juste de transférer à mon intention! Entêtée, dites-vous? Nous sommes d'accord. Vous devinez ma réponse : la chose est tout à fait hors de question! Son protégé étant impliqué dans une entreprise visant à plumer la dame de quelques centaines de dollars, je ne m'en ferai certainement pas le complice, même avec la bénédiction de la dame...!

Il n'empêche que cette naïveté n'est pas rare. Les Blancs viennent en Haïti avec l'idée d'aider le peuple et quoi de plus simple et de plus direct que de mettre la main dans sa poche pour ce faire? Quelques dollars éparpillés ici et là donnent bonne conscience au Blanc bien nanti et lui donnent l'occasion de pouvoir dire à ses proches, lorsqu'il rentre chez lui, qu'il «aide» les Haïtiens. Cela est bien illusoire. Et souvent contre-productif. Pour nous qui avons depuis de nombreuses années perdu cette naïveté, aider est une tâche complexe qui n'a rien à voir avec le porte-monnaie et ce qu'il contient. Car il faut d'abord comprendre et ça, les amis, ce n'est pas toujours évident. Mais entre nous, nous savons que ce que nous faisons est correct; nous savons qu'il faut s'élever contre la fabulation et la corruption; nous savons que les pauvres, les vrais, restent dignes malgré leur pauvreté parfois atroce et nous savons que les aider, c'est d'abord les respecter. L'argent achète bien des choses, mais jamais le cœur des gens.

Ni la bêtise humaine, malheureusement... Et le renard le signale fort judicieusement au corbeau lorsqu'il lui dit que «Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute; cette leçon vaut bien un fromage sans doute.» Minimum, cher renard, minimum...

mardi 2 octobre 2012

L'humour qui dérange


Comme bien des gens, j’aime lire La Presse sur son site Web. Pour nous, c’est affaire de garder contact avec notre pays natal et de savoir un peu ce qui s’y passe. J’avoue que je n’ai pas de parti pris envers les journalistes, mon adhésion allant plutôt à ceux et celles qui savent écrire qu’à ceux qui n’en finissent plus d’étaler leur indignation… Si bien que, Foglia mis à part, je lis tantôt l’un tantôt l’autre, sans faire de jalousie.

C’est ainsi que j’ai lu, la semaine dernière, le texte tout à fait succulent de Lysiane Gagnon, intitulé La leçon des carrés rouges. Texte succulent parce qu’il s’inscrit dans la tradition satirique d’un Montesquieu dans ses Lettres persanes, par exemple. Succulent par son ironie mordante et son sens de l’à-propos. Or, lorsqu’un ou une journaliste utilise la satire pour faire passer son message, ce n’est pas toujours gagné d’avance, car si certains, certaines manipulent l’ironie avec brio, d’autres s’y embourbent. Mais cette «lettre aux employés de Gentilly 2» m’a fait sourire et je n’y ai rien vu de bien méchant, sinon la critique déguisée qu’un Usbek aurait pu élaborer à la suite des événements du printemps dernier au Québec.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de lire, ce matin, la mise au point que Mme Gagnon s’est dit obligée de faire à la suite de ses propos qui ont été pris au pied de la lettre par une vaste proportion de lecteurs et de lectrices! J’ai suis resté baba. Sans doute s’en trouve-t-il aussi pour croire tout ce qu’affirme Martin Masse sur lui-même…! Mais fallait-il vraiment qu’elle mette les points sur les «i»? Fallait-il vraiment qu’elle nous dise que son article n’avait rien à voir avec Gentilly, mais plutôt avec la mécanique sociale qui sous-tend toute protestation populaire? Elle s’est moquée et bien moquée. Littérairement moquée. Elle n’a pointé du doigt personne, n’a descendu en flammes personne, n’a injurié personne, a simplement résumé la saga québécoise qui a servi de prélude aux élections. Ironiquement. À un second niveau. Rien n’était à prendre au pied de la lettre, mais il fallait comprendre l’intention de l’auteure : nous offrir un tableau de ce vaudeville qui, vu de l’extérieur, n’avait rien de grandiose, je vous le dis tout net. Et je pense que la première qualité d’une personne ou d’un peuple mature, c’est bien de pouvoir rire de soi-même, même si ce que dépeint Mme Gagnon dans sa Leçon des carrés rouges risque de faire rire jaune…

Le pire, c’est qu’ici, en Haïti, il faut faire bien attention à l’ironie, tout simplement parce qu’elle est souvent non détectée et que les propos qu’on voudrait dire avec la «langue dans la joue» (tongue in cheek, comme disent nos voisins) sont souvent pris au premier degré avec, parfois, des conséquences dramatiques. Au début, c’est assez désemparant, mais on apprend vite à s'ajuster et à faire des blagues grosses et enfantines, seules capables de déclencher le rire et la joie sans arrière-pensée. Cela s’explique sans doute parce que le niveau d’éducation haïtien est souvent bas, voire insuffisant pour détecter les niveaux de langue, a fortiori si cette langue est le français au lieu du créole. Mais au Québec? J’avoue que j’en reste assez étonné…

