dimanche 27 février 2011

Une collaboration appréciée


Mon assiduité laisse à désirer. Je suis d'accord. Mais, mis à part l'interlude de mon anniversaire, février a été pas mal occupé, comme je vous l'ai laissé entendre. Entre autres avec la présence des patrons, lesquels comme d'habitude accaparent une grosse partie de mon temps, mais aussi à cause de la visite d'une petite équipe de volontaires, dont deux ophtalmologues, père et fils. Non, l'ophtalmologie n'est pas une discipline qui se transmet de père en fils comme la «science» vaudou; et j'avoue pour ma part être toujours surpris de voir un fils suivre les traces du père aussi loin, dans une discipline ardue comme l'ophtalmologie. Pour la petite histoire, mon père était imprimeur et bien que je me sois frotté au métier lorsque j'étais étudiant (notamment pour faire un peu d'argent de poche), je n'aurais pu penser y faire carrière. C'était pour mon père, pas pour moi. Cela en dit long sur la relation père-fils et celle, observée, de ces deux médecins confirme cette impression: ils sont complices, et pas seulement dans le domaine de l'ophtalmologie, il va sans dire.

Toujours est-il que ces médecins avaient planifié un nombre important de chirurgies de cataracte et ils n'ont pas été déçus: les patients ont afflué et ils en ont eu plein les bras. Bref et en un mot, succès sur toute la ligne.

Je vous ai dit dans mon avant-dernier texte, combien la valeur des volontaires pouvait varier, selon ce qu'ils peuvent fournir comme apport pratique. Eh bien ceux-là ont fait en une semaine plus de travail que nos médecins réguliers en font en un mois, une cadence quelque peu excessive, convenons-en, mais typique des volontaires dont le temps est limité. Une semaine est si vite passée! On parle de cinq jours, ne l'oublions pas! Bien sûr, ils étaient crevés le vendredi précédant leur départ; mais ils n’en ont pas moins adoré leur expérience. Ce qui me permet de réaffirmer ce que je disais: les volontaires formés et expérimentés sont un atout; les autres, une simple charge de travail supplémentaire pour nous.

Je reste convaincu que la volonté d’être volontaire part d’un bon naturel; et je prends toujours le temps d’examiner les demandes qui nous sont transmises dans ce sens. Et parfois, il arrive que nous ayons en tête un projet dans lequel un ou une volontaire généraliste pourrait tout à fait se sentir à l’aise. Mais ce n’est pas courant. Le travail ici est d’abord et avant tout routinier et c’est précisément pour cette raison que l’inclusion de nouveaux éléments est toujours exigeante. Et je ne vous parle pas de la barrière de la langue, toujours balayée du revers de la main comme sans importance, alors qu’elle représente un frein majeur à l’intégration des volontaires, car comment avancer quand on n’arrive même pas à se faire comprendre? Or n’en déplaise à ceux qui estiment que le créole n’est que du français déguisé, parler et se faire comprendre dans cette langue n’est pas si évident qu’on le pense, avis à tous les «tikoun»…

Ceci m'amène à vous parler d’une petite organisation locale qui s’appelle Maison de Naissance. Déjà le nom séduit. Pas besoin de se perdre dans de longues explications pour dire ce que fait cette petite organisation basée pas très loin des Cayes. Vous aurez compris qu’on y facilite, de différentes façons (allez voir le site Web) l’accouchement, un travail nécessaire et hautement apprécié (je ne parle pas de l'accouchement, hé!). Eh bien les volontaires de cette organisation ont, depuis quelques années, pris l’habitude de s’héberger à notre Institut lorsqu’ils ont à faire dans le coin. C’est une gracieuseté que nous leur fournissons moyennant compensation financière et l’arrangement fait l’affaire de tout le monde. Or, cette semaine, Jim, le chef logisticien, était présent en nos murs avec une gentille équipe composée d’une infirmière et de trois prêtres, qui ont, entre autres, participé à l’inauguration d’une école à un petit village avoisinant nommé, je vous le donne en mille : Le Prêtre! Drôle de coïncidence, hein? Vous dire qu’ils ont apprécié leur séjour serait peu dire, et ça les amis, c’est la preuve que les volontaires trouvent quand même leur pied, nonobstant ce que j’ai pu en dire précédemment. Mais il faut préciser que la taille de l’organisation d’une part et son âge d’autre part facilitent d’autant l’intégration des étrangers : la chose est nettement plus facile dans un projet qui sort tout juste de l’enfance, que pour nous, qui en sommes plutôt à la maturité de l’âge adulte, vous me suivez?