En tout cas le texte de Mme Gagnon m’a bien fait sourire et sa mise au point m’a semblé tout à fait superflue. Mais bon. Si on me dit que c’était nécessaire…

Le plus drôle, j’oserais dire le comble de l’ironie, je vous le donne en mille avec ce titre du Nouvelliste national : «Lavalas donne un carton rouge à Martelly!» (photo ci-dessus)

Avouons qu’elle est plutôt drôle!!!

samedi 29 septembre 2012

Des prix forts (suite)


La semaine a fini par finir. La semaine de travail, s’entend. La première depuis ce retour dont je vous ai entretenus récemment. Et l’on voit que le travail règne toujours en monarque absolu, que dis-je, en dictateur implacable. En un mot comme en mille, nous revoici «dedans».

J’ai bien peu folâtré cette semaine, occupé que j’étais à me remettre à jour et à commencer la planification de l’organisation de l’Événement. Avec la majuscule, vous savez que je parle des 30 ans de l’Institut Brenda Strafford, événement qu’il convient de souligner de belle façon. Je vous en reparlerai, je vous l’ai dit, alors faites-moi confiance… Cela dit, c'est une planification qui n'est pas sans me causer un stress généralisé...

Une semaine ardue, donc, chargée sur tous les plans, mais grâce au Ciel, calme sur le plan politique. Bien sûr, on entend des rumeurs, mais le gouvernement semble faire un effort pour faire taire la grogne publique contre les récentes augmentations du prix des denrées de base. Juste pour vous donner quelques exemples et pour faire suite à mon dernier texte, la marmite de riz (base de l’alimentation haïtienne) est passée de 175 à 300 gourdes, soit une augmentation de 72%; la marmite de pois, source de protéines par excellence, n’est guère mieux, passant de 175 à 250 gourdes (43%); la farine — qui n’a pas besoin de farine? — a, quant à elle, grimpé de 44%, alors c’est vous dire que les augmentations n’ont rien de fictif ou d’illusoire. Imaginez une augmentation de 72% de votre bière préférée… De quoi monter aux barricades, là!

Si bien que malgré les efforts gouvernementaux, les récentes hausses restent, à toutes fins utiles, impossibles à absorber. Et j’ai bien peur que, si rien n’est fait, le peuple se mette à taper sur autre chose que des casseroles…

Mais bon. Rien n’est facile en ce pays, je l’ai répété à satiété, sinon ad nauseam et si vous ne le savez pas maintenant, vous ne le saurez jamais. Mais c’est une vérité qui mérite d’être dite et redite, ne serait-ce que pour apprécier la facilité de la vie sous nos latitudes nordiques. L’apprécier sans s’en plaindre. Enfin, pas trop. Car se plaindre le ventre plein quand d’autres l’ont vide que les parois abdominales s’en collent, ça me semble trop injuste. Et si l’on veut absolument se plaindre, que ce soit du climat pourri et imprévisible, car là, je vous le concède, gens du nord, vous ne pouvez rivaliser avec celui d’Haïti. Mais pour le reste…

Si bien que tandis que les prix montent en même temps que la frustration nationale, la vie continue sans trop de heurts. Reste à souhaiter qu’elle se maintienne dans cette voie, à cette vitesse pépère qui nous met un peu plus à l’abri des dérapages, car les dérapages, vous le savez bien vous qui conduisez sur des routes glacées, finissent souvent en catastrophes…

Et avec ça, septembre s’évapore doucement dans la brume du temps…

mercredi 26 septembre 2012

Problèmes de la rentrée


Certains ont vu dans mon dernier texte une pointe d’amertume qui n’est pas coutumière en ces lieux d’écriture. Je ne le nie pas. Le retour, cette fois, n’a pas été facile, pour des tas de raisons dont celles que j’ai mentionnées à cette occasion (les plus importantes). Depuis, le travail quotidien a repris toute la place qu’il occupe naturellement et on ne s’en plaint nullement. Sauf que…

Sauf qu’il faut maintenant préparer la Fête. Notez bien la majuscule, car il ne s’agit pas de n’importe quelle fête, mais bien celle de notre vénérable institution qui, cette année, souffle ses 30 bougies. Ce qui n’est quand même pas rien, nous serons d'accord. Alors on fera une petite célébration pour souligner la chose et c’est précisément la préparation de cette célébration qui demande une tête bien rangée… Or, vous connaissez la mienne ou, à tout le moins, vous en subodorez les méandres labyrinthiques. En termes clairs, ça me stresse! Mais comme on dit par ici, n’ap degaje… Et ne vous en faites pas, je vous reviendrai là-dessus lorsque les temps en seront mûrs, ce qui ne saurait tarder…