Tout ça pour vous dire que les volontaires ont leur place ici, en Haïti, mais plus l’organisation est spécifique et bien rodée, plus il est difficile pour les non-spécialistes de s’y sentir utiles et intégrés.

Alors encore une fois, on peut venir en Haïti juste pour le plaisir; on peut aussi venir y faire un travail appréciable; les deux ne sont pas incompatibles au reste, mais l’un ne justifie pas l’autre.


mardi 22 février 2011

Le cumul des ans


Aujourd'hui est mon anniversaire. Aujourd'hui, je vieillis. Aujourd'hui???

Vieillir est un processus. Dit comme ça, ça peut paraître banal, mais pensez-y deux minutes et vous allez comprendre. On ne devrait pas utiliser ce verbe au présent. «Je vieillis» ne reflète jamais la réalité, car c'est trop court. Plusieurs verbes du deuxième groupe (vous vous souvenez : qui se conjuguent sur le modèle finir et font leur participe présent en -issant) indiquent un devenir plus ou moins instantané. Ainsi, lorsqu'on pâlit, blêmit, rougit, on devient pâle, blême, rouge sur-le-champ ou à peu près. Mais quand on vieillit, le processus s'étale sur une période de temps beaucoup plus longue, de sorte qu'il me paraît difficile d'utiliser le verbe au présent. La même remarque peut aussi s'appliquer à d'autres verbes, comme grossir, grandir ou maigrir. Certes, on peut dire : «Bon sang de bonsoir, je grossis!» constat qui s'impose lorsqu'on a peine à boucler la ceinture d'un pantalon qu'on n'a pas mis depuis longtemps; mais ce faisant, on indique tout de même que le processus est toujours en cours. Ainsi en est-il de vieillir. Il n'est pas certes pas faux de dire qu'on vieillit, car tout ce qui vit est soumis à ce processus; et lorsqu'arrive l'anniversaire du jour qui nous a vu naître, on sait que l'on a effectivement ajouté un an à cette suite ininterrompue de jours et de nuits. Comme le processus ne s'arrête jamais, dire que l'on vieillit (présent) est sensé.

Sensé, oui, mais non représentatif de la conscience d'avoir vieilli. «J'ai vieilli» au passé implique que j'ai conscience que des changements se sont opérés qui me permettent d'attester le passage des ans. Ces changements peuvent être d'ordre physiques ou psychiques. Physiquement, on sait ce que vieillir entraîne : les rides, l'affaissement musculaire, la bedaine, les cheveux gris, puis blancs (quand il en reste...), la vue et l’ouïe qui baissent et j'en passe. Psychiquement, les changements sont souvent plus subtils mais néanmoins observables. Quoique... Mais passons. Car le vieillissement est un processus aux effets connus, à défaut d'être maîtrisés...

Donc, j'atteste que, au fil des ans, j'ai vieilli et, ce faisant, me suis assagi. Oui, oui, je le dis sans gêne. S'assagir est un autre processus qui prend du temps... On peut ne pas être trop con jeune, mais on ne peut pas être sage pour autant. La sagesse s'acquiert avec la vieillesse, avec l'expérience de la vie et j'entends par là la variété et l'intensité des situations traversées au fil des ans. Comme je le dis souvent, on apprend de nos erreurs, même si l'on bâtit sur nos succès. C'est que les succès sont rassurants : ils sont la confirmation qu'on a fait le bon choix, alors pourquoi changer? C'est incidemment pour cette raison que les tueurs en série finissent par se faire prendre : forts d'un premier succès, ils persistent et signent, au point où leur signature devient connue; ne reste par la suite qu'à les appréhender. L'erreur, en revanche, fait mal. On n'a pas envie de remettre ça. Donc on modifie le comportement qui l'a entraînée, espérant ainsi y échapper. Des fois, ça fonctionne, mais pas toujours : souvent, on ne fait que changer d'erreur, passant de Charybde à Scylla sans rien gagner au change. Mais l'apprentissage ne s'en fait pas moins. Et pour peu qu'on soit honnête avec soi-même, on pourra dire, au moment de se laisser aller au sommeil, qu'on s'endort moins niaiseux qu'on l'était.