Pour l’instant, nous nous activons à régler les petits problèmes qui, comme vous le savez maintenant depuis un bon moment, surgissent et se multiplient ici comme tout ce qui pousse sous les tropiques : vite. Et comme si ce n’était pas assez, il faut encore composer avec le drame de l’augmentation du coût de la vie, lequel a connu une réelle explosion vers le haut depuis notre absence. La nourriture, les denrées de première importance, le carburant, l'électricité, les matériaux, tout a monté, au point que plusieurs de nos employés qui arrivaient tant bien que mal à boucler le mois n’y arrivent plus. Surtout qu’en cette fin de mois, il faut maintenant payer l’école (qui débute ce prochain lundi), ce qui, pour plusieurs, représente une dépense simplement insurmontable. Hier encore, l’une de nos auxiliaires me disait que les frais d’écolage pour sa plus grande fille se montent à près de $500 US et cette somme n’inclut ni les livres, ni les fournitures scolaires, ni l’uniforme et les chaussures réglementaires. Or, nos auxiliaires touchent $250 le mois… Je vous laisse faire le calcul… et n’oubliez pas qu’il ne s’agit pas que d’un seul enfant, mais souvent trois ou quatre — dans le cas de la dame citée ici, on parle de cinq enfants d’âge scolaire! Quand je pose la question : «Mais comment allez-vous faire?» Certains me répondent, le plus sérieusement du monde, qu’ils vont se priver de manger pendant quelques jours et puis voilà… Et le pire les amis, le pire, c’est que c’est sans doute vrai.

Dès lors, on ne se surprendra pas d’apprendre que le peuple jette le blâme de cette flambée des prix sur le gouvernement, le président en tête… La lune de miel de Martelly est clairement terminée et les mêmes qui ne juraient que par lui sont maintenant prêts à tirer sur lui à boulets rouges. Car à quoi sert un gouvernement sinon à jouer les boucs émissaires? Alors un peu partout au pays, des manifestations éclatent pour protester contre la cherté de la vie, comme si le gouvernement pouvait, d’un coup de baguette magique, retirer du pied populaire la douloureuse épine qui le fait claudiquer et rendre ainsi tout le monde content. Ce serait trop beau, n’est-ce pas… Eh bien certains y croient toujours, à ce miracle…

Mais tout cela fait partie de ce quotidien haïtien où rien n’est jamais facile, rien n’est jamais acquis d’avance, mais un quotidien où l’on continue tout de même de sourire et de vivre dans une bonne humeur incompréhensible, en tout cas pour moi.

samedi 22 septembre 2012

Un autre retour


Je serai franc avec vous : je n’ai pas vraiment le goût de vous parler de notre retour. Oui, nous étions contents de retrouver nos pénates haïtiens; oui nous étions heureux de revoir tous ces gens qui étaient manifestement heureux de nous revoir eux aussi; oui, nous étions ravis de voir les chiens, notre bourricot et les arbres et les plantes qui ont profité de notre absence pour pousser tropicalement (= excessivement), mais la fatigue, la situation politique du pays, les petits problèmes au travail ont tempéré notre joie. Et puis, aussi bien vous le dire : nous avions les bleus de quitter notre havre nordique en cette saison si merveilleusement belle, surtout si le soleil est de la partie. Or, il y fut. De la partie, je veux dire. Sans relâche, chose exceptionnelle sous nos latitudes nordiques, le ciel fut d’un bleu impeccable et la température, douce comme jamais pour la saison. Est-ce un effet du réchauffement climatique dont tout le monde parle? Dur de ne pas y croire, qu’importe ce que les statistiques climatiques diront. Quoi qu’il en soit, sous le soleil de septembre, les couleurs automnales étaient magnifiques, croyez-moi. En fait, je pense que tous s’entendront pour dire que les mois d’août et de septembre ont été, jusqu’à présent, exceptionnellement doux. Au point que Stéphane Laporte en a même fait une chronique, ma foi digne d’éloges et que je vous invite à lire sans retenue. Voilà un monsieur qui sait écrire, personne ne me dira le contraire… Et Stéphane nous apprend, entre autre choses, que l’automne débute officiellement aujourd’hui et quelle belle clôture de cet été qu’on qualifie déjà de mémorable.

Alors, gens du Québec, vous me comprenez. L’appel tropical, cette fois, n’offrait rien de séduisant, au contraire, puisque la chaleur et l’humidité excessives n’ont rien pour séduire, nous serons d’accord. Mais nous sommes là tout de même, tout simplement parce que c’est ici qu’est notre place, notre home, notre chez-nous. Et après quelques jours, l’histoire reprend là où on l’avait laissée et on se sent à nouveau réellement chez nous. Comme quoi tout est relatif. Relativement relatif si j'osais...

Et puis je ne vous ai pas parlé de la journée du retour proprement dite, celle où l’on prend l’avion après quelques heures à poireauter, où l’on attend désespérément après nos bagages qui n’arrivent pas (près de deux heures, ce n'est quand même pas rien), où on se tape quatre bonnes heures de route en pleine noirceur dans des conditions pas vraiment idéales. Cette étape-là n’est jamais agréable, sauf peut-être pour ceux ou celles qui ne l’ont jamais vécue. Mais pour nous, c’est juste : va-t-on finir par arriver? Oui, vers les 22h30…

Mais tout ça est déjà derrière. Le travail, notre raison d’être en ce pays, nous attendait en se frottant les mains d’anticipation et il a tôt fait de nous tomber dessus à bras raccourcis. Si bien que nous revoilà dedans et ma foi, c’est moins difficile qu’on le croyait. La nostalgie automnale se dissipe comme la brume matinale que la semaine dernière encore, nous pouvions contempler sur notre lac et nous nous sentons d’attaque. Et les fronts ne manquent pas…

Il s’agira maintenant de bien choisir nos batailles pour éviter d’épuiser trop vite les ressources énergétiques que nous venons de refaire. Et ce n’est pas facile quand tout est prioritaire…

Mais un jour à la fois, n’est-ce pas? On ne s’excitera pas, c’est promis… En passant, que pensez-vous de ma photo de la belle rudbeckia, cette marguerite de fin d'été?

mercredi 12 septembre 2012

Une affaire de nom


On lit parfois des choses drôles. Je ne veux pas dire dans le sens qui font rire, mais plutôt bizarres, surprenantes ou insolites. Incidemment, c’est sous la rubrique « Insolite » qu’on retrouve, chez cyberpresse, ces articles qui me font toujours sourire.

Mais celui que je vous commente aujourd’hui ne provient pas de la rubrique Insolite de La Presse, mais plutôt du Nouvelliste; d’ailleurs, son titre dit déjà tout : «Fond-cochon veut changer de nom». Vous pouvez lire l’article si le cœur vous en dit, mais vous n’y apprendrez rien de plus que ce que le titre annonce de façon non équivoque. Les responsables locaux trouvent que le nom ne fait pas très sérieux et qu’il est, de surcroît, «désagréable à l’oreille»(!) Pardonnez-moi, mais je ne suis pas d’accord.

Les noms des localités émergent souvent des réalités géographiques ou sociales qui les caractérisent et je trouve tout à fait croustillant ces noms qui racontent une histoire. Or, les Haïtiens sont très créatifs en matière de noms — je l’ai déjà mentionné au sujet des personnes dans un autre texte — et les localités portent souvent des noms qui mettent en lumière ce qui les caractérise le mieux ou, en tout cas, ce qui le faisait dans le passé. Je pense, entre autres à Fond-des-Blancs, ainsi nommé parce que des Blancs, laissés derrière par l’armée napoléonienne, s’y étaient installés à demeure. On devine la raison de son pendant, Fond-des-Nègres… Dès lors, on peut aussi deviner la raison d’un nom comme « Pas Toilette », « Bistouri », « Dos d’âne », « Poux » ou « Débauché »… Même s’il y a maintenant des toilettes à Pas Toilette — en tout cas, je le présume —, la réalité historique nous rappelle que l’endroit en était sans doute dépourvu à une certaine époque et sans doute existe-t-il une histoire bien colorée pour expliquer le baptême de ce village. Alors pourquoi en changerait-on le nom? Et qui osera me dire que cette imagerie toponymique vaut moins que celle qui, au Québec, nomme tous les villages du nom d’une sainte ou d’un saint, souvent obscur et toujours sans rapport avec la réalité géographique du lieu, le saint n’y ayant jamais mis les pieds? Évidemment, c’est une autre affaire lorsqu’on veut désigner les habitants du hameau au nom insolite : Pas toilette donne quoi? *Patoilettiers? À moins que ce soit des *Chiant-culottes? Et Poux? Les *Pouilleux?

Bon, j’en ris un peu, mais ce n’est pas méchant. Au contraire, pour ma part, j’aime assez l’originalité haïtienne en matière de toponymie et je ne vois pas pourquoi Fond-cochon serait moins politiquement correct que Fond-des-Nègres, par exemple.

Mais je ne vous ai pas dit le meilleur : pour rebaptiser Fond-cochon, on propose Laval. Oui, oui, Laval, comme la municipalité au nord de Montréal, dont on dit s’inspirer d’ailleurs. C’est quoi le rapport dites-vous? Eh bien c’est ça l’affaire : y’en n’a pas!

Dites, c’est-y pas beau ça?

jeudi 6 septembre 2012

Les élections du Québec


Vous ne m’en voudrez pas de vous parler un peu des élections. Certes, tout le monde y est allé de son grain de sel, les experts comme les amateurs, et tout le monde s’est retrouvé, qui dans le camp des perdants, qui dans celui des gagnants, mais pour quelle différence, je vous le demande. Vous gagnez vos élections? Bon, je veux bien, mais vous gagnez quoi au juste? Soyons honnête : pas grand-chose. À moins d’être étudiant, et encore…