Pourquoi je vous dis tout cela? Simplement parce que l'anniversaire est pour moi l'occasion de ressasser le passé, surtout celui de l'année qui finit. L'occasion de voir quelle(s) erreur(s) a/ont été faite(s) et d'en dégager un enseignement quelconque. Mais curieusement -- et bien modestement, je le précise -- il n'y a pas eu d'erreurs au cours de l'année dernière. Je n'en prends pas gloire : ce sont des choses qui arrivent, comme il arrive parfois que les erreurs s'accumulent comme les tempêtes de neige : coup sur coup. Mais bien que l'année qui s'achève ici pour moi ait été fertile en événements -- et je ne parle pas que des suites du tremblement de terre --, elle s'est déroulée à peu près dans l'ordre prévu avec même quelques petits succès à la clé, lesquels nous incitent à poursuivre dans cette voie, CQFD!

Il n'empêche : les années passent et le temps coule comme une rivière, sans s'interrompre mais non sans varier sa vitesse, son débit, sa profondeur, sa turbidité et quoi encore! Et c'est sur cette rivière que nous tentons de rester à flot, sans couler, sans frapper de rocher, sans chavirer, sans s'échouer. Ce n'est pas toujours évident. Mais bon.  Pourquoi devrait-ce l'être? Mais le pire, ou le plus drôle, selon votre nature, c'est qu'on ne sait pas où la rivière va ni à quel moment notre voyage se termine...

Dites, c'est pas beau, ça?

vendredi 11 février 2011

Les volontaires


Je n'avais pas vraiment l'intention de vous écrire aujourd'hui, mais l'article que je viens de lire m'incite à le faire. Car il s'agit là d'une réalité que nous côtoyons presque chaque jour et qui n'est pas toujours évidente à comprendre. On dit que "l'enfer est pavé de bonnes intentions". En d'autres termes, les intentions, si pieuses qu'elles soient, ne suffisent pas à faire le bien (et à nous mériter le ciel, bien entendu). Or, c'est un peu ce qui se passe en Haïti : des tas de gens viennent ici en vacances déguisées et se font du bien en imaginant qu'ils en font au pays. Ces propos peuvent paraître durs, mais en fait, ils ne le sont pas. Les gens qui viennent avec l'idée d'aider (et Dieu sait s'ils sont nombreux) sont sincères, pour la plupart en tout cas. Mais ils pèchent par ignorance et condescendance. L'aide qu'ils entendent apporter n'en est pas vraiment. Ainsi, le jeune gars en forme qui "aide" les Haïtiens à creuser un trou a peut-être le sentiment de leur donner un bon coup de main, mais à la vérité, les Haïtiens n'ont besoin de personne pour les aider à creuser un trou! Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne seront pas enchantés de pouvoir travailler avec le "petit blanc". Car il y a ça aussi : tout le monde ici aime bien se payer la tête du voisin, surtout s'il est blanc, blanc-bec et qu'il ne comprend pas la langue. Tout le monde a un "fun noir", les étrangers comme les Haïtiens, mais ceux-ci pas pour les mêmes raisons que ceux-là. Et nous qui sommes entre les deux, souvent à faire le pont linguistique, eh bien on ne sait souvent pas trop sur quel pied danser...

Ce qui me rappelle une histoire que je vais partager avec vous. Lorsque nous étions à Deschapelles, à l'Hôpital Albert Schweitzer, nous nous occupions, entre autres choses, des équipes de volontaires qui passaient régulièrement à l'hôpital. Cela se produisait environ une fois par mois et les équipes séjournaient en moyenne une semaine. La plupart du temps, le projet que l'on préparait pour ces Américains se limitait à un quelconque travail de peinture que les gens faisaient à leur rythme. Une fois, cependant, les hommes de maintenance de l'hôpital avaient entrepris un gros travail : la réfection de la toiture de l'hôpital. Il fallait d'abord retirer le vieux revêtement en bardeaux d'asphalte, remplacer les planches pourries et remettre un nouveau revêtement. Mais le vieux revêtement était tout simplement cuit sur le toit et représentait un vrai travail de titan. Quand le groupe de volontaires du mois a débarqué,  j'ai offert à ceux qui s'en sentait capables la possibilité de joindre l'équipe haïtienne sur le toit, en leur disant bien que c'était un travail exténuant et très éprouvant à cause de la chaleur. Trois messieurs m'ont dit que c'est ce qu'ils voulaient faire (j'avais un projet de peinture pour le reste du groupe). Eh bien vous auriez dû voir la tête de ces gars après leur première journée : crevés, mais heureux!  J'appris par la suite que les gars (trois hommes solides) avaient voulu montrer aux Haïtiens ce dont ils étaient capables. La leçon d'humilité, je vous dis  pas... Après quelques heures sous un soleil de plomb, après que l'un deux ait souffert d'un coup de chaleur (hyperthermie), heureusement bénin, ils ont compris. Pendant tout ce temps, les employés haïtiens ne disaient rien; très vite les gars ont compris que, tout costauds qu'ils fussent, ils étaient incapables de suivre le tempo haïtien, plus lent mais constant comme une machine bien huilée. Ils ont fait presque trois jours -- c'était un de plus que je pensais qu'ils feraient -- avant de passer à la peinture... Mais ce qu'ils ont appris sur ce toit n'avait pas de prix.

Les volontaires ici ont leur raison d'être, je ne dis pas le contraire. Mais de grâce, lâchez-nous avec la condescendance! Comme le dit si bien l'article, si vous voulez aider Haïti, oubliez le bénévolat; envoyez plutôt de l'argent là où il sera utilisé à bon escient. Mais alors, est-ce à dire qu'il faut déconseiller aux gens de venir passer une quinzaine? Justement pas. Au contraire. Mais il faut mettre les choses claires : quand nous invitons les gens à venir nous voir, ce n'est pas pour qu'ils se tirent dans les murs et s'échinent à la tâche! Je n'arrête pas de dire à qui mieux mieux que Haïti est un fabuleux pays! Pourquoi ne pas venir avec la simple idée de passer du bon temps? Avant de penser à donner au pays, il faut penser à ce que le pays peut nous donner. Tout le contraire de la célèbre citation de Kennedy, tirée de son discours inaugural, mais néanmoins véridique. Haïti a tant à offrir : des paysages, la mer de tous les côtés, des montagnes et une végétation luxuriante, surtout au sud. Au nord, il y a la Citadelle, près de Cap Haïtien, un jalon de l'Histoire qui vaut à elle seule le détour, et c'est pas moi qui le dis. Mais surtout, surtout, il faut venir en Haïti pour le peuple, ces gens simples, rieurs, accueillants, chaleureux, tolérants et serviables, entre autres. Et je pense que tous ceux, toutes celles qui ont passé quelque temps dans le pays confirmeront la chose. Quant aux autres, eh bien je ne vous demande pas de me croire sur parole : venez et vous verrez.