Car il faut bien le dire : cette élection confirme le pouvoir des étudiants, ces petits nés de la dernière pluie qu’on croyait inaptes à avoir une opinion autre que de choisir entre un Big Mac ou un Teenburger. Or, il a bien fallu se rendre à l’évidence : les jeunes ont planté tout le monde et son père! Car ce sont eux qui sont à l’origine de la pression qui a finalement eu raison du bétonnage de Jean Charest. Eux qui ont fait croire au peuple — principalement montréalais, mais ne chipotons pas — que le Québec pouvait devenir une société différente, meilleure, axée sur le partage et la justice sociale, où les riches se dépouillent pour habiller les pauvres. Un rêve, bien sûr, mais un rêve que les jeunes ont porté haut et fort et qui a donné le ton à toute la campagne électorale, bien que pas mentionné en termes si simples. Quoi qu’il en soit et peu importe de quel côté on se situe, les jeunes ont provoqué le peuple et son gouvernement et la réaction s’en est suivie : élections déclenchées prématurément. Maintenant, le nouveau gouvernement est là, pour le meilleur ou pour le pire. Remarquez que je dis « ou ». Pas « et ». Car ce sera l’un ou l’autre. L’avenir le dira. Mais le changement, si timide qu’il soit, fait du bien, donne une odeur particulière à l’air ambiant, modifie la perspective et sème de nouvelles graines. Quant à savoir si ces graines germeront, seul l’avenir nous le dira. Mais quand souffle le vent du changement, il convient de le respirer à pleins poumons, ne serait-ce que pour s'oxygéner un peu...

Pour nous, terrés dans notre coin sur le bord de notre lac, là où « la vie au lac » se déroule à son rythme bien pépère, proche de la nature et des ses habitants, ces élections ne signifient pas grand-chose. Et pas parce que nous vivons hors de notre patrie! C'est tout simplement que le vent du changement ne vient pas jusqu’ici. Il ne pourra même pas faire frémir les feuilles de tremble (peuplier faux-tremble si vous êtes du type pointilleux); ici, c’est la pérennité des choses même si le milieu subit la pression sociale que subissent les plans d’eau... La forêt domine toujours le décor et peu importe comment la politique s’orientera, je reste confiant que le milieu physique restera sensiblement le même. Et qui s’en plaindrait? C’est un biotope complexe, varié, typé (faune et flore boréale) et fascinant. Juste pour vous dire, déjà, les couleurs de la forêt changent…

Il n’empêche, ces élections nous ont fait réaliser à quel point nous étions déconnectés de la réalité québécoise. L’allégeance à un parti politique? Pourquoi? Le parti libéral et son chef, sur lequel tout le monde a vomi récemment, a tout de même gardé le pouvoir pendant neuf ans! Franchement, s’il était si mauvais, comment expliquer cette longévité? Endurance du peuple? Ou simplement inertie?

En tout cas, je puis vous assurer d’une chose : on dira ce qu'on voudra des Haïtiens, mais dans ce pays, jamais le peuple n’aurait patienté neuf ans…

vendredi 31 août 2012

Propos vacanciers



Isaac a traversé Haïti selon la trajectoire prévue, mais n’a pas causé le dixième des dommages qu’il aurait pu causer, s’il eût été plus important. Encore une fois, le pays s’en est fort bien tiré. Certes, on avance le chiffre de 19 morts, mais la façon de comptabiliser ces décès me laisse un peu perplexe : un mur qui s’écroule et qui tue une fillette n’est pas nécessairement lié à la tempête, pas plus qu’un accident de voiture pourrait l’être. Est-ce à dire qu’il faut considérer ces accidents comme conséquences de la tempête? Je ne suis pas sûr. Quant aux malheureux qui traversent une rivière en crue et se font emporter par le courant, la chose est fréquente et tient davantage à l’ignorance des gens qu’à toute autre chose. Quoi qu’il en soit, le pire a été évité et tout le monde s’en trouve soulagé. Jusqu’au prochain…

Et la vie continue.

Haïti ne va pas si mal, merci. En tout cas, d’après ce qu’on peut en lire et en entendre. Personne ne s’en plaint et bien que le pain ne manque pas sur la planche, à chaque jour suffit sa peine et les choses avancent petit à petit. Mais ce progrès qui veut se faire dans tous les sens à la fois donne parfois lieu à des situations qui ressemblent à celle de la charrue devant les bœufs. Ainsi, cet article du Nouvelliste qui m’a fait hausser les sourcils d’étonnement et dans lequel on veut défendre le principe de la ceinture de sécurité en voiture. Principe louable, s’il en est un, et dont l’efficacité a été démontrée sans conteste. Qu’on veuille sensibiliser les gens sur la valeur de la ceinture de sécurité me semble excellent. Si vous vous souvenez, c’est exactement ce qu’on a fait au Québec lorsqu’on a compris que le port de la ceinture pouvait contribuer à diminuer le nombre d’accidents lourds et par là même, le coût des services de santé. Jamais on n’aurait pu invoquer l’imitation des autres pays pour justifier ce choix (comme on le fait en Haïti). Par la suite, le non-port de la ceinture a été sanctionné par une contravention, laquelle s’est étoffée au fil des ans, je le sais trop bien. Mais avant de sanctionner, on a donné le temps aux gens (1) de comprendre la raison d’être de cette mesure et (2) de s’y habituer progressivement. Si bien que de nos jours, rares sont les personnes qui, en voiture, ne bouclent pas leur ceinture sans même y penser. Mais en Haïti? Là où les voitures tiennent souvent davantage de radeaux de la méduse que de moyens de transport? Disons qu’il y a de quoi sourciller… Surtout lorsqu’on lit que sur la fiche de contravention, il n’y a pas d’article concernant le port de la ceinture de sécurité…