Remarquez que je fais bien la différence entre les spécialistes qui nous rendent de courtes visites, certes, mais tout de même fort appréciées parce que très efficaces. C'est le cas, entre autres, des audioprothésistes. La semaine qu'ils ont passée fut courte, c'est sûr, mais leur apport technique a été considérable et de ce fait, sincèrement apprécié. Même chose pour les équipes médicales. Le personnel médical, les techniciens de tout acabit, les gens de métier qui le connaissent bien sont toujours les bienvenus; les autres, les volontaires qui, mis à part leur bonne volonté, n'ont rien à nous donner qu'on ne peut trouver localement sont souvent plus encombrants qu'autre chose. Haïti n'a pas besoin d'aide. Pas de cette sorte d'aide, en tout cas. Haïti n'a pas besoin de gens qui vont leur dire comment creuser un trou ou qui voudront le faire à leur place. Haïti n'a pas besoin de l'aide du Blanc-qui-sait-tout, mais qui en fait, ne connaît pas grand-chose. Vous voulez savoir comment distinguer les volontaires utiles et appréciés de ceux qui ne sont qu'embarrassants? Facile. Il suffit simplement de se poser la question : l'aide apportée serait-elle tout aussi appréciée ailleurs, en Europe ou en Amérique, au Japon ou en Australie? Si c'est le cas, vous avez votre réponse. Mais si non, il faut se poser des questions sur la vraie nature de cette volonté d'aider.

Sans doute me trouverez-vous sévère. Je ne le suis pas. Amer? un peu.  Réaliste? assurément.

mercredi 9 février 2011

Le calme plat


En retard dans ma comptabilité de janvier, il faut que je vous estime, amis lecteurs et surtout, amies lectrices, pour prendre un peu de ce temps qui m'est devenu précieux et vous pondre un petit quelque chose. Qui sera bien modeste, mais bon, connaissant votre mansuétude, je sais que vous me le passerez.

Il faut dire que, comme je vous l'ai dit dernièrement, quand la politique va, tout va. Or, ces jours-ci et malgré l'appréhension de plusieurs, le pays est à peu près calme, particulièrement ici aux Cayes où l'on peut vaquer à ses occupations ordinaires sans risquer de se retrouver au beau milieu d'un désordre urbain. Tout le monde l'apprécie, je vous le garantis. Bien sûr, la tension politique demeure, mais elle est sous-jacente aux activités quotidiennes et ne les entrave donc pas. On avait annoncé une reprise possible des manifestations à cause de la présence de Préval, mais je pense que le gros bon sens aura prévalu : puisque le pays est en processus électoral, il faut tout de même attendre qu'un président soit élu avant d'expulser celui qui présentement en occupe les fonctions, non? En tout cas, c'est ce que je pense. Quant à l'arrivée imminente de l'ex-président Aristide, commentée brièvement ici et là, elle laisse un peu tout le monde froid. Personne ne se sent vraiment concerné, et je ne sais pas vraiment s'il y a lieu d'en faire tout un plat. Est-ce sur la base du «plus on est de fous, plus on rit»? Bondye konnen...

En tout cas, pour nous, les jours qui passent sont autant de gagnés. Notre petit hôpital a repris son affluence habituelle et les petits problèmes que nous avions hier, eh bien sont encore là aujourd'hui! C'est pas beau, ça? Mais le temps passe et quelques petits événements viennent en baliser le cours, comme par exemple l'arrivée ce samedi prochain d'une équipe médicale américaine qui viendra faire de l'ophtalmologie; et puis nos «gros chefs» seront là aussi, en milieu de semaine prochaine, pour régler des gros problèmes (aux gros chefs les gros problèmes...).  On verra ce qu'il en sortira. Et puis d'autres seront là aussi, si bien que février ne sera bientôt que poussière temporelle...

Je ne vous cacherai pas que le moral a sensiblement remonté, depuis la fin de 2010. J'espérais cela. Et cela semble s'avérer. Nos affaires marchent pas trop mal et je pense que si la tendance se maintient, nous pourrons arriver à ce qui tient lieu d'été ici sans avoir la langue trop longue. Petit à petit, nous améliorons ce qui mérite de l'être (c'est-à-dire tout!) et nous avons l'impression que ces petites améliorations vont dans le bon sens : rafraîchir la peinture, refaire un peu de béton ici et là, remplacer une plomberie défectueuse, sont autant de petits travaux qui, à peu de frais, repimpent et requinquent. En plus je vous rappelle que la température est présentement excellente avec des nuits fraîches (25°) et des journées douces (28°). Il pleut de temps à autre, juste ce qu'il faut pour faire retomber la poussière -- au sens propre, vous l'avez compris. Bref, je ne vous dirai pas que c'est le pied -- vous allez tous vouloir venir y passer le reste de votre hiver infernal -- mais disons que l'on comprend mieux pourquoi le pays était jadis considéré comme la perle des Antilles...

Tout va, donc. Évidemment, cela ne veut pas dire que ça va se poursuivre, mais on prend ce qu'on peut quand on peut, hein?

vendredi 4 février 2011

Plus de peur que de mal


Vous m'attendiez? Sans impatience, j'espère!

Eussent les événements été plus excitants, je vous eusse certainement livré quelques impressions, mais vu le calme plat qui a suivi l'annonce tant attendue (et tant redoutée, je ne vous le cache pas) des résultats du premier tour électoral, il n'y avait pas de quoi s'exciter, alors j'ai vaqué à d'autres occupations.

Tout de même, nous avons eu chaud. Car la tension sociale était palpable, et on sentait qu'un rien suffirait à tout faire sauter. En fait et si vous me demandez mon avis, je pense que la visite impromptue de Mme Hillary Rodham Clinton, ce dimanche dernier, a probablement été l'élément déterminant de cette interminable attente. On dit -- et j'ai bien l'impression que c'est vérité vraie -- que Mme Clinton a mis les points sur les i auprès du gouvernement actuel (mais sortant). Un message genre : «Si vous persistez à vouloir maintenir Célestin en place, on vous coupe les vivres.» En outre, les résultats, prévus pour les 21h mercredi dernier, ne sont sortis qu'au matin du jeudi, après que tout le monde (sauf nous, bien entendu) ait passé la nuit à attendre fébrilement. Tout ça était songé, planifié, organisé et bien huilé. Il fallait du doigté et en même temps, il fallait que l'annonce mette fin aux hypothèses, certaines fantaisistes, d'autres alarmistes voulant que ça n'irait pas tout seul. Mais voyant ce qui se passe en Égypte, je pense que personne ne voulait une adaptation locale de cette flambée. En fait, je me demande si les événements politiques actuels sur la scène mondiale n'ont pas refroidi quelque peu les ardeurs belliqueuses des fanatiques politiques locaux... En tout cas, le calme a surpris tout le monde, à commencer par les prévisionnistes et les analystes. Pour nous, ce fut un grand soulagement. Ras le bol de la violence et de la déstabilisation! Et puis il faut bien le dire : ça ne mène nulle part...

Tout ça pour dire que nous avons fonctionné comme d'habitude, sans même un petit jour d'inactivité. Tout est resté normal, sauf que les gens étaient exceptionnellement de bonne humeur, ces derniers jours. Tout le monde lâche son souffle. Tout le monde reprend la vie, avec l'espoir remis à neuf de voir les choses s'améliorer. Évidemment, les avis sont partagés, à savoir qui de Mme Manigat ou de M. Martelly sera le prochain président, mais ça reste de bonne guerre. Il n'y a pas d'amertume qui écume aux commissures des lèvres des chauds partisans; il n'y a pas de haine farouche; il n'y a pas de volonté de défier le système : simplement l'acceptation que des deux candidats, l'un va gagner et l'autre perdre. On souhaite que ce soit le meilleur, mais à ce stade-ci, on ne s'attarde même pas à distinguer qui ce meilleur sera (bien que Martelly soit définitivement plus populaire). Alors ça va, merci.

Ce qui ne veut pas dire que les prochaines semaines ne seront pas tumultueuses. Elles peuvent fort bien le devenir. Mais le ton se veut plus conciliant et les gens semblent décidés à tolérer l'intolérable, que ce soit le retour de Duvalier, la venue possible d'Aristide ou simplement la prolongation du séjour de Préval, lequel doit toujours, en principe, quitter lundi prochain. Mais il semble qu'il va rester jusqu'à ce que le nouveau président (ou la présidente) soit nommée officiellement, ce qui me paraît sensé.