Pour l’heure, cette politique — ou plus justement, cette pratique policière — se limite à Pétionville et à certains quartiers de la capitale. S’étendra-t-elle, comme le souhaite la police, à tout le pays? Comme diraient les Normands : « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non »…

Quoi qu’il en soit, lire que les gens rouspètent parce qu’ils reçoivent une contravention pour non-port de la ceinture de sécurité me semble bien reposant dans ce pays où la révolution n’est jamais bien loin…

Cela doit vouloir dire que nous avons hâte d’y retourner…

Note : traduction de la caricature ci-dessus : 
(Dans le camion, surchargé comme à l’habitude) Ahhhhh! Regardez la misère de ce monsieur, pauvre diable! 
(Le policier au conducteur de la voiture) Quoi! Vous n’avez pas mis votre ceinture de sécurité? Donnez-moi votre permis de conduire que je vous donne une contravention!

jeudi 23 août 2012

Isaac arrive!


Voici venir ISAAC. C’est un peu stressant de voir le parcours prévu de cette catastrophe annoncée. Car un ouragan, vous le savez aussi bien que moi, ce n’est pas de la tarte ni du bonbon. En fait, il n’y a pas grand-chose de bon dans cet excès météorologique… Certes, les dix premières tempêtes de la saison ont passé sans se faire trop remarquer, se perdant même dans l’Atlantique sans déranger rien ni personne. Mais en Haïti, qui sait ce qu’un cyclone comme celui qu’on nous annonce peut laisser dans son sillage? Chose certaine, je le redis (au cas où vous n’auriez pas été attentifs), ce ne sera pas un cadeau. Mais bon. Qu’y faire? Fermer les fenêtres? Se mettre à l’abri? C’est ce que tout le monde fait. Et pour le reste, on attend, résignés.

En fait, il est trop tôt pour prédire ce qui pourrait se produire si la tempête rugit et rage. Mais le seul fait qu’on annonce jusqu’à 500 mm de pluie laisse penser que ce ne sera pas de tout repos. Pensez-y les copains : 500 mm, c’est la moitié d’un mètre, ça. Mesuré sur une surface plane, il va sans dire, ce qui n’est pas courant en Haïti où les montagnes pullulent. Deyè mon gen mon, dit un proverbe (derrière la montagne, il y a une montagne). L’eau qui coule à flanc de montagne, même si elle n’emporte rien dans sa course, s’en va toujours obstinément — gravité oblige — vers le bas, où elle rejoint d’autres ruisselets qui, en se fusionnant, forment des ruisseaux, des rivières, des torrents puissants, bref vous avez compris. Et je ne parle pas de la boue… C’est pourquoi, quand on parle d’ouragan (ou même simplement de tempête tropicale), il ne faut pas juste penser à la force du vent, mais aussi et surtout à la quantité de pluie qui l’accompagne et dont les effets ne sont pas vraiment immédiats, mais tout aussi, sinon plus, dévastateurs.

Vous me direz que je n’ai pas à m’en faire, étant loin de ce pays que la tempête menace. Mais dans un sens, c’est encore pire, parce qu’on veut tout de même penser à tout et surtout, aviser sur place de ce qu’il y aura lieu de faire une fois la tempête passée. Fort heureusement, je me fie sur ceux et celles qui sont là et qui sauront agir pour le mieux. Mais c'est tout de même un peu frustrant de ne pas être là où il faudrait être...

Une chose est sûre, il s’en trouvera bien pour mettre la tempête dans le même bassin que le tremblement de terre, et les "bleeding hearts" en profiteront pour s’apitoyer sur le sort du pays, ce qui leur permet souvent d’aller chercher des fonds supplémentaires dans les poches des nombreux naïfs qui les écoutent. Vous me trouvez dur? C’est seulement que j’ai horreur des fourbes et des manipulateurs. Et vous pouvez me croire sur parole, ils sont extrêmement bien représentés en Haïti…

En tout cas, c’est pour demain vendredi, alors en principe, samedi nous devrions être mieux en mesure d’évaluer les dégâts éventuels. Pour l’instant, on regarde la trajectoire telle qu’elle apparaît sur le site du National Hurricane Center et on se croise les doigts…

Et dire que pendant ce temps, ici au Québec, le temps est au beau fixe et mis à part la pourriture politique, rien n’altère la douce quiétude de ces lieux enchanteurs…

mardi 14 août 2012

Passer le temps


Ah! Les vacances!...