Donc, pour nous, quand la politique va, tout va. Nous poursuivons nos activités comme si de rien n'était et nous continuons de nous creuser la tête pour résoudre des problèmes qui n'en sont pas, mais bon, faut bien faire travailler ses méninges un peu, non?

Allez! Je ne vous en dis pas plus : le sujet est stérile et nombriliste. Le week-end est là et l'heure de la bière s'en vient à grands pas, alors j'aurais tort de vouloir vous impressionner avec des pensées qui n'ont rien de bien impressionnant. Ce n'est certainement pas l'objet de cette chronique!

Donc, je vous en souhaite une bonne (fin de semaine, quoi d'autre) et vous reviendrai sous peu.

mercredi 2 février 2011

Fin du sursis

C'est la chandeleur!

Si vous êtes un tant soit peu réguliers de ces chroniques, vous vous souvenez que j'ai évoqué cette fête obscure l'année dernière à pareille date. En plein dans l'après-séisme, il me semblait que les crêpes compenseraient un peu la morosité de l'époque. Ce fut un succès mitigé. Mitigé parce que les crêpes étaient succulentes, n'en doutez pas, mais le stress de notre vie quotidienne était trop profond pour qu'un simple mets, fût-il royal, puisse en changer le fond. Aujourd'hui, un an après, le stress du tremblement de terre s'est résorbé, soit, mais est remplacé par celui non moins perturbant des remous politiques. Or, c'est ce soir, vraisemblablement, que seront annoncés les résultats officiels du premier tour, celui du 28 novembre dernier (!) et vraiment, personne ne sait ce qu'il en sortira.

Tout de même, je trouve l'occasion belle de voir tout ce qui s'est fait -- et pas fait -- au cours de cette année passée. On en a vu de toutes les couleurs et il y en a eu pour tous les goûts. Ce que j'ai, à plusieurs reprises, appelé le "joyeux bordel" post-séisme s'est peu à peu transformé en un état semi-permanent, guère différent au reste de ce à quoi nous étions habitués avant. La politique risque de changer la donne, cependant; la politique et l'espèce de carnaval qui l'accompagne. C'est commencé depuis un bout de temps, et ce n'est pas demain que ça va se terminer... Il est même question qu'Aristide, le président déchu, rentre lui aussi au bercail, et pourquoi pas? Ne dit-on pas : "Plus on est de fous, plus on rit"? Or, les Haïtiens adorent rire...

Petit 2 février bien tranquille donc, en attendant de voir comment les choses vont tourner. Les activités régulières de notre petit hôpital se déroulent sans heurts ni tremblements et nous avons même embauché un nouveau médecin, pour vous dire combien on regarde vers demain. Bref, tout va bien et si les choses se maintenaient dans cet état, il n'y aurait vraiment rien à redire. Certes les petits problèmes poussent comme des champignons après une ondée de septembre, mais ce sont des petits problèmes qui se balaient d'un simple revers de la main, rien pour en faire un ulcère. Alors on fait avec.

Et puis, chaque coin du monde n'a-t-il pas son lot de problèmes? Tempêtes hivernales aux USA et au Québec, cyclones et inondations en Australie, problèmes politiques en Égypte et quoi encore! Je pense d'ailleurs qu'il est souvent bon de prendre un certain recul par rapport aux problèmes qui nous caractérisent : on s'aperçoit alors qu'ils ne sont pas si différents les uns des autres, liés à la base par l'effet qu'ils ont sur notre vie : un irritant. Les problèmes ne sont rien d'autres que des irritants. À des degrés variables, bien sûr, mais fondamentalement, tous les problèmes irritent, agacent, exaspèrent et tendent. Or, ce qu'on veut tous et toutes, c'est la détente. Mais la détente, pour s'apprécier, doit forcément passer par une certaine tension qui, en s'étiolant, nous redonne le bien-être qu'on avait momentanément perdu. Et voilà, tout est dit.

Tout est dit, du moins pour l'instant, et je m'engage à vous en dire plus quand j'en aurai plus à dire. Pour le moment, on attend, alors je vous suggère d'attendre avec nous...

Quant au souper de ce soir, je pense que vous aurez deviné ce qui en sera le plat principal, hein?