Reconnaissons-le, les amis, ce n’est pas ce qu’on fait pendant cet interlude qui compte comme le fait de se sentir «en vacances». J’ai déjà mentionné que les vacances ne pouvaient s’apprécier qu’en opposition avec le travail. En fait, leur existence même n’est justifiable qu’en fonction du travail, lequel inclut les études, bien entendu, puisqu’il s’agit là du travail des étudiants de tout acabit. Mais il y a cette notion, que je trouve un peu drôle pour ma part, que les vacances doivent servir à faire des choses différentes, souvent associées à des dépenses excessives. Rien ne l’empêche, certes, mais rien n’y oblige. Pour nous, qui avons toujours un pied-à-terre (lequel se prononce en faisant la liaison, n’en déplaise aux puristes qui croient le contraire) en sol québécois, s’y retrouver, s’y installer pour une période donnée, renouer avec cet environnement qui nous est si familier suffit. Nous voici en vacances, donc.

La nuit d’abord. Ici, en forêt, le silence, le vrai, le total, nous enveloppe et nous berce. Au point où j’ai toujours l’illusion d’entendre les criquets qui ponctuent constamment nos nuits haïtiennes, acouphène pas nécessairement désagréable. Mais autrement, mis à part l’incontournable bourdonnement du frigo, c’est le silence. Un silence régénérateur, dirait-on, tout comme l’est la grande noirceur de ces temps-ci, nouvelle lune oblige. Mais le jour se lève tôt ici. Et quel jour. Tandis que le soleil joue à cache-cache derrière le feuillage, les oiseaux s’affairent déjà aux mangeoires; il n’est que 5h30, mais l’intensité du jour nous fait comprendre que nous sommes bien au-delà du lever du jour. En Haïti, à cette heure, il fait encore nuit et ce n’est guère avant 6h30 que je puis lire à la lumière du jour — de peine et de misère, je le précise. Car, au cas où vous l’auriez oublié, le pays s’est mis à l’heure avancée cette année, si bien que le jour se lève une heure plus tard…

Première tâche matinale, remplir les mangeoires que les oiseaux, graves gloutons, vident pratiquement en 24 heures. Les chardonnerets surtout, car une fois perchés, ils mangent sans discontinuer et sans laisser la place aux autres. Je sais, je sais : survival of the fittest. Mais j’avoue que cette façon de faire heurte mon sens de la justice et de l’équité… Heureusement les sittelles et les mésanges savent se comporter, elles…

Enfin, ma compagne se lève, c’est l’heure du café, du farniente matinal et du plan de la journée, lequel n’est jamais bien chargé. Ainsi, après quelques courses en ville et un lunch rapidement avalé — n’est-ce pas là la raison d’être du «fast food»? —, c’est le retour au bercail forestier, à la lecture, l’écriture ou le projet de l’année : la démolition du vieux patio. Qui n’avance pas vite, mais bon. Pourquoi se dépêcher? Ne vaut-il pas mieux en garder un peu pour le lendemain?

Et la journée se passe, si bien que nous voici déjà à l’heure du souper qui, toujours, me fait saliver d’avance. Il ne reste plus qu’à s’offrir un bon petit film, retrouver notre livre et attendre que l’appel du sommeil se fasse sentir, ce qui n’est jamais bien long.

Alors je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ça ressemble assez à ma conception des vacances. À moins que ce ne soit que l’expression d’une flemme indécrottable? Je ne saurais dire…

mercredi 8 août 2012

Aimez-vous l'avion?


Je pose la question parce que moi, je déteste l’avion. Et non, pas parce que l’avion me fait peur, bien au contraire, en fait, si un moyen de transport me rend confiant, c’est bien l’avion, car j’ai confiance en la compétence du pilote et j’avoue que je n’ai jamais vécu un moment qui ait pu me faire douter de cette compétence. Mais ça ne rend pas le voyage agréable pour autant.

L’attente d’abord. Elle est toujours longue et usante. Spécialement en Haïti. Je vous passe toutes les simagrées qu’il faut faire pour finir par aboutir dans la salle d’attente et les lentes lignes qu’il faut subir pour s’enregistrer, passer l’immigration, la douane (pieds nus) et quoi encore! On en vient à comprendre pourquoi la patience est une vertu, dont je n’ai hérité qu’à faible dose, hélas!... La salle d’attente, c’est là où s’entassent tous les passagers des vols à venir. S’entassent. Notez bien. Car les dimensions de la salle ne sont pas vraiment adéquates. Vient enfin le moment de monter dans l’avion. Une autre ligne interminable… Puis le car jusqu’à l’avion, la gymnastique pour trouver son siège, souvent le disputer à un passager qui s’est assis au mauvais endroit, pour finir par s’asseoir sans savoir qui occupera le siège voisin — obèse, bébé braillard, passager nauséabond, le choix est vaste — et sans savoir comment le voyage se passera. Cette fois, notre voisine est une vieille qui pète de façon sonore et répétitive au point où on se dit qu’elle le fait exprès. Fort heureusement, ses gaz ne sont guère incommodants, ce qui est nettement préférable à ces pets silencieux dont l’odeur fait parfois presque défaillir… Bref, vous me comprenez.

Nous voilà donc assis, c’est déjà beaucoup. La station assise est, par définition, une station de repos, mais lorsque le siège est étroit, que l’espace pour mes petites jambes est inadéquat et que des enfants, dans la rangée derrière, n’en finissent plus de chigner et de rechigner, le repos n’en est pas vraiment et on n’a qu’une envie : sortir au plus sacrant. Mais ce n’est pas pour bientôt : l’avion est toujours rivé au sol et on attend. Et le temps s’étire. L’agent de bord, un chic type qui fait ce métier depuis 28 ans, nous apprend que les Haïtiens essaient toujours d’embarquer des bagages non enregistrés, ce qui introduit des délais supplémentaires, on l’aura compris… Une heure de retard, dans ce contexte, devient tout à fait compréhensible. Et pendant ce temps, la vieille dame, très zen, pète sans s’en faire…

Enfin, l’agent de bord ferme la porte. Enfin, le volume des réacteurs monte. Enfin, on annonce le départ. Le reste va tout seul. Le reste est l’affaire du pilote. Quelques turbulences (ciel orageux à Port-au-Prince), le temps de s’élever au-dessus des nuages et nous voilà en vitesse de croisière. Les enfants se sont tus, la vieille pète et sourit, bref, tout baigne et il ne reste plus qu’à attendre que l’avion atteigne sa destination.

Heureusement, le voyage est relativement court : à peine quatre heures entre Port-au-Prince et Montréal, si bien qu’on finit par sortir. Et vite!

Tout ça pour vous dire que, vraiment, je n’aime pas l’avion, du moins pas l'avion associé aux transports publics, de masse, dans un contexte d'obsession sécuritaire... Mais bon. Quel choix avons-nous pour sortir d'une île?

mercredi 1 août 2012

L'odeur des vacances


J’avais prévu finir le mois en vous disant que nous avions atteint Port-au-Prince sans encombre, mais je n’ai pas eu le temps. L’hôtel, la baignade dans la piscine, le gros steak au poivre pour souper, le film à la télé, bref, ça sentait les vacances et j’ai remis cette tâche au mois suivant, lequel est déjà là, comme vous le savez tous et toutes.

Donc, nous sommes arrivés hier. Nous savons maintenant que ce n’était pas vraiment nécessaire de quitter un jour d’avance, mais nous ne le savions pas avant de partir — la route était bloquée lundi et disons que ça n’augurait rien de bon pour le lendemain — si bien que la précaution n’était pas superflue. Rien de plus stressant que de savoir que l’avion ne nous attendra pas si un pépin nous retient en chemin et si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous n’avez jamais vécu une situation de ce type. Voilà.

Il ne reste plus maintenant qu’à se faire conduire à l’aéroport, une balade de quelques minutes en voiture — rien vraiment pour faire monter le niveau de stress. On fera ça tout à l’heure. Le carnaval des fleurs s’est terminé aux petites heures ce matin, mais d’après ce qu’on en a vu et entendu, il semblerait que ce se soit relativement bien passé. Tant mieux tant mieux. Le pays va maintenant pouvoir revenir à ses activités coutumières, et Dieu sait s’il en a besoin. L’épisode carnavalesque était-il nécessaire? D’aucuns prétendent que oui; personnellement je ne suis pas sûr, mais qui suis-je pour émettre de telles opinions? L’important au fond, c’est que le pays reste à flot et qu’il continue à voguer vers un futur meilleur. C’est tout ce qu’on peut souhaiter et c’est tout ce dont le peuple a besoin. Et incidemment, les améliorations sont visibles; de petites choses, certes, mais qui améliorent la vie dans le pays un tant soit peu. Ainsi, le boulevard du bord de mer de la capitale est maintenant jalonné de lampadaires modernes alimentés par des panneaux solaires situés au sommet des poteaux, pratiquement hors d’atteinte des voleurs et des vandales. Ce n’est pas rien. Dans une ville où l’insécurité est chronique, des lumières la nuit comptent pour beaucoup. De toute façon, le proverbe le dit bien : ti-pay ti-pay, zwazo fè nich; l’oiseau fait son nid un brin d’herbe à la fois. Le pays bouge et dans le bon sens. Les manifestations et les controverses politiques ne mènent nulle part, tout le monde le sait, et pourtant, elles sont courantes dans ce pays et ce n’est pas demain la veille qu’elles vont cesser. Les périodes d’accalmie deviennent de ce fait doublement appréciables…

Mais pour nous, c’est la pause café estivale. Pendant quelques semaines, nous allons respirer un autre air, sentir d’autres odeurs, vivre à un autre rythme. C’est ce qu’on appelle des vacances. Dire qu’elles sont nécessaires me semble un peu exagéré : on peut très bien vivre sans vacances — les Haïtiens sont nombreux à n’en pas prendre — mais elles n’en restent pas moins appréciables, entre autres parce qu’elles brisent le cycle métro-boulot-dodo (pour nous, sans le métro, vous l’avez compris) et qu’elles nous permettent de passer du bon temps en agréable compagnie. Entre autres. Car ça nous fait engraisser aussi, et ça, je m’en passerais bien!...